La Dame aux Camélias

by Alexandre Dumas

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French

Source: Project Gutenberg
Alexandre DumasAlexandre Dumas (fils)
CamilleLa Dame aux Camélias
Chapter 11
In my opinion, it is impossible to create characters until one has spent a long time in studying men, as it is impossible to speak a language until it has been seriously acquired. Not being old enough to invent, I content myself with narrating, and I beg the reader to assure himself of the truth of a story in which all the characters, with the exception of the heroine, are still alive. Eye-witnesses of the greater part of the facts which I have collected are to be found in Paris, and I might call upon them to confirm me if my testimony is not enough. And, thanks to a particular circumstance, I alone can write these things, for I alone am able to give the final details, without which it would have been impossible to make the story at once interesting and complete.Mon avis est qu'on ne peut créer des personnages que lorsque l'on a beaucoup étudié les hommes, comme on ne peut parler une langue qu'a la condition de l'avoir sérieusement apprise. N'ayant pas encore l'âge où l'on invente, je me contente de raconteur. J'engage donc le lecteur á être convaincu de la réalité de cette histoire dont tous les personnages, à l'exception de l'héroïne, vivent encore. D'ailleurs, il y a à Paris des témoins de la plupart des faits que je recueille ici, et qui pourraient les confirmer, si mon témoinage ne suffisait pas. Par une circonstance particulière, seul je pouvais les écrire, car seul j'ai été le confident des derniers détails sans lesquels il eût été impossible de faire un récit intéressant et complet.
This is how these details came to my knowledge. On the 12th of March, 1847, I saw in the Rue Lafitte a great yellow placard announcing a sale of furniture and curiosities. The sale was to take place on account of the death of the owner. The owner's name was not mentioned, but the sale was to be held at 9, Rue d'Antin, on the 16th, from 12 to 5. The placard further announced that the rooms and furniture could be seen on the 13th and 14th.Or, voici comment ces détails sont parvenus à ma connaissance. --Le 12 du mois de mars 1847, je lus, dans la rue Laffitte, une grande affiche jaune annonçant une vente de meubles et de riches objets de curiosité. Cette vente avait lieu après décès. L'affiche ne nommait pas la personne morte, mais la vente devait se faire rue d'Antin, no 9, le 16, de midi à cinq heures. L'affiche portait en outre que l'on pourrait, le 13 et le 14, visiter l'appartement et les meubles.
I have always been very fond of curiosities, and I made up my mind not to miss the occasion, if not of buying some, at all events of seeing them. Next day I called at 9, Rue d'Antin.J'ai toujours été amateur de curiosités. Je me promisde ne pas manquer cette occasion, sinon d'en acheter, du moins d'en voir. Le lendemain, je me rendis rue d'Antin, no 9.
It was early in the day, and yet there were already a number of visitors, both men and women, and the women, though they were dressed in cashmere and velvet, and had their carriages waiting for them at the door, gazed with astonishment and admiration at the luxury which they saw before them.Il était de bonne heure, et cependant il y avait déjà dans l'appartement des visiteurs et même des visiteuses, qui, quoique vêtues de velours, couvertes de cachemires et attendues à la porte par leurs élégants coupés, regardaient avec étonnement, avec admiration même, le luxe qui s'étalait sous leurs yeux.
I was not long in discovering the reason of this astonishment and admiration, for, having begun to examine things a little carefully, I discovered without difficulty that I was in the house of a kept woman. Now, if there is one thing which women in society would like to see (and there were society women there), it is the home of those women whose carriages splash their own carriages day by day, who, like them, side by side with them, have their boxes at the Opera and at the Italiens, and who parade in Paris the opulent insolence of their beauty, their diamonds, and their scandal.Plus tard je compris cette admiration et cet étonnement, car m'étant mis aussi à examiner, je reconnus aisément que j'étais dans l'appartement d'une femme entretenue. Or, s'il y a une chose que les femmes du monde désirent voir, et il y avait là des femmes du monde, c'est l'intérieur de ces femmes, dont les équipages éclaboussent chaque jour le leur, qui ont, comme elles et à côté e'elles, leur loge à l'Opéra et aux Italiens, et qui étalent, à Paris, l'insolente opulence de leur beauté, de leurs bijoux et de leurs scandales.
This one was dead, so the most virtuous of women could enter even her bedroom. Death had purified the air of this abode of splendid foulness, and if more excuse were needed, they had the excuse that they had merely come to a sale, they knew not whose. They had read the placards, they wished to see what the placards had announced, and to make their choice beforehand. What could be more natural? Yet, all the same, in the midst of all these beautiful things, they could not help looking about for some traces of this courtesan's life, of which they had heard, no doubt, strange enough stories.Celle chez qui me trouvais était morte: les femmes les plus vertueuses pouvait donc pénétrer jusque dans sa chambre. La mort avait purifié l'air de ce cloaque splendide, et d'ailleurs elles avaient pour excuse, s'il en était besoin, qu'elles venaient à une vente san savoir chez qui elles venaient. Elles avaient lu des affiches, elles voulaient visiter ce que ces affiches promettaient et faire leur choix à l'avance; rien de plus simple; ce quene les empêchait pas de chercher, au milieu de toutes ces merveilles, les traces de cette vie de courtisane dont on leur avait fait, sans doute, de si étranges récits.
Unfortunately the mystery had vanished with the goddess, and, for all their endeavours, they discovered only what was on sale since the owner's decease, and nothing of what had been on sale during her lifetime. For the rest, there were plenty of things worth buying. The furniture was superb; there were rosewood and buhl cabinets and tables, Sevres and Chinese vases, Saxe statuettes, satin, velvet, lace; there was nothing lacking.Malheuresement les mystères étaient morts avec la déesse, et, malgré toute leur bonne volonté, ces dames ne surprirent que ce qui était à vendre depuis le décès, et rien de ce qui se vendait du vivant de la locataire. Du reste, il y avait de quoi faire des emplettes. Le mobilier était superbe. Meubles de bois de rose et de Boule, vases de Sèvres et de Chine, statuettes de Saxe, satin, velours et dentelle, rien n'y manquait.
I sauntered through the rooms, following the inquisitive ladies of distinction. They entered a room with Persian hangings, and I was just going to enter in turn, when they came out again almost immediately, smiling, and as if ashamed of their own curiosity. I was all the more eager to see the room. It was the dressing-room, laid out with all the articles of toilet, in which the dead woman's extravagance seemed to be seen at its height.Je me promenai dans l'appartement et je suivis les nobles curieuses qui m'y avaient précédé. Elles entrèrent dans une chambre tendue détoffe perse, et j'allais y entrer aussi, quand elles en sortirent presque aussitôt en souriant et comme si elles eussent eu honte de cette nouvelle curiosité. Je n'en désirai que plus vivement pénétrer dans cette chambre. C'était le cabinet de toilette, revêtu de ses plus minutieux détails, dans lesquels paraissait s'être développée au plus haut point la prodigalité de la morte.
On a large table against the wall, a table three feet in width and six in length, glittered all the treasures of Aucoc and Odiot. It was a magnificent collection, and there was not one of those thousand little things so necessary to the toilet of a woman of the kind which was not in gold or silver. Such a collection could only have been got together little by little, and the same lover had certainly not begun and ended it.Sur une grande table, adossée au mur, table de trois pieds de large sur six de long, brillaient tous les trésors d'Aucoc et d'Odiot. C'était là une magnifique collection, et pas un de ces mille objets, si nécessaires à la toilette d'une femme comme celle chez qui nous étions, n'était en autre métal qu'or ou argent. Cependant cette collection n'avait pu se faire que peu à peu, et ce n'était pas le même amour qui l'avait complétée.
Not being shocked at the sight of a kept woman's dressing-room, I amused myself with examining every detail, and I discovered that these magnificently chiselled objects bore different initials and different coronets. I looked at one after another, each recalling a separate shame, and I said that God had been merciful to the poor child, in not having left her to pay the ordinary penalty, but rather to die in the midst of her beauty and luxury, before the coming of old age, the courtesan's first death.Moi qui ne m'effarouchais pas à la vue du cabinet de toilette d'une femme entretenue, je m'amusais à en examiner les détails, quels qu'il fussent, et je m'aperçus que tous ces ustensiles magnifiquement ciselés portaient des initiales variées et des couronnes différentes. Je regardais toutes ces choses dont chacune me représentait une prostitution de la pauvre fille, et je me disais que Dieu avait été clément pour elle, puisqu'il n'avait pas permis qu'elle en arrivât au châtiment ordinaire, et qu'il avait laissée mourir dans son luxe et sa beauté, avant la vieillesse, cette première mort des courtisanes.
Is there anything sadder in the world than the old age of vice, especially in woman? She preserves no dignity, she inspires no interest. The everlasting repentance, not of the evil ways followed, but of the plans that have miscarried, the money that has been spent in vain, is as saddening a thing as one can well meet with. I knew an aged woman who had once been "gay," whose only link with the past was a daughter almost as beautiful as she herself had been. This poor creature to whom her mother had never said, "You are my child," except to bid her nourish her old age as she herself had nourished her youth, was called Louise, and, being obedient to her mother, she abandoned herself without volition, without passion, without pleasure, as she would have worked at any other profession that might have been taught her.En effet, quoi de plus triste à voir que la vieillesse du vice, surtout chez la femme? Elle ne renferme aucune dignité et n'inspire aucun intérêt. Ce repentir éternel, non pas de la mauvaise route suivie, mais des calculs mal faits et de l'argent mal employé, est une des plus attristantes choses que l'on puisse entendre. J'ai connu une ancienne femme galante à qui il ne restait plus de son passé qu'une fille presque aussi belle que, au dire de ses contemporains, avait été sa mère. Cette pauvre enfant à qui sa mère n'avait jamais dit: Tu es ma fille, que pour lui ordonner de nourrir sa vieillesse comme elle-même avait nourrir son enfance, cette pauvre créature se nommaint Louise, et, obéissant à sa mère, elle se livrait sans volonté, sans passion, sans plaisir, comme elle eût fait un métier si l'on eût songé à lui en apprendre un.
The constant sight of dissipation, precocious dissipation, in addition to her constant sickly state, had extinguished in her mind all the knowledge of good and evil that God had perhaps given her, but that no one had ever thought of developing. I shall always remember her, as she passed along the boulevards almost every day at the same hour, accompanied by her mother as assiduously as a real mother might have accompanied her daughter. I was very young then, and ready to accept for myself the easy morality of the age. I remember, however, the contempt and disgust which awoke in me at the sight of this scandalous chaperoning. Her face, too, was inexpressibly virginal in its expression of innocence and of melancholy suffering. She was like a figure of Resignation.La vue continuelle de la débauche, une débauche précoce, alimentée par l'état continuellement maladif de cette fille, avaient éteint en elle l'intelligence du mal et du bien que Dieu lui avait donnée peut-être, mais qu'il n'était venue à l'idée de personne de développer. Je me rappellerai toujours cette jeune fille, qui passait sur les boulevards presque tous les jours à la même heure. Sa mère l'accompagnait sans cesse, aussi assidument qu'une vraie mère eût accompagné sa vraie fille. J'étais bein jeune alors, et prêt à accepter pour mois la facile morale de mon siècle. Je me souviens cependant que la vue de cette surveillance scandaleuse m'inspirait le mépris et le dégoût. Joignez à cela que jamais visage de vierge n'eut un pareil sentiment d'innocence, une pareille expression de souffrance mélancolique. On eût dit une figure de la Résignation.
One day the girl's face was transfigured. In the midst of all the debauches mapped out by her mother, it seemed to her as if God had left over for her one happiness. And why indeed should God, who had made her without strength, have left her without consolation, under the sorrowful burden of her life? One day, then, she realized that she was to have a child, and all that remained to her of chastity leaped for joy. The soul has strange refuges. Louise ran to tell the good news to her mother. It is a shameful thing to speak of, but we are not telling tales of pleasant sins; we are telling of true facts, which it would be better, no doubt, to pass over in silence, if we did not believe that it is needful from time to time to reveal the martyrdom of those who are condemned without bearing, scorned without judging; shameful it is, but this mother answered the daughter that they had already scarce enough for two, and would certainly not have enough for three; that such children are useless, and a lying-in is so much time lost.Un jour, le visage de cette fille s'éclaira. Au milieu des débauches dont sa mère tenait le programme, il sembla à la pécheresse que Dieu lui permettait un bonheur. Et pourquoi, après tout, Dieu qui l'avait faite sans force, l'aurait-il laissée sans consolation, sous le poids douloureux de sa vie? Un jour donc, elle s'aperçut qu'elle était enceinte, et ce qu'il y avait en elle de chaste encore tressaillit de joie. L'âme a d'étranges refuges. Louise courut annoncer à sa mère cette nouvelle qui la rendait si joyeuse. C'est honteux à dire, cependant nous ne faisons pas ici de l'immoralité à plaisir, nous racontons un fait vrai, que nous ferions peut-être mieux de taire, si nous ne croyions qu'il faut de temps en temps révéler les martyres de ces êtres, que l'on condamne sans les entendre, que l'on méprise sans les juger; c'est honteux, disons-nous, mais la mère répondit à sa fille qu'elles n'avaient déjà pas trop pour deux et qu'elles n'auraient pas assez pour trois; que de pareils enfants sont inutiles et qu'une grossesse est du temps perdu.
Next day a midwife, of whom all we will say is that she was a friend of the mother, visited Louise, who remained in bed for a few days, and then got up paler and feebler than before.Le lendemain, une sage-femme, que nous signalons seulement comme l'amie de la mère, vint voir Louise que resta quelques jours au lit, et s'en releva plus pâle et plus faible qu'autrefois.
Three months afterward a man took pity on her and tried to heal her, morally and physically; but the last shock had been too violent, and Louise died of it. The mother still lives; how? God knows.Trois mois après, un homme se prit de pitié pour elle et entreprit sa guérison morale et physique; mais la dernière secousse avait été trop violente, et Louise mourut des suites de la fausse couche qu'elle avait faite. La mère vit encore: comment? Dieu le sait.
This story returned to my mind while I looked at the silver toilet things, and a certain space of time must have elapsed during these reflections, for no one was left in the room but myself and an attendant, who, standing near the door, was carefully watching me to see that I did not pocket anything.Cette histoire m'était revenue à l'esprit pendant que je contemplais les nécessaires d'argent, et un certain temps s'était écoulé, à ce qu'il paraît, dans ces reflexions, car il n'y avait plus dans l'appartement que mois et un gardien qui, de la porte, examinait avec attention si je ne dérobais rien.
I went up to the man, to whom I was causing so much anxiety. "Sir," I said, "can you tell me the name of the person who formerly lived here?"Je m'approchai e ce brave homme à qui j'inspirais de si graves inquiétudes. --Monsieur, lui dis-je, pourriez-vous me dire le nom de la personne qui demeurait ici?
"Mademoiselle Marguerite Gautier."--Mademoiselle Marguerite Gautier.
I knew her by name and by sight.Je connais cette fille de nom et de vue.
"What!" I said to the attendant; "Marguerite Gautier is dead?"--Comment! dis-je au gardien, Marguerite Gautier est morte?
"Yes, sir."--Oui, monsieur.
"When did she die?"--Et quand cela?
"Three weeks ago, I believe."--Il y a trois semaines, je crois.
"And why are the rooms on view?"--Et pourquois laisse-t-on visiter l'appartement?
"The creditors believe that it will send up the prices. People can see beforehand the effect of the things; you see that induces them to buy."--Les créanciers ont pensé que cela ne pouvait que faire monter la vente. Les personnes peuvent voir d'avance l'effet que font les étoffes et les meubles; vous comprenez, cela encourager à acheter.
"She was in debt, then?"--Elle avait donce des dettes?
"To any extent, sir."--Oh! monsieur, en quantité.
"But the sale will cover it?"--Mais la vente les couvrira sans doute?
"And more too."--Et au delà.
"Who will get what remains over?"--A qui reviendra le surplus, alors?
"Her family."--A sa famille.
"She had a family?"--Elle a donc une famille?
"It seems so."--A ce qu'il parait.
"Thanks."--Merci, monsieur.
The attendant, reassured as to my intentions, touched his hat, and I went out.Le gardien, rassuré sur mes intentions, me salua, et je sortis.
"Poor girl!" I said to myself as I returned home; "she must have had a sad death, for, in her world, one has friends only when one is perfectly well." And in spite of myself I began to feel melancholy over the fate of Marguerite Gautier.--Pauvre fille! me disais-je en rentrant chez moi, elle a dû mourir bien tristement, car, dans son monde, on n'a d'amis qu'à la condition qu'on se portera bien. Et malgré mois je m'apitoyais sur le sort de Marguerite Gautier.
It will seem absurd to many people, but I have an unbounded sympathy for women of this kind, and I do not think it necessary to apologize for such sympathy.Cela paraître peut-être ridicule à bien des gens, mais j'ai une indulgence inépuisable pour les courtisanes, et je ne me donne même pas la peine de discuter cette indulgence.
One day, as I was going to the Prefecture for a passport, I saw in one of the neighbouring streets a poor girl who was being marched along by two policemen. I do not know what was the matter. All I know is that she was weeping bitterly as she kissed an infant only a few months old, from whom her arrest was to separate her. Since that day I have never dared to despise a woman at first sight.Un jour, en allant prendre un passeport à la préfecture, je vis dans une des rues adjacentes une fille que deux gendarmes emmenaient. J'ignore ce qu'avait fait cette fille, tout ce que je puis dire, c'est qu'elle pleurait à chaudes larmes en embrassant un enfant de quelques mois dont son arrestation la séparait. Depuis ce jour, je n'ai plus su mépriser une femme à première vue.
Chapter 22
The sale was to take place on the 16th. A day's interval had been left between the visiting days and the sale, in order to give time for taking down the hangings, curtains, etc. I had just returned from abroad. It was natural that I had not heard of Marguerite's death among the pieces of news which one's friends always tell on returning after an absence. Marguerite was a pretty woman; but though the life of such women makes sensation enough, their death makes very little. They are suns which set as they rose, unobserved. Their death, when they die young, is heard of by all their lovers at the same moment, for in Paris almost all the lovers of a well-known woman are friends. A few recollections are exchanged, and everybody's life goes on as if the incident had never occurred, without so much as a tear.La vente était pour le 16. Un jour d'intervalle avait été laissé entre les visites et la vente pour donner aux tapissiers le temps de déclouer les tentures, rideaux, etc. A cette époque, je revenais de voyage. Il était assez naturel qu l'on ne m'eût pas appris la mort de Marguerite comme une de ces grandes nouvelles que ses amis apprennent toujours à celui qui revient dans la capitale des nouvelles. Marguerite était jolie, mais autant la vie recherchée de ces femmes fait de bruit, autant leur mort en fait peu. Ce sont de ces soleils qui se couchent commes ils se sont levés, sans éclat. Leur mort, quand elles meurent jeunes, est apprise de tous leurs amants en même temps, car à Paris presque tous les amants d'une fille connue vivent en intimité. Quelque souvenirs s'échangent à son sujet, et la vie des uns et des autres continue sans que cet incident la trouble même d'une larme.
Nowadays, at twenty-five, tears have become so rare a thing that they are not to be squandered indiscriminately. It is the most that can be expected if the parents who pay for being wept over are wept over in return for the price they pay.Aujourd'hui quand on a vingt-cinq ans, les larmes deviennent une chose si rare qu'on ne peut les donner à la première venue. C'est tout au plus si les parents qui payent pour être pleurés le sont en raison du prix qu'ils y mettent.
As for me, though my initials did not occur on any of Marguerite's belongings, that instinctive indulgence, that natural pity that I have already confessed, set me thinking over her death, more perhaps than it was worth thinking over. I remembered having often met Marguerite in the Bois, where she went regularly every day in a little blue coupe drawn by two magnificent bays, and I had noticed in her a distinction quite apart from other women of her kind, a distinction which was enhanced by a really exceptional beauty.Quant à moi, quoique mon chiffre ne se retrouvât sur aucun des nécessaires de Marguerite, cette indulgence instinctive, cette pitié naturelle que je viens d'avouer tout à l'heure me faisaient songer à sa mort plus longtemps qu'elle ne méritait peut-être que j'y songeasse. Je me rappelais avoir rencontré Marguerite très souvent aux Champs-Elysées, où elle venait assidument, tous les jours, dans un petit coupe bleu attelé de deux magnifiques chevaux bais, et avoir alors remarqué en elle une distinction que rehaussait encore une beauté vraiment exceptionnelle.
These unfortunate creatures whenever they go out are always accompanied by somebody or other. As no man cares to make himself conspicuous by being seen in their company, and as they are afraid of solitude, they take with them either those who are not well enough off to have a carriage, or one or another of those elegant, ancient ladies, whose elegance is a little inexplicable, and to whom one can always go for information in regard to the women whom they accompany.Ces malheureuses créatures sont toujours, quand elles sortent, accompagnées on ne sait de qui. Comme aucun homme ne consent à afficher publiquement l'amour nocturne qu'il a pour elles, comme elles ont horreur de la solitude, elles emmênent ou celles qui, moins heureuses, n'ont pas de voiture, ou quelques-unes de ces vieilles élégantes dont rien ne motive l'élégance, et à qui l'on peut s'addresser sans crainte, quand on veut avoir quelques détails que ce soient sur la femme qu'elles accompagnent.
In Marguerite's case it was quite different. She was always alone when she drove in the Champs-Elysees, lying back in her carriage as much as possible, dressed in furs in winter, and in summer wearing very simple dresses; and though she often passed people whom she knew, her smile, when she chose to smile, was seen only by them, and a duchess might have smiled in just such a manner. She did not drive to and fro like the others, from the Rond-Point to the end of the Champs-Elysees. She drove straight to the Bois. There she left her carriage, walked for an hour, returned to her carriage, and drove rapidly home.Il n'en était pas ainsi pour Marguerite. Elle arrivait aux Champs-Elysée toujours seule, dans sa voiture, où elle s'effaçait le plus possible, l'hiver enveloppée d'un grand cachemire, l'été vêtue de robes fort simples; et quoiqu'il y eût sur sa promenade favorite bien des gens qu'elle connût, quand par hasard elle leur souriait, le sourire était visible pour eux seuls, et une duchesse eût pu sourire ainsi. Elle ne se promenait pas du rond-point à l'entrée des Champs- Elysée, comme le font et le faisaient toutes ses collègues. Ses deux chevaux l'emportaient rapidement au Bois. Là, elle descendait de voiture, marchait pendant une heure, remontait dans son coupé, et rentrait chez elle au grand trot de son attelage.
All these circumstances which I had so often witnessed came back to my memory, and I regretted her death as one might regret the destruction of a beautiful work of art.Toutes ces circonstances, dont j'avais quelquefois été le témoin, repassaient devant moi et je regrettais la mort de cette fille comme on regrette la destruction totale d'une belle œuvre.
It was impossible to see more charm in beauty than in that of Marguerite. Excessively tall and thin, she had in the fullest degree the art of repairing this oversight of Nature by the mere arrangement of the things she wore. Her cashmere reached to the ground, and showed on each side the large flounces of a silk dress, and the heavy muff which she held pressed against her bosom was surrounded by such cunningly arranged folds that the eye, however exacting, could find no fault with the contour of the lines. Her head, a marvel, was the object of the most coquettish care. It was small, and her mother, as Musset would say, seemed to have made it so in order to make it with care.Or, il était impossible de voir une plus charmante beauté que celle de Marguerite. Grande et mince jusqu'à l'exagération, elle possédait au suprême degré l'art de faire disparaître cet oubli de la nature par le simple arrangement des choses qu'elle revêtait. Son cachemire, dont la pointe touchait à terre, laissait échapper de chaque côte les larges volants d'une robe de soie, et l'épais manchon qui chachait ses main et qu'elle appuyait contre sa poitrine, était entouré de plis si habilement ménagés, que l'œil n'avait rien à redire, si exigeant qu'il fût, au contour des lignes. La tête, une merveille, était l'objet d'une coquetterie particulière. Elle était toute petite, et sa mère, comme dirait de Musset, semblait l'avoir faite ainsi pour la taire avec soin.
Set, in an oval of indescribable grace, two black eyes, surmounted by eyebrows of so pure a curve that it seemed as if painted; veil these eyes with lovely lashes, which, when drooped, cast their shadow on the rosy hue of the cheeks; trace a delicate, straight nose, the nostrils a little open, in an ardent aspiration toward the life of the senses; design a regular mouth, with lips parted graciously over teeth as white as milk; colour the skin with the down of a peach that no hand has touched, and you will have the general aspect of that charming countenance. The hair, black as jet, waving naturally or not, was parted on the forehead in two large folds and draped back over the head, leaving in sight just the tip of the ears, in which there glittered two diamonds, worth four to five thousand francs each. How it was that her ardent life had left on Marguerite's face the virginal, almost childlike expression, which characterized it, is a problem which we can but state, without attempting to solve it.Dans un ovale d'une grâce indescriptible, mettez des yeux noirs surmontés de sourcils d'un arc si pur qu'il semblait peint; voilez ces yeux de grands cils qui, lorsqu'ils s'abaissaient, jetaient de l'ombre sur la teinte rose des joues; tracez un nez fin, droit, spirituel, aux narines un peu overtes par une aspiration ardente vers la vie sensuelle; dessinez une bouche régulière, dont les lèvres s'ouvraient gracieusement sur des dents blanches comme du lait; colorez la peau de ce velouté qui couvre les pêches qu'aucune main n'a touchées, et vous aurez l'ensemble de cette charmante tête. Les cheveux noirs comme du jais, ondés naturellement ou non, s'ouvraient sur le front en deux larges bandeaux, et se perdaient derrière la tête, en laissant voir un bout des oreilles, auxquelles brillaient deux diamants d'une valeur de quatre à cinq mille francs chacun. Comment sa vie ardente laissait-elle au visage de Marguerite l'expression virginale, enfantine même qui le caractérisait, c'est ce que nous sommes forcé de constater sans le comprendre.
Marguerite had a marvellous portrait of herself, by Vidal, the only man whose pencil could do her justice. I had this portrait by me for a few days after her death, and the likeness was so astonishing that it has helped to refresh my memory in regard to some points which I might not otherwise have remembered.Marguerite avait d'elle un merveilleux portrait fait par Vidal, le seul homme dont le crayon pouvait la reproduire. J'ai eu depuis sa mort ce portrait pendant quelques jours à ma disposition, et il était d'une si étonnante ressemblance qu'il m'a servi à donner les renseignements pour lesquels ma mémoire ne m'eût peut-être pas suffi.
Some among the details of this chapter did not reach me until later, but I write them here so as not to be obliged to return to them when the story itself has begun.Parmi les détails de ce chapitre, quelques-un ne me sont parvenus que plus tard, mais je les écris tout de suite pour n'avoir pas à y revenir, lorsque commencera l'histoire anecdotique de cette femme.
Marguerite was always present at every first night, and passed every evening either at the theatre or the ball. Whenever there was a new piece she was certain to be seen, and she invariably had three things with her on the ledge of her ground-floor box: her opera-glass, a bag of sweets, and a bouquet of camellias.Marguerite assistait à toutes les premières représentations et passait toutes ses soirées au spectacle ou au bal. Chaque fois que l'on jouait une pièce nouvelle, on était sûr de l'y voir, avec trois choses qui ne la quittaient jamais, et qui occupaient toujours le devant de sa loge de rez-de-chaussée: sa lorgnette, un sac de bonbons et un bouquet de camélias.
For twenty-five days of the month the camellias were white, and for five they were red; no one ever knew the reason of this change of colour, which I mention though I can not explain it; it was noticed both by her friends and by the habitue's of the theatres to which she most often went. She was never seen with any flowers but camellias. At the florist's, Madame Barjon's, she had come to be called "the Lady of the Camellias," and the name stuck to her.Pendant vingt-cinq jours du mois, les camélias étaient blancs, et pendant cinq ils étaient rouges; on n'a jamais su la raison de cette variété de couleurs, que je signale san pouvoir l'expliquer et que les habitués des théâtres où elle allait le plus fréquement et ses amis avaient remarquée comme moi. On n'avait jamais vu à Marguerite d'autres fleurs que des camélias. Aussi chez madame Barjon, sa fleuriste, avait-on fini par la surnommer la Dame aux Camélias, et ce surnom lui était resté.
Like all those who move in a certain set in Paris, I knew that Marguerite had lived with some of the most fashionable young men in society, that she spoke of it openly, and that they themselves boasted of it; so that all seemed equally pleased with one another. Nevertheless, for about three years, after a visit to Bagnees, she was said to be living with an old duke, a foreigner, enormously rich, who had tried to remove her as far as possible from her former life, and, as it seemed, entirely to her own satisfaction.Je savais en outre, comme tous ceux qui vivent dans un certain monde, à Paris, que Marguerite avait été la maîtresse des jeunes gens les plus élégants, qu'elle le disait hautement, et qu'eux-mêmes s'en vantaient, ce qui prouvait qu'amants et maîtresse étaient contents l'un de l'autre. Cependant, depuis trois ans environ, depuis un voyage à Bagnères, elle ne vivait plus, disait-on, qu'avec un vieux duc étranger, énormément riche et qui avait essayé de la détacher le plus possible de sa vie passée, ce que du reste elle avait paru se laisser faire d'assez bonne grâce. Voici ce qu'on m'a raconté à ce sujet.
This is what I was told on the subject. In the spring of 1847 Marguerite was so ill that the doctors ordered her to take the waters, and she went to Bagneres. Among the invalids was the daughter of this duke; she was not only suffering from the same complaint, but she was so like Marguerite in appearance that they might have been taken for sisters; the young duchess was in the last stage of consumption, and a few days after Marguerite's arrival she died. One morning, the duke, who had remained at Bagneres to be near the soil that had buried a part of his heart, caught sight of Marguerite at a turn of the road. He seemed to see the shadow of his child, and going up to her, he took her hands, embraced and wept over her, and without even asking her who she was, begged her to let him love in her the living image of his dead child. Marguerite, alone at Bagneres with her maid, and not being in any fear of compromising herself, granted the duke's request. Some people who knew her, happening to be at Bagneres, took upon themselves to explain Mademoiselle Gautier's true position to the duke. It was a blow to the old man, for the resemblance with his daughter was ended in one direction, but it was too late. She had become a necessity to his heart, his only pretext, his only excuse, for living. He made no reproaches, he had indeed no right to do so, but he asked her if she felt herself capable of changing her mode of life, offering her in return for the sacrifice every compensation that she could desire. She consented.Au printemps de 1842, Marguerite était si faible, si changée que les médicins lui ordonnèrent les eaux, et qu'elle partit pour Bagnères. Là, parmi les malades, se trouvait la fille de ce duc, laquelle avait non seulement la même maladie, mais encore le même visage que Marguerite, au point qu'on eût pu les prendre pour les deux sœurs. Seuelement la jeune duchesse était au troisième degré de la phtisie, et peu de jours après l'arrivées de Marguerite elle succombait. Un matin le duc, resté à Bagnères comme on reste sur le sol qui ensevelit une partie du cœur, aperçut Marguerite au détour d'une allée. Il lui sembla voir passer l'ombre de son enfant et, marchant vers elle, il lui prit les mains, l'embrassa en pleurant, et sans lui demander qui elle était, implora la permission de la voir et d'aimer en elle l'image vivante de sa fille morte. Marguerite, seule à Bagnères avec sa femme de chambre, et d'ailleurs n'ayant aucune crainte de se compromettre, accorda au duc ce qu'il lui demandait. Il se trouvait à Bagnères des gens qui la connaissaient, et qui vinrent officiellement avertir le duc de la véritable position de mademoiselle Gautier. Ce fut un coup pour le vieillard, car là cessait la ressemblance avec sa fille, mais il était trop tard. La jeune femme était devenue un besoin de son cœur et son seul prétexte, sa seule excuse de vivre encore. Il ne lui fit aucun reproche, il n'avait pas le droit de lui en faire, mais il lui demanda si elle se sentait capable de changer sa vie, lui offrant en échange de ce sacrifice toutes les compensations qu'elle pourrait désirer. Elle promit.
It must be said that Marguerite was just then very ill. The past seemed to her sensitive nature as if it were one of the main causes of her illness, and a sort of superstition led her to hope that God would restore to her both health and beauty in return for her repentance and conversion. By the end of the summer, the waters, sleep, the natural fatigue of long walks, had indeed more or less restored her health. The duke accompanied her to Paris, where he continued to see her as he had done at Bagneres.Il faut dire qu'à cette époque, Marguerite, nature enthousiaste, était malade. Le passé lui apparaissait comme une des causes principales de sa maladie, et une sorte de superstition lui fit espérer que Dieu lui laisserait la beauté et la santé, en échange de son repentir et de sa conversion. En effet, les eaux, les promenades, la fatigue naturelle et le sommeil l'avaient à peu près rétablie quand vint la fin de l'été. Le duc accompagna Marguerite à Paris, où il continua de venir la voir comme à Bagnères.
This liaison, whose motive and origin were quite unknown, caused a great sensation, for the duke, already known for his immense fortune, now became known for his prodigality. All this was set down to the debauchery of a rich old man, and everything was believed except the truth. The father's sentiment for Marguerite had, in truth, so pure a cause that anything but a communion of hearts would have seemed to him a kind of incest, and he had never spoken to her a word which his daughter might not have heard.Cette liaison, dont on ne connaissait ni la véritable origine, ni le véritable motif, causa une grande sensation ici, car le duc, connu par sa grande fortune, se faisait connaître maintenant par sa prodigalité. On attribua au libertinage, fréquent chez les vieillards riches, ce rapprochement du vieux duc et de la jeune femme. On supposa tout, excepté ce qui était. Cependant le sentiment de ce père pour Marguerite avait une cause si chaste, que tout autre rapport que des rapports de cœur avec elle lui eût semblé un inceste, et jamais il ne lui avait dit un mot que sa fille n'eût pu entendre.
Far be it from me to make out our heroine to be anything but what she was. As long as she remained at Bagneres, the promise she had made to the duke had not been hard to keep, and she had kept it; but, once back in Paris, it seemed to her, accustomed to a life of dissipation, of balls, of orgies, as if the solitude, only interrupted by the duke's stated visits, would kill her with boredom, and the hot breath of her old life came back across her head and heart.Loin de nous la pensée de faire de notre héroïne autre chose que ce qu'elle était. Nous dirons donc que tant qu'elle était restée à Bagnères, la promesse faite au duc n'avait pas été difficile à tenir, et qu'elle avait été tenue; mais une fois de retour à Paris, il avait semblé à cette fille habituée à la vie dissipée, aux bals, aux orgies même, que sa solitude, troublées seulement par les visites périodiques du duc, la ferait mourir d'ennui, et les souffles brûlants de sa vie d'autrefois passaient à la fois sur sa tête et sur son cœur.
We must add that Marguerite had returned more beautiful than she had ever been; she was but twenty, and her malady, sleeping but not subdued, continued to give her those feverish desires which are almost always the result of diseases of the chest.Ajoutez que Marguerite était revenue de ce voyage plus belle qu'elle n'avait jamais été, qu'elle avait vingt ans, et que la maladie endormie, mais non vaincue, continuait à lui donner ces désirs fiévreux qui sont presque toujours le résultat des affections de poitrine.
It was a great grief to the duke when his friends, always on the lookout for some scandal on the part of the woman with whom, it seemed to them, he was compromising himself, came to tell him, indeed to prove to him, that at times when she was sure of not seeing him she received other visits, and that these visits were often prolonged till the following day. On being questioned, Marguerite admitted everything to the duke, and advised him, without arriere-pensee, to concern himself with her no longer, for she felt incapable of carrying out what she had undertaken, and she did not wish to go on accepting benefits from a man whom she was deceiving. The duke did not return for a week; it was all he could do, and on the eighth day he came to beg Marguerite to let him still visit her, promising that he would take her as she was, so long as he might see her, and swearing that he would never utter a reproach against her, not though he were to die of it.Le duc eut donc une grande douleur le jour où ses amis, sans cesse aux aguets pour surprendre un scandale de la part de la jeune femme avec laquelle il se compromettait, disaient-ils, vinrent lui dire et lui prouver qu'à l'heure où elle était sûre de ne pas le voir venir, elle recevait des visites, et que ces visites se prolongeaient souvent jusqu'àu lendemain. Interrogée, Marguerite avoua tout au duc, lui conseillant, sans arrière-pensée, de cesser de s'occuper d'elle, car elle ne se sentait pas la force de tenir les engagements pris, et ne voulait pas recevoir plus longtemps les bienfaits d'un homme qu'elle trompait. Le duc resta huit jours sans paraître, ce fut tout ce qu'il put faire, et, le huitième jour, il vint supplier Marguerite de l'admettre encore, lui promettant de l'accepter telle qu'elle serait, pourvu qu'il la vît, et lui jurant que, dût-il mourir, il ne lui ferait jamais un reproche.
This, then, was the state of things three months after Marguerite's return; that is to say, in November or December, 1842.Voilà où en étaient les chose trois mois après le retour de Marguerite, c'est-à-dire en novembre ou décembre 1842.
Chapter 33
At one o'clock on the 16th I went to the Rue d'Antin. The voice of the auctioneer could be heard from the outer door. The rooms were crowded with people. There were all the celebrities of the most elegant impropriety, furtively examined by certain great ladies who had again seized the opportunity of the sale in order to be able to see, close at hand, women whom they might never have another occasion of meeting, and whom they envied perhaps in secret for their easy pleasures. The Duchess of F. elbowed Mlle. A., one of the most melancholy examples of our modern courtesan; the Marquis de T. hesitated over a piece of furniture the price of which was being run high by Mme. D., the most elegant and famous adulteress of our time; the Duke of Y., who in Madrid is supposed to be ruining himself in Paris, and in Paris to be ruining himself in Madrid, and who, as a matter of fact, never even reaches the limit of his income, talked with Mme. M., one of our wittiest story-tellers, who from time to time writes what she says and signs what she writes, while at the same time he exchanged confidential glances with Mme. de N., a fair ornament of the Champs-Elysees, almost always dressed in pink or blue, and driving two big black horses which Tony had sold her for 10,000 francs, and for which she had paid, after her fashion; finally, Mlle. R., who makes by her mere talent twice what the women of the world make by their dot and three times as much as the others make by their amours, had come, in spite of the cold, to make some purchases, and was not the least looked at among the crowd.Le 16, à une heure, je me rendis rue d'Antin. De la porte cochère on entendait crier les commissaires-priseurs. L'appartement était plein de curieux. Il y avait là toutes les célébrités du vice élégant, sournoisement examinées par quelques grandes dames qui avaient pris encore une fois le prétexte de la vente, pour avoir le droit de voir de près des femmes avec qui elles n'auraient jamais eu occasion de se retrouver, et dont elles enviaient peut-être en secret les faciles plaisirs. Madame la duchesse de F... coudoyait mademoiselle A..., une des plus tristes épreuves de nos courtisanes modernes; madame la marquise de T... hésitait pour acheter un meuble sur lequel enchérissait madame D..., la femme adultère la plus élégant et la plus connue de notre époque; le duc d'Y... qui passe à Madrid pour se ruiner à Paris, à Paris pour se ruiner à Madrid, et qui, somme toute, ne dépense même pas son revenu, tout en causant avec madame M..., une de nos plus spirituelles conteuses qui veut bien de temps en temps écrire ce qu'elle dit et signer ce qu'elle écrit, échangeait des regards confidentiels avec madame de N..., cette belle promeneuse des Champs-Elysées, presque toujours vêtue de rose ou de bleu et qui fait traîner sa voiture par deux grands chevaux noirs, que Tony lui a vendus dix mille francs et...qu'elle lui a payés; enfin mademoiselle R..., qui se fait avec son seul talent le double de ce que les femmes du monde se font avec leur dot, et le triple de ce que les autres se font avec leurs amours, était, malgré le froid, venue faire quelques emplettes, et ce n'était pas elle qu'on regardait le moins.
We might cite the initials of many more of those who found themselves, not without some mutual surprise, side by side in one room. But we fear to weary the reader. We will only add that everyone was in the highest spirits, and that many of those present had known the dead woman, and seemed quite oblivious of the fact. There was a sound of loud laughter; the auctioneers shouted at the top of their voices; the dealers who had filled the benches in front of the auction table tried in vain to obtain silence, in order to transact their business in peace. Never was there a noisier or a more varied gathering.Nous pourrions citer encore les initiales de bien des gens réunis dans ce salon, et bien étonnés de se trouver ensemble; mais nous craindrions de lasser le lecteur. Disons seulement que tout le monde était d'une gaieté folle, et que parmi toutes celles qui se trouvait là beaucoup avaient connu la morte, et ne paraissaient pas s'en souvenir. On riait fort; les commissaires criaient à tue-tête; les marchands que avaient envahi les bancs disposés devant les tables de vente essayaient en vain d'imposer silence, pour faire leurs affaires tranquillement. Jamais réunion ne fut plus variée, plus bruyante.
I slipped quietly into the midst of this tumult, sad to think of when one remembered that the poor creature whose goods were being sold to pay her debts had died in the next room. Having come rather to examine than to buy, I watched the faces of the auctioneers, noticing how they beamed with delight whenever anything reached a price beyond their expectations. Honest creatures, who had speculated upon this woman's prostitution, who had gained their hundred per cent out of her, who had plagued with their writs the last moments of her life, and who came now after her death to gather in at once the fruits of their dishonourable calculations and the interest on their shameful credit, How wise were the ancients in having only one God for traders and robbers!Je me glissai humblement au milieu de ce tumulte attrisant quand je songeais qu'il avait lieu près de la chambre où avait expiré la pauvre créature dont on vendait les meubles pour payer les dettes. Venu pour examiner plus que pour acheter, je regardais les figures des fournisseurs qui faisaient vendre, et dont les traits s'épanouissaient chaque fois qu'un objet arrivait à un prix qu'ils n'eussent pas espéré. Honnêtes gens qui avaient spéculé sur la prostitution de cette femme, qui avaient gagné cent pour cent sur elle, qui avaient poursuivi de papiers timbrés les derniers moments de sa vie, et qui venaient après sa mort recueillir les fruits de leurs honorables calculs en même temps que les intérêts de leur honteux crédit. Combien avaient raison les anciens qui n'avaient qu'un même Dieu pour les marchands et pour les voleurs!
Dresses, cashmeres, jewels, were sold with incredible rapidity. There was nothing that I cared for, and I still waited. All at once I heard: "A volume, beautifully bound, gilt-edged, entitled Manon Lescaut. There is something written on the first page. Ten francs."Robes, cachemires, bijoux se vendaient avec une rapidité incroyable. Rien de tout cela ne me convenait, et j'attendais toujours. Tout à coup j'entendis crier: --Un volume, parfaitement relié, doré sur tranche, intitulé: Manon Lescaut. Il y a quelque chose d'écrit sur la première page: Dix francs.
"Twelve," said a voice after a longish silence.--Douze, dit une voix après un silence assez long.
"Fifteen," I said.--Quinze, dis-je.
Why? I did not know. Doubtless for the something written.Pourquoi? Je n'en savais rien. Sans doute pour ce quelque chose d'écrit.
"Fifteen," repeated the auctioneer.--Quinze, répéta le commissaire-priseur.
"Thirty," said the first bidder in a tone which seemed to defy further competition.--Trente, fit le premier enchérisseur d'un ton qui semblait défier qu'on mît davantage.
It had now become a struggle. "Thirty-five," I cried in the same tone.Cela devenaient une lutte. --Trente-cinq! criai-je alors du même ton.
"Forty."--Quarante.
"Fifty."--Cinquante.
"Sixty."--Soixante.
"A hundred."--Cent.
If I had wished to make a sensation I should certainly have succeeded, for a profound silence had ensued, and people gazed at me as if to see what sort of a person it was, who seemed to be so determined to possess the volume.J'avoue que si j'avais voulu faire de l'effet, j'aurais complétement réussi, car à cette enchère un grand silence se fit, et l'on me regarda pour savoir quel était ce monsieur qui paraissait si résolu à posséder ce volume.
The accent which I had given to my last word seemed to convince my adversary; he preferred to abandon a conflict which could only have resulted in making me pay ten times its price for the volume, and, bowing, he said very gracefully, though indeed a little late:Il parait que l'accent donné à mon dernier mot avait convaincu mon antagoniste: il préféra donc abandonner un combat qui n'eût servi qu'à me faire payer ce volume dix fois sa valeur, et, s'inclinant, il me dit fort gracieusement, quoique un peu tard:
"I give way, sir."--Je cede, monsieur.
Nothing more being offered, the book was assigned to me.Personne n'ayant plus rien dit, le livre me fut adjugé.
As I was afraid of some new fit of obstinacy, which my amour propre might have sustained somewhat better than my purse, I wrote down my name, had the book put on one side, and went out. I must have given considerable food for reflection to the witnesses of this scene, who would no doubt ask themselves what my purpose could have been in paying a hundred francs for a book which I could have had anywhere for ten, or, at the outside, fifteen.Comme je redoutais un nouvel entêtement que mon amour-propre eût peut-être soutenu, mais dont ma bourse se fût certainement trouvée très mal, je fis inscrire mon nom, mettre de côté le volume, et je déscendis. Je dus donner beaucoup à penser aux gens qui, témoins de cette scène, se demandèrent sans doute dans quel but j'étais venu payer cent francs un livre que je pouvais avoir partout pour dix ou quinze francs au plus.
An hour after, I sent for my purchase. On the first page was written in ink, in an elegant hand, an inscription on the part of the giver. It consisted of these words:Une heure après j'avais envoyé chercher mon achat. Sur la première page était écrite à la plume, et d'une écriture élégante, la dédicace du donataire de ce livre. Cette dédicace portrait ces seul mots:
Manon to Marguerite.Manon à Marguerite, Humilité.
Humility.Elle était signée: Armand Duval.
It was signed Armand Duval.Que voulait dire ce mot: Humilité?
What was the meaning of the word Humility? Was Manon to recognise in Marguerite, in the opinion of M. Armand Duval, her superior in vice or in affection? The second interpretation seemed the more probable, for the first would have been an impertinent piece of plain speaking which Marguerite, whatever her opinion of herself, would never have accepted.Manon reconnaissait-elle dans Marguerite, par l'opinion de ce M. Armand Duval, une supériorité de débauche ou de cœur? La seconde interprétation était la plus vraisemblable, car la première n'eût été qu'une impertinente franchise que n'eût pas acceptée Marguerite, malgré son opinion sur elle-même.
I went out again, and thought no more of the book until at night, when I was going to bed.Je sortis de nouveau et je ne m'occupai plus de ce livre que le soir lorsque je me couchai.
Manon Lescaut is a touching story. I know every detail of it, and yet whenever I come across the volume the same sympathy always draws me to it; I open it, and for the hundredth time I live over again with the heroine of the Abbe Prevost. Now this heroine is so true to life that I feel as if I had known her; and thus the sort of comparison between her and Marguerite gave me an unusual inclination to read it, and my indulgence passed into pity, almost into a kind of love for the poor girl to whom I owed the volume. Manon died in the desert, it is true, but in the arms of the man who loved her with the whole energy of his soul; who, when she was dead, dug a grave for her, and watered it with his tears, and buried his heart in it; while Marguerite, a sinner like Manon, and perhaps converted like her, had died in a sumptuous bed (it seemed, after what I had seen, the bed of her past), but in that desert of the heart, a more barren, a vaster, a more pitiless desert than that in which Manon had found her last resting-place.Certes, Manon Lascaut est une touchante histoire dont pas un détail ne m'est inconnu, et cependant lorsque je trouve ce volume sous ma main, ma sympathie pour lui m'attire toujours, je l'ouvre et pour la centième fois je revis avec l'héroine de l'abbé Prévost. Or, cette héroïne est tellement vraie, qu'il me semble l'avoir connue. Dans ces circonstances nouvelles, l'espèce de comparaison faite entre elle et Marguerite donnait pour moi un attrait inattendu à cette lecture, et mon indulgence s'augmenta de pitié, presque d'amour pour la pauvre fille à l'héritage de laquelle je devais ce volume. Manon était morte dans un désert, il est vrai, mais dans les bras de l'homme qui l'aimait avec toutes les énergies de l'âme, qui, morte, lui creusa une fosse, l'arrosa de ses larmes et y ensevelit son cœur; tandis que Marguerite, pécheresse comme Manon, et peut-être convertie comme elle, était morte au sein d'un luxe somptueux, s'il fallait en croire ce que j'avais vu, dans le lit de son passé, mais aussi au milieu de ce désert du cœur, bien plus vaste, bien plus impitoyable que celui dans lequel avait été enterrée Manon.
Marguerite, in fact, as I had found from some friends who knew of the last circumstances of her life, had not a single real friend by her bedside during the two months of her long and painful agony.Marguerite, en effet, comme je l'avais appris de quelques amis informés des dernières circonstances de sa vie, n'avait pas vu s'asseoir une réelle consonlation à son chevet, pendant les deux mois qu'avait duré sa lente et douloureuse agonie.
Then from Manon and Marguerite my mind wandered to those whom I knew, and whom I saw singing along the way which led to just such another death. Poor souls! if it is not right to love them, is it not well to pity them? You pity the blind man who has never seen the daylight, the deaf who has never heard the harmonies of nature, the dumb who has never found a voice for his soul, and, under a false cloak of shame, you will not pity this blindness of heart, this deafness of soul, this dumbness of conscience, which sets the poor afflicted creature beside herself and makes her, in spite of herself, incapable of seeing what is good, of bearing the Lord, and of speaking the pure language of love and faith.Puis de Manon et de Marguerite ma pensée se reportait sur celles que je connaissais et que je voyais s'acheminer en chantant vers une mort presque toujours invariable. Pauvres créatures! Si c'est un tort de les aimer, c'est bien le moins qu'on les plaigne. Vous plaignez l'aveugle qui n'a jamais vu les rayons du jour, le sourd qui n'a jamais entendu les accords de la nature, le muet qui n'a jamais pu rendre la voix de son âme, et, sous un faux prétexte de pudeur, vous ne voulez pas plaindre cette cécité du cœur, cette surdité de l'âme, ce mutisme de la conscience que rendent folle la malheureuse affligée et qui la font malgré elle incapable de voir le bien, d'entendre le Seigneur et de parler la langue pure de l'amour et de la foi.
Hugo has written Marion Delorme, Musset has written Bernerette, Alexandre Dumas has written Fernande, the thinkers and poets of all time have brought to the courtesan the offering of their pity, and at times a great man has rehabilitated them with his love and even with his name. If I insist on this point, it is because many among those who have begun to read me will be ready to throw down a book in which they will fear to find an apology for vice and prostitution; and the author's age will do something, no doubt, to increase this fear. Let me undeceive those who think thus, and let them go on reading, if nothing but such a fear hinders them.Hugo a fait Marion Delorme, Musset a fait Bernerette, Alexandre Dumas a fait Fernande, les penseurs et les poètes de tous les temps ont apporté à la courtisane l'offrande de leur miséricorde, et quelquefois un grand homme les a réhabilitées de son amour et même de son nom. Si j'insiste ainsi sur ce point, c'est que parmi ceux qui vont me lire, beaucoup peut-être sont déjà prêts à rejeter ce livre, dans lequel ils craignent de ne voir qu'une apologie du vice et de la prostitution, et l'âge de l'auteur contribue sans doute encore à motiver cette crainte. Que ceux qui penseraient ainsi se détrompent, et qu'ils continuent, si cette crainte seule les retenait.
I am quite simply convinced of a certain principle, which is: For the woman whose education has not taught her what is right, God almost always opens two ways which lead thither the ways of sorrow and of love. They are hard; those who walk in them walk with bleeding feet and torn hands, but they also leave the trappings of vice upon the thorns of the wayside, and reach the journey's end in a nakedness which is not shameful in the sight of the Lord.Je suis tout simplement convaincu d'un principe que est que: Pour la femme à qui l'éducation n'a pas enseigné le bien, Dieu ouvre presque toujours deux sentiers qui l'y ramènent; ces sentiers sont la douleur et l'amour. Ils sont difficiles; celles qui s'y engagent s'y ensanglantent les pieds, s'y déchirent les mains, mais elles laissent en même temps aux ronces de la route les parures du vice et arrivent au but avec cette nudité dont on ne rougit pas devant le Seigneur.
Those who meet these bold travellers ought to succour them, and to tell all that they have met them, for in so doing they point out the way. It is not a question of setting at the outset of life two sign-posts, one bearing the inscription "The Right Way," the other the inscription "The Wrong Way," and of saying to those who come there, "Choose." One must needs, like Christ, point out the ways which lead from the second road to the first, to those who have been easily led astray; and it is needful that the beginning of these ways should not be too painful nor appear too impenetrable.Ceux qui rencontrent ces voyageuses hardies doivent les soutenir et dire à tous qu'ils les ont rencontrées, car en le publiant ils montrent la voie. Il ne s'agit pas de mettre tout bonnement à l'entrée de la vie deux poteaux, portant l'un cette inscription: Route de bien, l'autre cet avertissement: Route du mal, et de dire à ceux qui se présentent: Choisissez; il faut, comme le Christ, montrer des chemins qui ramènent de la seconde route à la première ceux qui s'étaient laissé tenter par les abords; et il ne faut pas surtout que le commencement de ces chemins soit trop douloureux, ni paraisse trop impénétrable.
Here is Christianity with its marvellous parable of the Prodigal Son to teach us indulgence and pardon. Jesus was full of love for souls wounded by the passions of men; he loved to bind up their wounds and to find in those very wounds the balm which should heal them. Thus he said to the Magdalen: "Much shall be forgiven thee because thou hast loved much," a sublimity of pardon which can only have called forth a sublime faith.Le christianisme est là avec sa merveilleuse parabole de l'enfant prodigue pour nous conseiller l'indulgence et le pardon. Jésus était plein d'amour pour ces âmes blessées par les passions des hommes, et dont il aimait à panser les plaies en tirant le baume qui devait les guérir des plaies elles-mêmes. Ainsi, il disait à Madeleine: "Il te sera beaucoup remis parce que tu as beaucoup aimé", sublime pardon qui devait éveiller une foi sublime.
Why do we make ourselves more strict than Christ? Why, holding obstinately to the opinions of the world, which hardens itself in order that it may be thought strong, do we reject, as it rejects, souls bleeding at wounds by which, like a sick man's bad blood, the evil of their past may be healed, if only a friendly hand is stretched out to lave them and set them in the convalescence of the heart?Pourquoi nous férions-nous plus rigides que le Christ? Pourquoi, nous en tenant obstinément aux opinions de ce monde qui se fait dur pour qu'on le croie fort, rejetterions-nous avec lui des âmes saignantes souvent de blessures par où, comme le mauvais sang d'un malade, s'épanche le mal de leur passé, et n'attendant qu'une main amie qui les panse et leur rende la convalescence du cœur?
It is to my own generation that I speak, to those for whom the theories of M. de Voltaire happily exist no longer, to those who, like myself, realize that humanity, for these last fifteen years, has been in one of its most audacious moments of expansion. The science of good and evil is acquired forever; faith is refashioned, respect for sacred things has returned to us, and if the world has not all at once become good, it has at least become better. The efforts of every intelligent man tend in the same direction, and every strong will is harnessed to the same principle: Be good, be young, be true! Evil is nothing but vanity, let us have the pride of good, and above all let us never despair. Do not let us despise the woman who is neither mother, sister, maid, nor wife. Do not let us limit esteem to the family nor indulgence to egoism. Since "there is more joy in heaven over one sinner that repenteth than over ninety and nine just persons that need no repentance," let us give joy to heaven. Heaven will render it back to us with usury. Let us leave on our way the alms of pardon for those whom earthly desires have driven astray, whom a divine hope shall perhaps save, and, as old women say when they offer you some homely remedy of their own, if it does no good it will do no harm.C'est à ma génération que je m'adresse, à ceux pour qui les théories de M. de Voltaire n'existent heureusement plus, à ceux qui, comme moi, comprennent que l'humanité est depuis quinze ans dans un de ses plus audacieux élans. La science du bien et du mal est à jamais acquise; la foi se reconstruit, le respect des choses saintes nous est rendu, et si le monde ne se fait pas tout à fait bon, il se fait du moins meilleur. Les efforts de tous les hommes intelligents tendent au même but, et toutes les grandes volontés s'attellent au même principe: soyons bon, soyons jeune, soyons vrais! Le mal n'est qu'une vanité, ayons l'orgueil du bien, et surtout ne désespérons pas. Ne méprisons pas la femme qui n'est ni mère, ni sœur, ni fille, ni épouse. Ne réduisons pas l'estime à la famille, l'indulgence à l'égoïsme. Puisque le ciel est plus en joie pour le repentir d'un pécheur que pour cent justes qui n'ont jamais péché, essayons de réjouir le ciel. Il peut nous le rendre avec usure. Laissons sur notre chemin l'aumône de notre pardon à ceux que les désirs terrestres ont perdus, que sauvera peut-être une espérance divine, et, comme disent les bonnes vieilles femmes quand elles conseillent un remède de leur façon, si cela ne fait pas de bien, cela ne peut faire de mal.
Doubtless it must seem a bold thing to attempt to deduce these grand results out of the meagre subject that I deal with; but I am one of those who believe that all is in little. The child is small, and he includes the man; the brain is narrow, and it harbours thought; the eye is but a point, and it covers leagues.Certes, il doit paraître bien hardi à moi de vouloir faire sortir ces grands résultats du mince sujet que je traite; mais je suis de ceux qui croient que tout est dans peu. L'enfant est petit, et il renferme l'homme; le cerveau est étroit, et il abrite la pensée; l'œil n'est qu'un point, et il embrasse des lieues.
Chapter 44
Two days after, the sale was ended. It had produced 3.50,000 francs. The creditors divided among them two thirds, and the family, a sister and a grand-nephew, received the remainder.Deux jours après, la vente était complétement terminée. Elle avait produit cent cinquante mille francs. Les créanciers s'en étaient partagé les deux tiers, et la famille, composé d'une sœur et d'un petit-neveu, avait herité du reste.
The sister opened her eyes very wide when the lawyer wrote to her that she had inherited 50,000 francs. The girl had not seen her sister for six or seven years, and did not know what had become of her from the moment when she had disappeared from home. She came up to Paris in haste, and great was the astonishment of those who had known Marguerite when they saw as her only heir a fine, fat country girl, who until then had never left her village. She had made the fortune at a single stroke, without even knowing the source of that fortune. She went back, I heard afterward, to her countryside, greatly saddened by her sister's death, but with a sadness which was somewhat lightened by the investment at four and a half per cent which she had been able to make.Cette sœur avait overt de grands yeux quand l'homme d'affaires lui avait écrit qu'elle héritait de cinquante mille francs. Il y avait six ou sept ans que cette jeune fille n'avait vu sa sœur, laquelle avait disparu un jour sans que l'on sût, ni par elle ni par d'autres, le moindre détail sur sa vie depuis le moment de sa disparition. Elle était donc arrivée en tout hâte à Paris, et l'étonnement de ceux qui connaissaient Marguerite avait été grand quand ils avaient vu que son unique héritière était une grosse et belle fille de campagne qui jusqu'alors n'avait jamais quitté son village. Sa fortune se trouva faite d'un seul coup, sans qu'elle sût même de quelle source lui venait cette fortune inespéree. Elle retourna, m'a-t-on dit depuis, à sa campagne, emportant de la mort de sa sœur une grande tristesse que compensait néanmoins le placement à quatre et demi qu'elle venait de faire.
All these circumstances, often repeated in Paris, the mother city of scandal, had begun to be forgotten, and I was even little by little forgetting the part I had taken in them, when a new incident brought to my knowledge the whole of Marguerite's life, and acquainted me with such pathetic details that I was taken with the idea of writing down the story which I now write.Toutes ces circonstances répétées dans Paris, la ville mère du scandale, commençaient à être oubliées et j'oubliais même à peu près en quoi j'avais pris part à ces événements, quand un nouvel incident me fit connaître toute la vie de Marguerite et m'apprit des détails si touchants, que l'envie me prit d'écrire cette histoire et que je l'écris.
The rooms, now emptied of all their furniture, had been to let for three or four days when one morning there was a ring at my door.Depuis trois ou quatre jours l'appartement, vide de tous ses meubles vendus, était à louer, quand on sonna un matin chez moi.
My servant, or, rather, my porter, who acted as my servant, went to the door and brought me a card, saying that the person who had given it to him wished to see me.Mon domestique, ou plutôt mon portier qui me servait de domestique, alla ouvrir et me rapporta une carte, en me disant que la personne qui la lui avait remise désirait me parler.
I glanced at the card and there read these two words: Armand Duval.Je jetai les yeux sur cette carte et j'y lus ces deux mot: Armand Duval.
I tried to think where I had seen the name, and remembered the first leaf of the copy of Manon Lescaut. What could the person who had given the book to Marguerite want of me? I gave orders to ask him in at once.Je cherchai où j'avais déjà vu ce nom, et je me rappelai la première feuille du volume de Manon Lascaut. Que pouvait me vouloir la personne qui avait donné ce livre à Marguerite? Je dis de faire entrer tout de suite celui qui attendait.
I saw a young man, blond, tall, pale, dressed in a travelling suit which looked as if he had not changed it for some days, and had not even taken the trouble to brush it on arriving at Paris, for it was covered with dust.Je vis alors un jeune homme blond, grand, pâle, vêtu d'un costume de voyage qu'il semblait ne pas avoir quitté depuis quelques jours et ne s'être même pas donné la peine de brosser en arrivant à Paris, car il était couvert de poussière.
M. Duval was deeply agitated; he made no attempt to conceal his agitation, and it was with tears in his eyes and a trembling voice that he said to me:M. Duval, fortement ému, ne fit aucun effort pour cacher son émotion, et ce fut des larmes dans les yeux et un tremblement dans la voix qu'il me dit:
"Sir, I beg you to excuse my visit and my costume; but young people are not very ceremonious with one another, and I was so anxious to see you to-day that I have not even gone to the hotel to which I have sent my luggage, and have rushed straight here, fearing that, after all, I might miss you, early as it is."--Monsieur, vous excuserez, je vous prie, ma visite et mon costume; mais outre qu'entre jeunes gens on ne se gêne pas beaucoup, je désirais tant vous voir aujourd'hui, que je n'ai envoyé mes malles et je suis accouru chez vous craignant encore, quoiqu'il soit de bonne heure, de ne pas vous rencontrer.
I begged M. Duval to sit down by the fire; he did so, and, taking his handkerchief from his pocket, hid his face in it for a moment.Je priai M. Duval de s'asseoir auprès du feu, ce qu'il fit tout en tirant de sa poche un mouchoir avec lequel il cacha un moment sa figure.
"You must be at a loss to understand," he went on, sighing sadly, "for what purpose an unknown visitor, at such an hour, in such a costume, and in tears, can have come to see you. I have simply come to ask of you a great service."--Vous ne devez pas comprendre, reprit-il en soupirant tristement, ce que vous veut ce visiteur inconnu, à pareille heure, dans une pareille tenue et pleurant comme il le fait. Je viens tout simplement, monsieur, vous demander un grand service.
"Speak on, sir, I am entirely at your disposal."--Parlez, monsieur, je suis tout à votre disposition?
"You were present at the sale of Marguerite Gautier?"--Vous avez assisté à la vente de Marguerite Gautier?
At this word the emotion, which he had got the better of for an instant, was too much for him, and he was obliged to cover his eyes with his hand.A ce mot, l'émotion dont ce jeune homme avait triomphé un instant fut plus forte que lui, et il fut forcé de porter les mains à ses yeux.
"I must seem to you very absurd," he added, "but pardon me, and believe that I shall never forget the patience with which you have listened to me."--Je dois vous paraître bien ridicule, ajouta-t-il, excusez-moi encore pour cela, et croyez que je n'oublierai jamais la patience avec laquelle vous voulez bien m'écouter.
"Sir," I answered, "if the service which I can render you is able to lessen your trouble a little, tell me at once what I can do for you, and you will find me only too happy to oblige you."--Monsieur, répliquai-je, si le service que je parais pourvoir vous rendre doit calmer un peu le chagrin que vous éprouvez, dites-moi vite à quoi je puis vous être bon, et vous trouverez en moi un homme heureux de vous obliger.
M. Duval's sorrow was sympathetic, and in spite of myself I felt the desire of doing him a kindness. Thereupon he said to me:La douleur de M. Duval était sympathique, et malgré moi j'aurais voulu lui être agréable. Il me dit alors:
"You bought something at Marguerite's sale?"--Vous avez acheté quelque chose à la vente de Marguerite?
"Yes, a book."--Oui, monsieur, un livre.
"Manon Lescaut?"--Manon Lascaut?
"Precisely."--Justement.
"Have you the book still?"--Avez-vous encore ce livre?
"It is in my bedroom."--Il est dans ma chambre à coucher.
On hearing this, Armand Duval seemed to be relieved of a great weight, and thanked me as if I had already rendered him a service merely by keeping the book.Armand Duval, à cette nouvelle, parut soulagé d'un grand poids et me remerçia comme si j'avais déjà commencé à lui rendre service en gardant ce volume.
I got up and went into my room to fetch the book, which I handed to him.Je me levai alors, j'allai dans ma chambre prendre le livre et je le lui remis.
"That is it indeed," he said, looking at the inscription on the first page and turning over the leaves; "that is it in deed," and two big tears fell on the pages. "Well, sir," said he, lifting his head, and no longer trying to hide from me that he had wept and was even then on the point of weeping, "do you value this book very greatly?"--C'est bien cela, fit-il en regardant la dédicace de la première page et en feuilletant, c'est bien cela. Et deux grosses larmes tombèrent sur les pages. --Eh bien, monsieur, dit-il en relevant la tête sur moi, en n'essayant même plus de me cacher qu'il avait pleuré et qu'il était près de pleurer encore, tenez-vous beaucoup à ce livre?
"Why?"--Pourquoi, monsieur?
"Because I have come to ask you to give it up to me."--Parce que je viens vous demander de me le céder.
"Pardon my curiosity, but was it you, then, who gave it to Marguerite Gautier?"--Pardonnez-moi ma curiosité, dis-je alors; mais c'est donc vous qui l'avez donné à Marguerite Gautier?
"It was!"--C'est moi-même.
"The book is yours, sir; take it back. I am happy to be able to hand it over to you."--Ce livre est à vous, monsieur, reprenez-le, je suis heureux de pouvoir vous le rendre.
"But," said M. Duval with some embarrassment, "the least I can do is to give you in return the price which you paid for it."--Mais, reprit M. Duval avec embarras, c'est bien le moins que je vous en donne le prix que vous l'avez payé.
"Allow me to offer it to you. The price of a single volume in a sale of that kind is a mere nothing, and I do not remember how much I gave for it."--Permettez-moi de vous l'offrir. Le prix d'un seul volume dans une vente pareille est une bagatelle, et je ne me rappelle plus combien j'ai payé celui-ci.
"You gave one hundred francs."--Vous l'avez payé cent francs.
"True," I said, embarrassed in my turn, "how do you know?"--C'est vrai, fis-je embarrassé à mon tour, comment le savez-vous?
"It is quite simple. I hoped to reach Paris in time for the sale, and I only managed to get here this morning. I was absolutely resolved to have something which had belonged to her, and I hastened to the auctioneer and asked him to allow me to see the list of the things sold and of the buyers' names. I saw that this volume had been bought by you, and I decided to ask you to give it up to me, though the price you had set upon it made me fear that you might yourself have some souvenir in connection with the possession of the book."--C'est bien simple, j'espérais arriver à Paris à temps pour la vente de Marguerite, et je ne suis arrivé que ce matin. Je voulais absolument avoir un objet qui vînt d'elle et je courus chez le commissaire-priseur lui demander la permission de visiter la liste des objets vendus et des noms des acheteurs. Je vis que ce volume avait été acheté par vous, je me résolus à vous prier de me le céder, quoique le prix ne vous y aviez mis me fît craindre que vous n'eussiez attaché vous-même un souvenir quelconque à la possession de ce volume.
As he spoke, it was evident that he was afraid I had known Marguerite as he had known her. I hastened to reassure him.En parlant ainsi, Armand paraissait évidemment craindre que je n'eusse connu Marguerite comme lui l'avait connue. Je m'empressai de la rassurer.
"I knew Mlle. Gautier only by sight," I said; "her death made on me the impression that the death of a pretty woman must always make on a young man who had liked seeing her. I wished to buy something at her sale, and I bid higher and higher for this book out of mere obstinacy and to annoy some one else, who was equally keen to obtain it, and who seemed to defy me to the contest. I repeat, then, that the book is yours, and once more I beg you to accept it; do not treat me as if I were an auctioneer, and let it be the pledge between us of a longer and more intimate acquaintance."--Je n'ai connu mademoiselle Gautier que de vue, lui dis-je; sa mort m'a fait l'impression que fait toujours sur un jeune homme la mort d'une jolie femme qu'il avait du plaisir à rencontrer. J'ai voulu acheter quelque chose à sa vente et je me suis entêté à renchérir sur ce volume, je ne sais pourquoi, pour le plaisir de faire enrager un monsieur qui s'acharnait dessus et semblait me défier de l'avoir. Je vous le répète donc, monsieur, ce livre est à votre disposition et je vous prie de nouveau de l'accepter pour que vous ne le teniez pas de moi comme je le tiens d'un commissaire-priseur, et pour qu'il soit entre nous l'engagement d'une connaissance plus longue et de relations plus intimes.
"Good," said Armand, holding out his hand and pressing mine; "I accept, and I shall be grateful to you all my life."--C'est bien, monsieur, me dit Armand en me tendant la main et en serrant la mienne, j'accepte et je vous serai reconnaissant toute ma vie.
I was very anxious to question Armand on the subject of Marguerite, for the inscription in the book, the young man's hurried journey, his desire to possess the volume, piqued my curiosity; but I feared if I questioned my visitor that I might seem to have refused his money only in order to have the right to pry into his affairs.J'avais bien envie de questionner Armand sur Marguerite, car la dédicace du livre, le voyage du jeune homme, son désir de posséder ce volume piquaient ma curiosité; mais je craignais en questionnant mon visiteur de paraître n'avoir refusé son argent que pour avoir le droit de me mêler de ses affaires.
It was as if he guessed my desire, for he said to me:On eût dit qu'il devinait mon désir, car il me dit:
"Have you read the volume?"--Vous avez lu ce volume?
"All through."--En entier.
"What did you think of the two lines that I wrote in it?"--Qu'avez-vous pensé des deux lignes que j'ai écrites?
"I realized at once that the woman to whom you had given the volume must have been quite outside the ordinary category, for I could not take those two lines as a mere empty compliment."--J'ai compris tout de suite qu'à vos yeux la pauvre fille à qui vous aviez donné ce volume sortait de la catégorie ordinaire, car je ne voulais pas ne voir dans ces lignes qu'un compliment banal.
"You were right. That woman was an angel. See, read this letter." And he handed to me a paper which seemed to have been many times reread.--Et vous aviez raison, monsieur. Cette fille était un ange. Tenez, me dit-il, lisez cette lettre. Et il me tendit un papier qui paraissait avoir été relu bien des fois.
I opened it, and this is what it contained:Je l'ouvris, voici ce qu'il contenait:
"MY DEAR ARMAND:—I have received your letter. You are still good, and I thank God for it. Yes, my friend, I am ill, and with one of those diseases that never relent; but the interest you still take in me makes my suffering less. I shall not live long enough, I expect, to have the happiness of pressing the hand which has written the kind letter I have just received; the words of it would be enough to cure me, if anything could cure me. I shall not see you, for I am quite near death, and you are hundreds of leagues away. My poor friend! your Marguerite of old times is sadly changed. It is better perhaps for you not to see her again than to see her as she is. You ask if I forgive you; oh, with all my heart, friend, for the way you hurt me was only a way of proving the love you had for me. I have been in bed for a month, and I think so much of your esteem that I write every day the journal of my life, from the moment we left each other to the moment when I shall be able to write no longer. If the interest you take in me is real, Armand, when you come back go and see Julie Duprat. She will give you my journal. You will find in it the reason and the excuse for what has passed between us. Julie is very good to me; we often talk of you together. She was there when your letter came, and we both cried over it."Mon cher Armand, j'ai reçu votre lettre, vous êtes resté bon et j'en remercie Dieu. Oui, mon ami, je suis malade, et d'une de ces maladies qui ne pardonnent pas; mais l'intérêt que vous voulez bien prendre encore à moi diminue beaucoup ce que je souffre. Je ne vivrai sans doute pas assez longtemps pour avoir le bonheur de serrer la main qui a écrit la bonne lettre que je viens de recevoir et dont les paroles me guériraient, si quelque chose pouvait me guérir. Je ne vous verrai pas, car je suis tout près de la mort, et des centaines de lieues vous séparent de moi. Pauvre ami! votre Marguerite d'autrefois est bien changée, et il vaut peut-être mieux que vous ne la revoyiez plus que de la voir telle qu'elle est. Vous me demandez si je vous pardonne; oh! de grand cœur, ami, car le mal que vous avez voulu me faire n'était qu'une preuve de l'amour que vous aviez pour moi. Il y a un mois que je suis au lit, et je tiens tant à votre estime que chaque jour j'écris le journal de ma vie, depuis le moment où nous nous sommes quittés jusqu'au moment où je n'aurai plus la force d'écrire. "Si l'intérêt que vous prenez à moi est réel, Armand, à votre retour, allez chez Julie Duprat. Elle vous remettra ce journal. Vous y trouverez la raison et l'excuse de ce qui s'est passé entre nous. Julie est bien bonne pour moi; nous causons souvent de vous ensemble. Elle était là quand votre lettre est arrivée, nous avons pleuré en la lisant.
"If you had not sent me any word, I had told her to give you those papers when you returned to France. Do not thank me for it. This daily looking back on the only happy moments of my life does me an immense amount of good, and if you will find in reading it some excuse for the past. I, for my part, find a continual solace in it. I should like to leave you something which would always remind you of me, but everything here has been seized, and I have nothing of my own."Dans le cas où vous ne m'auriez pas donné de vos nouvelles, elle était chargée de vous remettre ces papiers à votre arrivé en France. Ne m'en soyez pas reconnaissant. Ce retour quotidien sur le seuls moments heureux de ma vie me fait un bien énorme, et si vous devez trouver dans cette lecture l'excuse du passé, j'y trouve, moi, un continuel soulagement. "Je voudrais vous laisser quelque chose qui me rappelât toujours à votre esprit, mais tout est saisi chez moi, et rien ne m'appartient.
"Do you understand, my friend? I am dying, and from my bed I can hear a man walking to and fro in the drawing-room; my creditors have put him there to see that nothing is taken away, and that nothing remains to me in case I do not die. I hope they will wait till the end before they begin to sell."Comprenez-vous, mon ami? je vais mourir, et de ma chambre à coucher j'entends marcher dans le salon le gardien que mes créanciers ont mis là pour qu'on n'emporte rien et qu'il ne me reste rien dans le cas où je ne mourrais pas. Il faut espérer qu'il attendront la fin pour vendre.
"Oh, men have no pity! or rather, I am wrong, it is God who is just and inflexible!"Oh! les hommes sont impitoyables! ou plutôt, je me trompe, c'est Dieu qui est juste et inflexible.
"And now, dear love, you will come to my sale, and you will buy something, for if I put aside the least thing for you, they might accuse you of embezzling seized goods."Et bien, cher aimé, vous viendrez à ma vente, et vous achèterez quelque chose, car si je mettais de côté le moindre objet pour vous et qu'on l'apprit, on serait capable de vous attaquer en détournement d'objets saisis.
"It is a sad life that I am leaving!"Triste vie que celle que je quitte!
"It would be good of God to let me see you again before I die. According to all probability, good-bye, my friend. Pardon me if I do not write a longer letter, but those who say they are going to cure me wear me out with bloodletting, and my hand refuses to write any more."Que Dieu serait bon, s'il permettait que je vous revisse avant de mourir! Selon toutes probabilités, adieu, mon ami; pardonnez-moi si je ne vous en écris pas long, mais ceux qui disent qu'ils me guériront m'épuisent de saignées, et ma main se refuse à écrire davantage.
"MARGUERITE GAUTIER.""MARGUERITE GAUTIER"
The last two words were scarcely legible. I returned the letter to Armand, who had, no doubt, read it over again in his mind while I was reading it on paper, for he said to me as he took it:En effet, les derniers mots étaient à peine lisibles. Je rendis cette lettre à Armand qui venait de la relire sans doute dans sa pensée comme moi je l'avais lue sur le papier, car il me dit en la reprenant:
"Who would think that a kept woman could have written that?" And, overcome by recollections, he gazed for some time at the writing of the letter, which he finally carried to his lips.--Qui croirait jamais que c'est une fille entretenue qui a écrit cela! Et tout ému de ses souvenirs, il considéra quelque temps l'écriture de cette lettre qu'il finit par porter à ses lèvres.
"And when I think," he went on, "that she died before I could see her, and that I shall never see her again, when I think that she did for me what no sister would ever have done, I can not forgive myself for having left her to die like that. Dead! Dead and thinking of me, writing and repeating my name, poor dear Marguerite!"--Et quand je pense, reprit-il, que celle-ci est morte sans que j'aie pu la revoir et que je ne la reverrai jamais; quand je pense qu'elle a fait pour moi ce qu'une sœur n'eût pas fait, je ne me pardonne pas de l'avoir laissée mourir ainsi. Morte! Morte! en pensant à moi, en écrivant et en disant mon nom, pauvre chère Marguerite!
And Armand, giving free outlet to his thoughts and his tears, held out his hand to me, and continued:Et Armand, donnant un libre cours à ses pensées et à ses larmes, me tendait la main et continuait:
"People would think it childish enough if they saw me lament like this over a dead woman such as she; no one will ever know what I made that woman suffer, how cruel I have been to her! how good, how resigned she was! I thought it was I who had to forgive her, and to-day I feel unworthy of the forgiveness which she grants me. Oh, I would give ten years of my life to weep at her feet for an hour!"--On me trouverait bien enfant, si l'on me voyait me lamenter ainsi sur une pareille morte; c'est que l'on ne saurait pas ce que je lui ai fait souffrir à cette femme, combien j'ai été cruel, combien elle a été bonne et résignée. Je croyais qu'il m'appartenait de lui pardonner, et aujourd'hui, je me trouve indigne du pardon qu'elle m'accorde. Oh! je donnerais dix ans de ma vie pour pleurer une heure à ses pieds.
It is always difficult to console a sorrow that is unknown to one, and nevertheless I felt so lively a sympathy for the young man, he made me so frankly the confidant of his distress, that I believed a word from me would not be indifferent to him, and I said:Il est toujours difficile de consoler une douleur que l'on ne connaît pas, et cependant j'étais pris d'une si vive sympathie pour ce jeune homme, il me faisait avec tant de franchise le confident de son chagrin, que je crus que ma parole ne lui serait pas indifférente, et je lui dis:
"Have you no parents, no friends? Hope. Go and see them; they will console you. As for me, I can only pity you."--N'avez-vous pas des parents, des amis? espérez, voyez-les, et ils vous consoleront, car moi je ne puis que vous plaindre.
"It is true," he said, rising and walking to and fro in the room, "I am wearying you. Pardon me, I did not reflect how little my sorrow must mean to you, and that I am intruding upon you something which can not and ought not to interest you at all."--C'est juste, dit-il en se levant et en se promenant à grands pas dans ma chambre, je vous ennuie. Excusez-moi, je ne réfléchissais pas que ma douleur doit vous importer peu, et que je vous importune d'une chose qui ne peut et ne doit vous intéresser en rien.
"You mistake my meaning. I am entirely at your service; only I regret my inability to calm your distress. If my society and that of my friends can give you any distraction, if, in short, you have need of me, no matter in what way, I hope you will realize how much pleasure it will give me to do anything for you."--Vous vous trompez au sens de mes paroles, je suis tout à votre service; seuelement je regrette mon insuffisance à calmer votre chagrin. Si ma société et celle de mes amis peuvent vous distraire, si enfin vous avez besoin de moi en quoi que ce soit, je veux que vous sachiez bien tout le plaisir que j'aurai à vous être agréable.
"Pardon, pardon," said he; "sorrow sharpens the sensations. Let me stay here for a few minutes longer, long enough to dry my eyes, so that the idlers in the street may not look upon it as a curiosity to see a big fellow like me crying. You have made me very happy by giving me this book. I do not know how I can ever express my gratitude to you."--Pardon, pardon, me dit-il, la douleur exagère les sensations. Laissez-mois rester quelques minutes encore, le temps de m'essuyer les yeux, pour que les badauds de la rue ne regardent pas comme une curiosité ce grand garçon qui pleure. Vous venez de me rendre bien heureux en me donnant ce livre; je ne saurai jamais comment reconnaître ce que je vous dois.
"By giving me a little of your friendship," said I, "and by telling me the cause of your suffering. One feels better while telling what one suffers."--En m'accordant un peu de votre amitié, dis-je à Armand, et en me disant la cause de votre chagrin. On se console en racontant ce qu'on souffre.
"You are right. But to-day I have too much need of tears; I can not very well talk. One day I will tell you the whole story, and you will see if I have reason for regretting the poor girl. And now," he added, rubbing his eyes for the last time, and looking at himself in the glass, "say that you do not think me too absolutely idiotic, and allow me to come back and see you another time."--Vous avez raison; mais aujourd'hui j'ai trop besoin de pleurer, et je ne vous dirais que des paroles sans suite. Un jour, je vous ferai part de cette histoire, et vous verrez si j'ai raison de regretter la pauvre fille. Et maintenant, ajouta-t-il en se frottant une dernière fois les yeux et en se regardant dans la glace, dites-moi que vous ne me trouvez pas trop niais, et permettez-moi de revenir vous voir.
He cast on me a gentle and amiable look. I was near embracing him. As for him, his eyes again began to fill with tears; he saw that I perceived it and turned away his head.Le regard de ce jeune homme était bon et doux; je fus au moment de l'embrasser. Quant à lui, ses yeux commençait de nouveau à se voiler de larmes; il vit que je m'en apercevais, et il détourna son regard de moi.
"Come," I said, "courage."--Voyons, lui dis-je, du courage.
"Good-bye," he said.--Adieu, me dit-il alors.
And, making a desperate effort to restrain his tears, he rushed rather than went out of the room.Et faisant un effort inouï pour ne pas pleurer, il se sauva de chez moi plutôt qu'il n'en sortit.
I lifted the curtain of my window, and saw him get into the cabriolet which awaited him at the door; but scarcely was he seated before he burst into tears and hid his face in his pocket-handkerchief.Je soulevai le rideau de ma fenêtre, et je le vis remonter dans le cabriolet qui l'attendait à la porte; mais à peine y était-il qu'il fondit en larmes et cacha son visage dans son mouchoir.
Chapter 55
A good while elapsed before I heard anything more of Armand, but, on the other hand, I was constantly hearing of Marguerite.Un assez long temps s'écoula sans que j'entendisse parler d'Armand, mais en revanche il avait souvent été question de Marguerite.
I do not know if you have noticed, if once the name of anybody who might in the natural course of things have always remained unknown, or at all events indifferent to you, should be mentioned before you, immediately details begin to group themselves about the name, and you find all your friends talking to you about something which they have never mentioned to you before. You discover that this person was almost touching you and has passed close to you many times in your life without your noticing it; you find coincidences in the events which are told you, a real affinity with certain events of your own existence. I was not absolutely at that point in regard to Marguerite, for I had seen and met her, I knew her by sight and by reputation; nevertheless, since the moment of the sale, her name came to my ears so frequently, and, owing to the circumstance that I have mentioned in the last chapter, that name was associated with so profound a sorrow, that my curiosity increased in proportion with my astonishment. The consequence was that whenever I met friends to whom I had never breathed the name of Marguerite, I always began by saying:Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, il suffit que le nom d'une personne qui paraissait devoir vous rester inconnue ou tout au moins indifférent soit prononcé une fois devant vous, pour que des détails viennent peu à peu se grouper autour de ce nom, et pour que vous entendiez alors tous vos amis vous parler d'une chose dont ils ne vous avaient jamais entretenu auparavant. Vous découvrez alors que cette personne vous touchait presque, vous vous apercevez qu'elle a passé bien des fois dans votre vie sans être remarquée; vous trouvez dans les événements que l'on vous raconte une coïncidence, une affinité réelles avec certains événements de votre propre existence. Je n'en étais pas positivement là avec Marguerite, puisque je l'avais vue, rencontrée, et que je la conaissais de visage et d'habitudes; cependant, depuis cette vente, son nom était revenu si fréquemment à mes oreilles, et dans la circonstance que j'ai dite au dernière chapitre, ce nom s'était trouvé mêlé à un chagrin si profond, que mon étonnement en avait grandi, en augmentant ma curiosité. Il en était résulté que je n'abordais plus mes amis auxquels je n'avais jamais parlé de Marguerite, qu'en disant:
"Did you ever know a certain Marguerite Gautier?"--Avez-vous connu une nommée Marguerite Gautier?
"The Lady of the Camellias?"--La Dame aux Camélias?
"Exactly."--Justement.
"Oh, very well!"--Beaucoup!
The word was sometimes accompanied by a smile which could leave no doubt as to its meaning.Ces: Beaucoup! étaient quelquefois accompagnés de sourires incapables de laisser aucun doute sur leur signification.
"Well, what sort of a girl was she?"--Eh bien, qu'est-ce que c'était que cette fille-là? continuais-je.
"A good sort of girl."--Une bonne fille.
"Is that all?"--Voilà tout?
"Oh, yes; more intelligence and perhaps a little more heart than most."--Mon Dieu! oui, plus d'esprit et peut-être un peu plus de cœur que les autres.
"Do you know anything particular about her?"--Et vous ne savez rien de particulier sur elle?
"She ruined Baron de G."--Elle a ruiné le baron de G...
"No more than that?"--Seulement?
"She was the mistress of the old Duke of..."--Elle été la maîtresse du vieux duc de...
"Was she really his mistress?"--Etait-elle bien sa maîtresse?
"So they say; at all events, he gave her a great deal of money."--On le dit: en tout cas, il lui donnait beaucoup d'argent.
The general outlines were always the same. Nevertheless I was anxious to find out something about the relations between Marguerite and Armand. Meeting one day a man who was constantly about with known women, I asked him: "Did you know Marguerite Gautier?"Tourjours les mêmes détails généraux. Cependant j'aurais été curieux d'apprendre quelque chose sur la liaison de Marguerite et d'Armand. Je rencontrai un jour un de ceux qui vivent continuellement dans l'intimité des femmes connues. Je le questionnai. --Avez-vous connu Marguerite Gautier?
The answer was the usual: "Very well."Le même beaucoup me fut répondu.
"What sort of a girl was she?"--Quelle fille était-ce?
"A fine, good girl. I was very sorry to hear of her death."--Belle et bonne fille. Sa mort m'a fait une grande peine.
"Had she not a lover called Armand Duval?"--N'a-t-elle pas eu un amant nommé Armand Duval?
"Tall and blond?"--Un grand blond?
"Yes.--Oui.
"It is quite true."--C'est vrai.
"Who was this Armand?"--Qu'est-ce que c'était que cet Armand?
"A fellow who squandered on her the little money he had, and then had to leave her. They say he was quite wild about it."--Un garçon qui a mangé avec elle le peu qu'il avait, je crois, et qui a été forcé de la quitter. On dit qu'il en a été fou.
"And she?"--Et elle?
"They always say she was very much in love with him, but as girls like that are in love. It is no good to ask them for what they can not give."--Elle l'aimait beaucoup aussi, dit-on toujours, mais comme ces filles-là aiment. Il ne faut pas leur demander plus qu'elles ne peuvent donner.
"What has become of Armand?"--Qu'est devenu Armand?
"I don't know. We knew him very little. He was with Marguerite for five or six months in the country. When she came back, he had gone."--Je l'ignore. Nous l'avons très peu connu. Il est resté cinq ou six mois avec Marguerite, mais à la compagne. Quand elle est revenue, il est parti.
"And you have never seen him since?"--Et vous ne l'avez pas revu depuis?
"Never."--Jamais.
I, too, had not seen Armand again. I was beginning to ask myself if, when he had come to see me, the recent news of Marguerite's death had not exaggerated his former love, and consequently his sorrow, and I said to myself that perhaps he had already forgotten the dead woman, and along with her his promise to come and see me again. This supposition would have seemed probable enough in most instances, but in Armand's despair there had been an accent of real sincerity, and, going from one extreme to another, I imagined that distress had brought on an illness, and that my not seeing him was explained by the fact that he was ill, perhaps dead.Moi non plus je n'avais pas revu Armand. J'en étais arrivé à me demander si, lorqu'il s'était présenté chez moi, la nouvelle récente de la mort de Marguerite n'avait pas exagéré son amour d'autrefois et par conséquent sa douleur, et je me disais que peut-être il avait déjà oublié avec la morte la promesse faite de revenir me voir. Cette supposition eût été assez vraisemblable à l'égard d'un autre, mais il y avait eu dans le désespoir d'Armand des accents sincères, et passant d'un extrême à l'autre, je me figurai que le chagrin s'était changé en maladie, et que si je n'avais pas de ses nouvelles, c'est qu'il était malade et peut-être bien mort.
I was interested in the young man in spite of myself. Perhaps there was some selfishness in this interest; perhaps I guessed at some pathetic love story under all this sorrow; perhaps my desire to know all about it had much to do with the anxiety which Armand's silence caused me. Since M. Duval did not return to see me, I decided to go and see him. A pretext was not difficult to find; unluckily I did not know his address, and no one among those whom I questioned could give it to me.Je m'intéressais malgré moi à ce jeune homme. Peut-être dans cet intérêt y avait-il de l'égoïsme; peut-être avais-je entrevu sous cette douleur une touchante histoire de cœur, peut-être enfin mon désir de la connaître était-il pour beaucoup dans le souci que je prenais du silence d'Armand. Puisque M. Duval ne revenait pas chez moi, je résolus d'aller chez lui. Le prétexte n'était pas difficile à trouver; malheuresement je ne savais pas son adresse, et parmi tous ceux que j'avais questionnés, personne n'avait pu me la dire.
I went to the Rue d'Antin; perhaps Marguerite's porter would know where Armand lived. There was a new porter; he knew as little about it as I. I then asked in what cemetery Mlle. Gautier had been buried. It was the Montmartre Cemetery. It was now the month of April; the weather was fine, the graves were not likely to look as sad and desolate as they do in winter; in short, it was warm enough for the living to think a little of the dead, and pay them a visit. I went to the cemetery, saying to myself: "One glance at Marguerite's grave, and I shall know if Armand's sorrow still exists, and perhaps I may find out what has become of him."Je me rendis rue d'Antin. Le portier de Marguerite savait peut-être où demeurait Armand. C'était un nouveau portier. Il l'ignorait comme moi. Je m'informai alors du cimitière où avait été enterrée mademoiselle Gautier. C'était le cimitière Montmartre. Avril avait reparu, le temps était beau, les tombes ne devaient plus avoir cet aspect douloureux et désolé que leur donne l'hiver; enfin, il faisait déjà assez chaud pour que les vivants se souvinssent des morts et les visitassent. Je me rendis au cimitière, en me disant: A la seule inspection de la tombe de Marguerite, je verrai bien si la douleur d'Armand existe encore, et j'apprendrai peut-être ce qu'il est devenu.
I entered the keeper's lodge, and asked him if on the 22nd of February a woman named Marguerite Gautier had not been buried in the Montmartre Cemetery. He turned over the pages of a big book in which those who enter this last resting-place are inscribed and numbered, and replied that on the 22nd of February, at 12 o'clock, a woman of that name had been buried.J'entrai dans la loge du gardien, et je lui demandai si le 22 du mois de février une femme nommée Marguerite Gautier n'avait pas été enterrée au cimitière Montmartre. Cet homme feuilleta un gros livre où sont inscrits et numérotés tous ceux qui entrent dans ce dernier asile, et me répondit qu'en effet le 22 février, à midi, une femme de ce nom avait été inhumée.
I asked him to show me the grave, for there is no finding one's way without a guide in this city of the dead, which has its streets like a city of the living. The keeper called over a gardener, to whom he gave the necessary instructions; the gardener interrupted him, saying: "I know, I know.—It is not difficult to find that grave," he added, turning to me.Je le priai de me faire conduire à la tombe, car il n'y a pas moyen de se reconnaître, sans cicerone, dans cette ville de morts qui a ses rues comme la ville des vivants. Le gardien appela un jardinier à qui il donna les indications nécessaires et qui l'interrompit en disant: "Je sais, je sais...Oh! la tombe est bien facile à reconnaître," continua-t-il en se tourant vers moi.
"Why?"--Pourquoi? lui dis-je.
"Because it has very different flowers from the others."--Parce qu'elle a des fleurs bien différentes des autres.
"Is it you who look after it?"--C'est vous qui en prenez soin?
"Yes, sir; and I wish all relations took as much trouble about the dead as the young man who gave me my orders."--Oui, monsieur, et je voudrais que tous les parents eussent soin des décédés comme le jeune homme qui m'a recommandé celle-là.
After several turnings, the gardener stopped and said to me: "Here we are."Après quelques détours, le jardinier s'arrêta et me dit: -Nous y voici.
I saw before me a square of flowers which one would never have taken for a grave, if it had not been for a white marble slab bearing a name.En effet, j'avais sous les yeux un carré de fleurs qu'on n'eût jamais pris pour une tombe, si un marbre blanc portant un nom ne l'eût constaté.
The marble slab stood upright, an iron railing marked the limits of the ground purchased, and the earth was covered with white camellias. "What do you say to that?" said the gardener.Ce marbre était posé droit, un treillage de fer limitait le terrain acheté, et ce terrain était couvert de camélias blancs. --Que dites-vous de cela? me dit le jardinier.
"It is beautiful."--C'est très beau.
"And whenever a camellia fades, I have orders to replace it."--Et chaque fois qu'un camélia se fane, j'ai order de le renouveler.
"Who gave you the order?"--Et qui vous a donné cet ordre?
"A young gentleman, who cried the first time he came here; an old pal of hers, I suppose, for they say she was a gay one. Very pretty, too, I believe. Did you know her, sir?" "Yes."--Un jeune homme qui a bien pleuré, la première fois qu'il est venu; un ancien à la morte, sans doute, car il parait que c'était une gaillarde, celle-là. On dit qu'elle était très jolie. Monsieur l'a-t'il connue? --Oui.
"Like the other?" said the gardener, with a knowing smile. "No, I never spoke to her."--Comme l'autre, me dit le jardinier avec un sourire malin. --Non, je ne lui ai jamais parlé.
"And you come here, too! It is very good of you, for those that come to see the poor girl don't exactly cumber the cemetery."--Et vous venez la voir ici; c'est bien gentil de votre part, car ceux qui viennent voir la pauvre fille n'encombrent pas le cimitière.
"Doesn't anybody come?" "Nobody, except that young gentleman who came once."--Personne ne vient donc? --Personne, excepté ce jeune monsieur qui est venu une fois.
"Only once?"--Une seule fois?
"Yes, sir."--Oui, monsieur.
"He never came back again?"--Et il n'est pas revenu depuis?
"No, but he will when he gets home."--Non, mais il reviendra à son retour.
"He is away somewhere?"--Il est donc en voyage?
"Yes."--Oui.
"Do you know where he is?"--Et vous savez où il est?
"I believe he has gone to see Mlle. Gautier's sister."--Il est, je crois, chez la sœur de mademoiselle Gautier.
"What does he want there?"--Et que fait-il là?
"He has gone to get her authority to have the corpse dug up again and put somewhere else."--Il va lui demander l'autorisation de faire exhumer la morte, pour la faire mettre autre part.
"Why won't he let it remain here?"--Pourquoi ne la laisserait'il pas ici?
"You know, sir, people have queer notions about dead folk. We see something of that every day. The ground here was only bought for five years, and this young gentleman wants a perpetual lease and a bigger plot of ground; it will be better in the new part."--Vous savez, monsieur, que pour les morts on a des idées. Nous voyons cela tous les jours, nous autres. Ce terrain n'est acheté que pour cinq ans, et ce jeune homme veut une concession à perpétuité et un terrain plus grand; dans le quartier neuf ce sera mieux.
"What do you call the new part?"--Qu'appelez-vous le quartier neuf?
"The new plots of ground that are for sale, there to the left. If the cemetery had always been kept like it is now, there wouldn't be the like of it in the world; but there is still plenty to do before it will be quite all it should be. And then people are so queer!"--Les terrains nouveaux que l'on vend maintenant, à gauche. Si le cimitière avait toujours été tenu comme maintenant, il n'y en aurait pas un pareil au monde; mais il y a encore bien à faire avant que ce soit tout à fait comme ce doit être. Et puis les gens sont si drôles.
"What do you mean?"--Que voulez-vous dire?
"I mean that there are people who carry their pride even here. Now, this Demoiselle Gautier, it appears she lived a bit free, if you'll excuse my saying so. Poor lady, she's dead now; there's no more of her left than of them that no one has a word to say against. We water them every day. Well, when the relatives of the folk that are buried beside her found out the sort of person she was, what do you think they said? That they would try to keep her out from here, and that there ought to be a piece of ground somewhere apart for these sort of women, like there is for the poor. Did you ever hear of such a thing? I gave it to them straight, I did: well-to-do folk who come to see their dead four times a year, and bring their flowers themselves, and what flowers! and look twice at the keep of them they pretend to cry over, and write on their tombstones all about the tears they haven't shed, and come and make difficulties about their neighbours. You may believe me or not, sir, I never knew the young lady; I don't know what she did. Well, I'm quite in love with the poor thing; I look after her well, and I let her have her camellias at an honest price. She is the dead body that I like the best. You see, sir, we are obliged to love the dead, for we are kept so busy, we have hardly time to love anything else."--Je veux dire qu'il y a des gens qui sont fiers jusqu'ici. Ainsi, cette demoiselle Gautier, il parait qu'elle a fait un peu la vie, passez-mois l'expression. Maintenant, la pauvre demoiselle, elle est morte; et il en reste autant que de celles dont on n'a rien à dire et que nous arrosons tous les jours; eh bien, quand les parents des personnes qui sont enterrées à côté d'elle ont appris qui elle était, ne se sont-ils pas imaginé de dire qu'ils s'opposeraient à ce qu'on la mit ici, et qu'il devait y avoir des terrains à part pour ces sortes de femmes comme pour les pauvres. A-t-on jamais vu cela? Je les ai joliment relevés, moi; des gros rentiers qui ne viennent pas quatre fois l'an visiter leurs défunts, qui apportent leurs fleurs eux-mêmes, et voyez quelles fleurs! qui regardent à un entretien pour ceux qu'ils disent pleurer, qui écrivent sur leurs tombes des larmes qu'ils n'ont jamais versées, et qui viennent faire les difficiles pour le voisinage. Vous me croirez si vous voulez, monsieur, je ne connaissais pas cette demoiselle, je ne sais pas ce qu'elle a fait; eh bien, je l'aime, cette petite, et j'ai soin d'elle, et je lui passe les camélias au plus juste prix. C'est ma morte de prédilection. Nous autres, monsieur, nous sommes bien forcés d'aimer les morts, car nous sommes si occupés, que nous n'avons presque pas le temps d'aimer autre chose.
I looked at the man, and some of my readers will understand, without my needing to explain it to them, the emotion which I felt on hearing him. He observed it, no doubt, for he went on:Je regardais cet homme, et quelques-un de mes lecteurs comprendront, sans que j'aie besoin de le leur expliquer, l'émotion que j'éprovais à l'entendre. Il s'en aperçut sans doute, car il continua:
"They tell me there were people who ruined themselves over that girl, and lovers that worshipped her; well, when I think there isn't one of them that so much as buys her a flower now, that's queer, sir, and sad. And, after all, she isn't so badly off, for she has her grave to herself, and if there is only one who remembers her, he makes up for the others. But we have other poor girls here, just like her and just her age, and they are just thrown into a pauper's grave, and it breaks my heart when I hear their poor bodies drop into the earth. And not a soul thinks about them any more, once they are dead! 'Tisn't a merry trade, ours, especially when we have a little heart left. What do you expect? I can't help it. I have a fine, strapping girl myself; she's just twenty, and when a girl of that age comes here I think of her, and I don't care if it's a great lady or a vagabond, I can't help feeling it a bit. But I am taking up your time, sir, with my tales, and it wasn't to hear them you came here. I was told to show you Mlle. Gautier's grave; here you have it. Is there anything else I can do for you?"--On dit qu'il y avait des gens qui se ruinaient pour cette fille-là, et qu'elle avait des amants qui l'adoraient, eh bien, quand je pense qu'il n'y an a pas un qui vienne lui acheter une fleur seulement, c'est cela qui est curieux et triste. Et encore, celle-ci n'a pas à se plaindre, car elle a sa tombe, et s'il n'y en a qu'un qui se souvienne d'elle, il fait les choses pour les autres. Mais nous avons ici de pauvres filles du même âge qu'on jette dans la fosse commune, et cela me fend le cœur quand j'entends tomber leurs pauvres corps dans la terre. Et pas un être ne s'occupe d'elles, une fois qu'elles sont mortes! Ce n'est pas toujours gai, le métier que nous faisons, surtout tant qu'il nous reste un peu de cœur. Que voulez-vous? c'est plus fort que moi. J'ai une belle grande fille de vingt ans, et quand on apporte ici une morte de son âge je pense à elle, et, que ce soit une grande dame ou une vagabonde, je ne peux pas m'empêcher d'être ému. Mais je vous ennuie sans doute avec mes histoires et ce n'est pas pour les écouter que vous voilà ici. On m'a dit de vous amener à la tombe de mademoiselle Gautier, vous y voilà; puis-je vous être bon encore à quelque chose?
"Do you know M. Armand Duval's address?" I asked.--Savez-vous l'adresse de M. Armand Duval? demandai-je à cet homme.
"Yes; he lives at Rue de ——; at least, that's where I always go to get my money for the flowers you see there."--Oui, il demeure rue de...c'est là du moins que je suis allé toucher le prix de toutes les fleurs que vous voyez.
"Thanks, my good man."--Merci, mon ami.
I gave one more look at the grave covered with flowers, half longing to penetrate the depths of the earth and see what the earth had made of the fair creature that had been cast to it; then I walked sadly away.Je jetai un dernier regard sur cette tombe fleurie, dont malgré moi j'eusse voulu sonder des profondeurs pour voir ce que la terre avait fait de la belle créature qu'on lui avait jetée, et je m'élongnai tout triste.
"Do you want to see M. Duval, sir?" said the gardener, who was walking beside me.--Est-ce que monsieur veut voir M. Duval? reprit le jardinier qui marchait à côté de moi.
"Yes."--Oui.
"Well, I am pretty sure he is not back yet, or he would have been here already."--C'est que je suis bien sûr qu'il n'est pas encore de retour, sans quoi je l'aurais déjà vu ici.
"You don't think he has forgotten Marguerite?"--Vous êtes donc convaincu qu'il n'a pas oublié Marguerite?
"I am not only sure he hasn't, but I would wager that he wants to change her grave simply in order to have one more look at her."--Non seulement j'en suis convaincu, mais je parierais que son désir de la changer de tombe n'est que le désir de la revoir.
"Why do you think that?"--Comment cela?
"The first word he said to me when he came to the cemetery was: 'How can I see her again?' That can't be done unless there is a change of grave, and I told him all about the formalities that have to be attended to in getting it done; for, you see, if you want to move a body from one grave to another you must have it identified, and only the family can give leave for it under the direction of a police inspector. That is why M. Duval has gone to see Mlle. Gautier's sister, and you may be sure his first visit will be for me."--Le premier mot qu'il m'a dit en venant au cimitière à été: Comment faire pour la voir encore? Cela ne pouvait avoir lieu que par le changement de tombe, et je l'ai renseigné sur toutes les formalités à remplir pour obtenir ce changement, car vous savez que pour transférer les morts d'un tombeau dans un autre, il faut les reconnaître, et la famille seule peut autoriser cette opération à laquelle doit présider un commissaire de police. C'est pour avoir cette autorisation que M. Duval est allé chez la sœur de mademoiselle Gautier et sa première visite sera évidemment pour nous.
We had come to the cemetery gate. I thanked the gardener again, putting a few coins into his hand, and made my way to the address he had given me.Nous étions arrivés à la porte du cimitière; je remerciai de nouveau le jardinier en lui mettant quelques pièces de monnaie dans la main et je me rendis à l'adresse qu'il m'avait donnée.
Armand had not yet returned. I left word for him, begging him to come and see me as soon as he arrived, or to send me word where I could find him.Armand n'était pas de retour. Je laissai un mot chez lui, le priant de me venir voir dès son arrivé, ou de me faire dire où je pourrais le trouver.
Next day, in the morning, I received a letter from Duval, telling me of his return, and asking me to call on him, as he was so worn out with fatigue that it was impossible for him to go out.Le lendemain, au matin, je reçus une lettre de Duval, qui m'informait de son retour, et me priait de passer chez lui, ajoutant qu'épuisé de fatigue, il lui était impossible de sortir.
Chapter 66
I found Armand in bed. On seeing me he held out a burning hand. "You are feverish," I said to him. "It is nothing, the fatigue of a rapid journey; that is all." "You have been to see Marguerite's sister?" "Yes; who told you?" "I knew it. Did you get what you wanted?"Je trouvai Armand dans son lit. En me voyant il me tendit sa main brûlante. --Vous avez la fièvre, lui dis-je. --Ce ne sera rien, la fatigue d'un voyage rapide, voilà tout. --Vous venez de chez la sœur de Marguerite? --Oui, qui vous l'a dit? --Je le sais, et vous avez obtenu ce que vous vouliez?
"Yes; but who told you of my journey, and of my reason for taking it?"--Oui encore; mais qui vous a informé du voyage et du but que j'avais en le faisant?
"The gardener of the cemetery."--Le jardinier du cimitière.
"You have seen the tomb?"--Vous avez vu la tombe?
I scarcely dared reply, for the tone in which the words were spoken proved to me that the speaker was still possessed by the emotion which I had witnessed before, and that every time his thoughts or speech travelled back to that mournful subject emotion would still, for a long time to come, prove stronger than his will. I contented myself with a nod of the head.C'est à peine si j'osais répondre, car le ton de cette phrase me prouvait que celui qui me l'avait dite était toujours en proie à l'émotion dont j'avais été le témoin, et que chaque fois que sa pensée ou la parole d'un autre le reporterait sur ce douloureux sujet, pendant longtemps encore cette émotion trahirait sa volonté. Je me contentai donc de répondre par un signe de tête.
"He has looked after it well?" continued Armand. Two big tears rolled down the cheeks of the sick man, and he turned away his head to hide them from me. I pretended not to see them, and tried to change the conversation. "You have been away three weeks," I said.--Il en a eu bien soin? continua Armand. Deux grosses larmes roulèrent sur les joues de malade qui détourna la tête pour me les cacher. J'eus l'air de ne pas les voir et j'essayai de changer la conversation. --Voilà trois semaines que vous êtes parti, lui dis-je.
Armand passed his hand across his eyes and replied, "Exactly three weeks."Armand passa la main sur ses yeux et me répondit: --Trois semaines juste.
"You had a long journey."--Votre voyage a été long.
"Oh, I was not travelling all the time. I was ill for a fortnight or I should have returned long ago; but I had scarcely got there when I took this fever, and I was obliged to keep my room."--Oh! je n'ai pas toujours voyagé, j'ai été malade quinze jours, sans quoi je fusse revenu depuis longtemps; mais à peine arrivé là-bas, la fièvre m'a pris et j'ai été forcé de garder la chambre.
"And you started to come back before you were really well?"--Et vous êtes reparti sans être bien guéri.
"If I had remained in the place for another week, I should have died there."--Si j'étais resté huit jours de plus dans ce pays, j'y serais mort.
"Well, now you are back again, you must take care of yourself; your friends will come and look after you; myself, first of all, if you will allow me."--Mais maintenant que vous voilà de retour, il faut vous soigner; vos amis viendront vous voir. Moi, tout le premier, si vous me le permettez.
"I shall get up in a couple of hours."--Dans deux heures je me lèverai.
"It would be very unwise."--Quelle imprudence!
"I must."--Il le faut.
"What have you to do in such a great hurry?"--Qu'avez-vous donc à faire de si pressé?
"I must go to the inspector of police."--Il faut que j'aille chez le commissaire de police.
"Why do you not get one of your friends to see after the matter? It is likely to make you worse than you are now."--Pourquoi ne chargez-vous pas quelqu'un de cette mission qui peut vous rendre plus malade encore?
"It is my only chance of getting better. I must see her. Ever since I heard of her death, especially since I saw her grave, I have not been able to sleep. I can not realize that this woman, so young and so beautiful when I left her, is really dead. I must convince myself of it. I must see what God has done with a being that I have loved so much, and perhaps the horror of the sight will cure me of my despair. Will you accompany me, if it won't be troubling you too much?"--C'est la seule chose qui puisse me guérir. Il faut que je la voie. Depuis que j'ai appris sa mort, et surtout depuis que j'ai vu sa tombe, je ne dors plus. Je ne peux pas me figurer que cette femme que j'ai quittée si jeune et si belle est morte. Il faut que je m'en assure par moi-même. Il faut que je voie ce que Dieu a fait de cet être que j'ai tant aimé, et peut-être le dégout du spectacle remplacera-t-il le désespoir du souvenir; vous m'accompagnerez, n'est-ce pas...si cela ne vous ennuie pas trop?
"What did her sister say about it?"--Que vous a dit sa sœur?
"Nothing. She seemed greatly surprised that a stranger wanted to buy a plot of ground and give Marguerite a new grave, and she immediately signed the authorization that I asked her for."--Rien. Elle a paru fort étonné qu'un étranger voulût acheter un terrain et faire une tombe à Marguerite, et elle m'a signé tout de suite l'autorisation que je lui demandais.
"Believe me, it would be better to wait until you are quite well."--Croyez-moi, attendez pour cette translation que vous soyez bien guéri.
"Have no fear; I shall be quite composed. Besides, I should simply go out of my mind if I were not to carry out a resolution which I have set myself to carry out. I swear to you that I shall never be myself again until I have seen Marguerite. It is perhaps the thirst of the fever, a sleepless night's dream, a moment's delirium; but though I were to become a Trappist, like M. de Rance', after having seen, I will see."--Oh! je serai fort, soyez tranquille. D'ailleurs je deviendrais fou, si je n'en finissais au plus vite avec cette résolution dont l'accomplissement est devenu un besoin de ma douleur. Je vous jure que je ne puis être calme que lorsque j'aurai vu Marguerite. C'est peut-être une soif de la fièvre qui me brûle, un rêve de mes insomnies, un résultat de mon délire; mais dussé-je me faire trappiste, comme M. de Rancé, après avoir vu, je verrai.
"I understand," I said to Armand, "and I am at your service. Have you seen Julie Duprat?"--Je comprends cela, dis-je à Armand, et je suis tout à vous; avez-vous vu Julie Duprat?
"Yes, I saw her the day I returned, for the first time."--Oui. Oh! je l'ai vue le jour même de mon premier retour.
"Did she give you the papers that Marguerite had left for you?"--Vous a-t-elle remis les papiers que Marguerite lui avait laissés pour vous? --Les voici.
Armand drew a roll of papers from under his pillow, and immediately put them back.Armand tira un rouleau de dessous son oreiller, et l'y replaça immédiatement.
"I know all that is in these papers by heart," he said. "For three weeks I have read them ten times over every day. You shall read them, too, but later on, when I am calmer, and can make you understand all the love and tenderness hidden away in this confession. For the moment I want you to do me a service."--Je sais par cœur ce que ces papiers renferment, me dit-il. Depuis trois semaines je les ai relus dix fois par jour. Vous les lirez aussi, mais plus tard, quand je serai plus calme et quand je pourrai vous faire comprendre tout ce que cette confession révèle de cœur et d'amour. Pour le moment, j'ai un service à réclamer de vous.
"What is it?"--Lequel?
"Your cab is below?"--Vous avez une voiture en bas?
"Yes.--Oui.
"Well, will you take my passport and ask if there are any letters for me at the poste restante? My father and sister must have written to me at Paris, and I went away in such haste that I did not go and see before leaving. When you come back we will go together to the inspector of police, and arrange for to-morrow's ceremony."--Eh bien, voulez-vous prendre mon passeport et aller demander à la poste restante s'il y a des lettres pour moi? Mon père et ma sœur ont dû m'écrire à Paris, et je suis parti avec une telle précipitation que je n'ai pas pris le temps de m'en informer avant mon départ. Lorsque vous reviendrez, nous irons ensemble prévenir le commissaire de police de la cérémonie de demain.
Armand handed me his passport, and I went to Rue Jean Jacques Rousseau. There were two letters addressed to Duval. I took them and returned. When I re-entered the room Armand was dressed and ready to go out.Armand me remit son passeport, et je me rendis rue Jean-Jacques-Rousseau. Il y avait deux lettres au nom de Duval, je les pris et je revins. Quand je reparus, Armand était tout habilié et prêt à sortir.
"Thanks," he said, taking the letters. "Yes," he added, after glancing at the addresses, "they are from my father and sister. They must have been quite at a loss to understand my silence."--Merci, me dit-il en prenant ses lettres. Oui, ajouta-t-il après avoir regardé les adresses, oui, c'est de mon père et de ma sœur. Ils ont dû ne rien comprendre à mon silence.
He opened the letters, guessed at rather than read them, for each was of four pages; and a moment after folded them up. "Come," he said, "I will answer tomorrow."Il ouvrit les lettres, et les devina plutôt qu'il ne les lut, car elles étaient de quatre pages chacune, et au bout d'un instant il les avait repliées. --Partons, me dit-il, je réponderai demain.
We went to the police station, and Armand handed in the permission signed by Marguerite's sister. He received in return a letter to the keeper of the cemetery, and it was settled that the disinterment was to take place next day, at ten o'clock, that I should call for him an hour before, and that we should go to the cemetery together.Nous allâmes chez le commissaire de police, à qui Armand remit la procuration de la sœur de Marguerite. Le commissaire lui donna en échange une lettre d'avis pour le gardien du cimitière; il fut convenu que la translation aurait lieu le lendemain, à dix heures du matin, que je viendrais le prendre une heure auparavant, et que nous nous rendrions ensemble au cimitière.
I confess that I was curious to be present, and I did not sleep all night. Judging from the thoughts which filled my brain, it must have been a long night for Armand. When I entered his room at nine on the following morning he was frightfully pale, but seemed calm. He smiled and held out his hand. His candles were burned out; and before leaving he took a very heavy letter addressed to his father, and no doubt containing an account of that night's impressions.Moi aussi, j'étais curieux d'assister à ce spectacle, et j'avoue que la nuit je ne dormis pas. A en juger par les pensées qui m'assaillirent, ce dut être une longue nuit pour Armand. Quand le lendemain à neuf heures j'entrai chez lui, il était horriblement pâle, mais il paraissait calme. Il me sourit et me tendit la main. Ses bougies étaient brûlées jusqu'au bout, et, avant de sortir, Armand prit une lettre fort épaisse, adressée à son père, et confidente sans doute de ses impressions de la nuit.
Half an hour later we were at Montmartre. The police inspector was there already. We walked slowly in the direction of Marguerite's grave. The inspector went in front; Armand and I followed a few steps behind.Une demi-heure après nous arrivions à Montmartre. Le commissaire nous attendait déjà. On s'achemina lentement dans la direction de la tombe de Marguerite. Le commissaire marchait le premier, Armand et moi nous le suivions à quelques pas.
From time to time I felt my companion's arm tremble convulsively, as if he shivered from head to feet. I looked at him. He understood the look, and smiled at me; we had not exchanged a word since leaving the house.De temps en temps je sentais tressaillir convulsivement le bras de mon compagnon, comme si des frissons l'eussent parcouru tout à coup. Alors, je le regardais; il comprenait mon regard et me souriait, mais depuis que nous étions sortis de chez lui, nous n'avions pas échangé une parole.
Just before we reached the grave, Armand stopped to wipe his face, which was covered with great drops of sweat. I took advantage of the pause to draw in a long breath, for I, too, felt as if I had a weight on my chest.Un peu avant la tombe, Armand s'arrêta pour essuyer son visage qu'inondaient de grosses gouttes de sueur. Je profitai de cette halte pour respirer, car moi-même j'avais le cœur comprimé comme dans un étau.
What is the origin of that mournful pleasure which we find in sights of this kind? When we reached the grave the gardener had removed all the flower-pots, the iron railing had been taken away, and two men were turning up the soil.D'où vient le douloureux plaisir qu'on prend à ces sortes de spectacles! Quand nous arrivâmes à la tombe, le jardinier avait retiré tous les pots de fleurs, le treillage de fer avait été enlevé, et deux hommes piochaient la terre.
Armand leaned against a tree and watched. All his life seemed to pass before his eyes. Suddenly one of the two pickaxes struck against a stone. At the sound Armand recoiled, as at an electric shock, and seized my hand with such force as to give me pain.Armand s'appuya contre un arbre et regarda. Toute sa vie semblait être passée dans ses yeux. Tout à coup une des deux pioches grinça contre une pierre. A ce bruit Armand recula comme à une commotion électrique, et me serra la main avec une telle force qu'il me fit mal.
One of the grave-diggers took a shovel and began emptying out the earth; then, when only the stones covering the coffin were left, he threw them out one by one.Un fossoyeur prit une large pelle et vida peu à peu la fosse; puis, quand il n'y eut plus que les pierres dont on couvre la bière, il les jeta dehors une à une.
I scrutinized Armand, for every moment I was afraid lest the emotions which he was visibly repressing should prove too much for him; but he still watched, his eyes fixed and wide open, like the eyes of a madman, and a slight trembling of the cheeks and lips were the only signs of the violent nervous crisis under which he was suffering.J'observais Armand, car je craignais à chaque minute que ses sensations qu'il concentrait visiblement ne le brisassent; mais il regardait toujours; les yeux fixes et ouverts comme dans la folie, et un léger tremblement des joues et des lèvres prouvait seul qu'il était en proie à une violente crise nerveuse.
As for me, all I can say is that I regretted having come.Quant à moi, je ne puis dire qu'une chose, c'est que je regrette d'être venu.
When the coffin was uncovered the inspector said to the grave-digger: "Open it." They obeyed, as if it were the most natural thing in the world.Quand la bière fut tout a fait découverte, le commissaire dit aux fossoyeurs: --Ouvrez. Ces hommes obéirent, comme si c'eût été la chose du monde la plus simple.
The coffin was of oak, and they began to unscrew the lid. The humidity of the earth had rusted the screws, and it was not without some difficulty that the coffin was opened. A painful odour arose in spite of the aromatic plants with which it was covered.La bière était en chêne, et ils se mirent à dévisser la paroi supérieure qui faisait couvercle. L'humidité de la terre avait rouillé les vis et ce ne fut pas sans efforts que la bière s'ouvrit. Une odeur infecte s'en exhala, malgré les plantes aromatiques dont elle était semée.
"O my God, my God!" murmured Armand, and turned paler than before.--O mon Dieu! mon Dieu! murmura Armand, et il pâlit encore.
Even the grave-digger drew back.Les fossoyeurs eux-mêmes se reculèrent.
A great white shroud covered the corpse, closely outlining some of its contours. This shroud was almost completely eaten away at one end, and left one of the feet visible.Un grand linceul blanc courvrait le cadavre dont il dessinait quelques sinuosités. Ce linceul était presque complètement mangé à l'un des bouts, et laissait passer un pied de la morte.
I was nearly fainting, and at the moment of writing these lines I see the whole scene over again in all its imposing reality.J'étais bien près de me trouver mal, et à l'heure où j'écris ces lignes, le souvenir de cette scène m'apparait encore dans son imposante réalité.
"Quick," said the inspector. Thereupon one of the men put out his hand, began to unsew the shroud, and taking hold of it by one end suddenly laid bare the face of Marguerite.--Hâtons-nous, dit le commissaire. Alors un des deux hommes étendit la main, se mit à découdre le linceul, et le prenant par le bout, découvrit brusquement le visage de Marguerite.
It was terrible to see, it is horrible to relate. The eyes were nothing but two holes, the lips had disappeared, vanished, and the white teeth were tightly set. The black hair, long and dry, was pressed tightly about the forehead, and half veiled the green hollows of the cheeks; and yet I recognised in this face the joyous white and rose face that I had seen so often.C'était terrible à voir, c'est horrible à raconter. Les yeux ne faisaient plus que deux trous, les lèvres avaient disparu, et les dents blanches étaient serrées les unes contre les autres. Les longs cheveux noirs et secs étaient collés sur les tempes et voilaient un peu les cavités vertes des joues, et cependant je reconnaissais dans ce visage le visage blanc, rose et joyeux que j'avais vu si souvent.
Armand, unable to turn away his eyes, had put the handkerchief to his mouth and bit it.Armand, sans pouvoir détourner son regard de cette figure, avait porté son mouchoir à sa bouche et le mordait.
For my part, it was as if a circle of iron tightened about my head, a veil covered my eyes, a rumbling filled my ears, and all I could do was to unstop a smelling bottle which I happened to have with me, and to draw in long breaths of it.Pour moi, il me sembla qu'un cercle de fer m'étreignait la tête, un voile couvrit mes yeux, des bourdonnements m'emplirent les oreilles, et tout ce que je pus faire fut d'ouvrir un flacon que j'avais apporté à tout hasard et de respirer fortement les sels qu'il renfermait.
Through this bewilderment I heard the inspector say to Duval, "Do you identify?"Au milieu de cet éblouissement, j'entendis le commissaire dire à M. Duval: --Reconnaissez-vous?
"Yes," replied the young man in a dull voice.--Oui, répondit sourdement le jeune homme.
"Then fasten it up and take it away," said the inspector.--Alors fermez et emportez, dit le commissaire.
The grave-diggers put back the shroud over the face of the corpse, fastened up the coffin, took hold of each end of it, and began to carry it toward the place where they had been told to take it.Les fossoyeurs rejetèrent le linceul sur le visage de la morte, fermèrent la bière, la prirent chacun par un bout et se dirigèrent vers l'endroit que leur avait été désigné.
Armand did not move. His eyes were fixed upon the empty grave; he was as white as the corpse which we had just seen. He looked as if he had been turned to stone.Armand ne bougeait pas. Ses yeux étaient rivés, à cette fosse vide; il était pâle comme le cadavre que nous venions de voir... On l'eût dit pétrifié.
I saw what was coming as soon as the pain caused by the spectacle should have abated and thus ceased to sustain him. I went up to the inspector. "Is this gentleman's presence still necessary?" I said, pointing to Armand.Je compris ce qui allait arriver lorsque la douleur diminuerait par l'absence du spectacle, et par conséquent ne soutiendrait plus. Je m'approchai du commissaire. --La présence de monsieur, lui dis-je en montrant Armand, est-elle nécessaire encore?
"No," he replied, "and I should advise you to take him away. He looks ill."--Non, me dit-il, et même je vous conseille de l'emmener, car il parait malade.
"Come," I said to Armand, taking him by the arm.--Venez, dis-je alors à Armand en lui prenant le bras.
"What?" he said, looking at me as if he did not recognise me.--Quoi? fit-il en me regardant comme s'il ne m'eût pas reconnu.
"It is all over," I added. "You must come, my friend; you are quite white; you are cold. These emotions will be too much for you."--C'est fini, ajoutai-je, il faut vous en aller, mon ami, vous êtes pâle, vous avez froid, vous vous tuerez avec ses émotions-là.
"You are right. Let us go," he answered mechanically, but without moving a step.--Vous avez raison, allons-nous-en, répondit-il machinalement, mais sans faire un pas.
I took him by the arm and led him along. He let himself be guided like a child, only from time to time murmuring, "Did you see her eyes?" and he turned as if the vision had recalled her.Alors je le saisis par le bras et je l'entraînai. Il se laissait conduire comme un enfant, murmurant seulement de temps à autre: --Avez-vous vu les yeux? Et il se retournait comme si cette vision l'eût rappelé.
Nevertheless, his steps became more irregular; he seemed to walk by a series of jerks; his teeth chattered; his hands were cold; a violent agitation ran through his body. I spoke to him; he did not answer. He was just able to let himself be led along. A cab was waiting at the gate. It was only just in time. Scarcely had he seated himself, when the shivering became more violent, and he had an actual attack of nerves, in the midst of which his fear of frightening me made him press my hand and whisper: "It is nothing, nothing. I want to weep."Cependant sa marche devint saccadée; il semblait ne plus avancer que par secousses; ses dents claquaient, ses mains étaient froides, une violente agitation nerveuse s'emparait de toute sa personne. Je lui parlai, il ne me répondit pas. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était de se laisser conduire. A la porte nous retrouvâmes une voiture. Il était temps. A peine y eut-il pris place, que le frisson augmenta et qu'il eut une véritable attaque de nerfs, au milieu de laquelle la crainte de m'effrayer lui faisait murmurer en me pressant la main: --Ce n'est rien, ce n'est rien, je voudrais pleurer.
His chest laboured, his eyes were injected with blood, but no tears came. I made him smell the salts which I had with me, and when we reached his house only the shivering remained.Et j'entendais sa poitrine se gonfler, et le sang se portait à ses yeux, mais les larmes n'y venaient pas. Je lui fis respirer le flacon qui m'avait servi, et quand nous arrivâmes chez lui, le frisson seul se manifestait encore.
With the help of his servant I put him to bed, lit a big fire in his room, and hurried off to my doctor, to whom I told all that had happened. He hastened with me.Avec l'aide du domestique, je le couchai, je fis allumer un grand feu dans sa chambre, et je courus checher mon médecin à qui je racontai ce qui venait de se passer. Il accourut.
Armand was flushed and delirious; he stammered out disconnected words, in which only the name of Marguerite could be distinctly heard.Armand était pourpre, il avait le délire, et bégayait des mots sans suite, à travers lesquels le nom seul de Marguerite se faisait entendre distinctement.
"Well?" I said to the doctor when he had examined the patient.--Eh bien? dis-je au docteur quand il eut examiné le malade.
"Well, he has neither more nor less than brain fever, and very lucky it is for him, for I firmly believe (God forgive me!) that he would have gone out of his mind. Fortunately, the physical malady will kill the mental one, and in a month's time he will be free from the one and perhaps from the other."--Eh bien, il a une fièvre cérébrale ni plus ni moins, et c'est bien heureux, car je crois, Dieu me pardonne, qu'il serait devenu fou. Heuresement la maladie physique tuera la maladie morale, et dans un mois il sera sauvé de l'une et de l'autre peut-être.
Chapter 77
Illnesses like Armand's have one fortunate thing about them: they either kill outright or are very soon overcome. A fortnight after the events which I have just related Armand was convalescent, and we had already become great friends. During the whole course of his illness I had hardly left his side.Les maladies comme celle dont Armand avait été atteint ont cela d'agréables qu'elles tuent sur le coup ou se laissent vaincre très vite. Quinze jours après les événements que je viens de raconter, Armand était en pleine convalescence, et nous étions liés d'une étroite amitié. A peine si j'avais quitté sa chambre tout le temps qu'avait duré sa maladie.
Spring was profuse in its flowers, its leaves, its birds, its songs; and my friend's window opened gaily upon his garden, from which a reviving breath of health seemed to come to him. The doctor had allowed him to get up, and we often sat talking at the open window, at the hour when the sun is at its height, from twelve to two. I was careful not to refer to Marguerite, fearing lest the name should awaken sad recollections hidden under the apparent calm of the invalid; but Armand, on the contrary, seemed to delight in speaking of her, not as formerly, with tears in his eyes, but with a sweet smile which reassured me as to the state of his mind.Le printemps avait semé à profusion ses fleurs, ses feuilles, ses oiseaux, ses chansons, et la fenêtre de mon ami s'ouvrait gaiement sur son jardin dont les saines exhalaisons montaient jusqu'à lui. Le médecin avait permis qu'il se levât, et nous restions souvent à causer, assis auprès de la fenêtre ouverte à l'heure où le soleil est le plus chaud, de midi à deux heures. Je me gardais bien de l'entretenir de Marguerite, craignant toujours que ce nom ne réveillât un triste souvenir endormi sous le calme apparent du malade; mais Armand, au contraire, semblait prendre plaisir à parler d'elle, non plus comme autrefois, avec des larmes dans les yeux, mais avec un doux sourire qui me rassurait sur l'état de son âme.
I had noticed that ever since his last visit to the cemetery, and the sight which had brought on so violent a crisis, sorrow seemed to have been overcome by sickness, and Marguerite's death no longer appeared to him under its former aspect. A kind of consolation had sprung from the certainty of which he was now fully persuaded, and in order to banish the sombre picture which often presented itself to him, he returned upon the happy recollections of his liaison with Marguerite, and seemed resolved to think of nothing else.J'avais remarqué que, depuis sa dernière visite au cimitière, depuis le spectacle qui avait déterminé en lui cette crise violente, la mesure de la douleur morale semblait avoir été comblée par la maladie, et que la mort de Marguerite ne lui apparaissait plus sous l'aspect du passé. Une sorte de consolation était résulté de la certitude acquise, et pour chasser l'image sombre qui se représentait souvent à lui, il s'enfonçait dans les souvenirs heureux de sa liaison avec Marguerite, et ne semblait plus vouloir accepter que ceux-là.
The body was too much weakened by the attack of fever, and even by the process of its cure, to permit him any violent emotions, and the universal joy of spring which wrapped him round carried his thoughts instinctively to images of joy. He had always obstinately refused to tell his family of the danger which he had been in, and when he was well again his father did not even know that he had been ill.Le corps était trop épuisé par l'atteinte et même par la guérison de la fièvre pour permettre à l'esprit une émotion violente, et la joie printanière et universelle dont Armand était entouré reportait malgré lui sa pensée aux images riantes. Il s'était toujours obstinément refusé à informer sa famille du danger qu'il courait, et lorsqu'il avait été sauvé, son père ignorait sa maladie.
One evening we had sat at the window later than usual; the weather had been superb, and the sun sank to sleep in a twilight dazzling with gold and azure. Though we were in Paris, the verdure which surrounded us seemed to shut us off from the world, and our conversation was only now and again disturbed by the sound of a passing vehicle.Un soir, nous étions restés à la fenêtre plus tard que de coutume; le temps avait été magnifique et le soleil s'endormait dans un crépuscule éclatant d'azur et d'or. Quoique nous fussions dans Paris, la verdure qui nous entourait semblait nous isoler du monde, et à peine si de temps en temps le bruit d'une voiture troublait notre conversation.
"It was about this time of the year, on the evening of a day like this, that I first met Marguerite," said Armand to me, as if he were listening to his own thoughts rather than to what I was saying. I did not answer. Then turning toward me, he said:--C'est à peu près à cette époque de l'année et le soir d'un jour comme celui-ci que je connus Marguerite, me dit Armand, écoutant ses propres pensées et non ce que je lui disais. Je ne répondis rien. Alors, il se retourna vers moi, et me dit:
"I must tell you the whole story; you will make a book out of it; no one will believe it, but it will perhaps be interesting to do."--Il faut pourtant que je vous raconte cette histoire; vous en ferez un livre auquel on ne croira pas, mais qui sera peut-être intéressant à faire.
"You will tell me all about it later on, my friend," I said to him; "you are not strong enough yet."--Vous me conterez cela plus tard, mon ami, lui dis-je, vous n'êtes pas encore assez bien rétabli.
"It is a warm evening, I have eaten my ration of chicken," he said to me, smiling; "I have no fever, we have nothing to do, I will tell it to you now."--La soirée est chaude j'ai mangé mon blanc de poulet, me dit-il en souriant; je n'ai pas la fièvre, nous n'avons rien à faire, je vais tout vous dire.
"Since you really wish it, I will listen."--Puisque vous le voulez absolument, j'écoute.
This is what he told me, and I have scarcely changed a word of the touching story.--C'est une bien simple histoire, ajouta-t-il alors, et que je vous raconterai en suivant l'ordre des événements. Si vous en faites quelque chose plus tard, libre à vous de la conter autrement. Voici ce qu'il me raconta, et c'est à peine si j'ai changé quelques mots à ce touchant récit.
Yes (Armand went on, letting his head sink back on the chair), yes, it was just such an evening as this. I had spent the day in the country with one of my friends, Gaston R—. We returned to Paris in the evening, and not knowing what to do we went to the Varietes. We went out during one of the entr'actes, and a tall woman passed us in the corridor, to whom my friend bowed.--Oui, reprit Armand, en laissant retomber sa tête sur le dos de son fauteuil, oui, c'était par une soirée comme celle-ci! J'avais passé ma journée à la campagne avec un de mes amis, Gaston R...Le soir nous étions entrés au théâtres des Variétés. Pendant un entr'acte nous sortîmes, et, dans le corridor nous vîmes passer une grande femme que mon ami salua.
"Whom are you bowing to?" I asked.--Qui saluez-vous donc là? lui demandai-je.
"Marguerite Gautier," he said.--Marguerite Gautier, me dit-il.
"She seems much changed, for I did not recognise her," I said, with an emotion that you will soon understand.--Il me semble qu'elle est bien changée, car je ne l'ai pas reconnue, dis-je avec une émotion que vous comprendrez tout à l'heure.
"She has been ill; the poor girl won't last long."--Elle a été malade; la pauvre fille n'ira pas loin.
I remember the words as if they had been spoken to me yesterday.Je me rappelle ces paroles comme si elles m'avaient été dites hier.
I must tell you, my friend, that for two years the sight of this girl had made a strange impression on me whenever I came across her. Without knowing why, I turned pale and my heart beat violently. I have a friend who studies the occult sciences, and he would call what I experienced "the affinity of fluids"; as for me, I only know that I was fated to fall in love with Marguerite, and that I foresaw it.If faut que vous sachiez, mon ami, que depuis deux ans la vue de cette fille, lorsque je la rencontrais, me causait une impression étrange. Sans que je susse pourquoi, je devenais pâle et mon cœur battait violemment. J'ai un de mes amis qui s'occupe de sciences occultes, et qui appellerait ce que j'éprouvais l'affinité des fluides; moi, je crois tout simplement que j'étais destiné à devenir amoureux de Marguerite, et que je le pressentais.
It is certainly the fact that she made a very definite impression upon me, that many of my friends had noticed it and that they had been much amused when they saw who it was that made this impression upon me.Tourjours est-il qu'elle me causait une impression réelle, que plusieurs de mes amis en avaient été témoins, et qu'ils avaient beaucoup ri en reconnaissant de qui cette impression me venait.
The first time I ever saw her was in the Place de la Bourse, outside Susse's; an open carriage was stationed there, and a woman dressed in white got down from it. A murmur of admiration greeted her as she entered the shop. As for me, I was rivetted to the spot from the moment she went in till the moment when she came out again. I could see her through the shop windows selecting what she had come to buy. I might have gone in, but I dared not. I did not know who she was, and I was afraid lest she should guess why I had come in and be offended. Nevertheless, I did not think I should ever see her again.La première fois que je l'avais vue, c'était place de la Bourse, à la porte de Susse. Une calèche découverte y stationnait, et une femme vêtue de blanc en était descendue. Un murmure d'admiration avait accueilli son entrée dans le magasin. Quant à moi, je restai cloué à ma place, depuis le moment où elle entra jusqu'au moment où elle sortit. A travers les vitres, je la regardai choisir la boutique ce qu'elle venait y acheter. J'aurais pu entrer, mais je n'osais. Je ne savais qu'elle était cette femme, et je craignais qu'elle ne devinât la cause de mon entrée dans le magasin et ne s'en offensât. Cependant je ne me croyais pas appelé à la revoir.
She was elegantly dressed; she wore a muslin dress with many flounces, an Indian shawl embroidered at the corners with gold and silk flowers, a straw hat, a single bracelet, and a heavy gold chain, such as was just then beginning to be the fashion.Elle était élégamment vêtue; elle portait une robe de mousseline toute entourée de volants, un châle de l'Inde carré aux coins brodés d'or et de fleurs de soie, un chapeau de paille d'Italie et un unique bracelet, grosse chaîne d'or dont la mode commençait à cette époque.
She returned to her carriage and drove away. One of the shopmen stood at the door looking after his elegant customer's carriage. I went up to him and asked him what was the lady's name.Elle remonta dans sa calèche et partit. Un des garçons du magasin resta sur la porte, suivant des yeux la voiture de l'élégante acheteuse. Je m'approchai de lui et le priai de me dire le nom de cette femme.
"Mademoiselle Marguerite Gautier," he replied. I dared not ask him for her address, and went on my way.--C'est mademoiselle Marguerite Gautier, me répondit-il. Je n'osais pas lui demander l'adresse, et je m'éloignai.
The recollection of this vision, for it was really a vision, would not leave my mind like so many visions I had seen, and I looked everywhere for this royally beautiful woman in white.Le souvenir de cette vision, car c'en était une véritable, ne me sortit pas de l'esprit comme bien des visions que j'avais eues déjà, et je cherchais partout cette femme blanche si royalement belle.
A few days later there was a great performance at the Opera Comique. The first person I saw in one of the boxes was Marguerite Gautier.A quelques jours de là, une grande représentation eut lieu à l'Opéra-Comique. J'y allai. La première personne que j'aperçus dans une loge d'avant-scène de la galerie fut Marguerite Gautier.
The young man whom I was with recognised her immediately, for he said to me, mentioning her name: "Look at that pretty girl."Le jeune homme avec qui j'étais la reconnut aussi, car il me dit, en me la nommant: --Voyez donc cette jolie fille.
At that moment Marguerite turned her opera-glass in our direction and, seeing my friend, smiled and beckoned to him to come to her.En ce moment, Marguerite lorgnait de notre côté elle aperçut mon ami, lui sourit et lui fit signe de venir faire visite.
"I will go and say 'How do you do?' to her," he said, "and will be back in a moment."--Je vais lui dire bonsoir, me dit-il, et je reviens dans un instant.
"I could not help saying 'Happy man!'"Je ne pus m'empêcher de lui dire: "Vous êtes bien heureux!"
"Why?"--De quoi?
"To go and see that woman."--D'aller voir cette femme.
"Are you in love with her?"--Est-ce que vous en êtes amoureux?
"No," I said, flushing, for I really did not know what to say; "but I should very much like to know her."--Non, dis-je en rougissant, car je ne savais vraiment pas à quoi m'en tenir là-dessus; mais je voudrais bien la connaître.
"Come with me. I will introduce you."--Venez avec moi, je vous présenterai.
"Ask her if you may."--Demandez-lui-en d'abord la permission.
"Really, there is no need to be particular with her; come."--Ah! pardieu, il n'y a pas besoin de se gêner avec elle; venez.
What he said troubled me. I feared to discover that Marguerite was not worthy of the sentiment which I felt for her.Ce qu'il disait là me faisait peine. Je tremblais d'acquérir la certitude que Marguerite ne méritait pas ce que j'éprouvais pour elle.
In a book of Alphonse Karr entitles Am Rauchen, there is a man who one evening follows a very elegant woman, with whom he had fallen in love with at first sight on account of her beauty. Only to kiss her hand he felt that he had the strength to undertake anything, the will to conquer anything, the courage to achieve anything. He scarcely dares glance at the trim ankle which she shows as she holds her dress out of the mud. While he is dreaming of all that he would do to possess this woman, she stops at the corner of the street and asks if he will come home with her. He turns his head, crosses the street, and goes sadly back to his own house.Il y a dans un livre d'Alphonse Karr, intitulé: Am Rauchen, un homme qui suit, le soir, une femme très élégante, et dont, à la première vue, il est devenu amoureux, tant elle est belle. Pour baiser la main de cette femme, il se sent la force de tout entreprendre, la volonté de tout conquérir, le courage de tout faire. A peine s'il ose regarder le bas de jambe coquet qu'elle dévoile pour ne pas souiller sa robe au contact de la terre. Pendant qu'il rêve à tout ce qu'il ferait pour posséder cette femme, elle l'arrête au coin d'une rue et lui demande s'il veut monter chez elle.
I recalled the story, and, having longed to suffer for this woman, I was afraid that she would accept me too promptly and give me at once what I fain would have purchased by long waiting or some great sacrifice. We men are built like that, and it is very fortunate that the imagination lends so much poetry to the senses, and that the desires of the body make thus such concession to the dreams of the soul. If any one had said to me, You shall have this woman to-night and be killed tomorrow, I would have accepted. If any one had said to me, you can be her lover for ten pounds, I would have refused. I would have cried like a child who sees the castle he has been dreaming about vanish away as he awakens from sleep.Il détourne la tête, traverse la rue et rentre tout triste chez lui. Je me rappelais cette étude, et moi qui aurais voulu souffrir pour cette femme, je craignais qu'elle ne m'acceptât trop vite et ne me donnât trop promptement un amour que j'eusse voulu payer d'une longue attente ou d'un grand sacrifice. Nous sommes ainsi, nous autres hommes; et il est bien heureux que l'imagination laisse cette poésie aux sens, et que les désirs du corps fassent cette concession aux rêves de l'âme. Enfin, on m'eût dit: Vous aurez cette femme ce soir, et vous serez tué demain, j'eusse accepté. On m'eût dit: Donnez dix louis, et vous serez son amant, j'eusse refusé et pleuré, comme un enfant qui voit s'évanouir au réveil le château entrevu la nuit.
All the same, I wished to know her; it was my only means of making up my mind about her. I therefore said to my friend that I insisted on having her permission to be introduced to her, and I wandered to and fro in the corridors, saying to myself that in a moment's time she was going to see me, and that I should not know which way to look. I tried (sublime childishness of love!) to string together the words I should say to her.Cependant, je voulais la connaître; c'était un moyen, et même le seul, de savoir à quoi m'en tenir son compte. Je dis donc à mon ami que je tenais à ce qu'elle lui accordât la permission de me présenter, et je rôdais dans les corridors, me figurent qu'à partir de ce moment elle allait me voir, et que je ne saurais quelle contenance prendre sous son regard. Je tâchais de lier à l'avance les paroles que j'allais lui dire. Quel sublime enfantillage que l'amour!
A moment after my friend returned. "She is expecting us," he said.Un instant après mon ami resdescendit. --Elle nous attend, me dit-il.
"Is she alone?" I asked.--Est-elle seule? demandai-je.
"With another woman."--Avec une autre femme.
"There are no men?"Il n'y a pas d'hommes?
"No."--Non.
"Come, then."--Allons.
My friend went toward the door of the theatre.Mon ami me dirigea vers la porte du théâtre.
"That is not the way," I said.--Eh bien, ce n'est pas par là, lui dis-je.
"We must go and get some sweets. She asked me for some."--Nous allons chercher des bonbons. Elle m'en a demandé.
We went into a confectioner's in the passage de l'Opera. I would have bought the whole shop, and I was looking about to see what sweets to choose, when my friend asked for a pound of raisins glaces.Nous entrâmes chez un confiseur du passage de l'Opéra. J'aurais voulu acheter toute la boutique, et je regardais même de quoi l'on pouvait composer le sac, quand mon ami demanda: --Une livre de raisins glacés.
"Do you know if she likes them?"--Savez-vous si elle les aime?
"She eats no other kind of sweets; everybody knows it.--Elle ne mange jamais d'autres bonbons, c'est connu.
"Ah," he went on when we had left the shop, "do you know what kind of woman it is that I am going to introduce you to? Don't imagine it is a duchess. It is simply a kept woman, very much kept, my dear fellow; don't be shy, say anything that comes into your head."--Ah! continua-t-il quand nous fûmes sortis, savez-vous à quelle femme je vous présente? Ne vous figurez pas que c'est à une duchesse, c'est tout simplement à une femme entretenue, tout ce qu'il y a de plus entretenue, mon cher; ne vous gênez donc pas, et dites tout ce qui vous passera par la tête.
"Yes, yes," I stammered, and I followed him, saying to myself that I should soon cure myself of my passion.--Bien, bien, balbutiai-je, et je le suivis, en me disant que j'allais me guérir de ma passion.
When I entered the box Marguerite was in fits of laughter. I would rather that she had been sad. My friend introduced me; Marguerite gave me a little nod, and said, "And my sweets?"Quand j'entrai dans la loge, Marguerite riait aux éclats. J'aurais voulu qu'elle fût triste. Mon ami me présenta. Marguerite me fit une légère inclination de tête, et dit: --Et mes bonbons?
"Here they are."--Les voici.
She looked at me as she took them. I dropped my eyes and blushed.En les prenant elle me regarda. Je bassai les yeux, je rougis.
She leaned across to her neighbour and said something in her ear, at which both laughed. Evidently I was the cause of their mirth, and my embarrassment increased. At that time I had as mistress a very affectionate and sentimental little person, whose sentiment and whose melancholy letters amused me greatly. I realized the pain I must have given her by what I now experienced, and for five minutes I loved her as no woman was ever loved.Elle se pencha à l'oreille de sa voisine, lui dit quelques mots tout bas, et toutes deux éclatèrent de rire. Bien certainement j'étais la cause de cette hilarité; mon enbarrass en redoubla. A cette époque, j'avais pour maîtresse une petite bourgeoise fort tendre et fort sentimentale, dont le sentiment et les lettres mélancoliques me faisaient rire. Je compris le mal que j'avais dû lui faire par celui que j'éprouvais, et pendant cinq minutes, je l'aimai comme jamais on n'aime une femme.
Marguerite ate her raisins glaces without taking any more notice of me. The friend who had introduced me did not wish to let me remain in so ridiculous a position.Marguerite mangeait ses raisins sans plus s'occuper de moi. Mon introducteur ne voulut pas me laisser dans cette position ridicule.
"Marguerite," he said, "you must not be surprised if M. Duval says nothing: you overwhelm him to such a degree that he can not find a word to say."--Marguerite, fit-il, il ne faut pas vous étonner si M. Duval ne vous dit rien, vous le bouleversez tellement qu'il ne trouve pas un mot.
"I should say, on the contrary, that he has only come with you because it would have bored you to come here by yourself."--Je crois plutôt que monsieur vous a accompagné ici parce que cela vous ennuyait d'y venir seul.
"If that were true," I said, "I should not have begged Ernest to ask your permission to introduce me."--Si cela était vrai, dis-je à mon tour, je n'aurais pas prié Ernest de vous demander la permission de me présenter.
"Perhaps that was only in order to put off the fatal moment."--Ce n'était peut-être qu'un moyen de retarder le moment fatal.
However little one may have known women like Marguerite, one can not but know the delight they take in pretending to be witty and in teasing the people whom they meet for the first time. It is no doubt a return for the humiliations which they often have to submit to on the part of those whom they see every day.Pour peu que l'on vécu avec les filles du genre de Marguerite, on sait le plaisir qu'elles prennent à faire de l'esprit à faux et à taquiner les gens qu'elles voient pour la première fois. C'est sans doute une revanche des humiliations qu'elles sont souvent forcées de subir de la part de ceux qu'elles voient tous les jours.
To answer them properly, one requires a certain knack, and I had not had the opportunity of acquiring it; besides, the idea that I had formed of Marguerite accentuated the effects of her mockery. Nothing that dame from her was indifferent to me. I rose to my feet, saying in an altered voice, which I could not entirely control:Aussi faut-il pour leur répondre une certaine habitude de leur monde, habitude que je n'avais pas; puis, l'idée que je m'étais faite de Marguerite m'exagéra sa plaisanterie. Rien ne m'était indifférent de la part de cette femme. Aussi je me levai en lui disant, avec une altération de voix qu'il me fut impossible de cacher complétement:
"If that is what you think of me, madame, I have only to ask your pardon for my indiscretion, and to take leave of you with the assurance that it shall not occur again."--Si c'est là ce que vous pensez de moi, madame, il ne me reste plus qu'à vous demander pardon de mon indiscrétion, et prendre congé de vous en vous assurant qu'elle ne se renouvellera pas.
Thereupon I bowed and quitted the box. I had scarcely closed the door when I heard a third peal of laughter. It would not have been well for anybody who had elbowed me at that moment.Là-dessus, je saluai et je sortis. A peine eus-je fermé la porte, que j'entendis un troisième éclat de rire. J'aurais bien voulu que quelqu'un me coudoyât en ce moment.
I returned to my seat. The signal for raising the curtain was given. Ernest came back to his place beside me.Je retournai à ma stalle. On frappa le lever de la toile. Ernest revint auprès de moi.
"What a way you behaved!" he said, as he sat down. "They will think you are mad."--Comme vous y allez! me dit-il en s'asseyant; elles vous croient fou.
"What did Marguerite say after I had gone?"--Qu'a dit Marguerite, quand j'ai été parti?
"She laughed, and said she had never seen any one so funny. But don't look upon it as a lost chance; only do not do these women the honour of taking them seriously. They do not know what politeness and ceremony are. It is as if you were to offer perfumes to dogs—they would think it smelled bad, and go and roll in the gutter."--Elle a ri, et m'a assuré qu'elle n'avait jamais rien vu d'aussi drôle que vous. Mais il ne faut pas vous tenir pour battu; seulement ne faites pas à ces filles-là l'honneur de les prendre au serieux. Elles ne savent pas ce que c'est que l'élégance et la politesse; c'est comme les chiens auxquels on met des parfums, ils trouvent que cela sent mauvais et vont se rouler dans le ruisseau.
"After all, what does it matter to me?" I said, affecting to speak in a nonchalant way. "I shall never see this woman again, and if I liked her before meeting her, it is quite different now that I know her."--Après tout, que m'importe? dis-je en essayant de prendre un ton dégagé, je ne reverrai jamais cette femme, et si elle me plaisait avant que je la connusse, c'est bien changé maintenant que je la connais.
"Bah! I don't despair of seeing you one day at the back of her box, and of bearing that you are ruining yourself for her. However, you are right, she hasn't been well brought up; but she would be a charming mistress to have."--Bah! je ne désespère pas de vous voir un jour dans le fond de sa loge, et d'entendre dire que vous vous ruinez pour elle. Du reste, vous aurez raison, elle est mal élevée, mais c'est une jolie maîtresse à avoir.
Happily, the curtain rose and my friend was silent. I could not possibly tell you what they were acting. All that I remember is that from time to time I raised my eyes to the box I had quitted so abruptly, and that the faces of fresh visitors succeeded one another all the time.Heureusement, on leva le rideau et mon ami se tut. Vous dire ce que l'on jouait me serait impossible. Tout ce que je me rappelle, c'est que de temps en temps je levais les yeux sur la loge que j'avais si brusquement quittée, et que des figures de visiteurs nouveaux s'y succédaient à chaque instant.
I was far from having given up thinking about Marguerite. Another feeling had taken possession of me. It seemed to me that I had her insult and my absurdity to wipe out; I said to myself that if I spent every penny I had, I would win her and win my right to the place I had abandoned so quickly.Cependant, j'étais loin de ne plus penser à Marguerite. Un autre sentiment s'emparait de moi. Il me semblait que j'avais son insulte et mon ridicule à faire oublier; je me disais que, dussé-je y dépenser ce que je possédais, j'aurais cette fille et prendrais de droit la place que j'avais abandonnée si vite.
Before the performance was over Marguerite and her friend left the box. I rose from my seat.Avant que le spectacle fût terminé, Marguerite et son amie quittèrent leur loge. Malgré moi, je quittai ma stalle.
"Are you going?" said Ernest.--Vous vous en allez? me dit Ernest.
"Yes."--Oui.
"Why?"--Pourquoi?
At that moment he saw that the box was empty.En ce moment, il s'apercût que la loge état vide.
"Go, go," he said, "and good luck, or rather better luck."--Allez, allez, dit-il, et bonne chance, ou plutôt meilleure chance.
I went out.Je sortis.
I heard the rustle of dresses, the sound of voices, on the staircase. I stood aside, and, without being seen, saw the two women pass me, accompanied by two young men. At the entrance to the theatre they were met by a footman.J'entendis dans l'escalier des frôlements de robes et des bruits de voix. Je me mis à l'écart et je vis passer, sans être vu, les deux femmes et les deux jeunes gens qui les accompagnaient. Sous le péristyle du théâtre se présenta à elles un petit domestique.
"Tell the coachman to wait at the door of the Cafe' Anglais," said Marguerite. "We will walk there."--Va dire au cocher d'attendre à la porte du café Anglais, dit Marguerite, nous irons à pied jusque-là.
A few minutes afterward I saw Marguerite from the street at a window of one of the large rooms of the restaurant, pulling the camellias of her bouquet to pieces, one by one. One of the two men was leaning over her shoulder and whispering in her ear. I took up my position at the Maison-d'or, in one of the first-floor rooms, and did not lose sight of the window for an instant. At one in the morning Marguerite got into her carriage with her three friends. I took a cab and followed them. The carriage stopped at No. 9, Rue d'Antin. Marguerite got out and went in alone. It was no doubt a mere chance, but the chance filled me with delight.Quelques minutes après, en rôdant sur le boulevard, je vis à une fenêtre d'un des grands cabinets du restaurant, Marguerite, appuyée sur le balcon, effeuillant un à un les camélias de son bouquet. Un des deux hommes était penché sur son épaule et lui parlait tout bas. J'allai m'installer à la Maison-d'Or, dans les salons du premier étage, et je ne perdis pas de vue la fenêtre en question. A une heure du matin, Marguerite remontait dans sa voiture avec ses trois amis. Je pris un cabriolet et je la suivis. La voiture s'arrêta rue d'Antin no 9. Marguerite en descendit et rentra seule chez elle.
From that time forward, I often met Marguerite at the theatre or in the Champs-Elysees. Always there was the same gaiety in her, the same emotion in me.C'était sans doute un hasard, mais ce hasard me rendit bien heureux. A partir de ce jour, je rencontrai souvent Marguerite au spectacle, aux Champs-Élysées. Toujours même gaieté chez elle, toujours même émotion chez moi.
At last a fortnight passed without my meeting her. I met Gaston and asked after her.Quinze jours se passèrent cependant sans que je la revisse nulle part. Je me trouvai avec Gaston à qui je demandai de ses nouvelles.
"Poor girl, she is very ill," he answered.--La pauvre fille est bien malade, me répondit-il.
"What is the matter?"--Qu'a-t-elle donc?
"She is consumptive, and the sort of life she leads isn't exactly the thing to cure her. She has taken to her bed; she is dying."--Elle a qu'elle est poitrinaire, et que, comme elle a fait une vie qui n'est pas destinée à la guerir, elle est dans son lit et qu'elle se meurt.
The heart is a strange thing; I was almost glad at hearing it.Le cœur est étrange; je fus presque content de cette maladie.
Every day I went to ask after her, without leaving my name or my card. I heard she was convalescent and had gone to Bagneres.J'allai tous les jours savoir des nouvelles de la malade, sans cependant m'inscrire, ni laisser ma carte. J'appris ainsi sa convalescence et son départ pour Bagnères.
Time went by, the impression, if not the memory, faded gradually from my mind. I travelled; love affairs, habits, work, took the place of other thoughts, and when I recalled this adventure I looked upon it as one of those passions which one has when one is very young, and laughs at soon afterward.Puis, le temps s'écoula, l'impression, sinon le souvenir, parut s'effacer peu à peu de mon esprit. Je voyageai; des liaisons, des habitudes, des travaux prirent la place de cette pensée, et lorsque je songeais à cette première aventure, je ne voulais voir ici qu'une de ces passions comme on en a lorsque l'on est tout jeune, et dont on rit peu de temps après.
For the rest, it was no credit to me to have got the better of this recollection, for I had completely lost sight of Marguerite, and, as I told you, when she passed me in the corridor of the Varietes, I did not recognise her. She was veiled, it is true; but, veiled though she might have been two years earlier, I should not have needed to see her in order to recognise her: I should have known her intuitively. All the same, my heart began to beat when I knew that it was she; and the two years that had passed since I saw her, and what had seemed to be the results of that separation, vanished in smoke at the mere touch of her dress.Du reste, il n'y aurait pas eu de mérite à triompher de ce souvenir, car j'avais perdu Marguerite de vue depuis son départ, et, comme je vous l'ai dit, quand elle passa près de moi, dans le corridor des Variétés, je ne la reconnus pas. Elle était voilée, il est vrai; mais si voilée qu'elle eût été, deux ans plus tôt, je n'aurais pas eu besoin de la voir pour la reconnaître: je l'aurais devinée. Ce qui n'empêcha pas mon cœur de battre quand je sus que c'était elle; et les deux années passées sans la voir et les résultats que cette séparation avait paru amener s'évanouirent dans la même fumée au seul toucher de sa robe.
Chapter 88
However (continued Armand after a pause), while I knew myself to be still in love with her, I felt more sure of myself, and part of my desire to speak to Marguerite again was a wish to make her see that I was stronger than she.Cependant, continua Armand après une pause, tout en comprenant que j'étais encore amoureux, je me sentais plus fort qu'autrefois, et dans mon désir de me retrouver avec Marguerite, il y avait aussi la volonté de lui faire voir que je lui étais devenu supérieure.
How many ways does the heart take, how many reasons does it invent for itself, in order to arrive at what it wants!Que de routes prend et que de raisons se donne le cœur pour en arriver à ce qu'il veut!
I could not remain in the corridor, and I returned to my place in the stalls, looking hastily around to see what box she was in. She was in a ground-floor box, quite alone. She had changed, as I have told you, and no longer wore an indifferent smile on her lips. She had suffered; she was still suffering. Though it was April, she was still wearing a winter costume, all wrapped up in furs.Aussi, je ne pus rester longtemps dans les corridors, et je retournai prendre ma place à l'orchestre, en jetant un coup d'œil rapide dans la salle, pour voir dans quelle loge elle était. Elle était dans l'avant-scène du rez-de-chaussée, et toute seule. Elle était changée, comme je vous l'ai dit, je ne retrouvais plus sur sa bouche son sourire indifférent. Elle avait souffert, elle souffrait encore.
I gazed at her so fixedly that my eyes attracted hers. She looked at me for a few seconds, put up her opera-glass to see me better, and seemed to think she recognised me, without being quite sure who I was, for when she put down her glasses, a smile, that charming, feminine salutation, flitted across her lips, as if to answer the bow which she seemed to expect; but I did not respond, so as to have an advantage over her, as if I had forgotten, while she remembered. Supposing herself mistaken, she looked away.Quoiqu'on fût déjà en avril, elle était encore vêtue comme en hiver et toute couverte de velours. Je la regardais si obstinément que mon regard attira le sien. Elle me considéra quelques instants, prit sa lorgnette pour mieux me voir, et crut sans doute me reconnaître, sans pouvoir positivement dire qui j'étais, car lorsqu'elle reposa sa lorgnette, un sourire, ce charmant salut des femmes, erra sur ses lèvres, pour répondre au salut qu'elle avait l'air d'attendre de moi; mais je n'y répondis point, comme pour prendre barres sur elle et paraître avoir oublié, quand elle se souvenait.
The curtain went up. I have often seen Marguerite at the theatre. I never saw her pay the slightest attention to what was being acted. As for me, the performance interested me equally little, and I paid no attention to anything but her, though doing my utmost to keep her from noticing it.Elle crut s'être trompée et détourna la tête. On leva le rideau. J'ai vu bien des fois Marguerite au spectacle, je ne l'ai jamais vue prêter la moindre attention à ce qu'on jouait. Quant à moi, le spectacle m'intéressait aussi fort peu, et je ne m'occupais que d'elle, mais en faisant tous mes efforts pour qu'elle ne s'en aperçut pas.
Presently I saw her glancing across at the person who was in the opposite box; on looking, I saw a woman with whom I was quite familiar. She had once been a kept woman, and had tried to go on the stage, had failed, and, relying on her acquaintance with fashionable people in Paris, had gone into business and taken a milliner's shop. I saw in her a means of meeting with Marguerite, and profited by a moment in which she looked my way to wave my hand to her. As I expected, she beckoned to me to come to her box.Je la vis ainsi échanger des regards avec la personne occupant la loge en face de la sienne; je portai mes yeux sur cette loge, et je reconnus dedans une femme avec qui j'étais assez familier. Cette femme était une ancienne femme entretenue, qui avait essayé d'entrer au théâtre, qui n'y avait pas réussi, et qui, comptant sur ses relations avec les élégantes de Paris, s'était mise dans le commerce et avait pris un magasin de modes. Je vis en elle un moyen de me rencontrer avec Marguerite, et je profitai d'un moment où elle regardait de mon côté pour lui dire bonsoir de la main et des yeux. Ce que j'avais prévu arriva, elle m'appela dans sa loge.
Prudence Duvernoy (that was the milliner's auspicious name) was one of those fat women of forty with whom one requires very little diplomacy to make them understand what one wants to know, especially when what one wants to know is as simple as what I had to ask of her.Prudence Duvernoy, c'était l'heureux nom de la modiste, était une de ces grosses femmes de quarante ans avec lesquelles il n'y a pas besoin d'une grande diplomatie pour leur faire dire ce que l'on veut savoir, surtout quand ce que l'on veut savoir est aussi simple que ce que j'avais à lui demander.
I took advantage of a moment when she was smiling across at Marguerite to ask her, "Whom are you looking at?"Je profitai d'un moment où elle recommençait ses correspondances avec Marguerite pour lui dire: --Qui regardez-vous ainsi?
"Marguerite Gautier."--Marguerite Gautier.
"You know her?"--Vous la connaissez?
"Yes, I am her milliner, and she is a neighbour of mine."--Oui; je suis sa modiste, et elle est ma voisine.
"Do you live in the Rue d'Antin?"--Vous demeurez donc rue d'Antin?
"No. 7. The window of her dressing-room looks on to the window of mine."--No 7. La fenêtre de son cabinet de toilette donne sur la fenêtre du mien.
"They say she is a charming girl."--On dit que c'est une charmante fille.
"Don't you know her?"--Vous ne la connaissez pas?
"No, but I should like to."--Non, mais je voudrais bien la connaître.
"Shall I ask her to come over to our box?"--Voulez-vous que je lui dise de venir dans notre loge?
"No, I would rather for you to introduce me to her."--Non, j'aime mieux que vous me présentiez à elle.
"At her own house?"--Chez elle?
"Yes.--Oui.
"That is more difficult."--C'est plus difficile.
"Why?"--Pourquoi?
"Because she is under the protection of a jealous old duke."--Parce qu'elle est protégée par un vieux duc très jaloux.
"'Protection' is charming."--Protégée est charmant.
"Yes, protection," replied Prudence. "Poor old man, he would be greatly embarrassed to offer her anything else."--Oui, protégée, reprit Prudence. Le pauvre vieux, il serait bien embarrassé d'être son amant.
Prudence then told me how Marguerite had made the acquaintance of the duke at Bagneres.Prudence me raconta alors comment Marguerite avait fait connaissance du duc à Bagnères.
"That, then," I continued, "is why she is alone here?"--C'est pour cela, continuai-je, qu'elle est seule ici?
"Precisely."--Justement.
"But who will see her home?"--Mais, qui la reconduira.
"He will."--Lui.
"He will come for her?"--Il va donc venir la prendre?
"In a moment."--Dans un instant.
"And you, who is seeing you home?"--Et vous, qui vous reconduit?
"No one."--Personne.
"May I offer myself?"--Je m'offre.
"But you are with a friend, are you not?"--Mais vous êtes avec un ami, je crois.
"May we offer, then?"--Nous nous offrons alors.
"Who is your friend?"--Qu'est-ce que c'est que votre ami?
"A charming fellow, very amusing. He will be delighted to make your acquaintance."--C'est un charmant garçon, fort spirituel, et qui sera enchanté de faire votre connaissance.
"Well, all right; we will go after this piece is over, for I know the last piece."--Eh bien, c'est convenu, nous partirons tous les quatre après cette pièce, car je connais la dernière.
"With pleasure; I will go and tell my friend."--Volontiers, je vais prévenir mon ami.
"Go, then. Ah," added Prudence, as I was going, "there is the duke just coming into Marguerite's box."--Allez. --Ah! me dit Prudence au moment où j'allais sortir, voilà le duc qui entre dans la loge de Marguerite.
I looked at him. A man of about seventy had sat down behind her, and was giving her a bag of sweets, into which she dipped at once, smiling. Then she held it out toward Prudence, with a gesture which seemed to say, "Will you have some?"Je regardai. Un homme de soixante-dix ans, en effet, venait de s'asseoir derrière la jeune femme et lui remettait un sac de bonbons dans lequel elle puisa aussitôt en souriant, puis elle l'avença sur le devant de sa loge en faisant à Prudence un signe qui pouvait se traduire par: --En voulez-vous?
"No," signalled Prudence.--Non, fit Prudence.
Marguerite drew back the bag, and, turning, began to talk with the duke.Marguerite reprit le sac et, se retournant, se mit causer avec le duc.
It may sound childish to tell you all these details, but everything relating to Marguerite is so fresh in my memory that I can not help recalling them now.Le récit de tous ces détails ressemble à de l'enfantillage, mais tout ce qui avait rapport à cette fille est si présent à ma mémoire, que je ne puis m'empêcher de le rappeler aujourd'hui.
I went back to Gaston and told him of the arrangement I had made for him and for me. He agreed, and we left our stalls to go round to Mme. Duvernoy's box. We had scarcely opened the door leading into the stalls when we had to stand aside to allow Marguerite and the duke to pass. I would have given ten years of my life to have been in the old man's place.Je descendis prévenir Gaston de ce que je venais d'arranger pour lui et pour moi. Il accepta. Nous quittâmes nos stalles pour monter dans la loge de madame Duvernoy. A peine avions-nous overt la porte des orchestres que nous fûmes forcés de nous arrêter pour laisser passer Marguerite et le duc qui s'en allaient.
When they were on the street he handed her into a phaeton, which he drove himself, and they were whirled away by two superb horses.J'aurais donné dix ans de ma vie pour être à la place de ce vieux bonhomme. Arrivé sur le boulevard, il lui fit prendre place dans un phaéton qu'il conduisait lui-même, et ils disparuerent emportés au trot de deux superbes chevaux.
We returned to Prudence's box, and when the play was over we took a cab and drove to 7, Rue d'Antin. At the door, Prudence asked us to come up and see her showrooms, which we had never seen, and of which she seemed very proud. You can imagine how eagerly I accepted. It seemed to me as if I was coming nearer and nearer to Marguerite. I soon turned the conversation in her direction.Nous entrâmes dans la loge de Prudence. Quand la pièce fut finie, nous descendîmes prendre un simple fiacre qui nous conduisit rue d'Antin no 7. A la porte de sa maison, Prudence nous offrit de monter chez elle pour nous faire voir ses magasins que nous ne connaissons pas et dont elle paraissait être très fière. Vous jugez avec quel impressement j'acceptai. Il me semblait que je me rapprochais peu à peu de Marguerite. J'eus bientôt fait retomber la conversation sur elle.
"The old duke is at your neighbours," I said to Prudence.--Le vieux duc est chez votre voisine? dis-je à Prudence.
"Oh, no; she is probably alone."--Non pas; elle doit être seule.
"But she must be dreadfully bored," said Gaston.--Mais elle va s'ennuyer horriblement, dit Gaston.
"We spend most of our evening together, or she calls to me when she comes in. She never goes to bed before two in the morning. She can't sleep before that."--Nous passons presque toutes nos soirées ensemble, où, lorsqu'elle rentre, elle m'appelle. Elle ne se couche jamais avant deux heures du matin. Elle ne peut pas dormir plus tôt.
"Why?"--Pourquoi?
"Because she suffers in the chest, and is almost always feverish."--Parce qu'elle est malade de la poitrine et qu'elle a presque toujours la fièvre.
"Hasn't she any lovers?" I asked.--Elle n'a pas d'amants? demandai-je.
"I never see any one remain after I leave; I don't say no one ever comes when I am gone. Often in the evening I meet there a certain Comte de N., who thinks he is making some headway by calling on her at eleven in the evening, and by sending her jewels to any extent; but she can't stand him. She makes a mistake; he is very rich. It is in vain that I say to her from time to time, 'My dear child, there's the man for you.' She, who generally listens to me, turns her back and replies that he is too stupid. Stupid, indeed, he is; but it would be a position for her, while this old duke might die any day. Old men are egoists; his family are always reproaching him for his affection for Marguerite; there are two reasons why he is likely to leave her nothing. I give her good advice, and she only says it will be plenty of time to take on the count when the duke is dead. It isn't all fun," continued Prudence, "to live like that. I know very well it wouldn't suit me, and I should soon send the old man about his business. He is so dull; he calls her his daughter; looks after her like a child; and is always in the way. I am sure at this very moment one of his servants is prowling about in the street to see who comes out, and especially who goes in."--Je ne vois jamais personne rester quand je m'en vais; mais je ne réponds pas qu'il ne vient personne quand je suis partie; souvent je rencontre chez elle, le soir, un certain comte de N...qui croit avancer ses affaires en faisant ses visites à onze heures, en lui enyoyant des bijoux tant qu'elle en veut; mais elle ne peut pas le voir en peinture. Elle a tort, c'est un garçon très riche. J'ai beau lui dire de temps en temps: Ma chère enfant, c'est l'homme qu'il vous faut! Elle qui m'écoute assez ordinairement, elle me tourne le dos et me répond qu'il est trop bête. Qu'il soit bête, j'en conviens; mais ce serait pour elle une position, tandis que ce vieux duc peut mourir d'un jour à l'autre. Les vieillards sont égoïstes; sa famille lui reproche sans cesse son affection pour Marguerite: voilà deux raisons pour qu'il ne lui laisse rien. Je lui fais de la morale, à laquelle elle répond qu'il sera toujours temps de prendre le comte à la mort du duc. Cela n'est pas toujours drôle, continua Prudence, de vivre comme elle vit. Je sais bien, moi, que cela ne m'irait pas et que j'enverrais bien vite promener le bonhomme. Il est insipide, ce vieux; il l'appelle sa fille, il a soin d'elle comme d'un enfant, il est toujours sur son dos. Je suis sûre qu'à cette heure un de ses domestiques rôde dans la rue pour voir qui sort, et surtout qui entre.
"Ah, poor Marguerite!" said Gaston, sitting down to the piano and playing a waltz. "I hadn't a notion of it, but I did notice she hasn't been looking so gay lately."--Ah! cette pauvre Marguerite! dit Gaston en se mettant au piano et en jouant une valse, je ne savais pas cela, moi. Cependant je lui trouvais l'air moins gai depuis quelque temps.
"Hush," said Prudence, listening. Gaston stopped.--Chut! dit Prudence en prêtant l'oreille. Gaston s'arrêta.
"She is calling me, I think."--Elle m'appelle, je crois.
We listened. A voice was calling, "Prudence!"Nous écoutâmes. En effet, une voix appelait Prudence.
"Come, now, you must go," said Mme. Duvernoy.--Allons, messieurs, allez-vous-en, nous dit madame Duvernoy.
"Ah, that is your idea of hospitality," said Gaston, laughing; "we won't go till we please."--Ah! c'est comme cela que vous entendez l'hospitalité, dit Gaston en riant, nous nous en irons quand bon nous semblera.
"Why should we go?"--Pourquoi nous en irions-nous?
"I am going over to Marguerite's."--Je vais chez Marguerite.
"We will wait here."--Nous attendrons ici.
"You can't."--Cela ne se peut pas.
"Then we will go with you."--Alors, nous irons avec vous.
"That still less."--Encore moins.
"I know Marguerite," said Gaston; "I can very well pay her a call."--Je connais Marguerite, moi, fit Gaston, je puis bien aller lui faire une visite.
"But Armand doesn't know her."--Mais Armand ne la connaît pas.
"I will introduce him."--Je le présenterai.
"Impossible."--C'est impossible.
We again heard Marguerite's voice calling to Prudence, who rushed to her dressing-room window. I followed with Gaston as she opened the window. We hid ourselves so as not to be seen from outside.Nous entendîmes de nouveau la voix de Marguerite appelant toujours Prudence. Nous nous cachâmes de façon à ne pas être vus du dehors.
"I have been calling you for ten minutes," said Marguerite from her window, in almost an imperious tone of voice.--Il y a dix minutes que je vous appelle, dit Marguerite de sa fenêtre et d'un ton presque impérieux.
"What do you want?"--Que me voulez-vous?
"I want you to come over at once."--Je veux que vous veniez tout de suite.
"Why?"--Pourquoi?
"Because the Comte de N. is still here, and he is boring me to death."--Parce que le comte de N...est encore là et qu'il m'ennuie à périr.
"I can't now."--Je ne peux pas maintenant.
"What is hindering you?"--Qui vous en empêche?
"There are two young fellows here who won't go."--J'ai chez moi deux jeunes gens qui ne veulent pas s'en aller.
"Tell them that you must go out."--Dites-leur qu'il faut que vous sortiez.
"I have told them."--Je le leur ai dit.
"Well, then, leave them in the house. They will soon go when they see you have gone."--Eh bien, laissez-les chez vous; quand ils vous verront sortie, ils s'en iront.
"They will turn everything upside down."--Après avoir mis tout sens dessus dessous!
"But what do they want?"--Mais qu'est-ce qu'ils veulent?
"They want to see you."--Ils veulent vous voir.
"What are they called?"--Comment se nomment-ils?
"You know one, M. Gaston R."--Vous en connaissez un, M. Gaston R...
"Ah, yes, I know him. And the other?"--Ah! oui, je le connais; et l'autre?
"M. Armand Duval; and you don't know him."--M. Armand Duval. Vous ne le connaissez pas?
"No, but bring them along. Anything is better than the count. I expect you. Come at once."--Non; mais amenez-les toujours, j'aime mieux tout que le comte. Je vous attends, venez vite.
Marguerite closed her window and Prudence hers. Marguerite, who had remembered my face for a moment, did not remember my name. I would rather have been remembered to my disadvantage than thus forgotten.Marguerite referma sa fenêtre, Prudence la sienne. Marguerite, qui s'était un instant rappelé mon visage, ne se rappelait pas mon nom. J'aurais mieux aimé un souvenir à mon désavantage que cet oubli.
"I knew," said Gaston, "that she would be delighted to see us."--Je le savais bien, dit Gaston, qu'elle serait enchantée de nous voir.
"Delighted isn't the word," replied Prudence, as she put on her hat and shawl. "She will see you in order to get rid of the count. Try to be more agreeable than he is, or (I know Marguerite) she will put it all down to me."--Enchantée n'est pas le mot, répondit Prudence en mettant son châle et son chapeau, elle vous reçoit pour faire partir le comte. Tâchez d'être plus aimables que lui, ou, je connais Marguerite, elle se brouillera avec moi.
We followed Prudence downstairs. I trembled; it seemed to me that this visit was to have a great influence on my life. I was still more agitated than on the evening when I was introduced in the box at the Opera Comique. As we reached the door that you know, my heart beat so violently that I was hardly able to think.Nous suivîmes Prudence qui descendait. Je tremblais; il me semblait que cette visite allait avoir une grande influence sur ma vie. J'étais encore plus ému que le soir de ma présentation dans la loge de l'Opéra-Comique. En arrivant à la porte de l'appartement que vous connaisez, le cœur me battait si fort que la pensée m'échappait.
We heard the sound of a piano. Prudence rang. The piano was silent. A woman who looked more like a companion than a servant opened the door. We went into the drawing-room, and from that to the boudoir, which was then just as you have seen it since. A young man was leaning against the mantel-piece. Marguerite, seated at the piano, let her fingers wander over the notes, beginning scraps of music without finishing them. The whole scene breathed boredom, the man embarrassed by the consciousness of his nullity, the woman tired of her dismal visitor. At the voice of Prudence, Marguerite rose, and coming toward us with a look of gratitude to Mme. Duvernoy, said:Quelques accords de piano arrivaient jusqu'à nous. Prudence sonna. Le piano se tut. Une femme qui avait plutôt l'air d'une dame de compagnie que d'une femme de chambre vint nous ouvrir. Nous passâmes dans le salon, du salon dans le boudoir qui était à cette époque ce que vous l'avez vu depuis. Un jeune homme était appuyé contre la cheminée. Marguerite, assise devant son piano, laissait courir ses doigts sur les touches, et commençait des morceaux qu'elle n'achevait pas. L'aspect de cette scène était l'ennui, résultant pour l'homme de l'embarras de sa nullité, pour la femme de la visite de ce lugubre personnage. A la voix de Prudence, Marguerite se leva, et venant à nous après avoir échangé un regard de remerciements avec Madame Duvernoy, elle nous dit:
"Come in, and welcome."--Entrez, messieurs, et soyez les bienvenus.
Chapter 99
"Good-evening, my dear Gaston," said Marguerite to my companion. "I am very glad to see you. Why didn't you come to see me in my box at the Varietes?"--Bonsoir, mon cher Gaston, dit Marguerite à mon compagnon, je suis bien aise de vous voir. Pourquoi n'êtes-vous pas entré dans ma loge aux Variétés?
"I was afraid it would be indiscreet."--Je craignais d'être indiscret.
"Friends," and Marguerite lingered over the word, as if to intimate to those who were present that in spite of the familiar way in which she greeted him, Gaston was not and never had been anything more than a friend, "friends are always welcome."--Les amis, et Marguerite appuya sur ce mot, comme si elle eût voulu faire comprendre à ceux qui étaient là que malgré la façon familière dont elle l'accueillait, Gaston n'était et n'avait toujours été qu'un ami, les amis ne sont jamais indiscrets.
"Then, will you permit me to introduce M. Armand Duval?"--Alors, vous me permettez de vous présenter M. Armand Duval!
"I had already authorized Prudence to do so."--J'avais déjà autorisé Prudence à le faire.
"As far as that goes, madame," I said, bowing, and succeeding in getting more or less intelligible sounds out of my throat, "I have already had the honour of being introduced to you."--Du reste, madame, dis-je alors en m'inclinant et en parvenant à rendre des son à peu près intelligibles, j'ai déjà eu l'honneur de vous être présenté.
Marguerite's beautiful eyes seemed to be looking back in memory, but she could not, or seemed not to, remember.L'œil charmant de Marguerite sembla chercher dans son souvenir, mais elle ne se souvint point, ou parut ne point se souvenir.
"Madame," I continued, "I am grateful to you for having forgotten the occasion of my first introduction, for I was very absurd and must have seemed to you very tiresome. It was at the Opera Comique, two years ago; I was with Ernest de ——."--Madame, repris-je alors, je vous suis reconnaissant d'avoir oublié cette première présentation, car j'y fus très ridicule et dus vous paraître très ennuyeux. C'était, il y a deux ans, à l'Opéra-Comique; j'étais avec Ernest de ***.
"Ah, I remember," said Marguerite, with a smile. "It was not you who were absurd; it was I who was mischievous, as I still am, but somewhat less. You have forgiven me?"--Ah! je me rappelle! reprit Marguerite, avec un sourire. Ce n'est pas vous qui étiez ridicule, c'est moi qui étais taquine, comme je le suis encore un peu, mais moins cependant. Vous m'avez pardonné, monsieur?
And she held out her hand, which I kissed.Et elle me tendit sa main que je baisai.
"It is true," she went on; "you know I have the bad habit of trying to embarrass people the first time I meet them. It is very stupid. My doctor says it is because I am nervous and always ill; believe my doctor."--C'est vrai, reprit-elle. Figurez-vous que j'ai la mauvaise habitude de vouloir embarrasser les gens que je vois pour la première fois. C'est très sot. Mon médicin dit que c'est parce que je suis nerveuse et toujours souffrante: croyez mon médicin.
"But you seem quite well."--Mais vous paraissez très bien portante.
"Oh! I have been very ill."--Oh! j'ai été bien malade.
"I know."--Je le sais.
"Who told you?"--Qui vous l'a dit?
"Every one knew it; I often came to inquire after you, and I was happy to hear of your convalescence."--Tout le monde le savait; je suis venu souvent savoir de vos nouvelles, et j'ai appris avec plaisir votre convalescence.
"They never gave me your card."--On ne m'a jamais remis votre carte.
"I did not leave it."--Je ne l'ai jamais laissée.
"Was it you, then, who called every day while I was ill, and would never leave your name?"--Serait-ce vous ce jeune homme qui venait tous les jours s'informer de moi pendant ma maladie, et qui n'a jamais voulu dire son nom?
"Yes, it was I."--C'est moi.
"Then you are more than indulgent, you are generous. You, count, wouldn't have done that," said she, turning toward M. de N., after giving me one of those looks in which women sum up their opinion of a man.--Alors, vous êtes plus qu'indulgent, vous êtes généreux. Ce n'est pas vous, comte, qui auriez fait cela, ajouta-t-elle en se tournant vers M. de N..., et après avoir jeté sur moi un de ces regards par lesquels les femmes complètent leur opinion sur un homme.
"I have only known you for two months," replied the count.--Je ne vous connais que depuis deux mois, répliqua le comte.
"And this gentleman only for five minutes. You always say something ridiculous."--Et monsieur qui ne me connaît que depuis cinq minutes. Vous répondez toujours des niaiseries.
Women are pitiless toward those whom they do not care for. The count reddened and bit his lips.Les femmes sont impitoyables avec les gens qu'elles n'aiment pas. Le comte rougit et se mordit les lèvres.
I was sorry for him, for he seemed, like myself, to be in love, and the bitter frankness of Marguerite must have made him very unhappy, especially in the presence of two strangers.J'eus pitié de lui, car il paraissait être amoureux comme moi, et la dure franchise de Marguerite devait le rendre bien malheureux, surtout en présence de deux étrangers.
"You were playing the piano when we came in," I said, in order to change the conversation. "Won't you be so good as to treat me as an old acquaintance and go on?"--Vous faisez de la musique quand nous sommes entrés, dis-je alors pour changer la conversation, ne me ferez-vous pas le plaisir de me traiter en vieille connaissance, et ne continuerez-vous pas?
"Oh," said she, flinging herself on the sofa and motioning to us to sit down, "Gaston knows what my music is like. It is all very well when I am alone with the count, but I won't inflict such a punishment on you."--Oh! fit-elle en se jetant sur le canapé et en nous faisant signe de nous y asseoir, Gaston sait bien quel genre de musique je fais. C'est bon quand je suis seule avec le comte, mais je ne voudrais pas vous faire endurer pareil supplice.
"You show me that preference?" said M. de N., with a smile which he tried to render delicately ironical.--Vous avez cette préférence pour moi? répliqua M. de N... avec un sourire qu'il essaya de rendre fin et ironique.
"Don't reproach me for it. It is the only one." It was fated that the poor man was not to say a single word. He cast a really supplicating glance at Marguerite.--Vous avez tort de me la reporcher; c'est la seule. Il était décidé que ce pauvre garçon ne dirait pas un mot. Il jeta sur la jeune femme un regard vraiment suppliant.
"Well, Prudence," she went on, "have you done what I asked you to do?"--Dites donc, Prudence, continua-t-elle, avez-vous fait ce que je vous avais priée de faire?
"Yes.--Oui.
"All right. You will tell me about it later. We must talk over it; don't go before I can speak with you."--C'est bien, vous me conterez cela plus tard. Nous avons à causer, vous ne vous en irez pas sans que je vous parle.
"We are doubtless intruders," I said, "and now that we, or rather I, have had a second introduction, to blot out the first, it is time for Gaston and me to be going."--Nous sommes sans doute indiscrets, dis-je alors, et maintenant que nous avons ou plutôt que j'ai obtenu une seconde présentation pour faire oublier la première, nous allons nous retirer, Gaston et moi.
"Not in the least. I didn't mean that for you. I want you to stay."--Pas le moins du monde; ce n'est pas pour vous que je dis cela. Je veux au contraire que vous restiez.
The count took a very elegant watch out of his pocket and looked at the time. "I must be going to my club," he said. Marguerite did not answer. The count thereupon left his position by the fireplace and going up to her, said: "Adieu, madame."Le comte tira une montre fort élégante, à laquelle il regarda l'heure: --Il est temps que j'aille au club, dit-il. Marguerite ne répondit rien. Le comte quitta alors la cheminée, et venant à elle: --Adieu, madame.
Marguerite rose. "Adieu, my dear count. Are you going already?"Marguerite se leva. --Adieu, mon cher comte, vous vous en allez déjà?
"Yes, I fear I am boring you."--Oui, je crains de vous ennuyer.
"You are not boring me to-day more than any other day. When shall I be seeing you?"--Vous ne m'ennuyez pas plus aujourd'hui que les autres jours. Quand vous verra-t-on?
"When you permit me."--Quand vous le permettrez.
"Good-bye, then."--Adieu, alors!
It was cruel, you will admit. Fortunately, the count had excellent manners and was very good-tempered. He merely kissed Marguerite's hand, which she held out to him carelessly enough, and, bowing to us, went out.C'était cruel, vous l'avouerez. Le comte avait heureusement une fort bonne éducation et un excellent caractère. Il se contenta de baiser la main que Marguerite lui tendait assez nonchalamment, et de sortir après nous avoir salués.
As he crossed the threshold, he cast a glance at Prudence. She shrugged her shoulders, as much as to say:Au moment où il franchissait la porte, il regarda Prudence. Celle-ci leva les épaules d'un air qui signifiait:
"What do you expect? I have done all I could."--Que voulez-vous j'ai fait tout ce que j'ai pu.
"Nanine!" cried Marguerite. "Light M. le Comte to the door."--Nanine! cria Marguerite, éclaire M. le comte.
We heard the door open and shut.Nous entendîmes ouvrir et fermer la porte.
"At last," cried Marguerite, coming back, "he has gone! That man gets frightfully on my nerves!"--Enfin! s'écria Marguerite en reparaissant, le voilà parti; ce garçon-là me porte horriblement sur les nerfs.
"My dear child," said Prudence, "you really treat him too badly, and he is so good and kind to you. Look at this watch on the mantel-piece, that he gave you: it must have cost him at least three thousand francs, I am sure."--Ma chère enfant, dit Prudence, vous êtes vraiment trop méchante avec lui, lui qui est si bon et si prévenant pour vous. Voilà encore sur votre cheminée une montre qu'il vous a donnée, et qui lui a coûté au moins mille écus, j'en suis sûre.
And Mme. Duvernoy began to turn it over, as it lay on the mantel-piece, looking at it with covetous eyes.Et madame Duvernoy, qui s'était approchée de la cheminée, jouait avec le bijou dont elle parlait, et j'était dessus des regards de convoitise.
"My dear," said Marguerite, sitting down to the piano, "when I put on one side what he gives me and on the other what he says to me, it seems to me that he buys his visits very cheap."--Ma chère, dit Marguerite en s'asseyant à son piano quand je pèse d'un côté ce qu'il me donne et de l'autre ce qu'il me dit, je trouve que je lui passe ses visites bon marché.
"The poor fellow is in love with you."--Ce pauvre garçon est amoureux de vous.
"If I had to listen to everybody who was in love with me, I shouldn't have time for my dinner."--S'il fallait que j'écoutasse tous ceux qui sont amoureux de moi, je n'aurais seulement pas le temps de diner.
And she began to run her fingers over the piano, and then, turning to us, she said:Et elle fit courir ses doigts sur le piano, après quoi se retournant elle nous dit:
"What will you take? I think I should like a little punch."--Voulez-vous prendre quelque chose? moi, je boirais bien un peu de punch.
"And I could eat a little chicken," said Prudence. "Suppose we have supper?"--Et moi, je mangerais bien un peu de poulet, dit Prudence; si nous soupions?
"That's it, let's go and have supper," said Gaston.--C'est cela, allons souper, dit Gaston.
"No, we will have supper here."--Non, nous allons souper ici.
She rang, and Nanine appeared.Elle sonna. Nanine parut.
"Send for some supper."--Envoie chercher à souper.
"What must I get?"--Que faut-il prendre?
"Whatever you like, but at once, at once."--Ce que tu voudras, mais tout de suite, tout de suite.
Nanine went out.Nanine sortit.
"That's it," said Marguerite, jumping like a child, "we'll have supper. How tiresome that idiot of a count is!"--C'est cela, dit Marguerite en sautant comme une enfant, nous allons souper. Que cet imbécile de comte est ennuyeux!
The more I saw her, the more she enchanted me. She was exquisitely beautiful. Her slenderness was a charm. I was lost in contemplation.Plus je voyais cette femme, plus elle m'enchantait. Elle était belle à ravir. Sa maigreur même était une grâce. J'étais en contemplation.
What was passing in my mind I should have some difficulty in explaining. I was full of indulgence for her life, full of admiration for her beauty. The proof of disinterestedness that she gave in not accepting a rich and fashionable young man, ready to waste all his money upon her, excused her in my eyes for all her faults in the past.Ce qui se passait en moi, j'aurais peine à l'expliquer. J'étais plein d'indulgence pour sa vie, plein d'admiration pour sa beauté. Cette preuve de déintéressement qu'elle donnait en n'acceptant pas un homme jeune, élégant et riche, tout prêt à se ruiner pour elle, excusait mes yeux toutes ses fautes passées.
There was a kind of candour in this woman. You could see she was still in the virginity of vice. Her firm walk, her supple figure, her rosy, open nostrils, her large eyes, slightly tinged with blue, indicated one of those ardent natures which shed around them a sort of voluptuous perfume, like Eastern vials, which, close them as tightly as you will, still let some of their perfume escape. Finally, whether it was simple nature or a breath of fever, there passed from time to time in the eyes of this woman a glimmer of desire, giving promise of a very heaven for one whom she should love. But those who had loved Marguerite were not to be counted, nor those whom she had loved.Il y avait dans cette femme quelques chose comme de la candeur. On voyait qu'elle en était encore à la virginité du vice. Sa marche assurée, sa taille souple, ses narines roses et ouvertes, ses grands yeux légèrement cerclés de bleu, dénotaient une de ces natures ardentes qui répandent autour d'elles un parfum de volupté, comme ces flacons d'Orient qui, si bien fermés qu'ils soient, laissent échapper le parfum de la liqueur qu'ils renferment. Enfin, soit nature, soit conséquence de son état maladif, il passait de temps en temps dans les yeux de cette femme des éclairs de désirs dont l'expansion eût été une révélation du ciel pour celui qu'elle eût aimé. Mais ceux qui avaient aimé Marguerite ne se comptaient plus, et ceux qu'elle avait aimés ne se comptaient pas encore.
In this girl there was at once the virgin whom a mere nothing had turned into a courtesan, and the courtesan whom a mere nothing would have turned into the most loving and the purest of virgins. Marguerite had still pride and independence, two sentiments which, if they are wounded, can be the equivalent of a sense of shame. I did not speak a word; my soul seemed to have passed into my heart and my heart into my eyes.Bref, on reconnaissait dans cette fille la vierge qu'un rien avait faite courtisane, et la courtisane dont un rien eût fait la vierge la plus amoureuse et la plus pure. Il y avait encore chez Marguerite de la fierté et de l'indépendance: deux sentiments qui, blessés, sont capables de faire ce que fait la pudeur. Je ne disais rien, mon âme semblait être passée toute dans mon cœur et mon cœur dans mes yeux.
"So," said she all at once, "it was you who came to inquire after me when I was ill?"--Ainsi, reprit-elle tout à coup, c'est vous qui veniez savoir de mes nouvelles quand j'étais malade?
"Yes."--Oui.
"Do you know, it was quite splendid of you! How can I thank you for it?"--Savez-vous que c'est très beau, cela! Et que puis-je faire pour vous remercier!
"By allowing me to come and see you from time to time."--Me permettre de venir de temps en temps vous voir.
"As often as you like, from five to six, and from eleven to twelve. Now, Gaston, play the Invitation A la Valse."--Tant que vous voudrez, de cinq heures à six, de onze heures à minuit. Dites donc, Gaston, jourez-moi l'Invitation à la valse.
"Why?"--Pourquoi?
"To please me, first of all, and then because I never can manage to play it myself."--Pour me faire plaisir d'abord, et ensuite parce que je ne puis pas arriver à la jouer seule.
"What part do you find difficult?"--Qu'est-ce qui vous embarrasse donc?
"The third part, the part in sharps."--La troisième partie, le passage en dièse.
Gaston rose and went to the piano, and began to play the wonderful melody of Weber, the music of which stood open before him.Gaston se leva, se mit au piano et commença cette merveilleuse mélodie de Weber, dont la musique était ouverte sur le pupitre.
Marguerite, resting one hand on the piano, followed every note on the music, accompanying it in a low voice, and when Gaston had come to the passage which she had mentioned to him, she sang out, running her fingers along the top of the piano:Marguerite, une main appuyée sur le piano, regardait le cahier, suivait des yeux chaque note qu'elle accompagnait tout bas de la voix, et quand Gaston en arriva au passage qu'elle lui avait indiqué, elle chantonna en faisant aller ses doigts sur le dos du piano:
"Do, re, mi, do, re, fa, mi, re; that is what I can not do. Over again."--Ré, mi, ré, do, ré, fa, mi, ré, voilà ce que je ne puis faire. Recommencez.
Gaston began over again, after which Marguerite said:Gaston recommença, après quoi Marguerite lui dit:
"Now, let me try."--Maintenant laissez-moi essayer.
She took her place and began to play; but her rebellious fingers always came to grief over one of the notes.Elle prit sa place et joua à son tour; mais ses doigts rebelles se trompaient toujours sur l'une des notes que nous venons de dire.
"Isn't it incredible," she said, exactly like a child, "that I can not succeed in playing that passage? Would you believe that I sometimes spend two hours of the morning over it? And when I think that that idiot of a count plays it without his music, and beautifully, I really believe it is that that makes me so furious with him." And she began again, always with the same result.--Est-ce incroyable, dit-elle avec une véritable intonation d'enfant, que je ne puisse pas arriver à jouer ce passage! Croiriez-vous que je reste quelquefois jusqu'à deux heures du matin dessus! Et quand je pense que cet imbécile de comte le joue sans musique et admirablement, c'est cela qui me rend furieuse contre lui, je crois. Et elle recommença, toujours avec les mêmes résultats.
"The devil take Weber, music, and pianos!" she cried, throwing the music to the other end of the room. "How can I play eight sharps one after another?" She folded her arms and looked at us, stamping her foot. The blood flew to her cheeks, and her lips half opened in a slight cough.--Que le diable emporte Weber, la musique et les pianos! dit-elle en jetant le cahier à l'autre bout de la chambre; comprend-on que je ne puisse pas faire huit dièses de suite? Et elle se croisait les bras en nous regardant et en frappant du pied. Le sang lui monta aux joues et une toux légère entr'ouvrit ses lèvres.
"Come, come," said Prudence, who had taken off her hat and was smoothing her hair before the glass, "you will work yourself into a rage and do yourself harm. Better come and have supper; for my part, I am dying of hunger."--Voyons, voyons, dit Prudence, qui avait ôté son chapeau et qui lissait ses bandeaux devant la glace, vous allez encore vous mettre en colère et vous faire mal, allons souper, cela vaudra mieux; moi, je meurs de faim.
Marguerite rang the bell, sat down to the piano again, and began to hum over a very risky song, which she accompanied without difficulty. Gaston knew the song, and they gave a sort of duet.Marguerite sonna de nouveau, puis elle se remit au piano et commença à demi-voix une chanson libertine, dans l'accompagnement de laquelle elle ne s'embrouilla point. Gaston savait cette chanson, et ils en firent une espèce de duo.
"Don't sing those beastly things," I said to Marguerite, imploringly.--Ne chantez donc pas ces saletés-là, dis-je familièrement à Marguerite et avec un ton de prière.
"Oh, how proper you are!" she said, smiling and giving me her hand. "It is not for myself, but for you."--Oh! comme vous êtes chaste! me dit-elle en souriant et en me tendant la main.. --Ce n'est pas pour moi, c'est pour vous.
Marguerite made a gesture as if to say, "Oh, it is long since that I have done with propriety!" At that moment Nanine appeared.Marguerite fit un geste qui voulait dire: Oh! il y a longtemps que j'en ai fini, moi, avec la chasteté. En ce moment Nanine parut.
"Is supper ready?" asked Marguerite. "Yes, madame, in one moment."--Le souper est-il prêt? demanda Marguerite. --Oui, madame, dans un instant.
"Apropos," said Prudence to me, "you have not looked round; come, and I will show you." As you know, the drawing-room was a marvel.--A propos, me dit Prudence, vous n'avez pas vu l'appartement; venez, que je vous le montre. Vous le savez, le salon était une merveille.
Marguerite went with us for a moment; then she called Gaston and went into the dining-room with him to see if supper was ready.Marguerite nous accompagna un peu, puis elle appela Gaston et passa avec lui dans la salle à manger pour voir si le souper était prêt.
"Ah," said Prudence, catching sight of a little Saxe figure on a side-table, "I never knew you had this little gentleman."--Tiens, dit tout haut Prudence en regardant sur une étagère et en y prenant une figure de Saxe, je ne vous connaissais pas ce petit bonhomme-là!
"Which?"--Lequel?
"A little shepherd holding a bird-cage."--Un petit berger que tient une cage avec un oiseau.
"Take it, if you like it."--Prenez-le, s'il vous fait plaisir.
"I won't deprive you of it."--Ah! mais je crains de vous en priver.
"I was going to give it to my maid. I think it hideous; but if you like it, take it."--Je voulais le donner à ma femme de chambre, je le trouve hideux; mais puisqu'il vous plaît, prenez-le.
Prudence only saw the present, not the way in which it was given. She put the little figure on one side, and took me into the dressing-room, where she showed me two miniatures hanging side by side, and said:Prudence ne vit que le cadeau et non la manière dont il était fait. Elle mit son bonhomme de côté, et m'emmena dans le cabinet de toilette, où me montrant deux miniatures qui se faisaient pendant, elle me dit:
"That is the Comte de G., who was very much in love with Marguerite; it was he who brought her out. Do you know him?"--Voilà le comte de G... qui a été très amoureux de Marguerite; c'est lui qui l'a lancée. Le connaissez-vous.
"No. And this one?" I inquired, pointing to the other miniature.--Non. Et celui-ci? demandai-je en montrant l'autre miniature.
"That is the little Vicomte de L. He was obliged to disappear."--C'est le petit vicomte de L... Il a été forcé de partir.
"Why?"--Pourquoi?
"Because he was all but ruined. That's one, if you like, who loved Marguerite."--Parce qu'il était à peu près ruiné. En voilà un qui aimait Marguerite!
"And she loved him, too, no doubt?"--Et elle l'aimait beaucoup sans doute.
"She is such a queer girl, one never knows. The night he went away she went to the theatre as usual, and yet she had cried when he said good-bye to her."--C'est une si drôle de fille, on ne sait jamais à quoi s'en tenir. Le soir du jour où il est parti, elle était au spectacle, comme d'habitude, et cependant elle avait pleuré au moment du départ.
Just then Nanine appeared, to tell us that supper was served.En ce moment Nanine parut, nous annonçant que le souper était servi.
When we entered the dining-room, Marguerite was leaning against the wall, and Gaston, holding her hands, was speaking to her in a low voice.Quand nous entrâmes dans la salle à manger, Marguerite était appuyée contre le mur, et Gaston, lui tenant les mains, lui parlait tout bas.
"You are mad," replied Marguerite. "You know quite well that I don't want you. It is no good at the end of two years to make love to a woman like me. With us, it is at once, or never. Come, gentlemen, supper!"--Vous êtes fou, lui répondit Marguerite, vous savez bien que je ne veux pas de vous. Ce n'est pas au bout de deux ans que l'on connaît une femme comme moi, qu'on lui demande à être son amant. Nous autres, nous nous donnons tout de suite ou jamais. Allons, messieurs, à table.
And, slipping away from Gaston, Marguerite made him sit on her right at table, me on her left, then called to Nanine:Et s'échappant des mains de Gaston, Marguerite le fit asseoir à sa droite, moi à sa gauche, puis elle dit Nanine:
"Before you sit down, tell them in the kitchen not to open to anybody if there is a ring."--Avant de t'asseoir, recommande à la cuisine que l'on n'ouvre pas si l'on vient sonner.
This order was given at one o'clock in the morning.Cette recommandation était faite à une heure du matin.
We laughed, drank, and ate freely at this supper. In a short while mirth had reached its last limit, and the words that seem funny to a certain class of people, words that degrade the mouth that utters them, were heard from time to time, amidst the applause of Nanine, of Prudence, and of Marguerite. Gaston was thoroughly amused; he was a very good sort of fellow, but somewhat spoiled by the habits of his youth. For a moment I tried to forget myself, to force my heart and my thoughts to become indifferent to the sight before me, and to take my share of that gaiety which seemed like one of the courses of the meal. But little by little I withdrew from the noise; my glass remained full, and I felt almost sad as I saw this beautiful creature of twenty drinking, talking like a porter, and laughing the more loudly the more scandalous was the joke.On rit, on but et l'on mangea beaucoup à ce souper. Au bout de quelques instants, la gaieté était descendue aux dernières limites, et ces mots qu'un certain monde trouve plaisants et qui salissent toujours la bouche qui les dit éclataient de temps à autre, aux grandes acclamations de Nanine, de Prudence et de Marguerite. Gaston s'amusait franchement; c'était un garçon plein de cœur, mais dont l'esprit avait été un peu faussé par les premières habitudes. Un moment, j'avais voulu m'étourdir, faire mon cœur et ma pensée indifférents au spectacle que j'avais sous les yeux et prendre ma part de cette gaité qui semblait un des mets du repas; mais peu à peu, je m'étais isolé de ce bruit, mon verre était resté plein, et j'étais devenu presque triste en voyant cette belle créature de vingt ans, boire, parler comme un portefaix, et rire d'autant plus que ce que l'on disait était plus scandaleux.
Nevertheless, this hilarity, this way of talking and drinking, which seemed to me in the others the mere results of bad company or of bad habits, seemed in Marguerite a necessity of forgetting, a fever, a nervous irritability. At every glass of champagne her cheeks would flush with a feverish colour, and a cough, hardly perceptible at the beginning of supper, became at last so violent that she was obliged to lean her head on the back of her chair and hold her chest in her hands every time that she coughed. I suffered at the thought of the injury to so frail a constitution which must come from daily excesses like this. At length, something which I had feared and foreseen happened. Toward the end of supper Marguerite was seized by a more violent fit of coughing than any she had had while I was there. It seemed as if her chest were being torn in two. The poor girl turned crimson, closed her eyes under the pain, and put her napkin to her lips. It was stained with a drop of blood. She rose and ran into her dressing-room.Cependant cette gaité, cette façon de parler et de boire, qui me paraissaient chez les autres convives les résultats de la débauche, de l'habitude ou de la force, me semblaient chez Marguerite un besoin d'oublier, une fièvre, une irritabilité nerveuse. A chaque verre de vin de Champagne, ses joues se couvraient d'un rouge fièvreux, et une toux, légère au commencement du souper, était devenue à la longue assez forte pour la forcer à renverser sa tête sur le dos de sa chaise et à comprimer sa poitrine dans ses mains toutes les fois qu'elle toussait. Je souffrais du mal que devaient faire à cette frêle organisation ces excès de tous les jours. Enfin, arriva une chose que j'avais prévue et que je redoutais. Vers la fin du souper, Marguerite fut prise d'un accès de toux plus fort que tous ceux qu'elle avait eus depuis que j'étais là. Il me semble que sa poitrine se déchirait intérieurement. La pauvre fille devint pourpre, ferma les yeux sous la douleur et porta à ses lèvres sa serviette qu'une goutte de sang rougit. Alors elle se leva et courut dans son cabinet de toilette.
"What is the matter with Marguerite?" asked Gaston.--Qu'a donc Marguerite? demanda Gaston.
"She has been laughing too much, and she is spitting blood. Oh, it is nothing; it happens to her every day. She will be back in a minute. Leave her alone. She prefers it."--Elle a qu'elle a trop ri et qu'elle crache le sang, fit Prudence. Oh? ce ne sera rien, cela lui arrive tous les jours. Elle va revenir. Laissons-la seule, elle aime mieux cela.
I could not stay still; and, to the consternation of Prudence and Nanine, who called to me to come back, I followed Marguerite.Quant à moi, je ne pus y tenir, et au grand ébahissement de Prudence et de Nanine qui me rappelaient, j'allai rejoindre Marguerite.
Chapter 1010
The room to which she had fled was lit only by a single candle. She lay back on a great sofa, her dress undone, holding one hand on her heart, and letting the other hang by her side. On the table was a basin half full of water, and the water was stained with streaks of blood.La chambre où elle s'était réfugiée n'était éclairé que par une seule bougie posée sur une table. Renversée sur un grand canapé, sa robe défaite, elle tenait une main sur son cœur et laissait pendre l'autre. Sur la table il y avait une cuvette d'argent à moité pleine d'eau; cette eau était marbrée de filets de sang.
Very pale, her mouth half open, Marguerite tried to recover breath. Now and again her bosom was raised by a long sigh, which seemed to relieve her a little, and for a few seconds she would seem to be quite comfortable.Marguerite, très pâle et la bouche entr'ouverte, essayait de reprendre haleine. Par moments, sa poitrine se gonflait d'un long soupir qui, exhalé, paraissait la soulager un peu, et la laissait pendant quelques secondes dans un sentiment de bien-être.
I went up to her; she made no movement, and I sat down and took the hand which was lying on the sofa.Je m'approchai d'elle, sans qu'elle fît un mouvement, je m'assis et pris celle de ses mains qui reposait sur le canapé.
"Ah! it is you," she said, with a smile.--Ah! c'est vous? me dit-elle avec un sourire.
I must have looked greatly agitated, for she added:Il paraît que j'avais la figure bouleversée, car elle ajouta:
"Are you unwell, too?"--Est-ce que vous êtes malade aussi?
"No, but you: do you still suffer?"--Non; mais vous, souffrez-vous encore?
"Very little;" and she wiped off with her handkerchief the tears which the coughing had brought to her eyes; "I am used to it now."--Très peu; et elle essuya avec son mouchoir les larmes que la toux avait fait venir à ses yeux; je suis habituée à cela maintenant.
"You are killing yourself, madame," I said to her in a moved voice. "I wish I were a friend, a relation of yours, that I might keep you from doing yourself harm like this."--Vous vous tuez, madame, lui dis-je alors d'une voix émue; je voudrais être votre ami, votre parent, pour vous empêcher de vous faire mal ainsi.
"Ah! it is really not worth your while to alarm yourself," she replied in a somewhat bitter tone; "see how much notice the others take of me! They know too well that there is nothing to be done."--Ah! cela ne vaut vraiment pas la peine que vous vous alarmiez, répliqua-t-elle d'un ton un peu amer; voyez si les autres s'occupent de moi: c'est qu'ils savent bienqu'il n'y a rien à faire à ce mal-là.
Thereupon she got up, and, taking the candle, put it on the mantel-piece and looked at herself in the glass.Après quoi elle se leva et, prenant la bougie, elle la mit sur la cheminée et se regarda dans la glace.
"How pale I am!" she said, as she fastened her dress and passed her fingers over her loosened hair. "Come, let us go back to supper. Are you coming?"--Comme je suis pâle! dit-elle en rattachant sa robe et en passant ses doigts sur ses cheveux délissés. Ah! bah! allons nous remettre à table. Venez-vous?
I sat still and did not move.Mais j'étais assis et je ne bougeais pas.
She saw how deeply I had been affected by the whole scene, and, coming up to me, held out her hand, saying:Elle comprit l'émotion que cette scène m'avait causée, car elle s'approcha de moi et, me tendant la main, elle me dit:
"Come now, let us go."--Voyons, venez.
I took her hand, raised it to my lips, and in spite of myself two tears fell upon it.Je pris sa main, je la portai à mes lèvres en la mouillant malgré moi de deux larmes longtemps contenues.
"Why, what a child you are!" she said, sitting down by my side again. "You are crying! What is the matter?"--Eh bien, mais êtes-vous enfant! dit-elle en se rasseyant auprès de moi; voilà que vous pleurez! Qu'avez-vous?
"I must seem very silly to you, but I am frightfully troubled by what I have just seen."--Je dois vous paraître bein niais, mais ce que je viens de voir m'a fait un mal affreux.
"You are very good! What would you have of me? I can not sleep. I must amuse myself a little. And then, girls like me, what does it matter, one more or less? The doctors tell me that the blood I spit up comes from my throat; I pretend to believe them; it is all I can do for them."--Vous êtes bien bon! Que voulez-vous? je ne puis pas dormir, il faut bien que je me distraie un peu. Et puis des filles comme moi, une de plus ou de moins, qu'est-ce que cela fait? Les médecins me disent que le sang que je crache vient des bronches; j'ai l'air de les croire, c'est tout ce que je puis faire pour eux.
"Listen, Marguerite," I said, unable to contain myself any longer; "I do not know what influence you are going to have over my life, but at this present moment there is no one, not even my sister, in whom I feel the interest which I feel in you. It has been just the same ever since I saw you. Well, for Heaven's sake, take care of yourself, and do not live as you are living now."--Écoutez, Marguerite, dis-je alors avec une expansion que je ne pus retenir, je ne sais pas l'influence que vous devez prendre sur ma vie, mais ce que je sais, c'est qu'à l'heure qu'il est, il n'y a personne, pas même ma sœur, à qui je m'intéresse comme à vous. C'est ainsi depuis que je vous ai vue. Eh bien, au nom du ciel, soignez-vous, et ne vivez plus comme vous le faites.
"If I took care of myself I should die. All that supports me is the feverish life I lead. Then, as for taking care of oneself, that is all very well for women with families and friends; as for us, from the moment we can no longer serve the vanity or the pleasure of our lovers, they leave us, and long nights follow long days. I know it. I was in bed for two months, and after three weeks no one came to see me."--Si je me soignais, je mourrais. Ce qui me soutient, c'est la vie fièvreuse que je mène. Puis, se soigner, c'est bon pour les femmes du monde qui ont une famille et des amis; mais nous, dès que nous ne pouvons plus servir à la vanité ou au plaisir de nos amants, ils nous abandonnent, et les longues soirées succèdent aux longs jours. Je le sais bien, allez, j'ai été deux mois dans mon lit; au bout de trois semaines, personne ne venait plus me voir.
"It is true I am nothing to you," I went on, "but if you will let me, I will look after you like a brother, I will never leave your side, and I will cure you. Then, when you are strong again, you can go back to the life you are leading, if you choose; but I am sure you will come to prefer a quiet life, which will make you happier and keep your beauty unspoiled."--Il est vrai que je ne vous suis rien, repris-je, mais si vous le vouliez je vous soignerais comme un frère, je ne vous quitterais pas, et je vous guérirais. Alors, quand vous en auriez la force, vous reprendriez la vie que vous menez, si bon vous semblait; mais j'en suis sûr, vour aimeriez mieux une existence tranquille qui vous ferait plus heureuse et vous garderait jolie.
"You think like that to-night because the wine has made you sad, but you would never have the patience that you pretend to."--Vous pensez comme cela ce soir, parce que vous avez le vin triste, mais vous n'auriez pas la patience dont vous vous vantez.
"Permit me to say, Marguerite, that you were ill for two months, and that for two months I came to ask after you every day."--Permettez-moi de vous dire, Marguerite, que vous avez été malade pendant deux mois, et que, pendant ces deux mois, je suis venu tous les jours savoir de vos nouvelles.
"It is true, but why did you not come up?"--C'est vrai; mais pourquoi ne montiez-vous pas?
"Because I did not know you then."--Parce que je ne vous connaissais pas alors.
"Need you have been so particular with a girl like me?"--Est-ce qu'on se gêne avec une fille comme moi?
"One must always be particular with a woman; it is what I feel, at least."--On se gêne toujours avec une femme; c'est mon avis du moins.
"So you would look after me?"--Ainsi, vous me soigneriez?
"Yes."--Oui.
"You would stay by me all day?"--Vous resteriez tous les jours auprès de moi?
"Yes.--Oui.
"And even all night?"--Et mêmes toutes les nuits?
"As long as I did not weary you."--Tout le temps que je ne vous ennuierais pas.
"And what do you call that?"--Comment appelez-vous cela?
"Devotion."--Du dévouement.
"And what does this devotion come from?"--Et d'où vient ce dévouement?
"The irresistible sympathy which I have for you."--D'une sympathie irréstible que j'ai pour vous.
"So you are in love with me? Say it straight out, it is much more simple."--Ainsi vous êtes amoureux de moi? dites-le tout de suite, c'est bien plus simple.
"It is possible; but if I am to say it to you one day, it is not to-day."--C'est possible; mais si je dois vous le dire un jour, ce n'est pas aujourd'hui.
"You will do better never to say it."--Vous ferez mieux de ne me le dire jamais.
"Why?"--Pourquoi?
"Because only one of two things can come of it."--Parce qu'il ne peut résulter que deux choses de cet aveu.
"What?"--Lesquelles?
"Either I shall not accept: then you will have a grudge against me; or I shall accept: then you will have a sorry mistress; a woman who is nervous, ill, sad, or gay with a gaiety sadder than grief, a woman who spits blood and spends a hundred thousand francs a year. That is all very well for a rich old man like the duke, but it is very bad for a young man like you, and the proof of it is that all the young lovers I have had have very soon left me." I did not answer; I listened. This frankness, which was almost a kind of confession, the sad life, of which I caught some glimpse through the golden veil which covered it, and whose reality the poor girl sought to escape in dissipation, drink, and wakefulness, impressed me so deeply that I could not utter a single word.--Ou que je ne vous accepte pas, alors vous m'en voudrez, ou que je vous accepte, alors vous aurez une triste maîtresse; une femme nerveuse, malade, triste, ou gaie d'une gaité plus triste que le chagrin, une femme qui crache le sang et qui dépense cent mille francs par an, c'est bon pour un vieux richard comme le duc, mais c'est bien ennuyeux pour un jeune homme comme vous, et la preuve, c'est que tous les jeune amants que j'ai eus m'ont bien vite quittée. Je ne répondais rien: j'écoutais. Cette franchise qui tenait presque de la confession, cette vie douloureuse que j'entrevoyais sous le voile doré qui la couvrait, et dont la pauvre fille fuyait la réalité dans la débauche, l'ivresse et l'insomnie, tout cela m'impressionnait tellement que je ne trouvais pas une seule parole.
"Come," continued Marguerite, "we are talking mere childishness. Give me your arm and let us go back to the dining-room. They won't know what we mean by our absence."--Allons, continua Marguerite, nous disons là des enfantillages. Donnez-moi la main et rentrons dans la salle à manger. On ne doit pas savoir ce que notre absence veut dire.
"Go in, if you like, but allow me to stay here."--Rentrez, si bon vous semble, mais je vous demande la permission de rester ici.
"Why?"--Pourquoi?
"Because your mirth hurts me."--Parce que votre gaité me fait trop de mal.
"Well, I will be sad."--Et bien, je serai triste.
"Marguerite, let me say to you something which you have no doubt often heard, so often that the habit of hearing it has made you believe it no longer, but which is none the less real, and which I will never repeat."--Tenez, Marguerite, laissez-moi vous dire une chose que l'on vous a dite souvent sans doute, et à laquelle l'habitude de l'entendre vous empêchera peut-être d'ajouter foi, mais qui n'en est pas moins réelle, et que je ne vous répéterai jamais.
"And that is...?" she said, with the smile of a young mother listening to some foolish notion of her child.--C'est?... dit-elle avec le sourire que prennent les jeunes mères pour écouter une folie de leur enfant.
"It is this, that ever since I have seen you, I know not why, you have taken a place in my life; that, if I drive the thought of you out of my mind, it always comes back; that when I met you to-day, after not having seen you for two years, you made a deeper impression on my heart and mind than ever; that, now that you have let me come to see you, now that I know you, now that I know all that is strange in you, you have become a necessity of my life, and you will drive me mad, not only if you will not love me, but if you will not let me love you."--C'est que depuis que je vous ai vue, je ne sais comment ni pourquoi, vous avez pris une place dans ma vie, c'est que j'ai eu beau chasser votre image de ma pensée, elle y est toujours revenue, c'est qu'aujourd'hui quand je vous ai rencontrée, après être resté deux ans sans vous voir, vous avez pris sur mon cœur et mon esprit un ascendant plus grand encore, c'est qu'enfin, maintenant que vous m'avez reçu, que je vous connais, que je sais tout ce qu'il y a d'étrange en vous, vous m'êtes devenue indispensable, et que je deviendrai fou, non pas seulement si vous ne m'aimez pas, mais si vous ne me laissez pas vous aimer.
"But, foolish creature that you are, I shall say to you, like Mme. D., 'You must be very rich, then!' Why, you don't know that I spend six or seven thousand francs a month, and that I could not live without it; you don't know, my poor friend, that I should ruin you in no time, and that your family would cast you off if you were to live with a woman like me. Let us be friends, good friends, but no more. Come and see me, we will laugh and talk, but don't exaggerate what I am worth, for I am worth very little. You have a good heart, you want some one to love you, you are too young and too sensitive to live in a world like mine. Take a married woman. You see, I speak to you frankly, like a friend."--Mais, malheuruex que vous êtes, je vous dirai ce que disait madame D...: vous êtes donc bien riche! Mais vous ne savez donc pas que je dépense six ou sept mille francs par mois, et que cette dépense est devenue nécessaire à ma vie; mais vous ne savez donc pas, mon pauvre ami, que je vous ruinerais en un rien de temps, et que votre famille vous ferait interdire pour vous apprendre à vivre avec une créature comme moi. Aimez-moi bien, comme un bon ami, mais pas autrement. Venez me voir, nous rirons, nous causerons, mais ne vous exagérez pas ce que je vaux, car je ne vaux pas grand'chose. Vous avez un bon cœur, vous avez besoin d'être aimé, vous êtes trop jeune et trop sensible pour vivre dans notre monde. Prenez une femme mariée. Vous voyez que je suis une bonne fille et que je vous parle franchement.
"But what the devil are you doing there?" cried Prudence, who had come in without our bearing her, and who now stood just inside the door, with her hair half coming down and her dress undone. I recognised the hand of Gaston.--Ah çà! que diable faites-vous là? cria Prudence que nous n'avions pas entendue venir, et qui apparaissait sur le seuil de la chambre avec ses cheveux à moitié défaits et sa robe ouverte. Je reconnaissais dans ce désordre la main de Gaston.
"We are talking sense," said Marguerite; "leave us alone; we will be back soon."--Nous parlons raison, dit Marguerite, laissez-nous un peu, nous vous rejoindrons tout à l'heure.
"Good, good! Talk, my children," said Prudence, going out and closing the door behind her, as if to further emphasize the tone in which she had said these words.--Bien, bien, causez, mes enfants, dit Prudence en s'en allant et en fermant la porte comme pour ajouter encore au ton dont elle avait prononcé ces dernières paroles.
"Well, it is agreed," continued Marguerite, when we were alone, "you won't fall in love with me?"--Ainsi, c'est convenu, reprit Marguerite, quand nous fûmes seuls, vous ne m'aimerez plus.
"I will go away."--Je partirai.
"So much as that?"--C'est à ce point-là?
I had gone too far to draw back; and I was really carried away. This mingling of gaiety, sadness, candour, prostitution, her very malady, which no doubt developed in her a sensitiveness to impressions, as well as an irritability of nerves, all this made it clear to me that if from the very beginning I did not completely dominate her light and forgetful nature, she was lost to me.J'étais trop avancé pour reculer, et d'ailleurs cette fille me bouleversait. Ce mélange de gaieté, de tristesse, de candeur, de prostitution, cette maladie même qui devait développer chez elle la sensibilité des impressions comme l'irritabilité des nerfs, tout me faisait comprendre que si, dès la première fois, je ne prenais pas d'empire sur cette nature oublieuse et légère, elle était perdue pour moi.
"Come, now, do you seriously mean what you say?" she said.--Voyons, c'est donc sérieux ce que vous dites! fit-elle.
"Seriously."--Très sérieux.
"But why didn't you say it to me sooner?"--Mais pourquoi ne m'avez-vous pas dit cela plus tôt?
"When could I have said it?"--Quand vous l'aurais-je dit?
"The day after you had been introduced to me at the Opera Comique."--Le lendemain du jour où vous m'avez été présenté à l'Opéra-Comique.
"I thought you would have received me very badly if I had come to see you."--Je crois que vous m'auriez fort mal reçu, si j'étais venu vous voir.
"Why?"--Pourquoi?
"Because I had behaved so stupidly."--Parce que j'avais été stupide la veille.
"That's true. And yet you were already in love with me."--Cela c'est vrai. Mais cependant vous m'aimiez déjà à cette époque.
"Yes."--Oui.
"And that didn't hinder you from going to bed and sleeping quite comfortably. One knows what that sort of love means."--Ce qui ne vous a pas empêché d'aller vous coucher et de dormir bien tranquillement après le spectacle. Nous savons ce que sont ces grands amours-là.
"There you are mistaken. Do you know what I did that evening, after the Opera Comique?"--Eh bien, c'est ce que vous trompe. Savez-vous ce que j'ai fait le soir de l'Opéra-Comique?
"No."--Non.
"I waited for you at the door of the Cafe Anglais. I followed the carriage in which you and your three friends were, and when I saw you were the only one to get down, and that you went in alone, I was very happy."--Je vous ai attendue à la porte du café Anglais. J'ai suivi la voiture qui vous a emmenés, vous et vos trois amis, et quand je vous ai vue descendre seule et rentrer chez vous, j'ai été bien heureux.
Marguerite began to laugh.Marguerite se mit à rire.
"What are you laughing at?"--De quoi riez-vous?
"Nothing."--De rien.
"Tell me, I beg of you, or I shall think you are still laughing at me."--Dites-le-moi, je vous en supplie, ou je vais croire que vous vous moquez de moi.
"You won't be cross?"--Vous ne vous fâcherez pas?
"What right have I to be cross?"--De quel droit me fâcherais-je?
"Well, there was a sufficient reason why I went in alone."--Eh bien, il y avait une bonne raison pour que je rentrasse seule.
"What?"--Laquelle?
"Some one was waiting for me here."--On m'attendait ici.
If she had thrust a knife into me she would not have hurt me more. I rose, and holding out my hand, "Goodbye," said I.Elle m'eût donné un coup de couteau qu'elle ne m'eût pas fait plus de mal. Je me levai, et lui tendant la main: --Adieu, lui dis-je.
"I knew you would be cross," she said; "men are frantic to know what is certain to give them pain."--Je savais bien que vous vous fâcheriez, dit-elle. Les hommes ont la rage de vouloir apprendre ce qui doit leur faire de la peine.
"But I assure you," I added coldly, as if wishing to prove how completely I was cured of my passion, "I assure you that I am not cross. It was quite natural that some one should be waiting for you, just as it is quite natural that I should go from here at three in the morning."--Mais je vous assure, ajoutai-je d'un ton froid, comme si j'avais voulu prouver que j'étais à jamais guéri de ma passion, je vous assure que je ne suis pas fâché. Il était tout naturel que quelqu'un vous attendit, comme il est tout naturel que je m'en aille à trois heures du matin.
"Have you, too, some one waiting for you?"--Est-ce que vous avez aussi quelqu'un qui vous attend chez vous?
"No, but I must go."--Non, mais il faut que je parte.
"Good-bye, then."--Adieu, alors.
"You send me away?"--Vous me renvoyez.
"Not the least in the world."--Pourquoi me faites-vous de la peine?
"Why are you so unkind to me?"--Quelle peine vous ai-je faite?
"How have I been unkind to you?"--Vous me dites que quelqu'un vous attendait.
"In telling me that some one was waiting for you."--Je n'ai pas pu m'empêcher de rire à l'idée que vous aviez été si heureux de me voir rentrer seule, quand il y avait une si bonne raison pour cela.
"I could not help laughing at the idea that you had been so happy to see me come in alone when there was such a good reason for it." "One finds pleasure in childish enough things, and it is too bad to destroy such a pleasure when, by simply leaving it alone, one can make somebody so happy."--On se fait souvent une joie d'un enfantillage, et il est méchant de détruire cette joie, quand, en la laissant subsister, on peut rendre plus heureux encore celui qui la trouve.
"But what do you think I am? I am neither maid nor duchess. I didn't know you till to-day, and I am not responsible to you for my actions. Supposing one day I should become your mistress, you are bound to know that I have had other lovers besides you. If you make scenes of jealousy like this before, what will it be after, if that after should ever exist? I never met any one like you."--Mais à qui croyez-vous donc avoir affaire? Je ne suis ni une vierge ni une duchesse. Je ne vous connais que d'aujourd'hui et ne vous dois pas compte de mes actions. En admettant que je devienne un jour votre maîtresse, il faut que vous sachiez bien que j'ai eu d'autres amants que vous. Si vous me faites déjà des scènes de jalousie avant, qu'est-ce que ce sera donc après, si jamais l'après existe! Je n'ai jamais vu un homme comme vous.
"That is because no one has ever loved you as I love you."--C'est que personne ne vous a jamais aimée comme je vous aime.
"Frankly, then, you really love me?"--Voyons, franchement, vous m'aimez donc bien?
"As much as it is possible to love, I think."--Autant qu'il est possible d'aimer, je crois.
"And that has lasted since—?"--Et cela dure depuis...?
"Since the day I saw you go into Susse's, three years ago.--Depuis un jour que je vous ai vue descendre de calèche et entrer chez Susse, il y a trois ans.
"Do you know, that is tremendously fine? Well, what am to do in return?"--Savez-vous que c'est très beau? Eh bien, que faut-il que je fasse pour reconnaître ce grand amour?
"Love me a little," I said, my heart beating so that I could hardly speak; for, in spite of the half-mocking smiles with which she had accompanied the whole conversation, it seemed to me that Marguerite began to share my agitation, and that the hour so long awaited was drawing near.--Il faut m'aimer un peu, dis-je avec un battement de cœur qui m'empêchait presque de parler; car, malgré les sourires demi-moqueurs dont elle avait accompagné toute cette conversation, il me semblait que Marguerite commençait à partager mon trouble, et que j'approchais de l'heure attendue depuis si longtemps.
"Well, but the duke?"--Eh bien, et le duc?
"What duke?"--Quel duc?
"My jealous old duke."--Mon vieux jaloux.
"He will know nothing."--Il n'en saura rien.
"And if he should?"--Et s'il le sait?
"He would forgive you."--Il vous pardonnera.
"Ah, no, he would leave me, and what would become of me?"--Hé non! il m'abandonnera, et qu'est-ce que je deviendrai?
"You risk that for some one else."--Vous risquez bien cet abandon pour un autre.
"How do you know?" "By the order you gave not to admit any one to-night." "It is true; but that is a serious friend."--Comment le savez-vous? --Par la recommendation que vous avez faite de ne laisser entrer personne cette nuit. --C'est vrai; mais celui-là est un ami sérieux.
"For whom you care nothing, as you have shut your door against him at such an hour."--Auquel vous ne tenez guère, puisque vous lui faites défendre votre porte à pareille heure.
"It is not for you to reproach me, since it was in order to receive you, you and your friend."--Ce n'est pas à vous de me le reprocher, puisque c'était pour vous recevoir, vous et votre ami.
Little by little I had drawn nearer to Marguerite. I had put my arms about her waist, and I felt her supple body weigh lightly on my clasped hands.Peu à peu je m'étais rapproché de Marguerite, j'avais passé mes mains autour de sa taille et je sentais son corps souple peser légèrement sur mes mains jointes.
"If you knew how much I love you!" I said in a low voice. "Really true?"--Si vous saviez comme je vous aime! lui disais-je tout bas. --Bien vrai?
"I swear it."--Je vous jure.
"Well, if you will promise to do everything I tell you, without a word, without an opinion, without a question, perhaps I will say yes."--Eh bien, si vous me promettez de faire toutes mes volontés sans dire un mot, sans me faire une observation, sans me questionner, je vous aimerai peut-être.
"I will do everything that you wish!"--Tout ce que vous voudrez!
"But I forewarn you I must be free to do as I please, without giving you the slightest details what I do. I have long wished for a young lover, who should be young and not self-willed, loving without distrust, loved without claiming the right to it. I have never found one. Men, instead of being satisfied in obtaining for a long time what they scarcely hoped to obtain once, exact from their mistresses a full account of the present, the past, and even the future. As they get accustomed to her, they want to rule her, and the more one gives them the more exacting they become. If I decide now on taking a new lover, he must have three very rare qualities: he must be confiding, submissive, and discreet."--Mais je vous en préviens, je veux être libre de faire ce que bon me semblera, sans vous donner le moindre détail sur ma vie. Il y a longtemps que je cherche un amant jeune, sans volonté, amoureux sans défiance, aimé sans droits. Je n'ai jamais pu en trouver un. Les hommes, au lieu d'être satisfaits qu'on leur accorde longtemps ce qu'il eussent à peine espéré obtenir une fois, demandent à leur maîtresse compte du présent, du passé et de l'avenir même. A mesure qu'ils s'habituent à elle, ils veulent la dominer, et ils deviennent d'autant plus exigeants qu'on leur donne tout ce qu'ils veulent. Si je me décide à prendre un nouvel amant maintenant, je veux qu'il ait trois qualités bien rares, qu'il soit confiant, soumis et discret.
"Well, I will be all that you wish."--Eh bien, je serai tout ce que vous voudrez.
"We shall see."--Nous verrons.
"When shall we see?"--Et quand verrons-nous?
"Later on."--Plus tard.
"Why?"--Pourquoi?
"Because," said Marguerite, releasing herself from my arms, and, taking from a great bunch of red camellias a single camellia, she placed it in my buttonhole, "because one can not always carry out agreements the day they are signed."--Parce que, dit Marguerite en se dégageant de mes bras et en prenant dans un gros bouquet de camélias rouges apporté le matin un camélia qu'elle passa à ma boutonnière, parce qu'on ne peut pas toujours exécuter les traités le jour où on les signe. C'est facile à comprendre.
"And when shall I see you again?" I said, clasping her in my arms.--Et quand vous reverrai-je? dis-je en la pressant dans mes bras.
"When this camellia changes colour."--Quand ce camélia changera de couleur.
"When will it change colour?"--Et quand changera-t-il de couleur?
"To-morrow night between eleven and twelve. Are you satisfied?"--Demain, de onze heures à minuit. Êtes-vous content?
"Need you ask me?"--Vous me le demandez?
"Not a word of this either to your friend or to Prudence, or to anybody whatever."--Pas un mot de tout cela ni à votre ami, ni à Prudence, ni à qui que ce soit.
"I promise."--Je vous le promets.
"Now, kiss me, and we will go back to the dining-room."--Maintenant, embrassez-moi et rentrons dans la salle à manger.
She held up her lips to me, smoothed her hair again, and we went out of the room, she singing, and I almost beside myself.Elle me tendit ses lèvres, lissa de nouveau ses cheveux, et nous sortîmes de cette chambre, elle en chantant, moi à moitié fou.
In the next room she stopped for a moment and said to me in a low voice:Dans le salon elle me dit tout bas, en s'arrêtant:
"It must seem strange to you that I am ready to take you at a moment's notice. Shall I tell you why? It is," she continued, taking my hand and placing it against her heart so that I could feel how rapidly and violently it palpitated; "it is because I shall not live as long as others, and I have promised myself to live more quickly."--Cela doit vous paraître étrange que j'aie l'air d'être prête à vous accepter ainsi tout de suite; savez-vous d'où cela vient? Cela vient, continua-t-elle en prenant ma main et en la posant contre son cœur dont je sentis les palpitations violentes et répétées, cela vient de ce que, devant vivre moins longtemps que les autres, je me suis promis de vivre plus vite.
"Don't speak to me like that, I entreat you."--Ne me parlez plus de la sorte, je vous en supplie.
"Oh, make yourself easy," she continued, laughing; "however short a time I have to live, I shall live longer than you will love me!"--Oh! consolez-vous, continua-t-elle en riant. Si peu de temps que j'aie à vivre, je vivrai plus longtemps que vous ne m'aimerez.
And she went singing into the dining-room.Et elle entra en chantant dans la salle à manger.
"Where is Nanine?" she said, seeing Gaston and Prudence alone.--Où est Nanine? dit-elle en voyant Gaston et Prudence seuls.
"She is asleep in your room, waiting till you are ready to go to bed," replied Prudence.--Elle dort dans votre chambre, en attendant que vous vous couchiez, répondit Prudence.
"Poor thing, I am killing her! And now gentlemen, it is time to go."--La malheureuse! Je la tue! Allons, messieurs, retirez-vous, il est temps.
Ten minutes after, Gaston and I left the house. Marguerite shook hands with me and said good-bye. Prudence remained behind.Dix minutes après, Gaston et moi nous sortions. Marguerite me serrait la main en me disant adieu et restait avec Prudence.
"Well," said Gaston, when we were in the street, "what do you think of Marguerite?"--Eh bien, me demanda Gaston, quand nous fûmes dehors, que dites-vous de Marguerite?
"She is an angel, and I am madly in love with her." "So I guessed; did you tell her so?"--C'est un ange, et j'en suis fou. --Je m'en doutais; le lui avez-vous dit?
"Yes."--Oui.
"And did she promise to believe you?"--Et vous a-t-elle promis de vous croire.
"No."--Non.
"She is not like Prudence."--Ce n'est pas comme Prudence.
"Did she promise to?"--Elle vous a promis?
"Better still, my dear fellow. You wouldn't think it; but she is still not half bad, poor old Duvernoy!"--Elle a fait mieux, mon cher! On ne le croirait pas, elle est encore très bien, cette grosse Duvernoy!
Chapter 1111
At this point Armand stopped.En cet endroit de son récit, Armand s'arrêta.
"Would you close the window for me?" he said. "I am beginning to feel cold. Meanwhile, I will get into bed."--Voulez-vous fermer la fenêtre? me dit-il, je commence à avoir froid. Pendant ce temps, je vais me coucher.
I closed the window. Armand, who was still very weak, took off his dressing-gown and lay down in bed, resting his head for a few moments on the pillow, like a man who is tired by much talking or disturbed by painful memories.Je fermai la fenêtre. Armand, qui était très faible encore, ôta sa robe de chambre et se mit au lit, laissant pendant quelques instants reposer sa tête sur l'oreiller comme un homme fatigué d'une longue course ou agité de pénibles souvenirs.
"Perhaps you have been talking too much," I said to him. "Would you rather for me to go and leave you to sleep? You can tell me the rest of the story another day."--Vous avez peut-être trop parlé, lui dis-je, voulez-vous que je m'en aille et que je vous laisse dormir? vous me raconterez un autre jour la fin de cette histoire.
"Are you tired of listening to it?"--Est-ce qu'elle vous ennuie?
"Quite the contrary."--Au contraire.
"Then I will go on. If you left me alone, I should not sleep."--Je vais continuer alors; si vous me laissez seul, je ne dormais pas.
When I returned home (he continued, without needing to pause and recollect himself, so fresh were all the details in his mind), I did not go to bed, but began to reflect over the day's adventure. The meeting, the introduction, the promise of Marguerite, had followed one another so rapidly, and so unexpectedly, that there were moments when it seemed to me I had been dreaming. Nevertheless, it was not the first time that a girl like Marguerite had promised herself to a man on the morrow of the day on which he had asked for the promise.--Quand je rentrai chez moi, reprit-il, sans avoir besoin de se recueillir, tant tous ces détails étaient encore présents à sa pensée, je ne me couchai pas, je me mis à réfléchir sur l'aventure de la journée. La rencontre, la présentation, l'engagement de Marguerite vis-à-vis de moi, tout avait été si rapide, si inespéré, qu'il y avait des moments où je croyais avoir rêvé. Cependant ce n'était pas la première fois qu'une fille comme Marguerite se promettait à un homme pour le lendemain du jour où il le lui demandait.
Though, indeed, I made this reflection, the first impression produced on me by my future mistress was so strong that it still persisted. I refused obstinately to see in her a woman like other women, and, with the vanity so common to all men, I was ready to believe that she could not but share the attraction which drew me to her.J'avais beau me faire cette réflexion, la première impression produite par ma future maîtresse sur moi avait été si forte qu'elle subsistait toujours. Je m'entêtais encore à ne pas voir en elle une fille semblable aux autres, et avec la vanité si commune à tous les hommes, j'étais prêt à croire qu'elle partageait invinciblement pour moi l'attraction que j'avais pour elle.
Yet, I had before me plenty of instances to the contrary, and I had often heard that the affection of Marguerite was a thing to be had more or less dear, according to the season.Cependant j'avais sous les yeux des exemples bien contradictoires, et j'avais entendu dire souvent que l'amour de Marguerite était passé à l'état de denrée plus ou moins chère, selon la saison.
But, on the other hand, how was I to reconcile this reputation with her constant refusal of the young count whom we had found at her house? You may say that he was unattractive to her, and that, as she was splendidly kept by the duke, she would be more likely to choose a man who was attractive to her, if she were to take another lover. If so, why did she not choose Gaston, who was rich, witty, and charming, and why did she care for me, whom she had thought so ridiculous the first time she had seen me?Mais comment aussi, d'un autre côté, concilier cette réputation avec les refus continuels faits au jeune comte que nous avions trouvé chez elle? Vous me direz qu'il lui déplaisait et que, comme elle était splendidement entretenue par le duc, pour faire tant que de prendre un autre amant, elle aimait mieux un homme qui lui plût. Alors, pourquoi ne voulait-elle pas de Gaston, charmant, spirituel, riche, et paraissait-elle vouloir de moi qu'elle m'avait vu?
It is true that there are events of a moment which tell more than the courtship of a year. Of those who were at the supper, I was the only one who had been concerned at her leaving the table. I had followed her, I had been so affected as to be unable to hide it from her, I had wept as I kissed her hand. This circumstance, added to my daily visits during the two months of her illness, might have shown her that I was somewhat different from the other men she knew, and perhaps she had said to herself that for a love which could thus manifest itself she might well do what she had done so often that it had no more consequence for her.Il est vrai qu'il y a des incidents d'une minute qui font plus qu'une cœur d'une année. De ceux qui se trouvaient au souper, j'étais le seul qui se fût inquiété en la voyant quitter la table. Je l'avais suivie, j'avais été ému à ne pouvoir le cacher, j'avais pleuré en lui baisant la main. Cette circonstance, réunie à mes visites quotidiennes pendant les deux mois de sa maladie, avait pu lui faire voir en moi un autre homme que ceux connus jusqu'alors, et peut-être s'était-elle dit qu'elle pouvait bien faire pour un amour exprimé de cette façon ce qu'elle avait fait tant de fois, que cela n'avait déjà plus de conséquence pour elle.
All these suppositions, as you may see, were improbable enough; but whatever might have been the reason of her consent, one thing was certain, she had consented.Toutes ces suppositions, comme vous le voyez, étaient assez vraisemblables; mais quelle que fût la raison à son consentement, il y avait une chose certaine, c'est qu'elle avait consenti.
Now, I was in love with Marguerite. I had nothing more to ask of her. Nevertheless, though she was only a kept woman, I had so anticipated for myself, perhaps to poetize it a little, a hopeless love, that the nearer the moment approached when I should have nothing more to hope, the more I doubted. I did not close my eyes all night.Or, j'étais amoureux de Marguerite, j'allais l'avoir, je ne pouvais rien lui demander de plus. Cependant, je vous le répète, quoique ce fût une fille entretenue, je m'étais tellement, peut-être pour la poétiser, fait de cet amour sans espoir, que plus le moment approchait où je n'aurais même plus besoin d'espérer, plus je doutais. Je ne fermai pas les yeux de la nuit.
I scarcely knew myself. I was half demented. Now, I seemed to myself not handsome or rich or elegant enough to possess such a woman, now I was filled with vanity at the thought of it; then I began to fear lest Marguerite had no more than a few days' caprice for me, and I said to myself that since we should soon have to part, it would be better not to keep her appointment, but to write and tell her my fears and leave her. From that I went on to unlimited hope, unbounded confidence. I dreamed incredible dreams of the future; I said to myself that she should owe to me her moral and physical recovery, that I should spend my whole life with her, and that her love should make me happier than all the maidenly loves in the world.Je ne me reconnaissais pas. J'étais à moitié fou. Tantôt je ne me trouvais ni assez beau, ni assez riche, ni assez élégant pour posséder une pareille femme, tantôt je me sentais plein de vanité à l'idée de cette possession: puis je me mettais à craindre que Marguerite n'eût pour moi qu'un caprice de quelques jours, et, pressentant un malheur dans une rupture prompte, je ferais peut-être mieux, me disais-je, de ne pas aller le soir chez elle, et de partir en lui écrivant mes craintes. De là, je passais à des espérences sans limites, à une confiance sans bornes. Je faisais des rêves d'avenir incroyables; je me disais que cette fille me devrait sa guérison physique et morale, que je passerais toute ma vie avec elle, et que son amour me rendrait plus heureux que les plus virginales amours.
But I can not repeat to you the thousand thoughts that rose from my heart to my head, and that only faded away with the sleep that came to me at daybreak.Enfin, je ne pourrais vous répéter les mille pensées qui montaient de mon cœur à ma tête et qui s'éteignirent peu à peu dans le sommeil qui me gagna au jour.
When I awoke it was two o'clock. The weather was superb. I don't think life ever seemed to me so beautiful and so full of possibilities. The memories of the night before came to me without shadow or hindrance, escorted gaily by the hopes of the night to come. From time to time my heart leaped with love and joy in my breast. A sweet fever thrilled me. I thought no more of the reasons which had filled my mind before I slept. I saw only the result, I thought only of the hour when I was to see Marguerite again.Quand je me réveillai, il était deux heures. Le temps était magnifique. Je ne me rappelle pas que la vie m'ait jamais paru aussi belle et aussi pleine. Les souvenirs de la veille se représentaient à mon esprit, sans ombres, sans obstacles et gaiment escortés des espérences du soir. Je m'habillai à la hâte. J'étais content et capable des meilleures actions. De temps en temps mon cœur bondissait de joie et d'amour dans ma poitrine. Une douce fièvre m'agitait. Je ne m'inquiétais plus des raisons qui m'avaient préoccupé avant que je m'endormisse. Je ne voyais que le résultat, je ne songeais qu'à l'heure où je devais revoir Marguerite.
It was impossible to stay indoors. My room seemed too small to contain my happiness. I needed the whole of nature to unbosom myself.Il me fut impossible de rester chez moi. Ma chambre me semblait trop petite pour contenir mon bonheur; j'avais besoin de la nature entière pour m'épancher.
I went out. Passing by the Rue d'Antin, I saw Marguerite's coupe' waiting for her at the door. I went toward the Champs-Elysees. I loved all the people whom I met. Love gives one a kind of goodness.Je sortis. Je passais par la rue d'Antin. Le coupé de Marguerite l'attendait à sa porte; je me dirigeai du côté des Champs-Élysées. J'aimais, sans même les connaître, tous les gens que je rencontrais. Comme l'amour rend bon!
After I had been walking for an hour from the Marly horses to the Rond-Point, I saw Marguerite's carriage in the distance; I divined rather than recognised it. As it was turning the corner of the Champs-Elysees it stopped, and a tall young man left a group of people with whom he was talking and came up to her. They talked for a few moments; the young man returned to his friends, the horses set out again, and as I came near the group I recognised the one who had spoken to Marguerite as the Comte de G., whose portrait I had seen and whom Prudence had indicated to me as the man to whom Marguerite owed her position. It was to him that she had closed her doors the night before; I imagined that she had stopped her carriage in order to explain to him why she had done so, and I hoped that at the same time she had found some new pretext for not receiving him on the following night.Au bout d'une heure que je me promenais des chevaux de Marly au rond-point et du rond-point aux chevaux de Marly, je vis de loin la voiture de Marguerite; je ne la reconnus pas, je la devinai. Au moment de tourner l'angle des Champs-Élysées, elle se fit arrêter, et un grand jeune homme se détacha d'un groupe où il causait pour venir causer avec elle. Il causèrent quelques instants; le jeune homme rejoignit ses amis, les chevaux repartirent, et moi, qui m'étais approché du groupe, je reconnus dans celui qui avait parlé à Marguerite ce comte de G... dont j'avais vu le portrait et que Prudence m'avait signalé comme celui à qui Marguerite devait sa position. C'était à lui qu'elle avait fait défendre sa porte, la veille; je supposai qu'elle avait fait arrêter sa voiture pour lui donner la raison de cette défense, et j'esperai qu'en même temps elle avait trouvé quelque nouveau prétexte pour ne pas le recevoir la nuit suivante.
How I spent the rest of the day I do not know; I walked, smoked, talked, but what I said, whom I met, I had utterly forgotten by ten o'clock in the evening.Comment le reste de la journée se passa, je l'ignore; je marchai, je fumai, je causai, mais de ce que je dis, de ceux que je rencontrai, à dix heures du soir, je n'avais aucun souvenir.
All I remember is that when I returned home, I spent three hours over my toilet, and I looked at my watch and my clock a hundred times, which unfortunately both pointed to the same hour.Tout ce que je me rappelle, c'est que je rentrai chez moi, que je passai trois heures à ma toilette, et que je regardai cent fois ma pendule et ma montre, qui malheuresement allaient l'une comme l'autre.
When it struck half past ten, I said to myself that it was time to go.Quand dix heures et demie sonnèrent, je me dis qu'il était temps de partir.
I lived at that time in the Rue de Provence; I followed the Rue du Mont-Blanc, crossed the Boulevard, went up the Rue Louis-le-Grand, the Rue de Port-Mahon, and the Rue d'Antin. I looked up at Marguerite's windows. There was a light. I rang. I asked the porter if Mlle. Gautier was at home. He replied that she never came in before eleven or a quarter past eleven. I looked at my watch. I intended to come quite slowly, and I had come in five minutes from the Rue de Provence to the Rue d'Antin.Je demeurais à cette époque rue de Provence: je suivis la rue du Mont-Blanc, je traversai le boulevard, pris la rue Louis-le-Grand, la rue de Port-Mahon, et la rue d'Antin. Je regardai aux fenêtres de Marguerite. Il y avait de la lumière. Je sonnai. Je demandai au portier si mademoiselle Gautier était chez elle. Il me répondit qu'elle ne rentrait jamais avant onze heures ou onze heures un quart. Je regardai ma montre. J'avais cru venir tout doucement, je n'avais mis que cinq minutes pour venir de la rue de Provence chez Marguerite.
I walked to and fro in the street; there are no shops, and at that hour it is quite deserted. In half an hour's time Marguerite arrived. She looked around her as she got down from her coupe, as if she were looking for some one. The carriage drove off; the stables were not at the house. Just as Marguerite was going to ring, I went up to her and said, "Good-evening."Alors, je me promenai dans cette rue sans boutiques, et déserte à cette heure. Au bout d'une demi-heure Marguerite arriva. Elle descendit de son coupé en regardant autour d'elle comme si elle eût cherché quelqu'un. La voiture repartit au pas, les écuries et la remise n'étant pas dans la maison. Au moment où Marguerite allait sonner, je m'approchai et lui dis: --Bonsoir.
"Ah, it is you," she said, in a tone that by no means reassured me as to her pleasure in seeing me.--Ah! c'est vous? me dit-elle d'un ton peu rassurant sur le plaisir qu'elle avait à me trouver là.
"Did you not promise me that I might come and see you to-day?"--Ne m'avez-vous pas permis de venir vous faire visite aujourd'hui?
"Quite right. I had forgotten."--C'est juste; je l'avais oublié.
This word upset all the reflections I had had during the day. Nevertheless, I was beginning to get used to her ways, and I did not leave her, as I should certainly have done once. We entered. Nanine had already opened the door.Ce mot renversait toutes mes réflexions du matin, toutes mes espérances de la journée. Cependant, je commençais à m'habituer à ces façons et je ne m'en allai pas, ce que j'eusse évidemment fait autrefois. Nous entrâmes. Nanine avait ouvert la porte d'avance.
"Has Prudence come?" said Marguerite.--Prudence est-elle rentrée? demanda Marguerite.
"No, madame."--Non, madame.
"Say that she is to be admitted as soon as she comes. But first put out the lamp in the drawing-room, and if any one comes, say that I have not come back and shall not be coming back."--Va dire que dès qu'elle rentrera elle vienne. Auparavant, éteins la lampe du salon, et, s'il vient quelqu'un, réponds que je ne suis pas rentrée et que je ne rentrerai pas.
She was like a woman who is preoccupied with something, and perhaps annoyed by an unwelcome guest. I did not know what to do or say. Marguerite went toward her bedroom; I remained where I was.C'était bien là une femme préoccupée de quelque chose et peut-être ennuyée d'un importun. Je ne savais quelle figure faire ni que dire. Marguerite se dirigea du côt"e de sa chambre à coucher; je restai où j'étais.
"Come," she said.--Venez, me dit-elle.
She took off her hat and her velvet cloak and threw them on the bed, then let herself drop into a great armchair beside the fire, which she kept till the very beginning of summer, and said to me as she fingered her watch-chain:Elle ôta son chapeau, son manteau de velours et les jeta sur son lit, puis se laissa tomber dans un grand fauteuil, auprès du feu qu'elle faisait faire jusqu'au commencement de l'été, et me dit en jouant avec la chaîne de sa montre:
"Well, what news have you got for me?"--Eh bien, que me conterez-vous de neuf?
"None, except that I ought not to have come to-night."--Rien, sinon que j'ai eu tort de venir ce soir.
"Why?"--Pourquoi?
"Because you seem vexed, and no doubt I am boring you."--Parce que vous paraissez contrariée et que sans doute je vous ennuie.
"You are not boring me; only I am not well; I have been suffering all day. I could not sleep, and I have a frightful headache."--Vous ne m'ennuyez pas; seulement je suis malade, j'ai souffert toute la journée, je n'ai pas dormi et j'ai une migraine affreuse.
"Shall I go away and let you go to bed?"--Voulez-vous que je me retire pour vous laisser mettre au lit?
"Oh, you can stay. If I want to go to bed I don't mind your being here."--Oh! vous pouvez rester, si je veux me coucher je me coucherai bien devant vous.
At that moment there was a ring.En ce moment on sonna.
"Who is coming now?" she said, with an impatient movement.--Qui vient encore? dit-elle avec un mouvement d'impatience.
A few minutes after there was another ring.Quelques instants après on sonna de nouveau.
"Isn't there any one to go to the door? I shall have to go." She got up and said to me, "Wait here."--Il n'y a personne pour ouvrir; il va falloir que j'ouvre moi-même. En effet, elle se leva en me disant: --Attendez ici.
She went through the rooms, and I heard her open the outer door. I listened.Elle traversa l'appartement, et j'entendis ouvrir la porte d'entrée. -J'écoutai.
The person whom she had admitted did not come farther than the dining-room. At the first word I recognised the voice of the young Comte de N.Celui à qui elle avait ouvert s'arrêta dans la salle à manger. Aux premiers mots, je reconnus la voix du jeune comte de N...
"How are you this evening?" he said.--Comment vous portez-vous ce soir? disait-il.
"Not well," replied Marguerite drily.--Mal, répondit sèchement Marguerite.
"Am I disturbing you?"--Est-ce que je vous dérange?
"Perhaps.--Peut-être.
"How you receive me! What have I done, my dear Marguerite?"--Comme vous me recevez! Que vous ai-je fait, ma chère Marguerite?
"My dear friend, you have done nothing. I am ill; I must go to bed, so you will be good enough to go. It is sickening not to be able to return at night without your making your appearance five minutes afterward. What is it you want? For me to be your mistress? Well, I have already told you a hundred times, No; you simply worry me, and you might as well go somewhere else. I repeat to you to-day, for the last time, I don't want to have anything to do with you; that's settled. Good-bye. Here's Nanine coming in; she can light you to the door. Good-night."--Mon cher ami, vous ne m'avez rien fait. Je suis malade, il faut que je me couche, ainsi vous allez me faire le plaisir de vous en aller. Cela m'assomme de ne pas pouvoir rentrer le soir sans vous voir apparaître cinq minutes après. Qu'est-ce que vous voulez? Que je sois votre maîtresse? Eh bien, je vous ai déjà dit cent fois que non, que vous m'agacez horriblement, et que vous pouvez vous adresser autre part. Je vous le répète aujourd'hui pour la dernière fois: Je ne veux pas de vous, c'est bien convenu; adieu. Tenez, voici Nanine qui rentre; elle va vous éclairer. Bonsoir.
Without adding another word, or listening to what the young man stammered out, Marguerite returned to the room and slammed the door. Nanine entered a moment after.Et sans ajouter un mot, sans écouter ce que balbutait le jeune homme, Marguerite revint dans sa chambre et referma violemment la porte, par laquelle Nanine, à son tour, rentra presque immédiatement.
"Now understand," said Marguerite, "you are always to say to that idiot that I am not in, or that I will not see him. I am tired out with seeing people who always want the same thing; who pay me for it, and then think they are quit of me. If those who are going to go in for our hateful business only knew what it really was they would sooner be chambermaids. But no, vanity, the desire of having dresses and carriages and diamonds carries us away; one believes what one hears, for here, as elsewhere, there is such a thing as belief, and one uses up one's heart, one's body, one's beauty, little by little; one is feared like a beast of prey, scorned like a pariah, surrounded by people who always take more than they give; and one fine day one dies like a dog in a ditch, after having ruined others and ruined one's self."--Tu m'entends, lui dit Marguerite, tu diras toujours à cet imbécile que je n'y suis pas ou que je ne veux pas le recevoir. Je suis lasse, à la fin, de voir sans cesse des gens qui viennent me demander la même chose, qui me payent et qui se croient quittes avec moi. Si celles qui commencent notre honteux métier savaient ce que c'est, elles se feraient plutôt femmes de chambre. Mais non; la vanité d'avoir des robes, des voitures, des diamants nous entraîne; on croit à ce que l'on entend, car la prostitution a sa foi, et l'on use peu à peu son cœur, son corps, sa beauté; on est redoutée comme une bête fauve, méprisée comme un paria, on n'est entourée que de gens qui vous prennent toujours plus qu'ils ne vous donnent, et on s'en va un beau jour crever comme un chien, après avoir perdu les autres et s'être perdue soi-même.
"Come, come, madame, be calm," said Nanine; "your nerves are a bit upset to-night."--Voyons, madame, calmez-vous, dit Nanine, vous avez mal aux nerfs ce soir.
"This dress worries me," continued Marguerite, unhooking her bodice; "give me a dressing-gown. Well, and Prudence?"--Cette robe me gêne, reprit Marguerite en faisant sauter les agrafes de son corsage, donne-moi un peignoir. Eh bien, et Prudence?
"She has not come yet, but I will send her to you, madame, the moment she comes."--Elle n'était pas rentrée, mais on l'enverra à madame dès qu'elle rentrera.
"There's one, now," Marguerite went on, as she took off her dress and put on a white dressing-gown, "there's one who knows very well how to find me when she is in want of me, and yet she can't do me a service decently. She knows I am waiting for an answer. She knows how anxious I am, and I am sure she is going about on her own account, without giving a thought to me."--En voilà encore une, continua Marguerite en étant sa robe et en passant un peignoir blanc, en voilà encore une qui sait bien me trouver quand elle a besoin de moi, et qui ne peut pas me rendre un service de bonne grâce. Elle sait que j'attends cette réponse ce soir, qu'il me la faut, que je suis inquiéte, et je suis sûre qu'elle est allée courir sans s'occuper de moi.
"Perhaps she had to wait."--Peut-être a-t-elle été retenue.
"Let us have some punch."--Fais-nous donner le punch.
"It will do you no good, madame," said Nanine.--Vous allez encore vous faire du mal, dit Nanine.
"So much the better. Bring some fruit, too, and a pate or a wing of chicken; something or other, at once. I am hungry."--Tant mieux. Apporte-moi aussi des fruits, du pâté ou une aile de poulet, quelque chose tout de suite, j'ai faim.
Need I tell you the impression which this scene made upon me, or can you not imagine it?Vous dire l'impression que cette scène me causait, c'est inutile; vous le devinez, n'est-ce pas?
"You are going to have supper with me," she said to me; "meanwhile, take a book. I am going into my dressing-room for a moment."--Vous allez souper avec moi, me dit-elle; en attendant, prenez un livre, je vais passer un instant dans mon cabinet de toilette.
She lit the candles of a candelabra, opened a door at the foot of the bed, and disappeared.Elle alluma les bougies d'un candélabre, ouvrit une porte au pied de son lit et disparut.
I began to think over this poor girl's life, and my love for her was mingled with a great pity. I walked to and fro in the room, thinking over things, when Prudence entered.Pour moi, je me mis à réfléchir sur la vie de cette fille, et mon amour s'augmenta de pitié. Je me promenais à grands pas dans cette chambre, tout en songeant, quand Prudence entra.
"Ah, you here?"' she said, "where is Marguerite?"--Tiens, vous voilà? me dit-elle: où est Marguerite?
"In her dressing-room."--Dans son cabinet de toilette.
"I will wait. By the way, do you know she thinks you charming?"--Je vais l'attendre. Dites donc, elle vous trouve charmant; saviez-vous cela?
"No."--Non.
"She hasn't told you?"--Elle ne vous l'a pas dit un peu?
"Not at all."--Pas du tout.
"How are you here?"--Comment êtes-vous ici?
"I have come to pay her a visit."--Je viens lui faire une visite.
"At midnight?"--A minuit?
"Why not?"--Pourquoi pas?
"Farceur!"--Farceur!
"She has received me, as a matter of fact, very badly."--Elle m'a même très mal reçu.
"She will receive you better by and bye."--Elle va mieux vous recevoir.
"Do you think so?"--Vous croyez?
"I have some good news for her."--Je lui apporte une bonne nouvelle.
"No harm in that. So she has spoken to you about me?"--Il n'y a pas de mal; ainsi elle vous a parlé de moi?
"Last night, or rather to-night, when you and your friend went. By the way, what is your friend called? Gaston R., his name is, isn't it?"--Hier au soir, ou plutôt cette nuit, quand vous avez été parti avec votre ami... A propos, comment va-t-il, votre ami? c'est Gaston R..., je crois, qu'on l'appelle?
"Yes," said I, not without smiling, as I thought of what Gaston had confided to me, and saw that Prudence scarcely even knew his name.--Oui, dis-je, sans pouvoir m'empêcher de sourire en me rappelant la confidence que Gaston m'avait faite, et en voyant que Prudence savait à peine son nom.
"He is quite nice, that fellow; what does he do?"--Il est gentil, ce garçon-là; qu'est-ce qu'il fait?
"He has twenty-five thousand francs a year."--Il a vingt-cinq mille francs de rente.
"Ah, indeed! Well, to return to you. Marguerite asked me all about you: who you were, what you did, what mistresses you had had; in short, everything that one could ask about a man of your age. I told her all I knew, and added that you were a charming young man. That's all."--Ah! vraiment! eh bien, pour en revenir à vous, Marguerite m'a questionnée sur votre compte; elle m'a demandé qui vous étiez, ce que vous faisiez, quelles avaient été vos maîtresses; enfin tout ce qu'on peut demander sur un homme de votre âge. Je lui ai dit tout ce que je sais, en ajoutant que vous êtes un charmant garçon, et voilà.
"Thanks. Now tell me what it was she wanted to say to you last night."--Je vous remercie; maintenant, dites-moi donc de quelle commission elle vous avait chargée hier.
"Nothing at all. It was only to get rid of the count; but I have really something to see her about to-day, and I am bringing her an answer now."--D'aucune; c'était pour faire partir le comte, ce qu'elle disait, mais elle m'en a chargée d'une pour aujourd'hui, et c'est la réponse que je lui apporte ce soir.
At this moment Marguerite reappeared from her dressing-room, wearing a coquettish little nightcap with bunches of yellow ribbons, technically known as "cabbages." She looked ravishing. She had satin slippers on her bare feet, and was in the act of polishing her nails.En ce moment Marguerite sortit de son cabinet de toilette, coquettement coiffé de son bonnet de nuit orné de touffes de rubans jaunes, appelées techniquement des choux. Elle était ravissante ainsi. Elle avait ses pieds nus dans des pantoufles de satin, et achevait la toilette de ses ongles.
"Well," she said, seeing Prudence, "have you seen the duke?"--Eh bien, dit-elle en voyant Prudence, avez-vous vu le duc?
"Yes, indeed."--Parbleu!
"And what did he say to you?"--Et que vous a-t-il dit?
"He gave me—"--Il m'a donné.
"How much?"--Combien?
"Six thousand."--Six mille.
"Have you got it?"--Vous les avez?
"Yes.--Oui.
"Did he seem put out?"--A-t-il eu l'air contrarié?
"No."--Non.
"Poor man!"--Pauvre homme!
This "Poor man!" was said in a tone impossible to render. Marguerite took the six notes of a thousand francs.Ce pauvre homme! fut dit d'un ton impossible à rendre. Marguerite prit les six billets de mille francs.
"It was quite time," she said. "My dear Prudence, are you in want of any money?"--Il était temps, dit-elle. Ma chère Prudence, avez-vous besoin d'argent?
"You know, my child, it is the 15th in a couple of days, so if you could lend me three or four hundred francs, you would do me a real service."--Vous savez, mon enfant, que c'est dans deux jours le 15, si vous pouviez me prêter trois ou quatre cents francs, vous me rendriez service.
"Send over to-morrow; it is too late to get change now."--Envoyez demain matin, il est trop tard pour faire changer.
"Don't forget."--N'oubliez pas.
"No fear. Will you have supper with us?"--Soyez tranquille. Soupez-vous avec nous?
"No, Charles is waiting for me."--Non, Charles m'attend chez moi.
"You are still devoted to him?"--Vous en êtes donc toujours folle?
"Crazy, my dear! I will see you to-morrow. Good-bye, Armand."--Toquée, ma chère! A demain. Adieu, Armand.
Mme. Duvernoy went out.Madame Duvernoy sortit.
Marguerite opened the drawer of a side-table and threw the bank-notes into it.Marguerite ouvrit son étagère et jeta dedans les billets de banque.
"Will you permit me to get into bed?" she said with a smile, as she moved toward the bed.--Vous permettez que je me couche! dit-elle en souriant et en se dirigeant vers son lit.
"Not only permit, but I beg of you."--Non seulement je vous le permets, mais encore je vous en prie.
She turned back the covering and got into bed.Elle rejeta sur le pied de son lit la guipure qui le couvrait et se coucha.
"Now," said she, "come and sit down by me, and let's have a talk."--Maintenant, dit-elle, venez vous asseoir près de moi et causons.
Prudence was right: the answer that she had brought to Marguerite had put her into a good humour.Prudence avait raison: la réponse qu'elle avait apportée à Marguerite l'égayait.
"Will you forgive me for my bad temper tonight?" she said, taking my hand.--Vous me pardonnez ma mauvaise humeur de ce soir? me dit-elle en me prenant la main.
"I am ready to forgive you as often as you like."--Je suis prêt à vous en pardonner bien d'autres.
"And you love me?"--Et vous m'aimez?
"Madly."--A en devenir fou.
"In spite of my bad disposition?"--Malgré mon mauvais caractère?
"In spite of all."--Malgré tout.
"You swear it?"--Vous me le jurez!
"Yes," I said in a whisper.--Oui, lui dis-je tout bas.
Nanine entered, carrying plates, a cold chicken, a bottle of claret, and some strawberries.Nanine entra alors portant des assiettes, un poulet froid, une bouteille de bordeaux, des fraises et deux couverts.
"I haven't had any punch made," said Nanine; "claret is better for you. Isn't it, sir?"--Je ne vous ai pas fait faire du punch, dit Nanine, le bordeaux est meilleur pour vous. N'est-ce pas, monsieur?
"Certainly," I replied, still under the excitement of Marguerite's last words, my eyes fixed ardently upon her.--Certainement, répondis-je, tout ému encore des dernières paroles de Marguerite et les yeux ardemment fixés sur elle.
"Good," said she; "put it all on the little table, and draw it up to the bed; we will help ourselves. This is the third night you have sat up, and you must be in want of sleep. Go to bed. I don't want anything more."--Bien, dit-elle, mets tout cela sur la petite table, approche-la du lit; nous nous servirons nous-mêmes. Voilà trois nuits que tu passes, tu dois avoir envie de dormir, va te coucher; je n'ai plus besoin de rien.
"Shall I lock the door?"--Faut-il fermer la porte à double tour?
"I should think so! And above all, tell them not to admit anybody before midday."--Je le crois bien! et surtout dis qu'on ne laisse entrer personne demain avant midi.
Chapter 1212
At five o'clock in the morning, as the light began to appear through the curtains, Marguerite said to me: "Forgive me if I send you away; but I must. The duke comes every morning; they will tell him, when he comes, that I am asleep, and perhaps he will wait until I wake."A cinq heures du matin, quand le jour commença à paraître à travers les rideaux, Marguerite me dit: --Pardonne-moi si je te chasse, mail il le faut. Le duc vient tous les matins; on va lui répondre que je dors, quand il va venir, et il attendra peut-être que je me réveille.
I took Marguerite's head in my hands; her loosened hair streamed about her; I gave her a last kiss, saying: "When shall I see you again?"Je pris dans mes mains la tête de Marguerite, dont les cheveux défaits ruisselaient autour d'elle, et je lui donnai un dernier baiser, en lui disant: --Quand te reverrai-je?
"Listen," she said; "take the little gilt key on the mantelpiece, open that door; bring me back the key and go. In the course of the day you shall have a letter, and my orders, for you know you are to obey blindly."--Ecoute, reprit-elle, prends cette petite clef dorée qui est sur la cheminée, va ouvrir cette porte; rapporte la clef ici et va-t'en. Dans la journée, tu recevras une lettre et mes ordres, car tu sais que tu dois obéir aveuglément.
"Yes; but if I should already ask for something?"--Oui, et si je demandais déjà quelque chose?
"What?"--Quoi donc?
"Let me have that key."--Que tu me laissasses cette clef.
"What you ask is a thing I have never done for any one."--Je n'ai jamais fait pour personne ce que tu me demandes là.
"Well, do it for me, for I swear to you that I don't love you as the others have loved you."--Eh bien, fais-le pour moi, car je te jure que moi, je ne t'aime pas comme les autres t'aimaient.
"Well, keep it; but it only depends on me to make it useless to you, after all."--Eh bien, garde-là; mais je te préviens qu'il ne dépend que de moi que cette clef ne te serve à rien.
"How?"--Pourquoi?
"There are bolts on the door."--Il y a des verrous en dedans de la porte.
"Wretch!"--Méchante!
"I will have them taken off."--Je les ferai ôter.
"You love, then, a little?"--Tu m'aimes donc un peu?
"I don't know how it is, but it seems to me as if I do! Now, go; I can't keep my eyes open."--Je ne sais pas comment cela se fait, mais il me semble que oui. Maintenant va-t-en; je tombe de sommeil.
I held her in my arms for a few seconds and then went.Nous restâmes quelques secondes dans les bras l'un de l'autre et je partis.
The streets were empty, the great city was still asleep, a sweet freshness circulated in the streets that a few hours later would be filled with the noise of men. It seemed to me as if this sleeping city belonged to me; I searched my memory for the names of those whose happiness I had once envied; and I could not recall one without finding myself the happier.Les rues étaient désertes, la grande ville dormait encore, une douce fraîcheur courait dans ces quartiers que le bruit des hommes allait envahir quelques heures plus tard. Il me sembla que cette ville endormie m'appartenait; je cherchais dans mon souvenir les noms de ceux dont j'avais jusqu'alors envié le bonheur; et je ne m'en rappelais pas un sans me trouver plus heureux que lui.
To be loved by a pure young girl, to be the first to reveal to her the strange mystery of love, is indeed a great happiness, but it is the simplest thing in the world. To take captive a heart which has had no experience of attack, is to enter an unfortified and ungarrisoned city. Education, family feeling, the sense of duty, the family, are strong sentinels, but there are no sentinels so vigilant as not to be deceived by a girl of sixteen to whom nature, by the voice of the man she loves, gives the first counsels of love, all the more ardent because they seem so pure.Être aimé d'une jeune fille chaste, lui révéler le premier cet étrange mystère de l'amour, certes, c'est une grande félicité, mais c'est la chose du monde la plus simple. S'emparer d'un cœur qui n'a pas l'habitude des attaques, c'est entrer dans une ville ouverte et sans garnison. L'éducation, le sentiment des devoirs et la famille sont de très fortes sentinelles, mais il n'y a sentinelles si vigilantes que ne trompe une fille de seize ans, à qui, par la voix de l'homme qu'elle aime, la nature donne ces premiers conseils d'amour qui sont d'autant plus ardents qu'ils paraissent plus purs.
The more a girl believes in goodness, the more easily will she give way, if not to her lover, at least to love, for being without mistrust she is without force, and to win her love is a triumph that can be gained by any young man of five-and-twenty. See how young girls are watched and guarded! The walls of convents are not high enough, mothers have no locks strong enough, religion has no duties constant enough, to shut these charming birds in their cages, cages not even strewn with flowers. Then how surely must they desire the world which is hidden from them, how surely must they find it tempting, how surely must they listen to the first voice which comes to tell its secrets through their bars, and bless the hand which is the first to raise a corner of the mysterious veil!Plus la jeune fille croit au bien, plus elle s'abandonne facilement, sinon à l'amant, du moins à l'amour, car étant sans défiance elle est sans force, et se faire aimer d'elle est un triomphe que tout homme de vingt-cinq ans pourra se donner quand il voudra. Et cela est si vrai que voyez comme on entoure les jeunes filles de surveillance et de remparts! Les couvents n'ont pas de murs assez hauts, les mères de serrures assez fortes, la religion de devoirs assez continus pour renfermer tous ces charmants oiseaux dans leur cage, sur laquelle on ne se donne même pas la peine de jeter des fleurs. Aussi comme elles doivent désirer ce monde qu'on leur cache, comme elles doivent croire qu'il est tentant, comme elles doivent écouter la première voix qui, à travers les barreaux, vient leur en raconter les secrets, et bénir la main qui lève, la première, un coin du voile mystérieux.
But to be really loved by a courtesan: that is a victory of infinitely greater difficulty. With them the body has worn out the soul, the senses have burned up the heart, dissipation has blunted the feelings. They have long known the words that we say to them, the means we use; they have sold the love that they inspire. They love by profession, and not by instinct. They are guarded better by their calculations than a virgin by her mother and her convent; and they have invented the word caprice for that unbartered love which they allow themselves from time to time, for a rest, for an excuse, for a consolation, like usurers, who cheat a thousand, and think they have bought their own redemption by once lending a sovereign to a poor devil who is dying of hunger without asking for interest or a receipt.Mais être réelement aimé d'une courtisane, c'est une victoire bien autrement difficile. Chez elles, le corps a usé l'âme, les sens ont brûlé le cœur, la débauche a cuirassé les sentiments. Les mots qu'on leur dit, elles les savent depuis longtemps, les moyens que l'on emploie, elles les connaissent, l'amour même qu'elles inspirent, elles l'ont vendu. Elles aiment par métier et non par entraînement. Elles sont mieux gardées par leurs calculs qu'une vierge par sa mère et son couvent; aussi ont-elles inventé le mot caprice pour ces amours san trafic qu'elles se donnent de temps en temps comme repos, comme excuse, ou comme consolation; semblables à ces usuriers qui rançonnent mille individus, et qui croient tout racheter en prêtant un jour vingt francs à quelque pauvre diable qui meurt de faim, sans exiger d'intérêt et sans lui demander de reçu.
Then, when God allows love to a courtesan, that love, which at first seems like a pardon, becomes for her almost without penitence. When a creature who has all her past to reproach herself with is taken all at once by a profound, sincere, irresistible love, of which she had never felt herself capable; when she has confessed her love, how absolutely the man whom she loves dominates her! How strong he feels with his cruel right to say: You do no more for love than you have done for money. They know not what proof to give. A child, says the fable, having often amused himself by crying "Help! a wolf!" in order to disturb the labourers in the field, was one day devoured by a Wolf, because those whom he had so often deceived no longer believed in his cries for help. It is the same with these unhappy women when they love seriously. They have lied so often that no one will believe them, and in the midst of their remorse they are devoured by their love.Puis, quand Dieu permet l'amour à une courtisane, cet amour, qui semble d'abord un pardon, devient presque toujours pour elle un châtiment. Il n'y a pas d'absolution sans pénitence. Quand une créature, qui a tout son passé à se reprocher, se sent tout à coup prise d'un amour profond, sincère, irrésistible, dont elle ne se fût jamais crue capable; quand elle a avoué cet amour, comme l'homme aimé ainsi la domaine! Comme il se sent fort avec ce droit cruel de lui dire: Vous ne faites pas plus pour de l'amour que vous n'avez fait pour de l'argent. Alors elles ne savent quelles preuves donner. Un enfant, raconte la fable, après s'être longtemps amusé dans un champ à crier: Au secours! pour déranger des travailleurs, fut dévoré un beau jour par un ours, sans que ceux qu'il avait trompés si souvent crussent cette fois aux cris réels qu'il poussait. Il en est de même de ces malheureuses filles, quand elles aiment sérieusement. Elles ont menti tant de fois qu'on ne ne veut plus les croire, et elles sont, au milieu de leurs remords, dévorées par leur amour.
Hence those great devotions, those austere retreats from the world, of which some of them have given an example.De là, ces grands dévouements, ces austères retraites dont quelques-unes ont donné l'exemple.
But when the man who inspires this redeeming love is great enough in soul to receive it without remembering the past, when he gives himself up to it, when, in short, he loves as he is loved, this man drains at one draught all earthly emotions, and after such a love his heart will be closed to every other.Mais quand l'homme qui inspire cet amour rédempteur a l'âme assez généreuse pour l'accepter sans se souvenir du passé, quand il s'y abandonne, quand il aime enfin, comme il est aimé, cet homme épuise d'un coup toutes les émotions terrestres, et après cet amour son cœur sera fermé à tout autre.
I did not make these reflections on the morning when I returned home. They could but have been the presentiment of what was to happen to me, and, despite my love for Marguerite, I did not foresee such consequences. I make these reflections to-day. Now that all is irrevocably ended, they a rise naturally out of what has taken place.Ces réflexions, je ne les faisais pas le matin où je rentrais chez moi. Elles n'eussent pu être que le pressentiment de ce qui allait m'arriver, et malgré mon amour pour Marguerite, je n'entrevoyais pas de semblables conséquences; aujourd'hui je les fais. Tout étant irrévocablement fini, elles résultent naturellement de ce qui a eu lieu.
But to return to the first day of my liaison. When I reached home I was in a state of mad gaiety. As I thought of how the barriers which my imagination had placed between Marguerite and myself had disappeared, of how she was now mine; of the place I now had in her thoughts, of the key to her room which I had in my pocket, and of my right to use this key, I was satisfied with life, proud of myself, and I loved God because he had let such things be.Mais revenons au premier jour de cette liaison. Quand je rentrai, j'étais d'une gaieté folle. En songeant que les barrières placées par mon imagination entre Marguerite et moi avaient disparu, que je la possédais, que j'occupais un peu sa pensée, que j'avais dans ma poche la clef de son appartement et le droit de me servir de cette clef, j'étais content de la vie, fier de moi, et j'aimais Dieu qui permettait tout cela.
One day a young man is passing in the street, he brushes against a woman, looks at her, turns, goes on his way. He does not know the woman, and she has pleasures, griefs, loves, in which he has no part. He does not exist for her, and perhaps, if he spoke to her, she would only laugh at him, as Marguerite had laughed at me. Weeks, months, years pass, and all at once, when they have each followed their fate along a different path, the logic of chance brings them face to face. The woman becomes the man's mistress and loves him. How? why? Their two existences are henceforth one; they have scarcely begun to know one another when it seems as if they had known one another always, and all that had gone before is wiped out from the memory of the two lovers. It is curious, one must admit.Un jour un jeune homme passe dans une rue, il y coudoie une femme, il la regarde, il se retourne, il passe. Cette femme, il ne la connaît pas, elle a des plaisirs, des chagrins, des amours où il n'a aucune part. Il n'existe pas pour elle, et peut-être, s'il lui parlait, se moquerait-elle de lui comme Marguerite avait fait de moi. Des semaines, des mois, des années s'écoulent, et tout à coup, quand ils ont suivi chacun leur destinée dans un ordre différent, la logique du hasard les ramène en face l'un de l'autre. Cette femme devient la maîtresse de cet homme et l'aime. Comment? pourquoi? leurs deux existences n'en font plus qu'une; à peine l'intimité existe-t-elle, qu'elle leur semble avoir existé toujours, et tout ce qui a précédé s'efface de la mémoire des deux amants. C'est curieux, avouons-le.
As for me, I no longer remembered how I had lived before that night. My whole being was exalted into joy at the memory of the words we had exchanged during that first night. Either Marguerite was very clever in deception, or she had conceived for me one of those sudden passions which are revealed in the first kiss, and which die, often enough, as suddenly as they were born.Quant à moi, je ne me rappelais plus comment j'avais vécu avant la veille. Tout mon être s'exaltait en joie au souvenir des mots échangés pendant cette première nuit. Ou Marguerite était habile à tromper, ou elle avait pour moi une de ces passions subites qui se révèlent dès le premier baiser, et qui meurent quelquefois, du reste, comme elles sont nées.
The more I reflected the more I said to myself that Marguerite had no reason for feigning a love which she did not feel, and I said to myself also that women have two ways of loving, one of which may arise from the other: they love with the heart or with the senses. Often a woman takes a lover in obedience to the mere will of the senses, and learns without expecting it the mystery of immaterial love, and lives henceforth only through her heart; often a girl who has sought in marriage only the union of two pure affections receives the sudden revelation of physical love, that energetic conclusion of the purest impressions of the soul.Plus j'y réfléchissais, plus je me disais que Marguerite n'avait aucune raison de feindre un amour qu'elle n'aurait pas ressenti, et je me disais aussi que les femmes ont deux façons d'aimer qui peuvent résulter l'une de l'autre: elles aiment avec le cœur ou avec le sens. Souvent une femme prend un amant pour obéir à la seule volonté de ses sens, et apprend sans s'y être attendue le mystère de l'amour immatériel et ne vit plus que par son cœur; souvent une jeune fille ne cherchant dans le mariage que la réunion de deux affections pures, reçoit cette soudaine révélation de l'amour physique, cette énergique conclusion des plus chastes impressions de l'âme.
In the midst of these thoughts I fell asleep; I was awakened by a letter from Marguerite containing these words:Je m'endormis au milieu de ces pensées. Je fus réveillé par une lettre de Marguerite, lettre contenant ces mots:
"Here are my orders: To-night at the Vaudeville. "Come during the third entr'acte.""Voici mes ordres: Ce soir au Vaudeville. Venez pendant le troisième entr'acte. M.G."
I put the letter into a drawer, so that I might always have it at band in case I doubted its reality, as I did from time to time.Je serrai ce billet dans un tiroir, afin d'avoir toujours la réalité sous la main, dans le cas où je douterais, comme cela m'arrivait par moments.
She did not tell me to come to see her during the day, and I dared not go; but I had so great a desire to see her before the evening that I went to the Champs-Elysees, where I again saw her pass and repass, as I had on the previous day.Elle ne me disait pas de l'aller voir dans le jour, je n'osai me présenter chez elle; mais j'avais un si grand désir de la rencontrer avant le soir que j'allai aux Champs-Élysées, où, comme la veille, je la vis passer et redescendre.
At seven o'clock I was at the Vaudeville. Never had I gone to a theatre so early. The boxes filled one after another. Only one remained empty, the stage box. At the beginning of the third act I heard the door of the box, on which my eyes had been almost constantly fixed, open, and Marguerite appeared. She came to the front at once, looked around the stalls, saw me, and thanked me with a look.A sept heures, j'étais au Vaudeville. Jamais je n'étais entré si tôt dans un théâtre. Toutes les loges s'emplirent les unes après les autres. Une seule restait vide: l'avant-scène du rez-de-chaussée. Au commencement du troisième acte, j'entendis ouvrir la porte de cette loge, sur laquelle j'avais presque constamment les yeux fixés, Marguerite parut. Elle passa tout de suite sur le devant, chercha à l'orchestre, m'y vit et me remercia du regard. Elle était merveilleusement belle ce soir-là.
That night she was marvellously beautiful. Was I the cause of this coquetry? Did she love me enough to believe that the more beautiful she looked the happier I should be? I did not know, but if that had been her intention she certainly succeeded, for when she appeared all heads turned, and the actor who was then on the stage looked to see who had produced such an effect on the audience by her mere presence there.Étais-je la cause de cette coquetterie? M'aimait-elle assez pour croire que, plus je la trouverais belle, plus je serais heureux? Je l'ignorais encore; mais si telle avait été son intention, elle réussissait, car lorsqu'elle se montra, les têtes ondulèrent les unes vers les autres, et l'acteur alors en scène regarda lui-même celle qui troublait ainsi les spectateurs par sa seule apparition.
And I had the key of this woman's room, and in three or four hours she would again be mine!Et j'avais la clef de l'appartement de cette femme, et dans trois ou quatre heures elle allait de nouveau être à moi.
People blame those who let themselves be ruined by actresses and kept women; what astonishes me is that twenty times greater follies are not committed for them. One must have lived that life, as I have, to know how much the little vanities which they afford their lovers every day help to fasten deeper into the heart, since we have no other word for it, the love which he has for them.On blâme ceux qui se ruinent pour des actrices et des femmes entretenues; ce qui m'étonne, c'est qu'ils ne fassent pas pour elles vingt fois plus de folies. Il faut avoir vécu, comme moi, de cette vie-là, pour savoir combien les petites vanités de tous les jours qu'elles donnent à leur amant soudent fortement dans le cœur, puisque nous n'avons pas d'autre mot, l'amour qu'il a pour elle.
Prudence next took her place in the box, and a man, whom I recognised as the Comte de G., seated himself at the back. As I saw him, a cold shiver went through my heart.Prudence prit place ensuite dans la loge, et un homme que je reconnus pour le comte de G... s'assit au fond. A sa vue, un froid me passa sur le cœur.
Doubtless Marguerite perceived the impression made on me by the presence of this man, for she smiled to me again, and, turning her back to the count, appeared to be very attentive to the play. At the third entr'acte she turned and said two words: the count left the box, and Marguerite beckoned to me to come to her.Sans doute Marguerite s'apercevait de l'impression produite sur moi par la présence de cet homme dans sa loge, car elle me sourit de nouveau, et tournant le dos au comte, elle parut fort attentive à la pièce. Au troisième entr'acte, elle se retourna, dit deux mots; le comte quitta la loge, et Marguerite me fit signe de venir la voir.
"Good-evening," she said as I entered, holding out her hand.--Bonsoir, me dit-elle quand j'entrai, et elle me tendit la main.
"Good-evening," I replied to both Marguerite and Prudence.--Bonsoir, répondis-je en m'addressant à Marguerite et à Prudence.
"Sit down."--Asseyez-vous.
"But I am taking some one's place. Isn't the Comte de G. coming back?"--Mais je prends la place de quelqu'un. Est-ce que M. le comte de G... ne va pas revenir?
"Yes; I sent him to fetch some sweets, so that we could talk by ourselves for a moment. Mme. Duvernoy is in the secret."--Si; je l'ai envoyé me chercher des bonbons pour que nous puissions causer seuls un instant. Madame Duvernoy est dans la confidence.
"Yes, my children," said she; "have no fear. I shall say nothing."--Oui, mes enfants, dit celle-ci; mais soyez tranquilles, je ne dirai rien.
"What is the matter with you to-night?" said Marguerite, rising and coming to the back of the box and kissing me on the forehead.--Qu'avez-vous donc ce soir? dit Marguerite en se levant et en venant dans l'ombre de la loge m'embrasser sur le front.
"I am not very well."--Je suis un peu souffrant.
"You should go to bed," she replied, with that ironical air which went so well with her delicate and witty face.--Il faut aller vous coucher, reprit-elle avec cet air ironique si bien fait pour sa tête fine et spirituelle.
"Where?"--Où?
"At home."--Chez vous.
"You know that I shouldn't be able to sleep there."--Vous savez bien que je n'y dormirai pas.
"Well, then, it won't do for you to come and be pettish here because you have seen a man in my box."--Alors, il ne faut pas venir nous faire la moue ici parce que vous avez vu un homme dans ma loge.
"It is not for that reason."--Ce n'est pas pour cette raison.
"Yes, it is. I know; and you are wrong, so let us say no more about it. You will go back with Prudence after the theatre, and you will stay there till I call. Do you understand?"--Si fait, je m'y connais, et vous avez tort; ainsi ne parlons plus de cela. Vous viendrez après le spectacle chez Prudence, et vous y resterez jusqu'à ce que je vous appelle. Entendez-vous?
"Yes."--Oui.
How could I disobey?Est-ce que je pouvais désobéir?
"You still love me?"--Vous m'aimez toujours? reprit-elle.
"Can you ask?"--Vous me le demandez!
"You have thought of me?"--Vous avez pensé à moi?
"All day long."--Tout le jour.
"Do you know that I am really afraid that I shall get very fond of you? Ask Prudence."--Savez-vous que je crains décidément de devenir amoureuse de vous? Demandez plutôt à Prudence.
"Ah," said she, "it is amazing!"--Ah! répondit la grosse fille, c'en est assommant.
"Now, you must go back to your seat. The count will be coming back, and there is nothing to be gained by his finding you here."--Maintenant, vous allez retourner à votre stalle; le comte va rentrer, et il est inutile qu'il vous trouve ici. --Pourquoi?
"Because you don't like seeing him."--Parce que cela vous est désagréable de le voir.
"No; only if you had told me that you wanted to come to the Vaudeville to-night I could have got this box for you as well as he."--Non; seulement si vous m'aviez dit désirer venir au Vaudeville ce soir, j'aurais pu vous envoyer cette loge aussi bien que lui.
"Unfortunately, he got it for me without my asking him, and he asked me to go with him; you know well enough that I couldn't refuse. All I could do was to write and tell you where I was going, so that you could see me, and because I wanted to see you myself; but since this is the way you thank me, I shall profit by the lesson."--Malheuruesement, il me l'a apportée sans que je la lui demande, en m'offrant de m'accompagner. Vous le savez très bien, je ne pouvais pas refuser. Tout ce que je pouvais faire, c'était de vous écrire où j'allais pour que vous me vissiez, et parce que moi-même j'avais du plaisir à vous revoir plus tôt; mais puisque c'est ainsi que vous me remerciez, je profite de la leçon.
"I was wrong; forgive me."--J'ai tort, pardonnez-moi.
"Well and good; and now go back nicely to your place, and, above all, no more jealousy."--A la bonne heure, retournez gentiment à votre place, et surtout ne faites plus le jaloux.
She kissed me again, and I left the box. In the passage I met the count coming back. I returned to my seat.Elle m'embrassa de nouveau, et je sortis. Dans le couloir, je rencontrai le comte qui revenait. Je retournai à ma stalle.
After all, the presence of M. de G. in Marguerite's box was the most natural thing in the world. He had been her lover, he sent her a box, he accompanied her to the theatre; it was all quite natural, and if I was to have a mistress like Marguerite I should have to get used to her ways.Après tout, la présence de M. de G... dans la loge de Marguerite était la chose la plus simple. Il avait été son amant, il lui apportait une loge, il l'accompagnait au spectacle, tout cela était fort naturel, et du moment où j'avais pour maîtresse une fille comme Marguerite, il me fallait bien accepter ses habitudes.
Nonetheless, I was very unhappy all the rest of the evening, and went away very sadly after having seen Prudence, the count, and Marguerite get into the carriage, which was waiting for them at the door.Je n'en fus pas moins très malheureux le reste de la soirée, et j'étais fort triste en m'en allant, après avoir vu Prudence, le comte et Marguerite monter dans la calèche qui les attendait à la porte.
However, a quarter of an hour later I was at Prudence's. She had only just got in.Et cependant un quart d'heure après j'étais chez Prudence. Elle rentrait à peine.
Chapter 1313
"You have come almost as quickly as we," said Prudence.--Vous êtes venu presque aussi vite que nous, me dit Prudence.
"Yes," I answered mechanically. "Where is Marguerite?"--Oui, répondis-je machinalement. Où est Marguerite?
"At home."--Chez elle.
"Alone?"--Toute seule?
"With M. de G."--Avec M. de G...
I walked to and fro in the room.Je me promenai à grands pas dans le salon.
"Well, what is the matter?"--Eh bien, qu'avez-vous?
"Do you think it amuses me to wait here till M. de G. leaves Marguerite's?"--Croyez-vous que je trouve drôle d'attendre ici que M. de G... sorte de chez Marguerite?
"How unreasonable you are! Don't you see that Marguerite can't turn the count out of doors? M. de G. has been with her for a long time; he has always given her a lot of money; he still does. Marguerite spends more than a hundred thousand francs a year; she has heaps of debts. The duke gives her all that she asks for, but she does not always venture to ask him for all that she is in want of. It would never do for her to quarrel with the count, who is worth to her at least ten thousand francs a year. Marguerite is very fond of you, my dear fellow, but your liaison with her, in her interests and in yours, ought not to be serious. You with your seven or eight thousand francs a year, what could you do toward supplying all the luxuries which a girl like that is in need of? It would not be enough to keep her carriage. Take Marguerite for what she is, for a good, bright, pretty girl; be her lover for a month, two months; give her flowers, sweets, boxes at the theatre; but don't get any other ideas into your head, and don't make absurd scenes of jealousy. You know whom you have to do with; Marguerite isn't a saint. She likes you, you are very fond of her; let the rest alone. You amaze me when I see you so touchy; you have the most charming mistress in Paris. She receives you in the greatest style, she is covered with diamonds, she needn't cost you a penny, unless you like, and you are not satisfied. My dear fellow, you ask too much!"--Vous n'êtes pas raisonnable non plus. Comprenez donc que Marguerite ne peut pas mettre le comte à la porte. M. de G... a été longtemps avec elle, il lui a toujours donné beaucoup d'argent; il lui en donne encore. Marguerite dépense plus de cent mille francs par an; elle a beaucoup de dettes. Le duc lui envoie ce qu'elle lui demande, mais elle n'ose pas toujours lui demander tout ce dont elle a besoin. Il ne faut pas qu'elle se brouille avec le comte qui lui fait une dizaine de mille francs par an au moins. Marguerite vous aime bien, mon cher ami, mais votre liaison avec elle, dans son intérêt et dans le vôtre, ne doit pas être sérieuse. Ce n'est pas avec vos sept our huit mille francs de pension que vous soutiendrez le luxe de cette fille-là; il ne suffiraient pas à l'entretien de sa voiture. Prenez Marguerite pour ce qu'elle est, pour une bonne fille spirituelle et jolie; soyez son amant pendant un mois, deux mois; donnez-lui des bouquets, des bonbons et des loges; mais ne vous mettez rien de plus en tête, et ne lui faites pas des scènes de jalousie ridicule. Vous savez bien à qui vous avez affaire; Marguerite n'est pas une vertu. Vous lui plaisez, vous l'aimez bien, ne vous inquiétez pas du reste. Je vous trouve charmant de faire le susceptible! vous avez la plus agréable maîtresse de Paris! Elle vous reçoit dans un appartement magnifique, elle est couverte de diamants, elle ne vous coûtera pas un sou, si vous le voulez, et vous n'êtes pas content. Que diable! vous en demandez trop.
"You are right, but I can't help it; the idea that that man is her lover hurts me horribly."--Vous avez raison, mais c'est plus fort que moi, l'idée que cet homme est son amant me fait un mal affreux.
"In the first place," replied Prudence; "is he still her lover? He is a man who is useful to her, nothing more. She has closed her doors to him for two days; he came this morning—she could not but accept the box and let him accompany her. He saw her home; he has gone in for a moment, he is not staying, because you are waiting here. All that, it seems to me, is quite natural. Besides, you don't mind the duke."--D'abord, reprit Prudence, est-il encore son amant? C'est un homme dont elle a besoin, voilà tout. --Depuis deux jours, elle lui fait fermer sa porte; il est venu ce matin, elle n'a pas pu faire autrement que d'accepter sa loge et de le laisser l'accompagner. Il l'a reconduite, il monte un instant chez elle, il n'y reste pas, puisque vous attendez ici. Tout cela est bien naturel, il me semble. D'ailleurs vous acceptez bien le duc?
"Yes; but he is an old man, and I am sure that Marguerite is not his mistress. Then, it is all very well to accept one liaison, but not two. Such easiness in the matter is very like calculation, and puts the man who consents to it, even out of love, very much in the category of those who, in a lower stage of society, make a trade of their connivance, and a profit of their trade."--Oui, mais celu-là est un vieillard, et je suis sûr que Marguerite n'est pas sa maîtresse. Puis, on peut souvent accepter une liaison et n'en pas accepter deux. Cette facilité ressemble trop à un calcul et rappoche l'homme qui y consent, même par amour, de ceux qui, un étage plus bas, font un métier de ce consentement et un profit de ce métier.
"Ah, my dear fellow, how old-fashioned you are! How many of the richest and most fashionable men of the best families I have seen quite ready to do what I advise you to do, and without an effort, without shame, without remorse, Why, one sees it every day. How do you suppose the kept women in Paris could live in the style they do, if they had not three or four lovers at once? No single fortune, however large, could suffice for the expenses of a woman like Marguerite. A fortune of five hundred thousand francs a year is, in France, an enormous fortune; well, my dear friend, five hundred thousand francs a year would still be too little, and for this reason: a man with such an income has a large house, horses, servants, carriages; he shoots, has friends, often he is married, he has children, he races, gambles, travels, and what not. All these habits are so much a part of his position that he can not forego them without appearing to have lost all his money, and without causing scandal. Taking it all round, with five hundred thousand francs a year he can not give a woman more than forty or fifty thousand francs in the year, and that is already a good deal. Well, other lovers make up for the rest of her expenses. With Marguerite, it is still more convenient; she has chanced by a miracle on an old man worth ten millions, whose wife and daughter are dead; who has only some nephews, themselves rich, and who gives her all she wants without asking anything in return. But she can not ask him for more than seventy thousand francs a year; and I am sure that if she did ask for more, despite his health and the affection he has for her he would not give it to her.--Ah! mon cher, que vous êtes arrière! combien en ai-je vues, et des plus nobles, des plus élégants, des plus riches, faire ce que je vous conseille, et cela sans effort, sans honte, sans remords! Mais cela se voit tous les jours. Mais comment voudriez-vous que les femmes entretenues de Paris fissent pour soutenir le train qu'elles mènent, si elles n'avaient pas trois ou quatre amants à la fois? Il n'y a pas de fortune, si considérable qu'elle soit, qui puisse subvenir seule aux dépenses d'une femme comme Marguerite. Une fortune de cinq cent mille francs de rente est une fortune énorme en France; eh bien, mon cher ami, cinq cent mille francs de rente n'en viendraient pas à bout, et voici pourquoi: Un homme qui a un pareil revenu a une maison montée, des chevaux, des domestiques, des voitures, des chasses, des amis; souvent il est marié, il a des enfants, il fait courir, il joue, il voyage, que sais-je, moi! Toutes ces habitudes sont prises de telle façon qu'il ne peut s'en défaire san passer pour être ruiné et sans faire scandale. Tout compte fait, avec cinq cent mille francs par an, il ne peut pas donner à une femme plus de quarante ou cinquante mille francs dans l'année, et encore, c'est beaucoup. Eh bien, d'autres amours complètent la dépense annuelle de la femme. Avec Marguerite, c'est encore plus commode; elle est tombée par un miracle du ciel sur un vieillard riche à dix millions, dont la femme et la fille sont mortes, qui n'a plus que des neveux riches eux-mêmes, qui lui donne tout ce qu'elle veut sans rien lui demander en échange; mais elle ne peut pas lui demander plus de soixante-dix mille francs par an, et je suis sûre que si elle lui en demandait davantage, malgré sa fortune et l'affection qu'il a pour elle, il le lui refuserait.
"All the young men of twenty or thirty thousand francs a year at Paris, that is to say, men who have only just enough to live on in the society in which they mix, know perfectly well, when they are the lovers of a woman like Marguerite, that she could not so much as pay for the rooms she lives in and the servants who wait upon her with what they give her. They do not say to her that they know it; they pretend not to see anything, and when they have had enough of it they go their way. If they have the vanity to wish to pay for everything they get ruined, like the fools they are, and go and get killed in Africa, after leaving a hundred thousand francs of debt in Paris. Do you think a woman is grateful to them for it? Far from it. She declares that she has sacrificed her position for them, and that while she was with them she was losing money. These details seem to you shocking? Well, they are true. You are a very nice fellow; I like you very much. I have lived with these women for twenty years; I know what they are worth, and I don't want to see you take the caprice that a pretty girl has for you too seriously.Tous ces jeunes gens ayant vingt ou trente mille livres de rente à Paris, c'est-à-dire à peine de quoi vivre dans le monde qu'ils fréquentent, savent très bien, quand ils sont les amants d'une femme comme Marguerite, qu'elle ne pourrait pas seulement payer son appartement et ses domestiques avec ce qu'ils lui donnent. Ils ne lui disent pas qu'ils le savent, ils ont l'air de ne rien voir, et quand ils en ont assez ils s'en vont. S'ils ont la vanité de suffire à tout, ils se ruinent comme des sots et vont se faire tuer en Afrique après avoir laissé cent mille francs de dettes à Paris. Croyez-vous que la femme leur en soit reconnaîssante? Pas le moins du monde. Au contraire, elle dit qu'elle leur a sacrifié sa position et que pendant qu'elle était avec eux, elle perdait de l'argent. Ah! vous trouvez tous ces détails honteux, n'est-ce pas? ils sont vrais. Vous êtes un charmant garçon, que j'aime de tout mon cœur, je vis depuis vingt ans parmi les femmes entretenues, je sais ce qu'elles sont et ce qu'elles valent, et je ne voudrais pas vous voir prendre au sérieux le caprice qu'une jolie fille a pour vous.
"Then, besides that," continued Prudence; "admit that Marguerite loves you enough to give up the count or the duke, in case one of them were to discover your liaison and to tell her to choose between him and you, the sacrifice that she would make for you would be enormous, you can not deny it. What equal sacrifice could you make for her, on your part, and when you had got tired of her, what could you do to make up for what you had taken from her? Nothing. You would have cut her off from the world in which her fortune and her future were to be found; she would have given you her best years, and she would be forgotten. Either you would be an ordinary man, and, casting her past in her teeth, you would leave her, telling her that you were only doing like her other lovers, and you would abandon her to certain misery; or you would be an honest man, and, feeling bound to keep her by you, you would bring inevitable trouble upon yourself, for a liaison which is excusable in a young man, is no longer excusable in a man of middle age. It becomes an obstacle to every thing; it allows neither family nor ambition, man's second and last loves. Believe me, then, my friend, take things for what they are worth, and do not give a kept woman the right to call herself your creditor, no matter in what."Puis, outre cela, admettons, continua Prudence, que Marguerite vous aime assez pour renoncer au comte et au duc, dans le cas où celui-ci s'apercervrait de votre liaison et lui dirait de choisir entre vous et lui, le sacrifice qu'elle vous ferait serait énorme, c'est incontestable. Quel sacrifice égal pourriez-vous lui faire, vous? quand la satiété serait venue, quand vous n'en voudriez plus enfin, que feriez-vous pour la dédommager de ce que vous lui auriez fait perdre! Rien. Vous l'auriez isolée du monde dans lequel étaient sa fortune et son avenir, elle vous aurait donné ses plus belles années, et elle serait oubliée. Ou vous seriez un homme ordinaire, alors, lui jetant son passé à la face, vous lui diriez qu'en la quittant vous ne faites qu'agir comme ses autres amants, et vous l'abandonneriez à une misère certaine; ou vous seriez un honnête homme, et vous croyant forcé de la garder auprès de vous, vous vous livreriez vous-même à un malheur inévitable, car cette liaison, excusable chez le jeune homme, ne l'est plus chez l'homme mûr. Elle devient un obstacle à tout, elle ne permet ni la famille, ni l'ambition, ces secondes et dernières amours de l'homme. Croyez-m'en donc, mon ami, prenez les choses pour ce qu'elles valent, les femmes pour ce qu'elles sont, et ne donnez pas à une fille entretenue le droit de se dire votre créancière en quoi que ce soit.
It was well argued, with a logic of which I should have thought Prudence incapable. I had nothing to reply, except that she was right; I took her hand and thanked her for her counsels.C'était sagement raisonné et d'une logique dont j'aurais cru Prudence incapable. Je ne trouvai rien à lui répondre, sinon qu'elle avait raison; je lui donnai la main et la remerciai de ses conseils.
"Come, come," said she, "put these foolish theories to flight, and laugh over them. Life is pleasant, my dear fellow; it all depends on the colour of the glass through which one sees it. Ask your friend Gaston; there's a man who seems to me to understand love as I understand it. All that you need think of, unless you are quite a fool, is that close by there is a beautiful girl who is waiting impatiently for the man who is with her to go, thinking of you, keeping the whole night for you, and who loves you, I am certain. Now, come to the window with me, and let us watch for the count to go; he won't be long in leaving the coast clear."--Allons, allons, me dit-elle, chassez-moi ces mauvaises théories, et riez; la vie est charmante, mon cher, c'est selon le verre par lequel on la regarde. Tenez, consultez votre ami Gaston, en voilà un qui me fait l'effet de comprendre l'amour comme je le comprends. Ce dont il faut que vous soyez convaincu, sans quoi vous deviendrez un garçon insipide, c'est qu'il y a à côté d'ici une belle fille qui attend impatiemment que l'homme qui est chez elle s'en aille, qui pense à vous, qui vous garde sa nuit et qui vous aime, j'en suis certaine. Maintenant venez vous mettre à la fenêtre avec moi, et regardons partir le comte qui ne va pas tarder à nous laisser la place.
Prudence opened the window, and we leaned side by side over the balcony. She watched the few passers, I reflected. All that she had said buzzed in my head, and I could not help feeling that she was right; but the genuine love which I had for Marguerite had some difficulty in accommodating itself to such a belief. I sighed from time to time, at which Prudence turned, and shrugged her shoulders like a physician who has given up his patient.Prudence ouvrit une fenêtre, et nous nous accoudâmes à côté l'un de l'autre sur le balcon. Elle regardait les rares passants, moi je rêvais. Tout ce qu'elle m'avait dit me bourdonnait dans la tête, et je ne pouvais m'empêcher de convenir qu'elle avait raison; mais l'amour réel que j'avais pour Marguerite avait peine à s'accommoder de cette raison-là. Aussi poussais-je de temps en temps des soupirs qui faisaient retourner Prudence, et lui faisaient hausser les épaules comme un médecin qui désespère d'un malade.
"How one realizes the shortness of life," I said to myself, "by the rapidity of sensations! I have only known Marguerite for two days, she has only been my mistress since yesterday, and she has already so completely absorbed my thoughts, my heart, and my life that the visit of the Comte de G. is a misfortune for me.""Comme on s'apercoit que la vie doit être courte, disais-je en moi-même, par la rapidité des sensations! Je ne connais Marguerite que depuis deux jours, elle n'est ma maîtresse que depuis hier, et elle a déjà tellement envahi ma pensée, mon cœur et ma vie, que la visite de ce comte de G... est un malheur pour moi."
At last the count came out, got into his carriage and disappeared. Prudence closed the window. At the same instant Marguerite called to us:Enfin le comte sortit, remonta dans sa voiture et disparut. Prudence ferma sa fenêtre. Au même moment Marguerite nous appelait.
"Come at once," she said; "they are laying the table, and we'll have supper."--Venez vite, on met la table, disait-elle, nous allons souper.
When I entered, Marguerite ran to me, threw her arms around my neck and kissed me with all her might.Quand j'entrai chez elle, Marguerite courut à moi, me sauta au cou et m'embrassa de toutes ses forces.
"Are we still sulky?" she said to me.--Sommes-nous toujours maussade? me dit-elle.
"No, it is all over," replied Prudence. "I have given him a talking to, and he has promised to be reasonable."--Non, c'est fini, répondit Prudence, je lui ai fait de la morale, et il a promis d'être sage.
"Well and good."--A la bonne heure!
In spite of myself I glanced at the bed; it was not unmade. As for Marguerite, she was already in her white dressing-gown. We sat down to table.Malgré moi, je jetai les yeux sur le lit, il n'était pas défait: quant à Marguerite, elle était déjà en peignoir blanc. On se mit à table.
Charm, sweetness, spontaneity, Marguerite had them all, and I was forced from time to time to admit that I had no right to ask of her anything else; that many people would be very happy to be in my place; and that, like Virgil's shepherd, I had only to enjoy the pleasures that a god, or rather a goddess, set before me.Charme, douceur, expansion, Marguerite avait tout, et j'étais bien forcé de temps en temps de reconnaître que je n'avais pas le droit de lui demander autre chose; que bien des gens seraient heureux à ma place, et que, comme le berger de Virgne, je n'avais qu'à jour des loisirs qu'un dieu ou plutôt qu'une déesse me faisait.
I tried to put in practice the theories of Prudence, and to be as gay as my two companions; but what was natural in them was on my part an effort, and the nervous laughter, whose source they did not detect, was nearer to tears than to mirth.J'essayai de mettre en pratique les théories de Prudence et d'être aussi gai que mes deux compagnes; mais ce qui chez elles était nature, chez moi était effort, et le rire nerveux que j'avais, et auquel elles se trompèrent, touchait de bien près aux larmes.
At last the supper was over and I was alone with Marguerite. She sat down as usual on the hearthrug before the fire and gazed sadly into the flames. What was she thinking of? I know not. As for me, I looked at her with a mingling of love and terror, as I thought of all that I was ready to suffer for her sake.Enfin le souper cessa, et je restai seul avec Marguerite. Elle alla, comme elle en avait l'habitude, s'asseoir sur son tapis devant le feu et regarder d'un air triste la flamme du foyer. Elle songeait! A quoi? je l'ignore; moi, je la regardais avec amour et presque avec terreur en pensant à cee que j'étais prêt à souffrir pour elle.
"Do you know what I am thinking of?"--Sais-tu à quoi je pensais?
"No."--Non.
"Of a plan that has come into my head."--A une combinaison que j'ai trouvée.
"And what is this plan?"--Et quelle est cette combinaison?
"I can't tell you yet, but I can tell you what the result would be. The result would be that in a month I should be free, I should have no more debts, and we could go and spend the summer in the country."--Je ne puis pas encore te la confier, mais je puis te dire ce qui en résulterait. Il en résulterait que dans un mois d'ici je serais libre, je ne devrais plus rien, et nous irions passer ensemble l'été à la campagne.
"And you can't tell me by what means?"--Et vous ne pouvez pas me dire par quel moyen?
"No, only love me as I love you, and all will succeed."--Non, il faut seulement que tu m'aimes comme je t'aime, et tout réussira.
"And have you made this plan all by yourself?"--Et c'est vous seule qui avez trouvé cette combinaison?
"Yes."--Oui.
"And you will carry it out all by yourself?"--Et vous l'exécuterez seule?
"I alone shall have the trouble of it," said Marguerite, with a smile which I shall never forget, "but we shall both partake its benefits."--Moi seule aurai les ennuis, me dit Marguerite avec un sourire que je n'oublierai jamais, mais nous partagerons les bénéfices.
I could not help flushing at the word benefits; I thought of Manon Lescaut squandering with Desgrieux the money of M. de B.Je ne pus m'empêcher de rougir à ce mot de bénéfices; je me rappelai Manon Lascaut mangeant avec Desgrieux l'argent de M. de B...
I replied in a hard voice, rising from my seat:Je répondis d'un ton un peu dur et en me levant:
"You must permit me, my dear Marguerite, to share only the benefits of those enterprises which I have conceived and carried out myself."--Vous me permettez, ma chère Marguerite, de ne partager les bénéfices que des entreprises que je conçois et que j'exploite moi-même.
"What does that mean?"--Qu'est-ce que cela signifie?
"It means that I have a strong suspicion that M. de G. is to be your associate in this pretty plan, of which I can accept neither the cost nor the benefits."--Cela signifie que je soupçonne fort M. le comte de G... d'être votre associé dans cette heureuse combinaison dont je n'accepte ni les charges ni les bénéfices.
"What a child you are! I thought you loved me. I was mistaken; all right."--Vous êtes un enfant. Je croyais que vous m'aimiez, je me suis trompée, c'est bien.
She rose, opened the piano and began to play the "Invitation a la Valse", as far as the famous passage in the major which always stopped her. Was it through force of habit, or was it to remind me of the day when we first met? All I know is that the melody brought back that recollection, and, coming up to her, I took her head between my hands and kissed her. "You forgive me?" I said.Et, en même temps, elle se leva, ouvrit son piano et se remit à jouer l'Invitation à la valse, jusqu'à ce fameux passage en majeur qui l'arrêtait toujours. Était-ce par habitude, où pour me rappeler le jour où nous nous étions connus? Tout ce que je sais, c'est qu'avec cette mélodie les souvenirs me revinrent, et, ma'approchant d'elle, je lui pris la tête entre mes mains et l'embrassai. --Vous me pardonnez? lui dis-je.
"You see I do," she answered; "but observe that we are only at our second day, and already I have had to forgive you something. Is this how you keep your promise of blind obedience?"--Vous le voyez bien, me répondit-elle; mais remarquez que nous n'en sommes qu'au second jour, et que déjà j'ai quelque chose à vous pardonner. Vous tenez bien mal vos promesses d'obéissance aveugle.
"What can I do, Marguerite? I love you too much and I am jealous of the least of your thoughts. What you proposed to me just now made me frantic with delight, but the mystery in its carrying out hurts me dreadfully."--Que voulez-vous, Marguerite, je vous aime trop, et je suis jaloux de la moindre de vos pensées. Ce que vous m'avez proposé tout à l'heure me rendrait fou de joie, mais le mystère qui précède l'exécution de ce projet me serre le cœur.
"Come, let us reason it out," she said, taking both my hands and looking at me with a charming smile which it was impossible to resist, "You love me, do you not? and you would gladly spend two or three months alone with me in the country? I too should be glad of this solitude a deux, and not only glad of it, but my health requires it. I can not leave Paris for such a length of time without putting my affairs in order, and the affairs of a woman like me are always in great confusion; well, I have found a way to reconcile everything, my money affairs and my love for you; yes, for you, don't laugh; I am silly enough to love you! And here you are taking lordly airs and talking big words. Child, thrice child, only remember that I love you, and don't let anything disturb you. Now, is it agreed?"--Voyons, raissonons un peu, reprit-elle en me prenant les deux mains et en me regardant avec un charmant sourire auquel il m'était impossible de résister; vous m'aimez, n'est-ce pas, et vous seriez heureux de passer trois ou quatre mois à la campagne avec moi seule; mois aussi, je serais heureuse de cette solitude à deux, non seulement j'en serais heureuse, mais j'en ai besoin pour ma santé. Je ne puis quitter Paris pour un si long temps sans mettre ordre à mes affaires, et les affaires d'une femme comme moi sont toujours très embrouillées; eh bien, j'ai trouvé le moyen de tout concilier, mes affaires et mon amour pour vous, oui, pour vous, ne riez pas, j'ai la folie de vous aimer! et voilà que vous prenez vous grands airs et me dites des grands mots. Enfant, trois fois enfant, rappelez-vous seulement que je vous aime, et ne vous inquiétez de rien.--Est-ce convenu, voyons?
"I agree to all you wish, as you know."--Tout ce que vous voulez est convenu, vous le savez bien.
"Then, in less than a month's time we shall be in some village, walking by the river side, and drinking milk. Does it seem strange that Marguerite Gautier should speak to you like that? The fact is, my friend, that when this Paris life, which seems to make me so happy, doesn't burn me, it wearies me, and then I have sudden aspirations toward a calmer existence which might recall my childhood. One has always had a childhood, whatever one becomes. Don't be alarmed; I am not going to tell you that I am the daughter of a colonel on half-pay, and that I was brought up at Saint-Denis. I am a poor country girl, and six years ago I could not write my own name. You are relieved, aren't you? Why is it you are the first whom I have ever asked to share the joy of this desire of mine? I suppose because I feel that you love me for myself and not for yourself, while all the others have only loved me for themselves.--Alors, avant un mois, nous serons dans quelque village, à nous promener au bord de l'eau et à boire du lait. Cela vous semble étrange que je parle ainsi, moi, Marguerite Gautier; cela vient, mon ami, de ce que quand cette vie de Paris, qui semble me rendre si heureuse, ne me brûle pas, elle m'ennuie, et alors j'ai des aspirations soudaines vers une existence plus calme qui me rappellerait mon enfance. On a toujours eu une enfance, quoi que que l'on soit devenue. Oh! soyez tranquille, je ne vais pas vous dire que je suis la fille d'un colonel en retraite et que j'ai été élevée à Saint-Denis. Je suis une pauvre fille de la campagne, et je ne savais pas écrire mon nom il y a six ans. Vous voilà rassuré, n'est-ce pas? Pourquoi est-ce à vous le premier à qui je m'adresse pour partager la joie du désir qui m'est venu? Sans doute parce que j'ai reconnue que vous m'aimiez pour moi et non pour vous, tandis que les autres ne m'ont jamais aimée que pour eux.
"I have often been in the country, but never as I should like to go there. I count on you for this easy happiness; do not be unkind, let me have it. Say this to yourself: 'She will never live to be old, and I should some day be sorry for not having done for her the first thing she asked of me, such an easy thing to do!'"J'étais bien souvent à la compagne, mais jamais comme j'aurais voulu y aller. C'est sur vous que je compte pour ce bonheur facile, ne soyez donc pas méchant et accordez-le-moi. Dites-vous ceci: Elle ne doit pas vivre vieille, et je me repentirais un jour de n'avoir pas fait pour elle la première chose qu'elle m'a demandée, et qu'il était si facile de faire.
What could I reply to such words, especially with the memory of a first night of love, and in the expectation of a second?Que répondre à de pareilles paroles, surtout avec le souvenir d'une première nuit d'amour, et dans l'attente d'une seconde?
An hour later I held Marguerite in my arms, and, if she had asked me to commit a crime, I would have obeyed her.Une heure après, je tenais Marguerite dans mes bras, et elle m'eût demandé de commettre un crime que je lui eusse obéi.
At six in the morning I left her, and before leaving her I said: "Till to-night!" She kissed me more warmly than ever, but said nothing.A six heures du matin je partis, et avant de partir je lui dis: --A ce soir? Elle m'embrassa plus fort, mais elle ne me répondit pas.
During the day I received a note containing these words:Dans la journée, je reçus une lettre qui contenait ces mots:
"DEAR CHILD: I am not very well, and the doctor has ordered quiet. I shall go to bed early to-night and shall not see you. But, to make up, I shall expect you to-morrow at twelve. I love you.""Cher enfant, je suis un peu souffrante, et le médecin m'ordonne le repos. Je me coucherai de bonne heure ce soir et ne vous verrai pas. Mais, pour vous récompenser, je vous attendrai demain à midi. Je vous aime."
My first thought was: She is deceiving me!Mon premier mot fut: Elle me trompe!
A cold sweat broke out on my forehead, for I already loved this woman too much not to be overwhelmed by the suspicion. And yet, I was bound to expect such a thing almost any day with Marguerite, and it had happened to me often enough with my other mistresses, without my taking much notice of it. What was the meaning of the hold which this woman had taken upon my life?Une sueur glacée passa sur mon front, car j'aimais déjà trop cette femme pour que ce soupçon ne me bouleversât point. Et cependant je devais m'attendre à cet événement presque tous les jours avec Marguerite, et cela m'était arrivé souvent avec mes autres maîtresses, sans que je n'en préoccupasse fort. D'où venait donc l'empire que cette femme prenait sur ma vie?
Then it occurred to me, since I had the key, to go and see her as usual. In this way I should soon know the truth, and if I found a man there I would strike him in the face.Alors je songeai, puisque j'avais la clef de chez elle, à aller la voir comme de coutume. De cette façon je saurais bien vite la vérité, et si je trouvais un homme, je le souffletterais.
Meanwhile I went to the Champs-Elysees. I waited there four hours. She did not appear. At night I went into all the theatres where she was accustomed to go. She was in none of them.En attendant j'allai aux Champs-Élysées. J'y restai quatre heures. Elle ne parut pas. Le soir, j'entrai dans tous les théâtres où elle avait l'habitude d'aller. Elle n'était dans aucun.
At eleven o'clock I went to the Rue d'Antin. There was no light in Marguerite's windows. All the same, I rang. The porter asked me where I was going.A onze heures, je me rendis rue d'Antin. Il n'y avait pas de lumière aux fenêtres de Marguerite. Je sonnai néanmoins. Le portier me demanda où j'allais.
"To Mlle. Gautier's," I said.--Chez mademoiselle Gautier, lui dis-je.
"She has not come in."--Elle n'est pas rentrée.
"I will go up and wait for her."--Je vais monter l'attendre.
"There is no one there."--Il n'y a personne chez elle.
Evidently I could get in, since I had the key, but, fearing foolish scandal, I went away. Only I did not return home; I could not leave the street, and I never took my eyes off Marguerite's house. It seemed to me that there was still something to be found out, or at least that my suspicions were about to be confirmed.Évidemment c'était là une consigne que je pouvais forcer puisque j'avais la clef, mais je craignis un esclandre ridicule, et je sortis. Seulement, je ne rentrai pas chez moi, je ne pouvais quitter la rue, et ne perdais pas des yeux la maison de Marguerite. Il me semblait que j'avais encore quelque chose à apprendre, ou du moins que mes soupçons allaient se confirmer.
About midnight a carriage that I knew well stopped before No. 9. The Comte de G. got down and entered the house, after sending away the carriage. For a moment I hoped that the same answer would be given to him as to me, and that I should see him come out; but at four o'clock in the morning I was still awaiting him.Vers minuit, un coupé que je connaissais bien s'arrêta vers le numéro 9. Le comte de G... en descendit et entra dans la maison, après avoir congédié sa voiture. Un moment j'espérai que, comme à moi, on allait lui dire que Marguerite n'était pas chez elle, et que j'allais le voir sortir; mais à quatre heures du matin j'attendais encore.
I have suffered deeply during these last three weeks, but that is nothing, I think, in comparison with what I suffered that night.J'ai bien souffert depuis trois semaines, mais ce n'est rien, je crois, en comparaison de ce que je souffris cette nuit-là.
Chapter 1414
When I reached home I began to cry like a child. There is no man to whom a woman has not been unfaithful, once at least, and who will not know what I suffered.Rentré chez moi, je me mis à pleurer comme un enfant. Il n'y a pas d'homme qui n'ait été trompé au moins une fois, et qui ne sache ce que l'on souffre.
I said to myself, under the weight of these feverish resolutions which one always feels as if one had the force to carry out, that I must break with my amour at once, and I waited impatiently for daylight in order to set out forthwith to rejoin my father and my sister, of whose love at least I was certain, and certain that that love would never be betrayed.Je me dis, sous le poids de ces résolutions de la fièvre que l'on croit toujours avoir la force de tenir, qu'il fallait rompre immédiatement avec cet amour, et j'attendis le jour avec impatience pour aller retenir ma place, retourner auprès de mon père et de ma sœur, double mon amour dont j'étais certain, et qui ne me tromperait pas, lui.
However, I did not wish to go away without letting Marguerite know why I went. Only a man who really cares no more for his mistress leaves her without writing to her. I made and remade twenty letters in my head. I had had to do with a woman like all other women of the kind. I had been poetizing too much. She had treated me like a school-boy, she had used in deceiving me a trick which was insultingly simple. My self-esteem got the upper hand. I must leave this woman without giving her the satisfaction of knowing that she had made me suffer, and this is what I wrote to her in my most elegant handwriting and with tears of rage and sorrow in my eyes:Cependant je ne voulais pas partir sans que Marguerite sût bien pourquoi je partais. Seul, un homme qui n'aime décidément plus sa maîtresse la quitte sans lui écrire. Je tis et refis vingt lettres dans ma tête. J'avais eu affaire à une fille semblable à toutes les filles entretenues, je l'avais beaucoup trop poétisée, elle m'avait traité en écolier, en employant, pour me tromper, une ruse d'une simplicité insultante, c'était clair. Mon amour-propre prit alors le dessus. Il fallait quitter cette femme sans lui donner la satisfaction de savoir ce que cette rupture me faisait souffrir, et voici ce que je lui écrivis de mon écriture la plus élégante, et des larmes de rage et de douleur dans les yeux:
"MY DEAR MARGUERITE: I hope that your indisposition yesterday was not serious. I came, at eleven at night, to ask after you, and was told that you had not come in. M. de G. was more fortunate, for he presented himself shortly afterward, and at four in the morning he had not left."Ma chère Marguerite, "J'espère que votre indisposition d'hier aura été peu de chose. J'ai été à onze heures du soir, demander de vos nouvelles, et l'on m'a répondu que vous n'étiez pas rentrée. M. de G... a été plus heureux que moi, car il s'est présenté quelques instants après, et à quatre heures du matin il était encore chez vous.
"Forgive me for the few tedious hours that I have given you, and be assured that I shall never forget the happy moments which I owe to you.Pardonnez-moi les quelques heures ennuyeuses que je vous ai fait passer, et soyez sûre que je n'oublierai jamais les moments heureux que je vous dois.
"I should have called to-day to ask after you, but I intend going back to my father's.Je serais bien allé savoir de vos nouvelles aujourd'hui, mais je compte retourner près de mon père.
"Good-bye, my dear Marguerite. I am not rich enough to love you as I would nor poor enough to love you as you would. Let us then forget, you a name which must be indifferent enough to you, I a happiness which has become impossible.Adieu, ma chère Marguerite; je ne suis ni assez riche pour vous aimer comme je le voudrais, ni assez pauvre pour vous aimer comme vous le voudriez. Oublions donc, vous, un nom qui doit vous être à peu près indifférent, moi, un bonheur qui me devient impossible.
"I send back your key, which I have never used, and which might be useful to you, if you are often ill as you were yesterday."Je vous renvoie votre clef, qui ne m'a jamais servi et qui pourra vous être utile, si vous êtes souvent malade comme vous l'étiez hier."
As you will see, I was unable to end my letter without a touch of impertinent irony, which proved how much in love I still was.Vous le voyez, je n'avais pas eu la force de finir cette lettre sans une impertinente ironie, ce qui prouvait combien j'étais encore amoureux.
I read and reread this letter ten times over; then the thought of the pain it would give to Marguerite calmed me a little. I tried to persuade myself of the feelings which it professed; and when my servant came to my room at eight o'clock, I gave it to him and told him to take it at once.Je lus et relus dix fois cette lettre, et l'idée qu'elle ferait de la peine à Marguerite me calma un peu. J'essayai de m'enhardir dans les sentiments qu'elle affectait, et quand, à huit heures, mon domestique entre chez moi, je la lui remis pour qu'il la portât tout de suite.
"Shall I wait for an answer?" asked Joseph (my servant, like all servants, was called Joseph).--Faudra-t-il attendre une réponse? me demanda Joseph (mon domestique s'appelait Joseph, comme tous les domestiques).
"If they ask whether there is a reply, you will say that you don't know, and wait."--Si l'lon vous demande s'il y a une réponse, vous direz que vous n'en savez rien et vous attendrez.
I buoyed myself up with the hope that she would reply. Poor, feeble creatures that we are! All the time that my servant was away I was in a state of extreme agitation. At one moment I would recall how Marguerite had given herself to me, and ask myself by what right I wrote her an impertinent letter, when she could reply that it was not M. de G. who supplanted me, but I who had supplanted M. de G.: a mode of reasoning which permits many women to have many lovers. At another moment I would recall her promises, and endeavour to convince myself that my letter was only too gentle, and that there were not expressions forcible enough to punish a woman who laughed at a love like mine. Then I said to myself that I should have done better not to have written to her, but to have gone to see her, and that then I should have had the pleasure of seeing the tears that she would shed. Finally, I asked myself what she would reply to me; already prepared to believe whatever excuse she made.Je me rattachais à cette espérance qu'elle allait me répondre. Pauvres et faibles que nous sommes! Tout le temps que mon domestique resta dehors, je fus dans une agitation extrème. Tantôt me rappelant comment Marguerite s'était donnée à moi, je me demandais de quel droit je lui écrivais une lettre impertinente, quand elle pouvait me répondre que ce n'était pas M. de G... qui me trompait, mais moi qui trompais M. de G...; raisonnement qui permet à bien des femmes d'avoir plusieurs amants. Tantôt, me rappelant les serments de cette fille, je voulais me convaincre que ma lettre était trop douce encore et qu'il n'y avait pas d'expressions assez fortes pour flétrir une femme qui se riait d'un amour aussi sincère que le mien. Puis, je me disais que j'aurais mieux fait de ne pas lui écrire, d'aller chez elle dans la journée, et que, de cette façon, j'aurais joui des larmes que je lui aurais fait répandre. Enfin, je me demandais ce qu'elle allait me répondre, déjà prêt à croire l'excuse qu'elle me donnerait.
Joseph returned.Joseph revint.
"Well?" I said to him.--Eh bien? lui dis-je.
"Sir," said he, "madame was not up, and still asleep, but as soon as she rings the letter will be taken to her, and if there is any reply it will be sent."--Monsieur, me répondit-il, madame était couchée et dormait encore, mais dès qu'elle sonnera, on lui remettra la lettre, et s'il y a une réponse on l'apportera.
She was asleep!Elle dormait!
Twenty times I was on the point of sending to get the letter back, but every time I said to myself: "Perhaps she will have got it already, and it would look as if I have repented of sending it."Vingt fois je fus sur le point de renvoyer chercher cette lettre, mais je me disais toujours: --On la lui a peut-être déjà remise, et j'aurais l'air de me repentir.
As the hour at which it seemed likely that she would reply came nearer, I regretted more and more that I had written. The clock struck, ten, eleven, twelve. At twelve I was on the point of keeping the appointment as if nothing had happened. In the end I could see no way out of the circle of fire which closed upon me.Plus l'heure à laquelle il était vraisemblable qu'elle me répondit approchait, plus je regrettais d'avoir écrit. Dix heures, onze heures, midi sonnèrent. A midi, je fus au moment d'aller au rendez-vous, comme si rien ne s'était passé. Enfin, je ne savais qu'imaginer pour sortir du cercle de fer qui m'étreignait.
Then I began to believe, with the superstition which people have when they are waiting, that if I went out for a little while, I should find an answer when I got back. I went out under the pretext of going to lunch.Alors, je crus, avec cette superstition des gens qui attendent, que, si je sortais un peu, à mon retour je trouverais une réponse. Les réponses impatiemment attendues arrivent toujours quand on n'est pas chez soi. Je sortis sous prétexte d'aller déjeuner.
Instead of lunching at the Cafe Foy, at the corner of the Boulevard, as I usually did, I preferred to go to the Palais Royal and so pass through the Rue d'Antin. Every time that I saw a woman at a distance, I fancied it was Nanine bringing me an answer. I passed through the Rue d'Antin without even coming across a commissionaire. I went to Very's in the Palais Royal. The waiter gave me something to eat, or rather served up to me whatever he liked, for I ate nothing. In spite of myself, my eyes were constantly fixed on the clock. I returned home, certain that I should find a letter from Marguerite.Au lieu de déjeuner au café Foy, au coin de boulevard, comme j'avais l'habitude de le faire, je préférai aller déjeuner au Palais-Royal et passer par la rue d'Antin. Chaque fois que de loin j'apercevais une femme, je croyais voir Nanine m'apportant une réponse. Je passais rue d'Antin sans avoir même rencontré un commissionnaire. J'arrivai au Palais-Royal, j'entrai chez Véry. Le garçon me fit manger ou plutôt me servit ce qu'il voulut, car je ne mangeai pas. Malgré moi, mes yeux se fixaient toujours sur la pendule. Je rentrai, convaincu que j'allais trouver une lettre de Marguerite.
The porter had received nothing, but I still hoped in my servant. He had seen no one since I went out.Le portier n'avait rien reçu. J'espérais encore dans mon domestique. Celui-ci n'avait vu personne depuis mon départ.
If Marguerite had been going to answer me she would have answered long before.Si Marguerite avait dû me répondre, elle m'eût répondu depuis longtemps.
Then I began to regret the terms of my letter; I should have said absolutely nothing, and that would undoubtedly have aroused her suspicions, for, finding that I did not keep my appointment, she would have inquired the reason of my absence, and only then I should have given it to her. Thus, she would have had to exculpate herself, and what I wanted was for her to exculpate herself. I already realized that I should have believed whatever reasons she had given me, and anything was better than not to see her again.Alors, je me mis à regretter les termes de ma lettre; j'aurais dû me taire complétement, ce qui eut sans doute fait faire une démarche à son inquiétude; car, ne me voyant pas venir au rendez-vous la veille, elle m'eût demandé les raisons de mon absence, et alors seulement j'eusse dû les lui donner. De cette façon, elle n'eût pu faire autrement que de se disculper, et ce que je voulais, c'était qu'elle se disculpât. Je sentais déjà que quelques raisons qu'elle m'eût objectées, je les aurais crues, et que j'aurais mieux tout aimé que de ne plus la voir.
At last I began to believe that she would come to see me herself; but hour followed hour, and she did not come.J'en arrivai à croire qu'elle avait venir elle-même chez moi, mais les heures se passèrent et elle ne vint pas.
Decidedly Marguerite was not like other women, for there are few who would have received such a letter as I had just written without answering it at all.Décidément, Marguerite n'était pas comme toutes les femmes, car il y en a bien peu qui, en recevant une lettre semblable à celle que je venais d'écrire, ne répondent pas quelque chose.
At five, I hastened to the Champs-Elysees. "If I meet her," I thought, "I will put on an indifferent air, and she will be convinced that I no longer think about her."A cinq heures, je courus aux Champs-Élysées. --Si je la rencontre, pensais-je, j'affecterai un air indifférent, et elle sera convaincue que je ne songe déjà plus à elle.
As I turned the corner of the Rue Royale, I saw her pass in her carriage. The meeting was so sudden that I turned pale. I do not know if she saw my emotion; as for me, I was so agitated that I saw nothing but the carriage.Au tournant de la rue Royale, je la vis passer dans sa voiture; la rencontre fut si brusque que je pâlis. J'ignore si elle vit mon émotion; moi, j'étais si troublé que je ne vis que sa voiture.
I did not go any farther in the direction of the Champs-Elysees. I looked at the advertisements of the theatres, for I had still a chance of seeing her. There was a first night at the Palais Royal. Marguerite was sure to be there. I was at the theatre by seven. The boxes filled one after another, but Marguerite was not there. I left the Palais Royal and went to all the theatres where she was most often to be seen: to the Vaudeville, the Varietes, the Opera Comique. She was nowhere.Je ne continuai pas ma promenade aux Champs-Élysées. Je regardai les affiches des théâtres, car j'avais encore une chance de la voir. Il y avait une première représentation au Palais-Royale. Marguerite devait évidemment y assister. J'étais au théâtre à sept heures. Toutes les loges s'emplirent, mais Marguerite ne parut pas. Alors, je quittai le Palais-Royale, et j'entrai dans tous les théâtres où elle allait le plus souvent, au Vaudeville, aux Variétés, à l'Opéra-Comique. Elle n'était nulle part.
Either my letter had troubled her too much for her to care to go to the theatre, or she feared to come across me, and so wished to avoid an explanation. So my vanity was whispering to me on the boulevards, when I met Gaston, who asked me where I had been.Ou ma lettre lui avait fait trop de peine pour qu'elle s'occupât de spectacle, ou elle craignait de se trouver avec moi, et voulait éviter une explication. Voilà ce que ma vanité me soufflait sur le boulevard, quand je rencontrai Gaston que me demanda d'où je venais.
"At the Palais Royal."--Du Palais-Royal.
"And I at the Opera," said he; "I expected to see you there."--Et moi de l'Opéra, me dit-il; je croyais même vous y voir.
"Why?"--Pourquoi?
"Because Marguerite was there."--Parce que Marguerite y était.
"Ah, she was there?"--Ah! elle y était?
"Yes.--Oui.
"Alone?"--Seule?
"No; with another woman."--Non, avec une de ses amies.
"That all?"--Voilà tout?
"The Comte de G. came to her box for an instant; but she went off with the duke. I expected to see you every moment, for there was a stall at my side which remained empty the whole evening, and I was sure you had taken it."--Le comte de G... est venu un instant dans sa loge; mais elle s'en est allée avec le duc. A chaque instant je croyais vous voir paraître. Il y avait à côté de moi une stalle qui est restée vide toute la soirée, et j'étais convaincu qu'elle était louée par vous.
"But why should I go where Marguerite goes?"--Mais pourquoi irais-je où Marguerite va?
"Because you are her lover, surely!"--Parce que vous êtes son amant, pardieu!
"Who told you that?"--Et qui vous a dit cela?
"Prudence, whom I met yesterday. I give you my congratulations, my dear fellow; she is a charming mistress, and it isn't everybody who has the chance. Stick to her; she will do you credit."--Prudence, que j'ai rencontrée hier. Je vous en félicite, mon cher; c'est une jolie maîtresse que n'a pas qui veut. Gardez-la, elle vous fera honneur.
These simple reflections of Gaston showed me how absurd had been my susceptibilities. If I had only met him the night before and he had spoken to me like that, I should certainly not have written the foolish letter which I had written.Cette simple réflexion de Gaston me montra combien mes susceptibilites étaient ridicules. Si je l'avais rencontré la veille et qu'il m'eût parlé ainsi, je n'eusse certainement pas écrit la sotte lettre du matin.
I was on the point of calling on Prudence, and of sending her to tell Marguerite that I wanted to speak to her; but I feared that she would revenge herself on me by saying that she could not see me, and I returned home, after passing through the Rue d'Antin. Again I asked my porter if there was a letter for me. Nothing! She is waiting to see if I shall take some fresh step, and if I retract my letter of to-day, I said to myself as I went to bed; but, seeing that I do not write, she will write to me to-morrow.Je fus au moment d'aller chez Prudence et de l'envoyer dire à Marguerite que j'avais à lui parler; mais je craignais que pour se venger elle ne me répondît qu'elle ne pouvait pas me recevoir, et je rentrai chez moi après être passé par la rue d'Antin. Je demandai de nouveau à mon portier s'il avait une lettre pour moi. Rien! Elle aura voulu voir si je ferais quelque nouvelle démarche et si je rétracterais ma lettre aujourd'hui, me dis-je en me couchant, mais voyant que je ne lui écris pas, elle m'écrira demain.
That night, more than ever, I reproached myself for what I had done. I was alone, unable to sleep, devoured by restlessness and jealousy, when by simply letting things take their natural course I should have been with Marguerite, hearing the delicious words which I had heard only twice, and which made my ears burn in my solitude.Ce soir-là, surtout je me repentis de ce que j'avais fait. J'étais seul chez moi, ne pouvant dormir, dévoré d'inquiètude et de jalousie quand en laissant suivre aux choses leur véritable cours, j'aurais dû être auprès de Marguerite et m'entendre dire les mots charmants que je n'avais entendus que deux fois, et qui me brûlaient les oreilles dans ma solitude.
The most frightful part of the situation was that my judgment was against me; as a matter of fact, everything went to prove that Marguerite loved me. First, her proposal to spend the summer with me in the country, then the certainty that there was no reason why she should be my mistress, since my income was insufficient for her needs and even for her caprices. There could not then have been on her part anything but the hope of finding in me a sincere affection, able to give her rest from the mercenary loves in whose midst she lived; and on the very second day I had destroyed this hope, and paid by impertinent irony for the love which I had accepted during two nights. What I had done was therefore not merely ridiculous, it was indelicate. I had not even paid the woman, that I might have some right to find fault with her; withdrawing after two days, was I not like a parasite of love, afraid of having to pay the bill of the banquet? What! I had only known Marguerite for thirty-six hours; I had been her lover for only twenty-four; and instead of being too happy that she should grant me all that she did, I wanted to have her all to myself, and to make her sever at one stroke all her past relations which were the revenue of her future. What had I to reproach in her? Nothing. She had written to say she was unwell, when she might have said to me quite crudely, with the hideous frankness of certain women, that she had to see a lover; and, instead of believing her letter, instead of going to any street in Paris except the Rue d'Antin, instead of spending the evening with my friends, and presenting myself next day at the appointed hour, I was acting the Othello, spying upon her, and thinking to punish her by seeing her no more. But, on the contrary, she ought to be enchanted at this separation. She ought to find me supremely foolish, and her silence was not even that of rancour; it was contempt.Ce qu'il y avait d'affreux dans ma situation, c'est que le raisonnement me donnait tort; en effet, tout me disait que Marguerite m'aimait. D'abord, ce projet de passer un été avec moi seul à la campagne, puis cette certitude que rien ne la forçait à être ma maîtresse, puisque ma fortune était insuffisante à ses besoins et même à ses caprices. Il n'y avait donc eu chez elle que l'espérance de trouver en moi une affection sincère, capable de la reposer des amours mercenaires au milieu desquelles elle vivait, et dès le second jour je détruisais cette espérance, et je payais en ironie impertinente l'amour accepté pendant deux nuits. Ce que je faisais était donc plus que ridicule, c'était indélicat. Avais-je seulement payé cette femme, pour avoir le droit de blâmer sa vie, et n'avais-je pas l'air, en me retirant dès le second jour, d'un parasite d'amour qui craint qu'on ne lui donne la carte de son dîner? Comment! il y avait trente-six heures que je connaissais Marguerite; il y en avait vingt-quatre que j'étais son amant, et je faisais le susceptible; et au lieu de me trouver trop heureux qu'elle partageât pour moi, je voulais avoir tout à moi seul, et la contraindre à briser d'un coup les relations de son passé qui étaient les revenus de son avenir. Qu'avais-je à lui reprocher? Rien. Elle m'avait écrit qu'elle était souffrante, quand elle eût pu me dire tout crûment, avec la hideuse franchise de certaines femmes, qu'elle avait un amant à recevoir; et au lieu de croire à sa lettre, au lieu d'aller me promener dans toutes les rues de Paris, excepté dans la rue d'Antin; au lieu de passer ma soirée avec mes amis et de me présenter le lendemain à l'heure qu'elle m'indiquait, je faisais l'Othello, je l'espionnais, et je croyais la punir en ne la voyant plus. Mais elle devait être enchantée au contraire de cette séparation; mais elle devait me trouver souverainement sot, et son silence n'était pas même de la rancune; c'était du dédain.
I might have made Marguerite a present which would leave no doubt as to my generosity and permit me to feel properly quits of her, as of a kept woman, but I should have felt that I was offending by the least appearance of trafficking, if not the love which she had for me, at all events the love which I had for her, and since this love was so pure that it could admit no division, it could not pay by a present, however generous, the happiness that it had received, however short that happiness had been.J'aurais dû alors faire à Marguerite un cadeau qui ne lui laissât aucun doute sur ma générosité, et qui m'eût permis, la traitant comme une fille entretenue, de me croire quitte avec elle; mais j'eusse cru offenser par la moindre apparence de trafic, sinon l'amour qu'elle avait pour moi, du moins l'amour que j'avais pour elle, et puisque cet amour était si pur qu'il n'admettait pas le partage, il ne pouvait payer par un présent, si beau qu'il fût, le bonheur qu'on lui avait donné, si court qu'eût été ce bonheur.
That is what I said to myself all night long, and what I was every moment prepared to go and say to Marguerite. When the day dawned I was still sleepless. I was in a fever. I could think of nothing but Marguerite.Voilà ce que je me répetais la nuit, et ce qu'à chaque instant j'étais prêt à aller dire à Marguerite. Quand le jour parut, je ne dormais pas encore, j'avais la fièvre; il m'était impossible de penser à autre chose qu'à Marguerite.
As you can imagine, it was time to take a decided step, and finish either with the woman or with one's scruples, if, that is, she would still be willing to see me. But you know well, one is always slow in taking a decided step; so, unable to remain within doors and not daring to call on Marguerite, I made one attempt in her direction, an attempt that I could always look upon as a mere chance if it succeeded.Comme vous le comprenez, il fallait prendre un parti décisif, et en finir avec la femme ou avec mes scruples, si toutefois elle consentait encore à me recevoir. Mais, vous le savez, on retarde toujours un parti décisif: aussi, ne pouvant rester chez moi, n'osant me présenter chez Marguerite, j'essayai un moyen de me rapprocher d'elle, moyen que mon amour-propre pourrait mettre sur le compte du hasard, dans le cas où il réussirait.
It was nine o'clock, and I went at once to call upon Prudence, who asked to what she owed this early visit. I dared not tell her frankly what brought me. I replied that I had gone out early in order to reserve a place in the diligence for C., where my father lived.Il était neuf heures; je courus chez Prudence, qui me demanda à quoi elle devait cette visite matinale. Je n'osais pas lui dire franchement ce qui m'amenait. Je lui répondis que j'étais sorti de bonne heure pour retenir une place à la diligence de C... où demeurait mon père.
"You are fortunate," she said, "in being able to get away from Paris in this fine weather."--Vous êtes bien heureux, me dit-elle, de pouvoir quitter Paris par ce beau temps-là.
I looked at Prudence, asking myself whether she was laughing at me, but her face was quite serious.Je regardai Prudence, me demandant si elle se moquait de moi. Mais son visage était sérieux.
"Shall you go and say good-bye to Marguerite?" she continued, as seriously as before.--Irez-vous dire adieu à Marguerite? reprit-elle toujours sérieusement.
"No."--Non.
"You are quite right."--Vous faites bien.
"You think so?"--Vous trouvez?
"Naturally. Since you have broken with her, why should you see her again?"--Naturellement. Puisque vous avez rompu avec elle, à quoi bon la revoir?
"You know it is broken off?"--Vous savez donc notre rupture?
"She showed me your letter."--Elle m'a montré votre lettre.
"What did she say about it?"--Et que vous a-t-elle dit?
"She said: 'My dear Prudence, your protege is not polite; one thinks such letters, one does not write them."'--Elle m'a dit: "Ma chère Prudence, votre protégé n'est pas poli: on pense ces lettres-là, mais on ne les écrit pas."
"In what tone did she say that?"--Et de quel ton vous a-t-elle dit cela?
"Laughingly," and she added: "He has had supper with me twice, and hasn't even called."--En riant et elle a ajouté: "Il a soupé deux fois chez moi, et il ne me fait même pas de visite de digestion."
That, then, was the effect produced by my letter and my jealousy. I was cruelly humiliated in the vanity of my affection.Voilà l'effet que ma lettre et mes jalousies avaient produit. Je fus cruellement humilié dans la vanité de mon amour.
"What did she do last night?"--Et qu'a-t-elle fait hier au soir?
"She went to the opera."--Elle est allée à l'Opéra.
"I know. And afterward?"--Je le sais. Et ensuite?
"She had supper at home."--Elle a soupé chez elle.
"Alone?"--Seule?
"With the Comte de G., I believe."--Avec le comte de G..., je crois.
So my breaking with her had not changed one of her habits. It is for such reasons as this that certain people say to you: Don't have anything more to do with the woman; she cares nothing about you.Ainsi ma rupture n'avait rien changé dans les habitudes de Marguerite. C'est pour ces circonstances-là que certaines gens vous disent: --Il fallait ne plus penser à cette femme qui ne vous aimait pas.
"Well, I am very glad to find that Marguerite does not put herself out for me," I said with a forced smile.--Allons, je suis bien aise de voir que Marguerite ne se désole pas pour moi, repris-je avec un sorire forcé.
"She has very good reason not to. You have done what you were bound to do. You have been more reasonable than she, for she was really in love with you; she did nothing but talk of you. I don't know what she would not have been capable of doing."--Et elle a grandement raison. Vous avez fait ce que vous deviez faire, vous avez été plus raisonnable qu'elle, car cette fille-là vous aimait, elle ne faisait que parler de vous, et aurait été capable de quelque folie.
"Why hasn't she answered me, if she was in love with me?"--Pourquoi ne m'a-t-elle pas répondu, puisqu'elle m'aime?
"Because she realizes she was mistaken in letting herself love you. Women sometimes allow you to be unfaithful to their love; they never allow you to wound their self-esteem; and one always wounds the self-esteem of a woman when, two days after one has become her lover, one leaves her, no matter for what reason. I know Marguerite; she would die sooner than reply."--Parce qu'elle a compris qu'elle avait tort de vous aimer. Puis les femmes permettent quelquefois qu'on trompe leur amour, jamais qu'on blesse leur amour-propre, et l'on blesse toujours l'amour-propre d'une femme quand, deux jours après qu'on est son amant, on la quitte, quelles que soient les raisons que l'on donne à cette rupture. Je connais Marguerite, elle mourrait plutôt que de vous répondre.
"What can I do, then?"--Que faut-il que je fasse alors?
"Nothing. She will forget you, you will forget her, and neither will have any reproach to make against the other."--Rien. Elle vous oubliera, vous oublierez, et vous n'aurez rien à vous reprocher l'un à l'autre.
"But if I write and ask her forgiveness?"--Mais si je lui écrivais pour lui demander pardon?
"Don't do that, for she would forgive you."--Gardez-vous-en bien, elle vous pardonnerait.
I could have flung my arms round Prudence's neck.Je fus sur le point de sauter au cou de Prudence.
A quarter of an hour later I was once more in my own quarters, and I wrote to Marguerite:Un quart d'heure après, j'étais rentré chez moi et j'écrivais à Marguerite:
"Some one, who repents of a letter that he wrote yesterday and who will leave Paris to-morrow if you do not forgive him, wishes to know at what hour he might lay his repentance at your feet."Quelqu'un qui se repent d'une lettre qu'il a écrite hier, qui partira demain si vous ne lui pardonnez, voulait savoir à quelle heure il pourra déposer son repentir à vos pieds.
"When can he find you alone? for, you know, confessions must be made without witnesses."Quand vous trouvera-t-il seule? car, vous le savez, les confessions doivent être faites san témoins."
I folded this kind of madrigal in prose, and sent it by Joseph, who handed it to Marguerite herself; she replied that she would send the answer later.Je pliai cette espèce de madrigal en prose, et je l'envoyai par Joseph, qui remit la lettre à Marguerite elle-même, laquelle lui répondit qu'elle répondrait plus tard.
I only went out to have a hasty dinner, and at eleven in the evening no reply had come. I made up my mind to endure it no longer, and to set out next day. In consequence of this resolution, and convinced that I should not sleep if I went to bed, I began to pack up my things.Je ne sortis qu'un instant pour aller dîner, et à onze heures du soir, je n'avais pas encore de réponse. Je résolus alors de ne pas souffrir plus longtemps et de partir le lendemain. En conséquence de cette résolution, convaincu que je ne m'endormirais pas si je me couchais, je me mis à faire mes malles.
Chapter 1515
It was hardly an hour after Joseph and I had begun preparing for my departure, when there was a violent ring at the door.Il y avait à peu près une heure que Joseph et moi nous préparions tout pour mon départ, lorsqu'on sonna violemment à ma porte.
"Shall I go to the door?" said Joseph.--Faut-il ouvrir? me dit Joseph.
"Go," I said, asking myself who it could be at such an hour, and not daring to believe that it was Marguerite.--Ouvrez, lui dis-je, me demandant qui pouvait venir à pareille heure chez moi, et n'osant croire que ce fût Marguerite.
"Sir," said Joseph coming back to me, "it is two ladies."--Monsieur, me dit Joseph en rentrant, ce sont deux dames.
"It is we, Armand," cried a voice that I recognised as that of Prudence.--C'est nous, Armand, me cria une voix que je reconnus pour celle de Prudence.
I came out of my room. Prudence was standing looking around the place; Marguerite, seated on the sofa, was meditating. I went to her, knelt down, took her two hands, and, deeply moved, said to her, "Pardon."Je sortis de ma chambre. Prudence, debout, regardait les quelques curiosités de mon salon; Marguerite, assise sur le canapé, réfléchissait. Quand j'entrai, j'allai à elle, je m'agenouillai, je lui pris les deux mains, et, tout ému, je lui dis: Pardon:
She kissed me on the forehead, and said:Elle m'embrassa au front et me dit:
"This is the third time that I have forgiven you."--Voilà déjà trois fois que je vous pardonne.
"I should have gone away to-morrow."--J'allais partir demain.
"How can my visit change your plans? I have not come to hinder you from leaving Paris. I have come because I had no time to answer you during the day, and I did not wish to let you think that I was angry with you. Prudence didn't want me to come; she said that I might be in the way."--En quoi ma visite peut-elle changer votre résolution? Je ne viens pas pour vous empêcher de quitter Paris. Je viens parce que je n'ai pas eu dans la journée le temps de vous répondre, et que je n'ai pas voulu vous laisser croire que je fusse fâchée contre vous. Encore Prudence ne voulait-elle pas que je vinesse; elle disait que je vous dérangerais peut-être.
"You in the way, Marguerite! But how?"--Vous, me déranger, vous Marguerite! et comment?
"Well, you might have had a woman here," said Prudence, "and it would hardly have been amusing for her to see two more arrive."--Dame! Vous pourviez avoir une femme chez vous, répondit Prudence, et cela n'aurait pas été amusant pour elle d'en voir arriver deux.
During this remark Marguerite looked at me attentively.Pendant cette observation de Prudence, Marguerite me regardait attentivement.
"My dear Prudence," I answered, "you do not know what you are saying."--Ma chère Prudence, répondis-je, vous ne savez pas ce que vous dites.
"What a nice place you've got!" Prudence went on. "May we see the bedroom?"--C'est qu'il est très gentil votre appartement, répliqua Prudence; peut-on voir la chambre à coucher!
"Yes."--Oui.
Prudence went into the bedroom, not so much to see it as to make up for the foolish thing which she had just said, and to leave Marguerite and me alone.Prudence passa dans ma chambre, moins pour la visiter que pour réparer la sottise qu'elle venait de dire, et nous laisser seuls, Marguerite et moi.
"Why did you bring Prudence?" I asked her.--Pourquoi avez-vous amené Prudence? lui dis-je alors.
"Because she was at the theatre with me, and because when I leave here I want to have some one to see me home."--Parce qu'elle était avec moi au spectacle, et qu'en partant d'ici je voulais avoir quelqu'un pour m'accompagner.
"Could not I do?"--N'étais-je pas là?
"Yes, but, besides not wishing to put you out, I was sure that if you came as far as my door you would want to come up, and as I could not let you, I did not wish to let you go away blaming me for saying 'No.'"--Oui; mais outre que je ne voulais pas vous déranger, j'étais bien sûre qu'en venant jusqu'à ma porte vous me demanderiez à monter chez moi, et, comme je ne pouvais pas vous l'accorder, je ne voulais pas que vous partissiez avec le droit de me reprocher un refus.
"And why could you not let me come up?"--Et pourquoi ne pouviez-vous pas me recevoir?
"Because I am watched, and the least suspicion might do me the greatest harm."--Parce que je suis très surveillée, et que le moindre soupçon pourrait me faire le plus grand tort.
"Is that really the only reason?"--Est-ce bien la seule raison?
"If there were any other, I would tell you; for we are not to have any secrets from one another now."--S'il y en avait une autre, je vous la dirais; nous n'en sommes plus à avoir des secrets l'un pour l'autre.
"Come, Marguerite, I am not going to take a roundabout way of saying what I really want to say. Honestly, do you care for me a little?"--Voyons, Marguerite, je ne veux pas prendre plusieurs chemins pour en arriver à ce que je veux vous dire. Franchement, m'aimez-vous un peu?
"A great deal."--Beaucoup.
"Then why did you deceive me?"--Alors, pourquoi m'avez-vous trompé?
"My friend, if I were the Duchess So and So, if I had two hundred thousand francs a year, and if I were your mistress and had another lover, you would have the right to ask me; but I am Mlle. Marguerite Gautier, I am forty thousand francs in debt, I have not a penny of my own, and I spend a hundred thousand francs a year. Your question becomes unnecessary and my answer useless."--Mon ami, si j'étais madame la duchesse telle ou telle, si j'avais deux cent mille livres de rente, que je fusse votre maîtresse et que j'eusse un autre amant que vous, vous auriez le droit de me demander pourquoi je vous trompe; mais je suis mademoiselle Marguerite Gautier, j'ai quarante mille francs de dettes, pas un sou de fortune, et je dépense cent mille francs par an, votre question devient oiseuse et ma réponse inutile.
"You are right," I said, letting my head sink on her knees; "but I love you madly."--C'est juste, dis-je en laissant tomber ma tête sur les genoux de Marguerite, mais moi je vous aime comme un fou.
"Well, my friend, you must either love me a little less or understand me a little better. Your letter gave me a great deal of pain. If I had been free, first of all I would not have seen the count the day before yesterday, or, if I had, I should have come and asked your forgiveness as you ask me now, and in future I should have had no other lover but you. I fancied for a moment that I might give myself that happiness for six months; you would not have it; you insisted on knowing the means. Well, good heavens, the means were easy enough to guess! In employing them I was making a greater sacrifice for you than you imagine. I might have said to you, 'I want twenty thousand francs'; you were in love with me and you would have found them, at the risk of reproaching me for it later on. I preferred to owe you nothing; you did not understand the scruple, for such it was. Those of us who are like me, when we have any heart at all, we give a meaning and a development to words and things unknown to other women; I repeat, then, that on the part of Marguerite Gautier the means which she used to pay her debts without asking you for the money necessary for it, was a scruple by which you ought to profit, without saying anything. If you had only met me to-day, you would be too delighted with what I promised you, and you would not question me as to what I did the day before yesterday. We are sometimes obliged to buy the satisfaction of our souls at the expense of our bodies, and we suffer still more, when, afterward, that satisfaction is denied us."--Eh bien, mon ami, il fallait m'aimer un peu moins ou me comprendre un peu mieux. Votre lettre m'a fait beaucoup de peine. Si j'avais été libre, d'abord je n'aurais pas reçu le comte avant-hier, ou, l'ayant reçu, je serais venue vous demander le pardon que vous me demandiez tout à l'heure, et je n'aurais pas à l'avenir d'autre amant que vous. J'ai cru un moment que je pourrais me donner ce bonheur-là pendant six mois; vous ne l'avez pas voulu; vous teniez à connaître les moyens étaient bien faciles à deviner. C'était un sacrifice plus grand que vous ne croyez que je faisais en les employant. J'aurais pu vous dire: j'ai besoin de vingt mille francs; vous étiez amoureux de moi, vous les eussiez trouvés, au risque de me les reprocher plus tard. J'ai mieux aimé ne rien vous devoir; vous n'avez pas compris cette délicatesse, car c'en est une. Nous autres, quand nous avons encore un peu de cœur, nous donnons aux mots et aux choses une extension et un développement inconnus aux autres femmes; je vous répète donc que de la part de Marguerite Gautier le moyen qu'elle trouvait de payer ses dettes sans vous demander l'argent nécessaire pour cela était une délicatesse dont vous devriez profiter sans rien dire. Si vous ne m'aviez connue qu'aujourd'hui, vous seriez trop heureux de ce que je vous promettrais, et vous ne me demanderiez pas ce que j'ai fait avant-hier. Nous sommes quelquefois forcées d'acheter une satisfaction pour notre âme aux dépens de notre corps, et nous souffrons bien davantage quand, après, cette satisfaction nous échappe.
I listened, and I gazed at Marguerite with admiration. When I thought that this marvellous creature, whose feet I had once longed to kiss, was willing to let me take my place in her thoughts, my part in her life, and that I was not yet content with what she gave me, I asked if man's desire has indeed limits when, satisfied as promptly as mine had been, it reached after something further.J'écoutais et je regardais Marguerite avec admiration. Quand je songeais que cette merveilleuse créature, dont j'eusse envié autrefois de baiser les pieds, consentait à me faire entrer pour quelque chose dans sa pensée, à me donner un rôle dans sa vie, et que je ne me contentais pas encore de ce qu'elle me donnait, je me demandais si le désir de l'homme a des bornes, quand, satisfait aussi promptement que le mien l'avait été, il tend encore à autre chose.
"Truly," she continued, "we poor creatures of chance have fantastic desires and inconceivable loves. We give ourselves now for one thing, now for another. There are men who ruin themselves without obtaining the least thing from us; there are others who obtain us for a bouquet of flowers. Our hearts have their caprices; it is their one distraction and their one excuse. I gave myself to you sooner than I ever did to any man, I swear to you; and do you know why? Because when you saw me spitting blood you took my hand; because you wept; because you are the only human being who has ever pitied me. I am going to say a mad thing to you: I once had a little dog who looked at me with a sad look when I coughed; that is the only creature I ever loved. When he died I cried more than when my mother died. It is true that for twelve years of her life she used to beat me. Well, I loved you all at once, as much as my dog. If men knew what they can have for a tear, they would be better loved and we should be less ruinous to them.--C'est vrai, reprit-elle; nous autres créatures du hasard, nous avons des désirs fantasques et des amours inconcevables. Nous nous donnons tantôt pour une chose, tantôt pour une autre. Il y a des gens qui se ruineraient sans rien obtenir de nous, il y en a d'autres qui nous ont avec un bouquet. Notre cœur a des caprices; c'est sa seule distraction et sa seule excuse. Je me suis donnée à toi plus vite qu'à aucun homme, je te le jure; pourquoi? parce que me voyant cracher le sang tu m'as pris la main, parce que tu as pleuré, parce que tu es la seule créature humaine qui ait bien voulu me plaindre. Je vais te dire une folie, mais j'avais autrefois un petit chien qui me regardait d'un air tout triste quand je toussais; c'est le seul être que j'aie aimé. Quand il est mort, j'ai plus pleuré qu'à la mort de ma mère. Il est vrai qu'elle m'avait battue pendant douze ans de sa vie. Eh bien, je t'ai aimé tout de suite autant que mon chien. Si les hommes savaient ce qu'on peut avoir avec une larme, ils seraient plus aimés et nous serions moins ruineuses.
"Your letter undeceived me; it showed me that you lacked the intelligence of the heart; it did you more harm with me than anything you could possibly have done. It was jealousy certainly, but ironical and impertinent jealousy. I was already feeling sad when I received your letter. I was looking forward to seeing you at twelve, to having lunch with you, and wiping out, by seeing you, a thought which was with me incessantly, and which, before I knew you, I had no difficulty in tolerating.Ta lettre t'a démenti, elle m'a révélé que tu n'avais pas toutes les intelligences du cœur, elle t'a fait plus de tort dans l'amour que j'avais pour toi que tout ce que tu aurais pu me faire. C'était de la jalousie, il est vrai, mais de la jalousie ironique et impertinente. J'étais déjà triste, quand j'ai reçu cette lettre, je comptais te voir à midi, déjeuner avec toi, effacer enfin par ta vue une incessante pensée que j'avais, et qu'avant de te connaître j'admettais sans effort.
"Then," continued Marguerite, "you were the only person before whom it seemed to me, from the first, that I could think and speak freely. All those who come about women like me have an interest in calculating their slightest words, in thinking of the consequences of their most insignificant actions. Naturally we have no friends. We have selfish lovers who spend their fortunes, riot on us, as they say, but on their own vanity. For these people we have to be merry when they are merry, well when they want to sup, sceptics like themselves. We are not allowed to have hearts, under penalty of being hooted down and of ruining our credit.Puis, continua Marguerite, tu étais la seule personne devant laquelle j'avais cru comprendre tout de suite que je pouvais penser et parler librement. Tous ceux qui entourent les filles comme moi ont intérêt à scruter leurs moindres paroles, à tirer une conséquence de leurs plus insignifiantes actions. Nous n'avons naturellement pas d'amis. Nous avons des amants égoïste qui dépensent leur fortune non pas pour nous, comme ils le disent, mais pour leur vanité. Pour ces gens-là, il faut que nous soyons gaies quand ils sont joyeux, bien portantes quand ils veulent souper, sceptiques comme ils le sont. Il nous est défendu d'avoir du cœur sous peine d'être huées, et de ruiner notre crédit.
"We no longer belong to ourselves. We are no longer beings, but things. We stand first in their self-esteem, last in their esteem. We have women who call themselves our friends, but they are friends like Prudence, women who were once kept and who have still the costly tastes that their age does not allow them to gratify. Then they become our friends, or rather our guests at table. Their friendship is carried to the point of servility, never to that of disinterestedness. Never do they give you advice which is not lucrative. It means little enough to them that we should have ten lovers extra, as long as they get dresses or a bracelet out of them, and that they can drive in our carriage from time to time or come to our box at the theatre. They have our last night's bouquets, and they borrow our shawls. They never render us a service, however slight, without seeing that they are paid twice its value. You yourself saw when Prudence brought me the six thousand francs that I had asked her to get from the duke, how she borrowed five hundred francs, which she will never pay me back, or which she will pay me in hats, which will never be taken out of their boxes.Nous ne nous appartenons plus. Nous ne sommes plus des êtres, mais des choses. Nous sommes les premières dans leur amour-propre, les dernières dans leur estime. Nous avons des amies, mais ce sont des amies comme Prudence, des femmes jadis entertenues qui ont encore des goûts de dépense que leur âge ne leur permet plus. Alors elles deviennent nos amies ou plutôt nos commensales. Leur amitié va jusqu'à la servitude, jamais jusqu'au désintéressement. Jamis elles ne vous donneront qu'un conseil lucratif. Peu leur importe que nous ayons dix amants de plus, pourvu qu'elles y gagnent des robes ou dun bracelet, et qu'elles puissent de temps en temps se promener dans notre voiture et venir au spectacle dans notre loge. Elles ont nos bouquets de la veille et nous empruntent nos cachemires. Elles ne nous rendent jamais un service, si petit qu'il soit, sans se le faire payer le double de ce qu'il vaut. Tu l'as vu toi-même le soir où Prudence m'a apporté six mille francs que je l'avais priée d'aller demander pour moi au duc, elle m'a emprunté cinq cents francs qu'elle ne me rendra jamais ou qu'elle me payera en chapeaux qui ne sortiront pas de leurs cartons.
"We can not, then, have, or rather I can not have more than one possible kind of happiness, and this is, sad as I sometimes am, suffering as I always am, to find a man superior enough not to ask questions about my life, and to be the lover of my impressions rather than of my body. Such a man I found in the duke; but the duke is old, and old age neither protects nor consoles. I thought I could accept the life which he offered me; but what would you have? I was dying of ennui, and if one is bound to be consumed, it is as well to throw oneself into the flames as to be asphyxiated with charcoal.Nous ne pouvons donc avoir, ou plutôt je ne pouvais donc avoir qu'un bonheur, c'était, triste comme je le suis quelquefois, souffrante comme je le suis toujours, de trouver un homme assez supérieure pour ne pas me demander compte de ma vie, et pour être l'amant de mes impressions bien plus que de mon corps. Cet homme, je l'avais trouvé dans le duc, mais le duc est vieux, et la vieilesse ne protège ni ne console. J'avais cru pouvoir accepter la vie qu'il me faisait; mais que veux-tu? je périssais d'ennui et pour faire tant que d'être consumée, autant se jeter dans un incendie que de s'asphyxier avec du charbon.
"Then I met you, young, ardent, happy, and I tried to make you the man I had longed for in my noisy solitude. What I loved in you was not the man who was, but the man who was going to be. You do not accept the position, you reject it as unworthy of you; you are an ordinary lover. Do like the others; pay me, and say no more about it."Alors, je t'ai rencontré, toi, jeune, ardent, heureux et j'ai essayé de faire de toi l'homme que j'avais appelé au milieu de ma bruyante solitude. Ce que j'aimais en toi, ce n'était pas l'homme qui était, mais celui qui devait être. Tu n'acceptes pas ce rôle, tu le rejettes comme indigne de toi, tu es un amant vulgaire; fais comme les autres, paye-moi et n'en parlons plus.
Marguerite, tired out with this long confession, threw herself back on the sofa, and to stifle a slight cough put up her handkerchief to her lips, and from that to her eyes.Marguerite, que cette longue confession avait fatiguée, se rejeta sur le dos du canapé, et pour éteindre un faible accès de toux, porta son mouchoir à ses lèvres et jusqu'à ses yeux.
"Pardon, pardon," I murmured. "I understood it all, but I wanted to have it from your own lips, my beloved Marguerite. Forget the rest and remember only one thing: that we belong to one another, that we are young, and that we love. Marguerite, do with me as you will; I am your slave, your dog, but in the name of heaven tear up the letter which I wrote to you and do not make me leave you to-morrow; it would kill me."--Pardon, pardon, murmurai-je, j'avais compris tout cela, mais je voulais te l'entendre dire, ma Marguerite adorée. Oublions le reste et ne nous souvenons que d'une chose: c'est que nous sommes l'un à l'autre, que nous sommes jeunes et que nous nous aimons. Marguerite, fais de moi tout ce que tu voudras, je suis ton esclave, ton chien; mais au nom du ciel déchire la lettre que je t'ai écrite et ne me laisse pas partir demain; j'en mourrais.
Marguerite drew the letter from her bosom, and handing it to me with a smile of infinite sweetness, said:Marguerite tira ma lettre du corsage de sa robe, et me la remettant, me dit avec un sourire d'une douceur ineffable:
"Here it is. I have brought it back."--Tiens, je te la rapportais.
I tore the letter into fragments and kissed with tears the hand that gave it to me.Je déchirai la lettre et je baisai avec des larmes la main qui me la rendait.
At this moment Prudence reappeared.En ce moment Prudence reparut.
"Look here, Prudence; do you know what he wants?" said Marguerite.--Dites donc, Prudence, savez-vous ce qu'il me demande? fit Marguerite.
"He wants you to forgive him."--Il vous demande pardon.
"Precisely."--Justement.
"And you do?"--Et vous pardonnez?
"One has to; but he wants more than that."--Il le faut bien, mais il veut encore autre chose.
"What, then?"--Quoi donc?
"He wants to have supper with us."--Il veut venir souper avec nous.
"And do you consent?"--Et vous y consentez?
"What do you think?"--Qu'en pensez-vous?
"I think that you are two children who haven't an atom of sense between you; but I also think that I am very hungry, and that the sooner you consent the sooner we shall have supper."--Je pense que vous êtes deux enfants, qui n'avez de tête ni l'un ni l'autre. Mais je pense aussi que j'ai très faim et que plus tôt vous consentirez, plus tôt nous souperons.
"Come," said Marguerite, "there is room for the three of us in my carriage." "By the way," she added, turning to me, "Nanine will be gone to bed. You must open the door; take my key, and try not to lose it again."--Allons, dit Marguerite, nous tiendrons trois dans ma voiture. Tenez, ajouta-t-elle en se tournant vers moi, Nanine sera couchée, vous ouvriez la porte, prenez ma clef, et tâchez de ne plus la perdre.
I embraced Marguerite until she was almost stifled.J'embrassai Marguerite à l'étouffer.
Thereupon Joseph entered.Joseph entra là-dessus.
"Sir," he said, with the air of a man who is very well satisfied with himself, "the luggage is packed."--Monsieur, me dit-il de l'air d'un homme enchanté de lui, les malles sont faites.
"All of it?"--Entièrement?
"Yes, sir."--Oui, monsieur.
"Well, then, unpack it again; I am not going."--Eh bien, défaites-les: je ne pars pas.
Chapter 1616
I might have told you of the beginning of this liaison in a few lines, but I wanted you to see every step by which we came, I to agree to whatever Marguerite wished, Marguerite to be unable to live apart from me.J'aurais pu, me dit Armand, vous raconter en quelques lignes les commencements de cette liaison, mais je voulais que vous vissiez bien par quels événements et par quelle gradation nous en sommes arrivés, moi à consentir à tout ce que voulait Marguerite, Marguerite, à ne plus pouvoir vivre qu'avec moi.
It was the day after the evening when she came to see me that I sent her Manon Lescaut.C'est le lendemain de la soirée où elle était venue me trouver que je lui envoyai Manon Lescaut.
From that time, seeing that I could not change my mistress's life, I changed my own. I wished above all not to leave myself time to think over the position I had accepted, for, in spite of myself, it was a great distress to me. Thus my life, generally so calm, assumed all at once an appearance of noise and disorder. Never believe, however disinterested the love of a kept woman may be, that it will cost one nothing. Nothing is so expensive as their caprices, flowers, boxes at the theatre, suppers, days in the country, which one can never refuse to one's mistress.A partir de ce moment, comme je ne pouvais changer la vie de ma maîtresse, je changeai la mienne. Je voulais avant toute chose ne pas laisser à mon esprit le temps de réfléchir sur le rôle que je venais d'accepter, car malgré moi, j'en eusse conçu une grande tristesse. Aussi ma vie, d'ordinaire si calme, revêtit-elle tout à coup une apparence de bruit et de désordre. N'allez pas croire que, si désintéressé qu'il soit, l'amour qu'une femme entretenue a pour vous ne coûte rien. Rien n'est cher comme les mille caprices de fleurs, de loges, de soupers, de parties de campagne qu'on ne peut jamais refuser à sa maîtresse.
As I have told you, I had little money. My father was, and still is, receveur general at C. He has a great reputation there for loyalty, thanks to which he was able to find the security which he needed in order to attain this position. It is worth forty thousand francs a year, and during the ten years that he has had it, he has paid off the security and put aside a dowry for my sister.Comme je vous l'ai dit, je n'avais pas de fortune. Mon père était et est encore receveur général à G... Il y a une grande réputation de loyauté, grâce à laquelle il a trouvé le cautionnement qu'il lui fallait déposer pour entre en fonction. Cette recette lui donne quarante mille francs par an, et depuis dix ans qu'il l'a, il a remboursé son cautionnement et s'est occupé de mettre de côté la dot de ma sœur.
My father is the most honourable man in the world. When my mother died, she left six thousand francs a year, which he divided between my sister and myself on the very day when he received his appointment; then, when I was twenty-one, he added to this little income an annual allowance of five thousand francs, assuring me that with eight thousand francs a year I might live very happily at Paris, if, in addition to this, I would make a position for myself either in law or medicine. I came to Paris, studied law, was called to the bar, and, like many other young men, put my diploma in my pocket, and let myself drift, as one so easily does in Paris. My expenses were very moderate; only I used up my year's income in eight months, and spent the four summer months with my father, which practically gave me twelve thousand francs a year, and, in addition, the reputation of a good son. For the rest, not a penny of debt.Mon père est l'homme le plus honorable qu'on puisse rencontrer. Ma mère, en mourant, a laissé six mille francs de rente qu'il a partagés entre ma sœur et moi le jour ou il a obtenu la charge qu'il sollicitait; puis, lorsque j'ai eu vingt et un ans, il a joint à ce petit revenu une pension annuelle de cinq mille francs, m'assurant qu'avec huit mille francs je pourrais être très heureux à Paris, si je voulais à côté de cette rente me créer une position soit dans le barreau soit dans la médecine. Je suis donc venu à Paris, j'ai fait mon droit, j'ai été reçu avocat, et comme beaucoup de jeunes gens, j'ai mis mon diplôme dans ma poche et me suis laissé aller un peu à la vie nonchalante de Paris. Mes dépenses étaient fort modestes; seulement je dépensais en huit mois mon revenu de l'année, et je passais les quatre mois d'été chez mon père, ce qui me faisait en somme douze mille livres de rente et me donnait la réputation d'un bon fils. Du reste pas un sou de dettes.
This, then, was my position when I made the acquaintance of Marguerite.Voilà où j'en étais quand je fis la connaissance de Marguerite.
You can well understand that, in spite of myself, my expenses soon increased. Marguerite's nature was very capricious, and, like so many women, she never regarded as a serious expense those thousand and one distractions which made up her life. So, wishing to spend as much time with me as possible, she would write to me in the morning that she would dine with me, not at home, but at some restaurant in Paris or in the country. I would call for her, and we would dine and go on to the theatre, often having supper as well; and by the end of the evening I had spent four or five louis, which came to two or three thousand francs a month, which reduced my year to three months and a half, and made it necessary for me either to go into debt or to leave Marguerite. I would have consented to anything except the latter.Vous comprenez que, malgré moi, mon train de vie augmenta. Marguerite était d'une nature fort capricieuse, et faisait partie de ces femmes qui n'ont jamais regardé comme une dépense sérieuse les mille distractions dont leur existence se compose. Il en résultait que, voulant passer avec moi le plus de temps possible, elle m'écrivait le matin qu'elle dînerait avec moi, non pas chez elle, mais chez quelque restaurateur, soit de Paris, soit de la campagne. J'allais la prendre, nous dînions, nous allions au spectacle, nous soupions souvent, et j'avais dépensé le soir quatre ou cinq louis, ce qui faisait deux mille cinq cents ou trois mille francs par mois, ce qui réduisait mon année à trois mois et demi, et me mettait dans la nécessité ou de faire des dettes, ou de quitter Marguerite. Or, j'acceptais tout, excepté cette dernière éventualité.
Forgive me if I give you all these details, but you will see that they were the cause of what was to follow. What I tell you is a true and simple story, and I leave to it all the naivete of its details and all the simplicity of its developments.Pardonnez-moi si je vous donne tous ces détails, mais vous verrez qu'il furent la cause des événements qui vont suivre. Ce que je vous raconte est une histoire vraie, simple, et à laquelle je laisse toute la naïveté des détails et toute la simplicité des dévloppements.
I realized then that as nothing in the world would make me forget my mistress, it was needful for me to find some way of meeting the expenses into which she drew me. Then, too, my love for her had so disturbing an influence upon me that every moment I spent away from Marguerite was like a year, and that I felt the need of consuming these moments in the fire of some sort of passion, and of living them so swiftly as not to know that I was living them.Je compris donc que, comme rien au monde n'aurait sur moi l'influence de me faire oublier ma maîtresse, il me fallait trouver un moyen de soutenir les dépenses qu'elle me faisait faire. --Puis, cet amour me bouleversait au point que tous les moments que je passais loin de Marguerite étaient des années, et que j'avais ressenti le besoin de brûler ces moments au feu d'une passion quelconque, et de les vivre tellement vite que je ne m'aperçusse pas que je les vivais.
I began by borrowing five or six thousand francs on my little capital, and with this I took to gambling. Since gambling houses were destroyed gambling goes on everywhere. Formerly, when one went to Frascati, one had the chance of making a fortune; one played against money, and if one lost, there was always the consolation of saying that one might have gained; whereas now, except in the clubs, where there is still a certain rigour in regard to payments, one is almost certain, the moment one gains a considerable sum, not to receive it. You will readily understand why. Gambling is only likely to be carried on by young people very much in need of money and not possessing the fortune necessary for supporting the life they lead; they gamble, then, and with this result; or else they gain, and then those who lose serve to pay for their horses and mistresses, which is very disagreeable. Debts are contracted, acquaintances begun about a green table end by quarrels in which life or honour comes to grief; and though one may be an honest man, one finds oneself ruined by very honest men, whose only defect is that they have not two hundred thousand francs a year.Je commençai à emprunter cinq ou six mille francs sur mon petit capital, et je me mis à jouer, car depuis qu'on a détruit les maison de jeu on joue partout. Autrefois, quand on entrait à Frascati, on avait la chance d'y faire sa fortune: on jouait contre de l'argent, et si l'on perdait, on avait la consolation de se dire qu'on aurait pu gagner; tandis que maintenant, excepté dans les cercles, où il y a encore une certaine sévérité pour le paiement, on a presque certitude, du moment que l'on gagne une somme importante, de ne pas la recevoir. On comprendra facilement pourquoi. Le jeu ne peut être pratiqué que par des jeunes gens ayant de grands besoins et manquant de la fortune nécessaire pour soutenir la vie qu'ils mènent; ils jouent donc, et il en résulte naturellement ceci: ou ils gagnent, et alors les perdants servent à payer les chevaux et les maîtresses de ces messieurs, ce qui est fort désagréable. Des dettes se contractent, des relations commencées autour d'un tapis vert finissent par des querelles où l'honneur et la vie se déchirent toujours un peu; et quand on est honnête homme, on se trouve ruiné par de très honnêtes jeunes gens qui n'avaient d'autre défaut que de ne pas avoir deux cent mille livres de rente.
I need not tell you of those who cheat at play, and of how one hears one fine day of their hasty disappearance and tardy condemnation.Je n'ai pas besoin de vous parler de ceux qui volent au jeu, et dont un jour on apprend le départ nécessaire et la condamnation tardive.
I flung myself into this rapid, noisy, and volcanic life, which had formerly terrified me when I thought of it, and which had become for me the necessary complement of my love for Marguerite. What else could I have done?Je me lançai donc dans cette vie rapide, bruyante, volcanique, qui m'effrayait autrefois quand j'y songeais, et qui était devenue pour moi le complément inévitable de mon amour pour Marguerite. Que vouliez-vous que je fisse?
The nights that I did not spend in the Rue d'Antin, if I had spent them alone in my own room, I could not have slept. Jealousy would have kept me awake, and inflamed my blood and my thoughts; while gambling gave a new turn to the fever which would otherwise have preyed upon my heart, and fixed it upon a passion which laid hold on me in spite of myself, until the hour struck when I might go to my mistress. Then, and by this I knew the violence of my love, I left the table without a moment's hesitation, whether I was winning or losing, pitying those whom I left behind because they would not, like me, find their real happiness in leaving it. For the most of them, gambling was a necessity; for me, it was a remedy. Free of Marguerite, I should have been free of gambling.Les nuits que je ne passais pas rue d'Antin, si je les avais passées seul chez moi, je n'aurais pas dormi. La jalousie m'eût tenu éveillé et m'eût brûlé la pensée et le sang; tandis que le jeu détournait pour un moment la fièvre qui eût envahi mon cœur et le reportait sur une passion dont l'intérêt me saisissait malgré moi, jusqu'à ce que sonnât l'heure où je devais me rendre auprès de ma maîtresse. Alors, et c'est à cela que je reconnaissais la violence de mon amour, que je gagnasse ou perdisse, je quittais impitoyablement la table, plaignant ceux que j'y laissais et qui n'allaient pas trouver comme moi le bonheur en la quittant. Pour la plupart, le jeu était une nécessité; pour moi c'était un remède. Guéri de Marguerite, j'étais guéri du jeu.
Thus, in the midst of all that, I preserved a considerable amount of self-possession; I lost only what I was able to pay, and gained only what I should have been able to lose. For the rest, chance was on my side. I made no debts, and I spent three times as much money as when I did not gamble. It was impossible to resist an existence which gave me an easy means of satisfying the thousand caprices of Marguerite. As for her, she continued to love me as much, or even more than ever.Aussi, au milieu de tout cela, gardais-je un assez grand sang-froid; je ne perdais que ce que je pouvais payer, et je ne gagnais que ce que j'aurais pu perdre. Du reste, la chance me favorisa. Je ne faisais pas de dettes, et je dépensais trois fois plus d'argent que lorsque je ne jouais pas. Il n'était pas facile de résister à une vie qui me permettait de satisfaire sans me gêner aux mille caprices de Marguerite. Quant à elle, elle m'aimait toujours autant et meme davantage.
As I told you, I began by being allowed to stay only from midnight to six o'clock, then I was asked sometimes to a box in the theatre, then she sometimes came to dine with me. One morning I did not go till eight, and there came a day when I did not go till twelve.Comme je vous l'ai dit, j'avais commencé d'abord par n'être reçu que de minuit à six heures du matin, puis je fus admis de temps en temps dans les loges, puis elle vint dîner quelquefois avec moi. Un matin je ne m'en allai qu'à huit heures, et il arriva un jour où je ne m'en allai qu'à midi.
But, sooner than the moral metamorphosis, a physical metamorphosis came about in Marguerite. I had taken her cure in hand, and the poor girl, seeing my aim, obeyed me in order to prove her gratitude. I had succeeded without effort or trouble in almost isolating her from her former habits. My doctor, whom I had made her meet, had told me that only rest and calm could preserve her health, so that in place of supper and sleepless nights, I succeeded in substituting a hygienic regime and regular sleep. In spite of herself, Marguerite got accustomed to this new existence, whose salutary effects she already realized. She began to spend some of her evenings at home, or, if the weather was fine, she wrapped herself in a shawl, put on a veil, and we went on foot, like two children, in the dim alleys of the Champs-Elysees. She would come in tired, take a light supper, and go to bed after a little music or reading, which she had never been used to do. The cough, which every time that I heard it seemed to go through my chest, had almost completely disappeared.En attendant la métamorphose morale, une métamorphose physique s'était opérée chez Marguerite. J'avais entrepris sa guérison, et la pauvre fille devinant mon but, m'obéissait pour me prouver sa reconnaissance. J'étais parvenu sans secousses et sans effort à l'isoler presque de ses anciennces habitudes. Mon médecin, avec qui je l'avais fait trouver, m'avait dit que le repos seul et le calme pouvaient lui conserver la santé, de sorte qu'aux soupers et aux insomnies; j'étais arrivé à substituer un régime hygiénique et le sommeil régulier. Malgré elle, Marguerite s'habituait à cette nouvelle existence dont elle ressentait les effets salutaires. Déjà elle commençait à passer quelques soirées chez elle, ou bien, s'il faisait beau, elle s'enveloppait d'un cachemire, se couvrait d'un voile, et nous allions à pied, comme deux enfants, courir le soir dans les allées sombres des Champs-Élysées. Elle rentrait fatiguée, soupait légèrement, se couchait après avoir fait un peu de musique ou après avoir lu, ce qui ne lui était jamais arrivé. Les toux, qui, chaque fois que je les entendais, me déchiraient la poitrine, avaient disparu presque complétement.
At the end of six weeks the count was entirely given up, and only the duke obliged me to conceal my liaison with Marguerite, and even he was sent away when I was there, under the pretext that she was asleep and had given orders that she was not to be awakened.Au bout de six semaines, il n'était plus question du comte, définitivement sacrifié; le duc seul me forçait encore à cacher ma liaison avec Marguerite, et encore avait-il été congédié souvent pendant que j'étais là, sous prétexte que madame dormait et avait défendu qu'on la réveillât.
The habit or the need of seeing me which Marguerite had now contracted had this good result: that it forced me to leave the gaming-table just at the moment when an adroit gambler would have left it. Settling one thing against another, I found myself in possession of some ten thousand francs, which seemed to me an inexhaustible capital.Il résulta de l'habitude et même du besoin que Marguerite avait contractés de me voir que j'abandonnai le jeu juste au moment où un adroit joueur l'eût quitté. Tout compte fait, je me trouvais, par suite de mes gains, à la tête d'une dizaine de mille francs qui me paraissaient un capital inépuisable.
The time of the year when I was accustomed to join my father and sister had now arrived, and I did not go; both of them wrote to me frequently, begging me to come. To these letters I replied as best I could, always repeating that I was quite well and that I was not in need of money, two things which, I thought, would console my father for my delay in paying him my annual visit.L'époque à laquelle j'avais l'habitude d'aller rejoindre mon père et ma sœur était arrivée, et je ne partais pas; aussi recevais-je fréquemment des lettres de l'un et de l'autre, lettres qui me priaient de me rendre auprès d'eux. A toutes ces instances je répondais de mon mieux, en répétant toujours que je me portais bien et que je n'avais pas besoin d'argent, deux choses qui, je le croyais, consoleraient un peu mon père du retard que je mettais à ma visite annuelle.
Just then, one fine day in summer, Marguerite was awakened by the sunlight pouring into her room, and, jumping out of bed, asked me if I would take her into the country for the whole day.Il arriva sur ces entrefaites qu'un matin Marguerite ayant été réveillée par un soleil éclatant, sauta en bas de son lit, et me demanda si je voulais la mener toute la journée à la campagne.
We sent for Prudence, and all three set off, after Marguerite had given Nanine orders to tell the duke that she had taken advantage of the fine day to go into the country with Mme. Duvernoy.On en voya chercher Prudence et nous partîmes tous trois, après que Marguerite eut recommandé à Nanine de dire au duc qu'elle avait voulu profiter de ce beau jour, et qu'elle était allée à la campagne avec Madame Duvernoy.
Besides the presence of Mme. Duvernoy being needful on account of the old duke, Prudence was one of those women who seem made on purpose for days in the country. With her unchanging good-humour and her eternal appetite, she never left a dull moment to those whom she was with, and was perfectly happy in ordering eggs, cherries, milk, stewed rabbit, and all the rest of the traditional lunch in the country.Outre que la présence de la Duvernoy était nécessaire pour tranquilliser le vieux duc, Prudence était une de ces femmes qui semblent faites exprès pour ces parties de campagne. Avec sa gaité inaltérable et son appétit éternel, elle ne pouvait pas laisser un moment d'ennui à ceux qu'elle accompagnait, et devait s'entendre parfaitement à commander les œufs, les cerises, le lait, le lapin sauté, et tout ce qui compose enfin le déjeuner traditionnel des environs de Paris.
We had now only to decide where we should go. It was once more Prudence who settled the difficulty.Il ne nous restait plus qu'à savoir où nous irions. Ce fut encore Prudence qui nous tira d'embarras.
"Do you want to go to the real country?" she asked.--Est-ce à une vraie campagne que vous voulez aller? demanda-t-elle?
"Yes."--Oui.
"Well, let us go to Bougival, at the Point du Jour, at Widow Arnould's. Armand, order an open carriage."--Eh bien, allons à Bougival, au Point du Jour, chez la veuve Arnould. Armand, allez louer une calèche.
An hour and a half later we were at Widow Arnould's.Une heure et demie après nous étions chez la veuve Arnould.
Perhaps you know the inn, which is a hotel on week days and a tea garden on Sundays. There is a magnificent view from the garden, which is at the height of an ordinary first floor. On the left the Aqueduct of Marly closes in the horizon, on the right one looks across bill after hill; the river, almost without current at that spot, unrolls itself like a large white watered ribbon between the plain of the Gabillons and the island of Croissy, lulled eternally by the trembling of its high poplars and the murmur of its willows. Beyond, distinct in the sunlight, rise little white houses, with red roofs, and manufactories, which, at that distance, put an admirable finish to the landscape. Beyond that, Paris in the mist! As Prudence had told us, it was the real country, and, I must add, it was a real lunch.Vous connaissez peut-être cette auberge, hôtel de semaine, guinguette le dimanche. Du jardin, qui est à la hauteur d'un premier étage ordinaire, on découvre une vue magnifique. A gauche l'aqueduc de Marly ferme l'horizon, à droite la vue s'étend sur un infini de collines; la rivière, presque sans courant dans cet endroit, se déroule comme un large ruban blanc moiré, entre la plaine des Gabillons et l'île de Croissy, éternellement bercée par le frémissement de ses haut peupliers et le murmure de ses saules. Au fond, dans un large rayon de soleil, s'élèvent de petites maisons blanches à toits rouges, et des manufactures qui, perdant par la distance leur caractère dur et commercial, complètent admirablement le paysage. Au fond, Paris dans la brume! Comme nous l'avait dit Prudence, c'était une vraie campagne, et, je dois le dire, ce fut un vrai déjeuner.
It is not only out of gratitude for the happiness I owe it, but Bougival, in spite of its horrible name, is one of the prettiest places that it is possible to imagine. I have travelled a good deal, and seen much grander things, but none more charming than this little village gaily seated at the foot of the hill which protects it.Ce n'est pas par reconnaissance pour le bonheur que je lui ai dû que je dis tout cela, mais Bourgival, malgré son nom affreux, est un des plus jolis pays que l'on puisse imaginer. J'ai beaucoup voyagé, j'ai vu de plus grandes choses, mais non de plus charmantes que ce petit village gaiement couché au pied de la colline qui le protège.
Mme. Arnould asked us if we would take a boat, and Marguerite and Prudence accepted joyously.Madame Arnould nous offrit de nous faire faire une promenade en bateau, ce que Marguerite et Prudence acceptèrent avec joie.
People have always associated the country with love, and they have done well; nothing affords so fine a frame for the woman whom one loves as the blue sky, the odours, the flowers, the breeze, the shining solitude of fields, or woods. However much one loves a woman, whatever confidence one may have in her, whatever certainty her past may offer us as to her future, one is always more or less jealous. If you have been in love, you must have felt the need of isolating from this world the being in whom you would live wholly. It seems as if, however indifferent she may be to her surroundings, the woman whom one loves loses something of her perfume and of her unity at the contact of men and things. As for me, I experienced that more than most. Mine was not an ordinary love; I was as much in love as an ordinary creature could be, but with Marguerite Gautier; that is to say, that at Paris, at every step, I might elbow the man who had already been her lover or who was about to, while in the country, surrounded by people whom we had never seen and who had no concern with us, alone with nature in the spring-time of the year, that annual pardon, and shut off from the noise of the city, I could hide my love, and love without shame or fear.On a toujours associé la campagne à l'amour et l'on a bien fait: rien n'encadre la femme que l'on aime comme le ciel bleu, les senteurs, les fleurs, les brises, la solitude resplendissante des champs ou des bois. Si fort que l'on aime une femme, quelque confiance que l'on ait en elle, quelque certitude sur l'avenir que vous donne son passé, on est toujours plus ou moins jaloux. Si vous avez été amoureux, sérieusement amoureux, vous avez dû éprouver ce besoin d'isoler du monde l'être dans lequel vous vouliez vivre tout entier. Il semble que, si indifférente qu'elle soit à ce qui l'entoure, la femme aimée perde de son parfum et de son unité au contact des hommes et des choses. Moi, j'éprouvais cela bien plus que tout autre. Mon amour n'était pas un amour ordinaire; j'étais amoureux autant qu'une créature ordinaire peut l'être, mais de Marguerite Gautier, c'est-à-dire qu'à Paris, à chaque pas, je pouvais coudoyer un homme qui avait été l'amant de cette femme ou qui le serait le lendemain. Tandis qu'à la campagne, au milieu de gens que nous n'avions jamais vus et qui ne s'occupaient pas de nous, au sein d'une nature toute parée de son printemps, ce pardon annuel, et séparée du bruit de la ville, je pouvais cacher mon amour et aimer sans honte et sans crainte.
The courtesan disappeared little by little. I had by me a young and beautiful woman, whom I loved, and who loved me, and who was called Marguerite; the past had no more reality and the future no more clouds. The sun shone upon my mistress as it might have shone upon the purest bride. We walked together in those charming spots which seemed to have been made on purpose to recall the verses of Lamartine or to sing the melodies of Scudo. Marguerite was dressed in white, she leaned on my arm, saying over to me again under the starry sky the words she had said to me the day before, and far off the world went on its way, without darkening with its shadow the radiant picture of our youth and love.La courtisane y disparaissait peu à peu. J'avais auprès de moi une femme jeune, belle, que j'aimais, dont j'étais aimé et qui s'appelait Marguerite: le passé n'avait plus de formes, l'avenir plus de nuages. Le soleil éclairait ma maîtresse comme il eût éclairé la plus chaste fiancée. Nous nous promenions tous deux dans ces charmants endroits qui semblent faits exprès pour rappeler les vers de Larmartine ou chanter les melodies de Scudo. Marguerite avait une robe blanche, elle se penchait à mon bras, elle me répétait le soir sous le ciel étoilé les mots qu'elle m'avait dits la veille, et le monde continuait au loin sa vie sans tacher de son ombre le riant tableau de notre jeunesse et de notre amour.
That was the dream that the hot sun brought to me that day through the leaves of the trees, as, lying on the grass of the island on which we had landed, I let my thought wander, free from the human links that had bound it, gathering to itself every hope that came in its way.Voilà le rêve qu'à travers les feuilles m'apportait le soleil ardent de cette journée, tandis que, couché tout au long sur l'herbe de l'île où nous avions abordé, libre de tous les liens humains qui la retenaient auparavant, je laissais ma pensée courir et cueillir toutes les espérances qu'elle rencontrait.
Add to this that from the place where I was I could see on the shore a charming little house of two stories, with a semicircular railing; through the railing, in front of the house, a green lawn, smooth as velvet, and behind the house a little wood full of mysterious retreats, where the moss must efface each morning the pathway that had been made the day before. Climbing flowers clung about the doorway of this uninhabited house, mounting as high as the first story.Ajoutez à cela que, de l'endroit où j'étais, je voyais sur la rive une charmante petite maison à deux étages, avec une grille en hémicycle; à travers la grille, devant la maison, une pelouse verte, unie comme du velours, et derrière le bâtiment un petit bois plein de mystérieuses retraites, et qui devait effacer chaque matin sous sa mousse le sentier fait la veille. Des fleurs grimpantes cachaient le perron de cette maison inhabitée qu'elles embrassaient jusqu'au premier étage.
I looked at the house so long that I began by thinking of it as mine, so perfectly did it embody the dream that I was dreaming; I saw Marguerite and myself there, by day in the little wood that covered the hillside, in the evening seated on the grass, and I asked myself if earthly creatures had ever been so happy as we should be.A force de regarder cette maison, je finis par me convaincre qu'elle était à moi, tant elle résumait bien le rêve que je faisais. J'y voyais Marguerite et moi, le jour dans le bois qui couvrait la colline, le soir assis sur la pelouse, et je me demandais si créatures terrestres auraient jamais été aussi heureuses que nous.
"What a pretty house!" Marguerite said to me, as she followed the direction of my gaze and perhaps of my thought.--Quelle jolie maison! me dit Marguerite qui avait suivi la direction de mon regard et peut-être de ma pensée.
"Where?" asked Prudence.--Où? fit Prudence.
"Yonder," and Marguerite pointed to the house in question.--Là-bas. Et Marguerite montrait du doigt la maison en question.
"Ah, delicious!" replied Prudence. "Do you like it?"--Ah! ravissante, répliqua Prudence, elle vous plaît?
"Very much."--Beaucoup.
"Well, tell the duke to take it for you; he would do so, I am sure. I'll see about it if you like."--Eh bien! dites au duc de vous la louer; il vous la louera, j'en suis sûre. Je m'en charge, moi, si vous voulez.
Marguerite looked at me, as if to ask me what I thought. My dream vanished at the last words of Prudence, and brought me back to reality so brutally that I was still stunned with the fall.Marguerite me regarda, comme pour me demander ce que je pensais de cet avis. Mon rêve s'était envolé avec les dernières paroles de Prudence, et m'avait rejeté si brutalement dans la réalité que j'étais encore tout étourdi de la chute.
"Yes, yes, an excellent idea," I stammered, not knowing what I was saying.--En effet, c'est une excellente idée, balbutiait-je, sans savoir ce que je disais.
"Well, I will arrange that," said Marguerite, freeing my hand, and interpreting my words according to her own desire. "Let us go and see if it is to let."--Eh bien, j'arrangerai cela, dit en me serrant la main Marguerite, qui interprétait mes paroles selon son désir. Allons voir tout de suite si elle est à louer.
The house was empty, and to let for two thousand francs.La maison était vacante et à louer deux mille francs.
"Would you be happy here?" she said to me.--Serez-vous heureux ici? me dit-elle.
"Am I sure of coming here?"--Suis-je sûr d'y venir?
"And for whom else should I bury myself here, if not for you?"--Et pour qui donc viendrais-je m'enterrer là, si ce n'est pour vous?
"Well, then, Marguerite, let me take it myself."--Eh bien, Marguerite, laissez-moi louer cette maison moi-même.
"You are mad; not only is it unnecessary, but it would be dangerous. You know perfectly well that I have no right to accept it save from one man. Let me alone, big baby, and say nothing."--Êtes-vous fou? non seulement c'est inutile, mais ce serait dangereux; vous savez bien que je n'ai le droit d'accepter que d'un seul homme, laissez-vous donc faire, grand enfant, et ne dites rien.
"That means," said Prudence, "that when I have two days free I will come and spend them with you."--Cela fait que, quand j'aurai deux jours libres, je viendrai les passer chez vous, dit Prudence.
We left the house, and started on our return to Paris, talking over the new plan. I held Marguerite in my arms, and as I got down from the carriage, I had already begun to look upon her arrangement with less critical eyes.Nous quittâmes la maison et reprîmes la route de Paris tout en causant de cette nouvelle résolution. Je tenais Marguerite dans mes bras, si bien qu'en descendant de voiture, je commençais déjà à envisager la combinaison de ma maîtresse avec un esprit moins scrupuleux.
Chapter 1717
Next day Marguerite sent me away very early, saying that the duke was coming at an early hour, and promising to write to me the moment he went, and to make an appointment for the evening. In the course of the day I received this note:Le lendemain, Marguerite me congédia de bonne heure, me disant que le duc devait venir de grand matin, et me promettant de m'écrire dès qu'il serait parti, pour me donner le rendez-vous de chaque soir. En effet, dans la journée, je reçus ce mot:
"I am going to Bougival with the duke; be at Prudence's to-night at eight.""Je vais à Bougival avec le duc; soyez chez Prudence, ce soir, à huit heures."
At the appointed hour Marguerite came to me at Mme. Duvernoy's. "Well, it is all settled," she said, as she entered. "The house is taken?" asked Prudence. "Yes; he agreed at once."A l'heure indiquée, Marguerite était de retour, et venait me rejoindre chez madame Duvernoy. --Et bien, tout est arrangé, dit-elle en entrant. --La maison est louée? demanda Prudence. --Oui; il a consenti tout de suite.
I did not know the duke, but I felt ashamed of deceiving him.Je ne connaissais pas le duc, mais j'avais honte de le tromper comme je le faisais.
"But that is not all," continued Marguerite.--Mais, ce n'est pas tout! reprit Marguerite.
"What else is there?"--Quoi donc encore?
"I have been seeing about a place for Armand to stay."--Je me suis inquiétée du logement d'Armand.
"In the same house?" asked Prudence, laughing.--Dans la même maison? demanda Prudence en rient.
"No, at Point du Jour, where we had dinner, the duke and I. While he was admiring the view, I asked Mme. Arnould (she is called Mme. Arnould, isn't she?) if there were any suitable rooms, and she showed me just the very thing: salon, anteroom, and bed-room, at sixty francs a month; the whole place furnished in a way to divert a hypochondriac. I took it. Was I right?" I flung my arms around her neck and kissed her.--Non, mais au Point-du-Jour, où nous avon déjeuné, le duc et moi. Pendant qu'il regardait la vue, j'ai demandé à madame Arnould, car c'est madame Arnould qu'elle s'appelle, n'est-ce pas? je lui ai demandé si elle avait un appartement convenable. Elle en a justement un, avec salon, antichambre et chambre à coucher. C'est tout ce qu'il faut, je pense. Soixante francs par mois. Le tout meublé de façon à distraire un hypocondriaque. J'ai retenu le logement. Ai-je bien fait? Je saurai au cou de Marguerite.
"It will be charming," she continued. "You have the key of the little door, and I have promised the duke the key of the front door, which he will not take, because he will come during the day when he comes. I think, between ourselves, that he is enchanted with a caprice which will keep me out of Paris for a time, and so silence the objections of his family. However, he has asked me how I, loving Paris as I do, could make up my mind to bury myself in the country. I told him that I was ill, and that I wanted rest. He seemed to have some difficulty in believing me. The poor old man is always on the watch. We must take every precaution, my dear Armand, for he will have me watched while I am there; and it isn't only the question of his taking a house for me, but he has my debts to pay, and unluckily I have plenty. Does all that suit you?"--Ce sera charmant, continua-t-elle, vous avez une clef de la petite porte, et j'ai promis au duc une clef de la grille qu'il ne prendra pas, puisqu'il ne viendra que dans le jour, quand il viendra. Je crois, entre nous, qu'il est enchanté de ce caprice qui m'éloigne de Paris pendant quelque temps, et fera taire un peu sa famille. Cependant, il m'a demandé comment moi, qui aime tant Paris, je pouvais me décider à m'enterrer dans cette campagne; je lui ai répondu que j'étais souffrante et que c'était pour me reposer. Il n'a paru me croire que très imparfaitement. Ce pauvre vieux est toujours aux abois. Nous prendrons donc beaucoup de précautions, mon cher Armand; car il me ferait surveiller là-bas, et ce n'est pas le tout qu'il me loue une maison, il faut encore qu'il paye mes dettes, et j'en ai malheureusement quelques-unes. Tout cela vous convient-il?
"Yes," I answered, trying to quiet the scruples which this way of living awoke in me from time to time.--Oui, répondis-je en essayant de faire taire tous les scruples que cette façon de vivre réveillait de temps en temps en moi.
"We went all over the house, and we shall have everything perfect. The duke is going to look after every single thing. Ah, my dear," she added, kissing me, "you're in luck; it's a millionaire who makes your bed for you."--Nous avons visité la maison dans tous ses détails, nous y serons à merveille. Le duc s'inquiétait de tout. Ah! mon cher, ajouta la folle en m'embrassant, vous n'êtes pas malheureux, c'est un millionnaire qui fait votre lit.
"And when shall you move into the house?" inquired Prudence.--Et quand emménagez-vous? demanda Prudence.
"As soon as possible."--Le plus tôt possible.
"Will you take your horses and carriage?"--Vous emmenez votre voiture et vos chevaux.
"I shall take the whole house, and you can look after my place while I am away."--J'emmènerai toute ma maison. Vous vous chargerez de mon appartement pendant mon absence.
A week later Marguerite was settled in her country house, and I was installed at Point du Jour.Huit jours après, Marguerite avait pris possession de la maison de campagne, et moi j'étais installé au Point-du-Jour.
Then began an existence which I shall have some difficulty in describing to you. At first Marguerite could not break entirely with her former habits, and, as the house was always en fete, all the women whom she knew came to see her. For a whole month there was not a day when Marguerite had not eight or ten people to meals. Prudence, on her side, brought down all the people she knew, and did the honours of the house as if the house belonged to her.Alors commença une existence que j'aurais bien de la peine à vous décrire. Dans les commencements de son séjour à Bougival, Marguerite Ne put rompre tout à fait avec ses habitudes, et comme la maison était toujours en fête, toutes ses amies venaient la voir; pendant un mois il ne se passa pas de jour que Marguerite n'eût huit ou dix personnes à sa table. Prudence amenait de son côté tous les gens qu'elle connaissait, et leur faisait tous les honneurs de la maison, comme si cette maison lui eût appartenu.
The duke's money paid for all that, as you may imagine; but from time to time Prudence came to me, asking for a note for a thousand francs, professedly on behalf of Marguerite. You know I had won some money at gambling; I therefore immediately handed over to Prudence what she asked for Marguerite, and fearing lest she should require more than I possessed, I borrowed at Paris a sum equal to that which I had already borrowed and paid back. I was then once more in possession of some ten thousand francs, without reckoning my allowance. However, Marguerite's pleasure in seeing her friends was a little moderated when she saw the expense which that pleasure entailed, and especially the necessity she was sometimes in of asking me for money. The duke, who had taken the house in order that Marguerite might rest there, no longer visited it, fearing to find himself in the midst of a large and merry company, by whom he did not wish to be seen. This came about through his having once arrived to dine tete-a-tete with Marguerite, and having fallen upon a party of fifteen, who were still at lunch at an hour when he was prepared to sit down to dinner. He had unsuspectingly opened the dining-room door, and had been greeted by a burst of laughter, and had had to retire precipitately before the impertinent mirth of the women who were assembled there.L'argent du duc payait tout cela, comme vous le pensez bien, Et cependant il arriva de temps en temps à Prudence de me demander un billet de mille francs, soi-disant au nom de Marguerite. Vous savez que j'avais fait quelque gain au jeu; je m'empressai donc de remettre à Prudence ce que Marguerite me faisait demander par elle, et dans la crainte qu'elle n'eût besoin de plus que je n'avais, je vins emprunter à Paris une somme égale à celle que j'avais déjà empruntée autrefois, et que j'avais rendue très exactement. Je me trouvai donc de nouveau riche d'une dizaine de mille francs, sans compter ma pension. Cependant le plaisir qu'éprouvait Marguerite à recevoir ses amies se calma un peu devant les dépenses auxquelles ce plaisir l'entraînait, et surtout devant la nécessité où elle était quelquefois de me demander de l'argent. Le duc, qui avait loué cette maison pour que Marguerite s'y reposât, n'y paraissait plus, craignant toujours d'y rencontrer une joyeuse et nombreuse compagnie de laquelle il ne voulait pas être vu. Cela tenait surtout à ce que, venant un jour pour dîner en tête-à-tête avec Marguerite, il était tombé au milieu d'un déjeuner de quinze personnes qui n'était pas encore fini à l'heure où il comptait se mettre à table pour dîner. Quand, ne se doutant rien, il avait ouvert la porte de la salle à manger, un rire général avait accueilli son entrée, et il avait été forcé de se retirer brusquement devant l'impertinente gaieté des filles qui se trouvaient là.
Marguerite rose from table, and joined the duke in the next room, where she tried, as far as possible, to induce him to forget the incident, but the old man, wounded in his dignity, bore her a grudge for it, and could not forgive her. He said to her, somewhat cruelly, that he was tired of paying for the follies of a woman who could not even have him treated with respect under his own roof, and he went away in great indignation.Marguerite s'était levée de table, avait été retrouver le duc dans la chambre voisine, et avait essayé, autant que possible, de lui faire oublier cette aventure; mais le vieillard, blessé dans son amour-propre, avait gardé rancune: il avait dit assez cruellement à la pauvre fille qu'il était las de payer les folies d'une femme qui ne savait même pas le faire respecter chez elle, et il était parti fort courroucé.
Since that day he had never been heard of. In vain Marguerite dismissed her guests, changed her way of life; the duke was not to be heard of. I was the gainer in so, far that my mistress now belonged to me more completely, and my dream was at length realized. Marguerite could not be without me. Not caring what the result might be, she publicly proclaimed our liaison, and I had come to live entirely at her house. The servants addressed me officially as their master. Prudence had strictly sermonized Marguerite in regard to her new manner of life; but she had replied that she loved me, that she could not live without me, and that, happen what might, she would not sacrifice the pleasure of having me constantly with her, adding that those who were not satisfied with this arrangement were free to stay away. So much I had heard one day when Prudence had said to Marguerite that she had something very important to tell her, and I had listened at the door of the room into which they had shut themselves.Depuis ce jour on n'avait plus entendu parler de lui. Marguerite avait eu beau congédier ses convives, changer ses habitudes, le duc n'avait plus donné de ses nouvelles. J'y avais gagné que ma maîtresse m'appartenait plus complétement, et que mon rêve se réalisait enfin. Marguerite ne pouvait plus se passer de moi. Sans s'inquiéter de ce qui en résulterait, elle affichait publiquement notre liaison, et j'en étais arrivé à ne plus sortir de chez elle. Les domestiques m'appelaient monsieur, et me regardaient officiellement comme leur maître. Prudence avait bien fait, à propos de cette nouvelle vie, force morale à Marguerite; mais celle-ci avait répondu qu'elle m'aimait, qu'elle ne pouvait vivre sans moi, et quoi qu'il en dût advenir, elle ne renoncerait pas au bonheur de m'avoir sans cesse auprès d'elle, ajoutant que tous ceux à qui cela ne plairait pas étaient libres de ne pas revenir. Voilà ce que j'avais entendu un jour où Prudence avait dit à Marguerite qu'elle avait quelque choise de très important à lui communiquer, et où j'avais écouté à la porte de la chambre où elles s'étaient renfermées.
Not long after, Prudence returned again. I was at the other end of the garden when she arrived, and she did not see me. I had no doubt, from the way in which Marguerite came to meet her, that another similar conversation was going to take place, and I was anxious to hear what it was about. The two women shut themselves into a boudoir, and I put myself within hearing.Quelque temps après Prudence revint. J'étais au fond du jardin quand elle entra; elle ne me vit pas. Je me doutais, à la façon dont Marguerite était venue au-devant d'elle, qu'une conversation pareille à celle que j'avais déjà surprise allait avoir peu de nouveau et je voulus l'entendre comme l'autre. Les deux femmes se renfermèrent dans un boudoir et je me mis aux écoutes.
"Well?" said Marguerite.--Eh bien? demanda Marguerite.
"Well, I have seen the duke."--Eh bien! j'ai vu le duc.
"What did he say?"--Que vous a-t-il dit?
"That he would gladly forgive you in regard to the scene which took place, but that he has learned that you are publicly living with M. Armand Duval, and that he will never forgive that. 'Let Marguerite leave the young man,' he said to me, 'and, as in the past, I will give her all that she requires; if not, let her ask nothing more from me.'"--Qu'il vous pardonnait volontiers la première scène, mais qu'il avait appris que vous viviez publiquement avec M. Armand Duval, et que cela il ne vous le pardonnait pas. Que Marguerite quitte ce jeune homme, m'a-t-il dit, et comme par le passé je lui donnerai tout ce qu'elle voudra, sinon, elle devra renoncer à me demander quoi que ce soit.
"And you replied?"--Vous avez répondu?
"That I would report his decision to you, and I promised him that I would bring you into a more reasonable frame of mind. Only think, my dear child, of the position that you are losing, and that Armand can never give you. He loves you with all his soul, but he has no fortune capable of supplying your needs, and he will be bound to leave you one day, when it will be too late and when the duke will refuse to do any more for you. Would you like me to speak to Armand?"--Que je vous communiquerais sa décision, et je lui ai promis de vous faire entendre raison. Réfléchissez, ma chère enfant, à la position que vous perdez et que ne pourra jamais vous rendre Armand. Il vous aime de toute son âme, mail il n'a pas assez de fortune pour subvenir à tous vos besoins, et il faudra bien un jour vous quitter, quand il sera trop tard et que le duc ne voudra plus rien faire pour vous. Voulez-vous que je parle à Armand?
Marguerite seemed to be thinking, for she answered nothing. My heart beat violently while I waited for her reply.Marguerite paraissait réfléchir, car elle ne répondit pas. Le cœur me battait violemment en attendant sa réponse.
"No," she answered, "I will not leave Armand, and I will not conceal the fact that I am living with him. It is folly no doubt, but I love him. What would you have me do? And then, now that he has got accustomed to be always with me, he would suffer too cruelly if he had to leave me so much as an hour a day. Besides, I have not such a long time to live that I need make myself miserable in order to please an old man whose very sight makes me feel old. Let him keep his money; I will do without it."--Non, reprit-elle, je ne quitterai pas Armand, et je ne me cacherai pas pour vivre avec lui. C'est peut-être une folie, mais je l'aime! que voulez-vous? Et puis, maintenant il a pris l'habitude de m'aimer sans obstacle; il souffrirait trop d'être forcé de me quitter ne fût-ce qu'une heure par jour. D'ailleurs, je n'ai pas tant de temps à vivre pour me rendre malheureuse et faire les volontés d'un vieillard dont la vue seule me fait vieillir. Qu'il garde son argent; je m'en passerai.
"But what will you do?"--Mais comment ferez-vous?
"I don't in the least know."--Je n'en sais rien.
Prudence was no doubt going to make some reply, but I entered suddenly and flung myself at Marguerite's feet, covering her hands with tears in my joy at being thus loved.Prudence allait sans doute répondre quelque chose, mais j'entrai brusquement et je courus me jeter aux pieds de Marguerite, couvrant ses mains des larmes que me faisait verser la joie d'être aimé ainsi.
"My life is yours, Marguerite; you need this man no longer. Am I not here? Shall I ever leave you, and can I ever repay you for the happiness that you give me? No more barriers, my Marguerite; we love; what matters all the rest?"--Ma vie est à toi, Marguerite, tu n'as plus besoin de cet homme, ne suis-je pas là? t'abandonnerais-je jamais et pourrais-je payer assez le bonheur que tu me donnes? Plus de contrainte, ma Marguerite, nous nous aimons! que nous importe le reste?
"Oh yes, I love you, my Armand," she murmured, putting her two arms around my neck. "I love you as I never thought I should ever love. We will be happy; we will live quietly, and I will say good-bye forever to the life for which I now blush. You won't ever reproach me for the past? Tell me!"--Oh! oui, je t'aime, mon Armand! murmura-t-elle en enlaçant ses deux bras autour de mon cou, je t'aime comme je n'aurais pas cru pouvoir aimer. Nous serons heureux, nous vivrons tranquilles, et je dirai un éternel adieu à cette vie dont je rougis maintenant. Jamais tu ne me reprocheras le passé, n'est-ce pas?
Tears choked my voice. I could only reply by clasping Marguerite to my heart.Les larmes voilaient ma voix. Je ne pus répondre qu'en pressant Marguerite contre mon cœur.
"Well," said she, turning to Prudence, and speaking in a broken voice, "you can report this scene to the duke, and you can add that we have no longer need of him."--Allons, dit-elle en se retournat vers Prudence et d'une voix émue, vous rapporterez cette scène au duc, et vous ajouterez que nous n'avons pas besoin de lui.
From that day forth the duke was never referred to. Marguerite was no longer the same woman that I had known. She avoided everything that might recall to me the life which she had been leading when I first met her. Never did wife or sister surround husband or brother with such loving care as she had for me. Her nature was morbidly open to all impressions and accessible to all sentiments. She had broken equally with her friends and with her ways, with her words and with her extravagances. Any one who had seen us leaving the house to go on the river in the charming little boat which I had bought would never have believed that the woman dressed in white, wearing a straw hat, and carrying on her arm a little silk pelisse to protect her against the damp of the river, was that Marguerite Gautier who, only four months ago, had been the talk of the town for the luxury and scandal of her existence.A partir de ce jour il ne fut plus question du duc. Marguerite n'était plus la fille que j'avais connnue. Elle évitait tout ce qui aurait pu me rappeler la vie au milieu de laquelle je l'avais rencontrée. Jamais femme, jamais sœur n'eut pour son époux ou son frère l'amour et les soins qu'elle avait pour moi. Cette nature maldive était prête à toutes les impressions, accessible à tous les sentiments. Elle avait rompu avec ses amies comme avec les dépenses d'autrefois. Quand on nous voyait sortir de la maison pour aller faire une promenade dans un charmant petit bateau que j'avais acheté, on n'eût jamais cru que cette femme vêtue d'une robe blanche, couverte d'un grand chapeau de paille, et portant sur son bras le simple pelisse de soie qui devait la garantir de la fraîcheur de l'eau, était cette Marguerite Gautier qui, quatre mois auparavant, faisait bruit de son luxe et de ses scandales.
Alas, we made haste to be happy, as if we knew that we were not to be happy long.Hélas! nous nous hâtions d'être heureux, comme si nous avions deviné que nous ne pouvions pas l'être longtemps.
For two months we had not even been to Paris. No one came to see us, except Prudence and Julie Duprat, of whom I have spoken to you, and to whom Marguerite was afterward to give the touching narrative that I have there.Depuis deux mois nous n'étions même pas allés à Paris. Personne n'était venu nous voir, excepté Prudence, et cette Julie Duprat dont je vous ai parlé , et à qui Marguerite devait remettre plus tard le touchant récit que j'ai là.
I passed whole days at the feet of my mistress. We opened the windows upon the garden, and, as we watched the summer ripening in its flowers and under the shadow of the trees, we breathed together that true life which neither Marguerite nor I had ever known before.Je passais des journées entières aux pieds de ma maîtresse. Nous ouvrions les fenêtres qui donnaient sur le jardin, et regardant l'été s'abattre joyeusement dans les fleurs qu'il fait éclore et sous l'ombre des arbres, nous respirions à côté l'un de l'autre cette vie véritable que ni Marguerite ni moi n'avions comprise jusqu'alors.
Her delight in the smallest things was like that of a child. There were days when she ran in the garden, like a child of ten, after a butterfly or a dragon-fly. This courtesan who had cost more money in bouquets than would have kept a whole family in comfort, would sometimes sit on the grass for an hour, examining the simple flower whose name she bore.Cette femme avait des étonnements d'enfant pour les moindres choses. Il y avait des jours où elle courait dans le jardin, comme une fille de dix ans, après un papillon ou une demoiselle. Cette courtisane, qui avait fait dépenser en bouquets plus d'argent qu'il n'en faudrait pour faire vivre dans la joie une famille entière, s'asseyait quelquefois sur la pelouse, pendant une heure, pour examiner la simple fleur dont elle portait le nom.
It was at this time that she read Manon Lescaut, over and over again. I found her several times making notes in the book, and she always declared that when a woman loves, she can not do as Manon did.Ce fut pendant ce temps-là qu'elle lut si souvent Manon Lascaut. Je la surpris bien des fois annotant ce livre: et elle me disait toujours que lorsqu'une femme aime, elle ne peut pas faire ce que faisait Manon.
The duke wrote to her two or three times. She recognised the writing and gave me the letters without reading them. Sometimes the terms of these letters brought tears to my eyes. He had imagined that by closing his purse to Marguerite, he would bring her back to him; but when he had perceived the uselessness of these means, he could hold out no longer; he wrote and asked that he might see her again, as before, no matter on what conditions.Deux ou trois fois le duc lui écrivit. Elle reconnut l'écriture et me donna les lettres sans les lire. Quelquefois les termes de ces lettres me faisaient venir les larmes aux yeux. Il avait cru, en fermant sa bourse à Marguerite, la ramener à lui; mais quand il avait vu l'inutilité de ce moyen, il n'avait pas pu y tenir; il avait écrit, redemandant, comme autrefois, la permission de revenir, quelles que fussent les conditions mises à ce retour.
I read these urgent and repeated letters, and tore them in pieces, without telling Marguerite what they contained and without advising her to see the old man again, though I was half inclined to, so much did I pity him, but I was afraid lest, if I so advised her she should think that I wished the duke, not merely to come and see her again, but to take over the expenses of the house; I feared, above all, that she might think me capable of shirking the responsibilities of every consequence to which her love for me might lead her.J'avais donc lu ces lettres pressantes et réitérées, et je les avais déchirées, sans dire à Marguerite ce qu'elles contenaient, et sans lui conseiller de revoir le vieillard, quoiqu'un sentiment de pitié pour la douleur du pauvre homme m'y portât: mais je craignais qu'elle ne vit dans ce conseil le désir, en faisant reprendre au duc ses anciennes visites, de lui faire reprendre les charges de la maison; je redoutais par-dessus tout qu'elle me crût capable de dénier la responsabilité de sa vie dans toutes les conséquences où son amour pour moi pouvait l'entraîner.
It thus came about that the duke, receiving no reply, ceased to write, and that Marguerite and I continued to live together without giving a thought to the future.Il en résulta que le duc, ne recevant pas de réponse, cessa d'écrire, et que Marguerite et moi nous continuâmes à vivre ensemble sans nous occuper de l'avenir.
Chapter 1818
It would be difficult to give you all the details of our new life. It was made up of a series of little childish events, charming for us but insignificant to any one else. You know what it is to be in love with a woman, you know how it cuts short the days, and with what loving listlessness one drifts into the morrow. You know that forgetfulness of everything which comes of a violent confident, reciprocated love. Every being who is not the beloved one seems a useless being in creation. One regrets having cast scraps of one's heart to other women, and one can not believe in the possibility of ever pressing another hand than that which one holds between one's hands. The mind admits neither work nor remembrance; nothing, in short, which can distract it from the one thought in which it is ceaselessly absorbed. Every day one discovers in one's mistress a new charm and unknown delights. Existence itself is but the unceasing accomplishment of an unchanging desire; the soul is but the vestal charged to feed the sacred fire of love.Vous donner des détails sur notre nouvelle vie serait chose difficile. Elle se composait d'une série d'enfantillages charmants pour nous, mais insignifiants pour ceux à qui je les raconterais. Vous savez ce que c'est que d'aimer une femme, vous savez comment s'abrégent les journées, et avec quelle amoureuse paresse on se laisse porter au lendemain. Vous n'ignorez pas cet oubli de toutes choses, qui naît d'un amour violent, confiant et partagé. Tout être qui n'est pas la femme aimée semble un être inutile dans la création. On regrette d'avoir déjà jeté des parcelles de son cœur à d'autres femmes, et l'on n'entrevoit pas la possibilité de presser jamais une autre main que celle que l'on tient dans les siennes. Le cerveau n'admet ni travail ni souvenir, rien enfin de ce qui pourrait le distraire de l'unique pensée qu'on lui offre sans cesse. Chaque jour on découvre dans sa maîtresse un charme nouveau, une volupté inconnue. L'existence n'est plus que l'accomplissement réitéré d'un désir continu, l'âme n'est plus que la vestale chargée d'entretenir le feu sacré de l'amour.
We often went at night-time to sit in the little wood above the house; there we listened to the cheerful harmonies of evening, both of us thinking of the coming hours which should leave us to one another till the dawn of day. At other times we did not get up all day; we did not even let the sunlight enter our room. The curtains were hermetically closed, and for a moment the external world did not exist for us. Nanine alone had the right to open our door, but only to bring in our meals and even these we took without getting up, interrupting them with laughter and gaiety. To that succeeded a brief sleep, for, disappearing into the depths of our love, we were like two divers who only come to the surface to take breath. Nevertheless, I surprised moments of sadness, even tears, in Marguerite; I asked her the cause of her trouble, and she answered:Souvent nous allions, la nuit venue, nous asseoir sous le petit bois qui dominait la maison. Là nous écoutions les gaies harmonies du soir, en songeant tous deux à l'heure prochaine qui allait nous laisser jusqu'au lendemain dans les bras l'un de l'autre. D'autres fois nous restions couchés toute la journée, sans laisser même le soleil pénétrer dans notre chambre. Les rideaux étaient hermétiquement fermés, et le monde extérieur s'arrêtait un moment pour nous. Nanine seule avait le droit d'ouvrir notre porte, mais seulement pour apporter nos repas; encore les prenions-nous sans nous lever, et en les interrompant sans cesse de rires et de folies. A cela succédait un sommeil de quelques instants, car disparaissant dans notre amour, nous étions comme deux plongeurs obstinés qui ne reviennent à la surface que pour reprendre haleine. Cependant je surprenais des moments de tristesse et quelquefois même des larmes chez Marguerite; je lui demandais d'où venait ce chagrin subit, et elle me répondait:
"Our love is not like other loves, my Armand. You love me as if I had never belonged to another, and I tremble lest later on, repenting of your love, and accusing me of my past, you should let me fall back into that life from which you have taken me. I think that now that I have tasted of another life, I should die if I went back to the old one. Tell me that you will never leave me!"--Notre amour n'est pas un amour ordinaire, mon cher Armand. Tu m'aimes commes si je n'avais jamais appartenu à personne, et je tremble que plus tard, te repentant de ton amour et me faisant un crime de mon passé, tu ne me forces à me rejeter dans l'existence au milieu de laquelle tu m'as prise. Songe que maintenant que j'ai goûté d'une nouvelle vie, je mourrais en reprenant l'autre. Dis-moi donc que tu ne me quitteras jamais.
"I swear it!"--Je te le jure!
At these words she looked at me as if to read in my eyes whether my oath was sincere; then flung herself into my arms, and, hiding her head in my bosom, said to me: "You don't know how much I love you!"A ce mot, elle me regardais comme pour lire dans mes yeux si mon serment était sincère, puis elle se jetait dans mes bras, et cachant sa tête dans ma poitrine, elle me disait: --C'est que tu ne sais pas combien je t'aime!
One evening, seated on the balcony outside the window, we looked at the moon which seemed to rise with difficulty out of its bed of clouds, and we listened to the wind violently rustling the trees; we held each other's hands, and for a whole quarter of an hour we had not spoken, when Marguerite said to me:Un soir, nous étions accoudés sur le balcon de la fenêtre, nous regardions la lune qui semblait sortir difficilement de son lit de nuages, et nous écoutions le vent agitant bruyamment les arbres, nous nous tenions la main, et depuis un grand quart d'heure nous ne parlions pas, quand Marguerite me dit:
"Winter is at hand. Would you like for us to go abroad?"--Voici l'hiver, veux-tu que nous partions?
"Where?"--Et pour quel endroit?
"To Italy."--Pour l'Italie.
"You are tired of here?"--Tu t'ennuies donc?
"I am afraid of the winter; I am particularly afraid of your return to Paris."--Je crains l'hiver, je crains surtout notre retour à Paris.
"Why?"--Pourquoi?
"For many reasons."--Pour bien des choses.
And she went on abruptly, without giving me her reasons for fears:Et elle reprit brusquement, sans me donner les raisons de ses craintes:
"Will you go abroad? I will sell all that I have; we will go and live there, and there will be nothing left of what I was; no one will know who I am. Will you?"--Veux-tu partier? je vendrai tout ce que j'ai. Nous nous en irons vivre là-bas, il ne me restera rien de ce que j'étais, personne ne saura qui je suis. Le veux-tu?
"By all means, if you like, Marguerite, let us travel," I said. "But where is the necessity of selling things which you will be glad of when we return? I have not a large enough fortune to accept such a sacrifice; but I have enough for us to be able to travel splendidly for five or six months, if that will amuse you the least in the world."--Partons, si cela te fait plaisir, Marguerite; allons faire un voyage, lui disais-je; mais où est la nécessité de vendre des choses que tu seras heureuse de trouver au retour? Je n'ai pas une assez grande fortune pour accepter un pareil sacrifice, mais j'en ai assez pour que nous puissions voyager grandement pendant cinq ou six mois, si cela t'amuse le moins du monde.
"After all, no," she said, leaving the window and going to sit down on the sofa at the other end of the room. "Why should we spend money abroad? I cost you enough already, here."--Au fait, non, continua-t-elle en quittant la fenêtre et en allant s'asseoir sur le canapé dans l'ombre de la chambre; à quoi bon aller dépenser de l'argent là-bas? je t'en coûte déjà bien assez ici.
"You reproach me, Marguerite; it isn't generous."--Tu me le reproches, Marguerite, ce n'est pas généreux.
"Forgive me, my friend," she said, giving me her hand. "This thunder weather gets on my nerves; I do not say what I intend to say."--Pardon, ami, fit-elle en me tendant la main, ce temps d'orage me fait mal aux nerfs; je ne dis pas ce que je veux dire.
And after embracing me she fell into a long reverie.Et, après m'avoir embrassé, elle tomba dans une longue rêverie.
Scenes of this kind often took place, and though I could not discover their cause, I could not fail to see in Marguerite signs of disquietude in regard to the future. She could not doubt my love, which increased day by day, and yet I often found her sad, without being able to get any explanation of the reason, except some physical cause. Fearing that so monotonous a life was beginning to weary her, I proposed returning to Paris; but she always refused, assuring me that she could not be so happy anywhere as in the country.Plusieurs fois des scènes semblables eurent lieu, et si j'ignorais ce qui les faisait naître, je ne surprenais pas moins chez Marguerite un sentiment d'inquiétude pour l'avenir. Elle ne pouvait douter de mon amour, car chaque jour il augmentait, et cependant je la voyais souvent triste sans qu'elle m'expliquât jamais le sujet de ses tristesses, autrement que par une cause physique. Craignant qu'elle ne se fatiguât d'une vie trop monotone, je lui proposais de retourner à Paris, mais elle rejetait toujours cette proposition, et m'assurait ne pouvoir être heuruese nulle part comme elle l'était à la campagne.
Prudence now came but rarely; but she often wrote letters which I never asked to see, though, every time they came, they seemed to preoccupy Marguerite deeply. I did not know what to think.Prudence ne venait plus que rarement, mais en revanche, elle écrivait des lettres que je n'avais jamais demandé à voir, quoique, chaque fois, elle jetassent Marguerite dans une préoccupation profonde. Je ne savais qu'imaginer.
One day Marguerite was in her room. I entered. She was writing. "To whom are you writing?" I asked. "To Prudence. Do you want to see what I am writing?"Un jour Marguerite resta dans sa chambre. J'entrai. Elle écrivait. --A qui écris-tu? lui demandai-je. --A Prudence: veux-tu que je te lise ce que j'écris?
I had a horror of anything that might look like suspicion, and I answered that I had no desire to know what she was writing; and yet I was certain that letter would have explained to me the cause of her sadness.J'avais horreur de tout ce qui pouvait paraître soupçon, je répondis donc à Marguerite que je n'avais pas besoin de savoir ce qu'elle écrivait, et cependant, j'en avais la certitude, cette lettre m'eût appris la véritable cause de ses tristesses.
Next day the weather was splendid.' Marguerite proposed to me to take the boat and go as far as the island of Croissy. She seemed very cheerful; when we got back it was five o'clock.Le lendemain, il faisait un temps superbe. Marguerite me proposa d'aller faire une promenade en bateau, et de visiter l'ile de Croissy. Elle semblait fort gaie; il était cinq heures quand nous rentrâmes.
"Mme. Duvernoy has been here," said Nanine, as she saw us enter. "She has gone again?" asked Marguerite.--Madame Duvernoy est venue, nit Nanine en nous voyant entrer. --Elle est repartie? demanda Marguerite.
"Yes, madame, in the carriage; she said it was arranged."--Oui, dans la voiture de madame; elle a dit que c'était convenu.
"Quite right," said Marguerite sharply. "Serve the dinner."--Très bien, dit vivement Marguerite; qu'on nous serve.
Two days afterward there came a letter from Prudence, and for a fortnight Marguerite seemed to have got rid of her mysterious gloom, for which she constantly asked my forgiveness, now that it no longer existed. Still, the carriage did not return.Deux jours après arriva une lettre de Prudence, et pendant quinze jours Marguerite parut avoir rompu avec ses mystérieuses mélancolies, dont elle ne cessait de me demander pardon depuis qu'elles n'existaient plus. Cependant la voiture ne revenait pas.
"How is it that Prudence does not send you back your carriage?" I asked one day.--D'où vient que Prudence ne te renvoie pas ton coupé? demandai-je un jour.
"One of the horses is ill, and there are some repairs to be done. It is better to have that done while we are here, and don't need a carriage, than to wait till we get back to Paris."--Un des deux chevaux est malade, et il y a des réparations à la voiture. Il vaut mieux que tout cela se fasse pendant que nous sommes encore ici, où nous n'avons pas besoin de voiture, que d'attendre notre retour à Paris.
Prudence came two days afterward, and confirmed what Marguerite had said. The two women went for a walk in the garden, and when I joined them they changed the conversation. That night, as she was going, Prudence complained of the cold and asked Marguerite to lend her a shawl.Prudence vint nous voir quelques jours après, et me confirma ce que Marguerite m'avait dit. Les deux femmes se promenèrent seules dans le jardin, et quand je vins les rejoindre, elles changèrent de conversation. Le soir, en s'en allant, Prudence se plaignit du froid et pria Marguerite de lui prêter un cachemire
So a month passed, and all the time Marguerite was more joyous and more affectionate than she ever had been. Nevertheless, the carriage did not return, the shawl had not been sent back, and I began to be anxious in spite of myself, and as I knew in which drawer Marguerite put Prudence's letters, I took advantage of a moment when she was at the other end of the garden, went to the drawer, and tried to open it; in vain, for it was locked. When I opened the drawer in which the trinkets and diamonds were usually kept, these opened without resistance, but the jewel cases had disappeared, along with their contents no doubt.Un mois se passa ainsi, pendant lequel Marguerite fut plus joyeuse et plus aimante qu'elle ne l'avait jamais été. Cependant la voiture n'était pas revenue, le cachemire n'avait pas été renvoyé, tout cela m'intriguait malgré moi, et comme je savais dans quel tiroir Marguerite mettait les lettres de Prudence, je profitai d'un moment où elle était au fond du jardin, je courus à ce tiroir et j'essayai de l'ouvrir; mais ce fut en vain, il était fermé au double tour. Alors je fouillai ceux où se trouvaient d'ordinaire les bijoux et les diamants. Ceux-là s'ouvrirent sans résistance, mais les écrins avaient disparu, avec ce qu'ils contenaient, bien entendu.
A sharp fear penetrated my heart. I might indeed ask Marguerite for the truth in regard to these disappearances, but it was certain that she would not confess it.Une crainte poignante me serra le cœur. J'allais réclamer de Marguerite la vérité sur ces disparitions, mais certainement elle ne me l'avouerait pas.
"My good Marguerite," I said to her, "I am going to ask your permission to go to Paris. They do not know my address, and I expect there are letters from my father waiting for me. I have no doubt he is concerned; I ought to answer him."--Ma bonne Marguerite, lui dis-je alors, je viens te demander la permission d'aller à Paris. On ne sait pas chez moi où je suis, et l'on doit avoir reçu des lettres de mon père; il est inquiet, sans doute, il faut que je lui réponde.
"Go, my friend," she said; "but be back early." I went straight to Prudence.--Va, mon ami, me dit-elle, mais sois ici de bonne heure. Je partis. Je courus tout de suite chez Prudence.
"Come," said I, without beating about the bush, "tell me frankly, where are Marguerite's horses?"--Voyons, lui dis-je sans autre préliminaire, répondez-moi franchement, où sont les chevaux de Marguerite?
"Sold."--Vendus.
"The shawl?"--Le cachemire?
"Sold."--Vendu.
"The diamonds?"--Les diamants?
"Pawned."--Engagés.
"And who has sold and pawned them?"--Et qui a vendu et engagé? --Moi.
"Why did you not tell me?"--Pourquoi ne m'en avez-vous pas averti?
"Because Marguerite made me promise not to."--Parce que Marguerite me l'avait défendu.
"And why did you not ask me for money?"--Et pourquoi ne m'avez-vous pas demandé d'argent?
"Because she wouldn't let me."--Parce qu'elle ne voulait pas.
"And where has this money gone?"--Et à quoi a passé cet argent?
"In payments."--A payer.
"Is she much in debt?"--Elle doit donc beaucoup?
"Thirty thousand francs, or thereabouts. Ah, my dear fellow, didn't I tell you? You wouldn't believe me; now you are convinced. The upholsterer whom the duke had agreed to settle with was shown out of the house when he presented himself, and the duke wrote next day to say that he would answer for nothing in regard to Mlle. Gautier. This man wanted his money; he was given part payment out of the few thousand francs that I got from you; then some kind souls warned him that his debtor had been abandoned by the duke and was living with a penniless young man; the other creditors were told the same; they asked for their money, and seized some of the goods. Marguerite wanted to sell everything, but it was too late, and besides I should have opposed it. But it was necessary to pay, and in order not to ask you for money, she sold her horses and her shawls, and pawned her jewels. Would you like to see the receipts and the pawn tickets?"--Trente mille francs encore ou à peu près. Ah! mon cher, je vous l'avais bien dit? vous n'avez pas voulu me croire; eh bien, maintenant, vous voilà convaincu. Le tapissier vis-à-vis duquel le duc avait répondu a été mis à la porte quand il s'est présenté chez le duc, qui lui a écrit le lendemain qu'il ne ferait rien pour mademoiselle Gautier. Cet homme a voulu de l'argent, on lui a donné des acomptes, qui sont les quelques mille francs que vous ai demandés; puis, des âmes charitables l'ont averti que sa débitrice, abandonné par le duc, vivait avec un garçon sans fortune; les autre créanciers ont été prévenus de même, ils ont demandé de l'argent et ont fait des saisies. Marguerite a voulu tout vendre, mais il n'était plus temps, et d'ailleurs je m'y serais opposée. Il fallait bien payer, et pour ne pas vous demander d'argent, elle a vendu ses chevaux, ses cachemires et engagé ses bijoux. Voulez-vous les reçus des acheteurs et les reconnaissances du Mont-de-Piété
And Prudence opened the drawer and showed me the papers.Et Prudence, ouvrant un tiroir, me montrait ces papiers.
"Ah, you think," she continued, with the insistence of a woman who can say, I was right after all, "ah, you think it is enough to be in love, and to go into the country and lead a dreamy, pastoral life. No, my friend, no. By the side of that ideal life, there is a material life, and the purest resolutions are held to earth by threads which seem slight enough, but which are of iron, not easily to be broken. If Marguerite has not been unfaithful to you twenty times, it is because she has an exceptional nature. It is not my fault for not advising her to, for I couldn't bear to see the poor girl stripping herself of everything. She wouldn't; she replied that she loved you, and she wouldn't be unfaithful to you for anything in the world. All that is very pretty, very poetical, but one can't pay one's creditors in that coin, and now she can't free herself from debt, unless she can raise thirty thousand francs."--Ah! vous croyez, continua-t-elle avec cette persistance de la femme qui a le droit de dire: J'avais raison! ah! vous croyez qu'il suffit de s'aimer et d'aller vivre à la campagne d'une vie pastorale et vaporeuse? Non, mon ami, non. A côté de la vie idéale, il y a la vie matérielle, et les résolutions les plus chastes sont retenues à terre par des fils ridicules, mais de fer, et que l'on ne brise pas facilement. Si Marguerite ne vous a pas trompé vingt fois, c'est qu'elle est d'une nature exceptionnelle. Ce n'est pas faute que je lui aie conseillé, car cela me faisait peine de voir la pauvre fille se dépouiller de tout. Elle n'a pas voulu! elle m'a répondu qu'elle vous aimait et ne vous tromperait pour rien au monde. Tout cela est fort joli, fort poétique, mais ce n'est pas avec cette monnaie qu'on paye les créanciers, et aujourd'hui elle ne peut plus s'en tirer, à moins d'une trentaine de mille francs, je vous le répète.
"All right, I will provide that amount."--C'est bien, je donnerai cette somme.
"You will borrow it?"--Vous allez l'emprunter?
"Good heavens! Why, yes!"--Mon Dieu, oui.
"A fine thing that will be to do; you will fall out with your father, cripple your resources, and one doesn't find thirty thousand francs from one day to another. Believe me, my dear Armand, I know women better than you do; do not commit this folly; you will be sorry for it one day. Be reasonable. I don't advise you to leave Marguerite, but live with her as you did at the beginning. Let her find the means to get out of this difficulty. The duke will come back in a little while. The Comte de N., if she would take him, he told me yesterday even, would pay all her debts, and give her four or five thousand francs a month. He has two hundred thousand a year. It would be a position for her, while you will certainly be obliged to leave her. Don't wait till you are ruined, especially as the Comte de N. is a fool, and nothing would prevent your still being Marguerite's lover. She would cry a little at the beginning, but she would come to accustom herself to it, and you would thank me one day for what you had done. Imagine that Marguerite is married, and deceive the husband; that is all. I have already told you all this once, only at that time it was merely advice, and now it is almost a necessity." What Prudence said was cruelly true.--Vous allez faire là une belle chose; vous brouiller avec votre père, entraver vos ressources, et l'on ne trouve pas ainsi trente mille francs du jour au lendemain. Croyez-moi, mon cher Armand, je connais mieux les femmes que vous; ne faites pas cette folie, dont vous vous repentiriez un jour. Soyez raisonnable. Je ne vous dis pas de quitter Marguerite, mais vivez avec elle comme vous viviez au commencement de l'été. Laissez-lui trouver les moyens de sortir d'embarras. Le duc reviendra peu à peu à elle. Le comte de N..., si elle le prend, il me le disait encore hier, lui payera toutes ses dettes, et lui donnera quatre ou cinq mille francs par mois. Il a deux cent mille livres de rente. Ce sera une position pour elle, tandis que vous, il faudra toujours que vous la quittiez; n'attendez pas pour cela que vous soyez ruiné, d'autant plus que ce comte de N... est un imbécile, et que rien ne vous empêchera d'être l'amant de Marguerite. Elle pleurera un peu au commencement, mais elle finira par s'y habituer, et vous remerciera un jour de ce que vous aurez fait. Supposez que Marguerite est mariée, et trompez le mari, voilà tout. Je vous ai déjà dit tout cela une fois; seulement à cette époque, ce n'était encore qu'un conseil, et aujourd'hui, c'est presque une nécessité. Prudence avait cruellement raison.
"This is how it is," she went on, putting away the papers she had just shown me; "women like Marguerite always foresee that some one will love them, never that they will love; otherwise they would put aside money, and at thirty they could afford the luxury of having a lover for nothing. If I had only known once what I know now! In short, say nothing to Marguerite, and bring her back to Paris. You have lived with her alone for four or five months; that is quite enough. Shut your eyes now; that is all that any one asks of you. At the end of a fortnight she will take the Comte de N., and she will save up during the winter, and next summer you will begin over again. That is how things are done, my dear fellow!"--Voilà ce que c'est, continua-t-elle en renfermant les papiers qu'elle venait de montrer, les femmes entretenues prévoient toujours qu'on les aimera, jamais qu'elles aimeront, sans quoi elles mettraient de l'argent de côté, et à trente ans elles pourraient se payer le luxe d'avoir un amant pour rien. Si j'avais su ce que je sais, moi! Enfin, ne dites rien à Marguerite et ramenez-la à Paris. Vous avez vécu quatre ou cinq mois seul avec elle, c'est bien raisonnable; fermez les yeux, c'est tout ce qu'on vous demande. Au bout de quinze jours elle prendra le comte de N..., elle fera des économies cet hiver, et l'été prochain vous recommencerez. Voilà comme on fait, mon cher!
And Prudence appeared to be enchanted with her advice, which I refused indignantly.Et Prudence paraissait enchantée de son conseil que je rejetai avec indignation.
Not only my love and my dignity would not let me act thus, but I was certain that, feeling as she did now, Marguerite would die rather than accept another lover.Non seulement mon amour et ma dignité ne me permettaient pas d'agir ainsi, mais encore j'étais bien convaincu qu'au point où elle en était arrivée, Marguerite mourrait plutôt que d'accepter ce partage.
"Enough joking," I said to Prudence; "tell me exactly how much Marguerite is in need of."--C'est assez plaisanter, dis-je à Prudence; combien faut-il définitivement à Marguerite?
"I have told you: thirty thousand francs."--Je vous l'ai dit, une trentaine de mille francs.
"And when does she require this sum?"--Et quand faut-il cette somme?
"Before the end of two months."--Avant deux mois.
"She shall have it."--Elle l'aura.
Prudence shrugged her shoulders.Prudence haussa les épaules.
"I will give it to you," I continued, "but you must swear to me that you will not tell Marguerite that I have given it to you."--Je vous la remettrai, continua-je, mais vous me jurez que vous ne direz pas à Marguerite que je vous l'ai remise.
"Don't be afraid."--Soyez tranquille.
"And if she sends you anything else to sell or pawn, let me know."--Et si elle vous envoie autre chose à vendre ou à engager, prévenez-moi.
"There is no danger. She has nothing left."--Il n'y a pas de danger, elle n'a plus rien.
I went straight to my own house to see if there were any letters from my father. There were four.Je passai d'abord chez moi pour voir s'il y avait des lettres de mon père. Il y en avait quatre.
Chapter 1919
In his first three letters my father inquired the cause of my silence; in the last he allowed me to see that he had heard of my change of life, and informed me that he was about to come and see me.Dans les trois premières lettres, mon père s'inquiétait de mon silence et m'en demandait la cause; dans la dernière, il me laissait voir qu'on l'avait informé de mon changement de vie, et m'annonçait son arrivée prochaine.
I have always had a great respect and a sincere affection for my father. I replied that I had been travelling for a short time, and begged him to let me know beforehand what day he would arrive, so that I could be there to meet him.J'ai toujours eu un grand respect et une sincère affection pour mon père. Je lui répondis donc qu'un petit voyage avait été la cause de mon silence, et je le priai de me prévenir du jour de son arrivée, afin que je pusse aller au-devant de lui.
I gave my servant my address in the country, telling him to bring me the first letter that came with the postmark of C., then I returned to Bougival.Je donnai à mon domestique mon adresse à la campagne, en lui recommandant de m'apporter la première lettre qui serait timbrée de la ville de C..., puis je repartis aussitôt pour Bougival.
Marguerite was waiting for me at the garden gate. She looked at me anxiously. Throwing her arms round my neck, she said to me: "Have you seen Prudence?"Marguerite m'attendait à la porte du jardin. Son regard exprimait l'inquiétude. Elle me sauta au cou, et ne put s'empêcher de me dir: --As-tu vu Prudence?
"No."--Non.
"You were a long time in Paris."--Tu as été bien longtemps à Paris?
"I found letters from my father to which I had to reply."--J'ai trouvé des lettres de mon père auquel il m'a fallu répondre.
A few minutes afterward Nanine entered, all out of breath. Marguerite rose and talked with her in whispers. When Nanine had gone out Marguerite sat down by me again and said, taking my hand:Quelques instants après, Nanine entra tout essoufflée. Marguerite se leva et alla lui parler bas. Quand Nanine fut sortie, Marguerite me dit, en se rasseyant près de moi et en me prenant la main:
"Why did you deceive me? You went to see Prudence."--Pourquoi m'as-tu trompée? Tu es allé chez Prudence.
"Who told you?"--Qui te l'a dit
"Nanine."--Nanine.
"And how did she know?"--Et d'où le sait-elle?
"She followed you."--Elle t'a suivi.
"You told her to follow me?"--Tu lui avais donc dit de me suivre?
"Yes. I thought that you must have had a very strong motive for going to Paris, after not leaving me for four months. I was afraid that something might happen to you, or that you were perhaps going to see another woman."--Oui. J'ai pensé qu'il fallait un motif puissant pour te faire aller ainsi à Paris, toi qui ne m'as pas quittée depuis quatre mois. Je craignais qu'il ne te fût arrivé un malheur, ou que peut-être tu n'allasses voir une autre femme.
"Child!"--Enfant!
"Now I am relieved. I know what you have done, but I don't yet know what you have been told."--Je suis rassurée maintenant, je sais ce que tu as fait, mais je ne sais pas encore ce que l'on t'a dit.
I showed Marguerite my father's letters.Je montrai à Marguerite les lettres de mon père.
"That is not what I am asking you about. What I want to know is why you went to see Prudence."--Ce n'est pas cela que je te demande: ce que je voudrais savoir, c'est pourquoi tu es allé chez Prudence.
"To see her."--Pour la voir.
"That's a lie, my friend."--Tu mens, mon ami.
"Well, I went to ask her if the horse was any better, and if she wanted your shawl and your jewels any longer."--Eh bien, je suis allé lui demander si le cheval allait mieux, et si elle n'avait plus besoin de ton cachemire, ni de tes bijoux.
Marguerite blushed, but did not answer.Marguerite rougit mais elle ne répondit pas.
"And," I continued, "I learned what you had done with your horses, shawls, and jewels."--Et, continuai-je, j'ai appris l'usage que tu avais fait des chevaux, des cachemires et des diamants.
"And you are vexed?"--Et tu m'en veux?
"I am vexed that it never occurred to you to ask me for what you were in want of."--Je t'en veux de ne pas avoir eu l'idée de me demander ce dont tu avais besoin.
"In a liaison like ours, if the woman has any sense of dignity at all, she ought to make every possible sacrifice rather than ask her lover for money and so give a venal character to her love. You love me, I am sure, but you do not know on how slight a thread depends the love one has for a woman like me. Who knows? Perhaps some day when you were bored or worried you would fancy you saw a carefully concerted plan in our liaison. Prudence is a chatterbox. What need had I of the horses? It was an economy to sell them. I don't use them and I don't spend anything on their keep; if you love me, I ask nothing more, and you will love me just as much without horses, or shawls, or diamonds."--Dans une liaison comme la nôtre, si la femme a encore un peu de dignité, elle doit s'imposer tous les sacrifices possibles plutôt que de demander de l'argent à son amant et de donner un côté vénal à son amour. Tu m'aimes, j'en suis sûre, mais tu ne sais pas combien est léger le fil qui retient dans le cœur l'amour que l'on a pour des filles comme moi. Qui sait? peut-être dans un jour de gêne ou d'ennui, te serais-tu figuré voir dans notre liaison un calcul habilement combiné! Prudence est une bavarde. Qu'avais-je besoin de ces chevaux! J'ai fait une économie en les vendant; je puis bien m'en passer, et je ne dépense plus rien pour eux; pourvu que tu m'aimes, c'est tout ce que je demande, et tu m'aimeras autant sans chevaux, sans cachemires et sans diamants.
All that was said so naturally that the tears came to my eyes as I listened.Tout cela était dit d'un ton si naturel, que j'avais les larmes dans les yeux en l'écoutant.
"But, my good Marguerite," I replied, pressing her hands lovingly, "you knew that one day I should discover the sacrifice you had made, and that the moment I discovered it I should allow it no longer."--Mais, ma bonne Marguerite, répondis-je en pressant avec amour les mains de ma maîtresse, tu savais bien qu'un jour j'apprendrais ce sacrifice, et que, le jour où je l'apprendrais, je ne le souffrirais pas.
"But why?"--Pourquoi cela?
"Because, my dear child, I can not allow your affection for me to deprive you of even a trinket. I too should not like you to be able, in a moment when you were bored or worried, to think that if you were living with somebody else those moments would not exist; and to repent, if only for a minute, of living with me. In a few days your horses, your diamonds, and your shawls shall be returned to you. They are as necessary to you as air is to life, and it may be absurd, but I like you better showy than simple."--Parce que, chère enfant, je n'entends pas que l'affection que tu veux bien avoir pour moi te prive même d'un bijou. Je ne veux pas, moi non plus, que dans un moment de gêne ou d'ennui, tu puisses réfléchir que si tu vivais avec un autre homme ces moments n'existeraient pas, et que tu te repentes, ne fût-ce qu'une minute, de vivre avec moi. Dans quelques jours, tes chevaux, tes diamants et tes cachemires te seront rendus. Ils te sont aussi nécessaires que l'air à la vie, c'est peut-être ridicule, mais je t'aime mieux somptuesuse que simple.
"Then you no longer love me."--Alors, c'est que tu ne m'aimes plus.
"Foolish creature!"--Folle!
"If you loved me, you would let me love you my own way; on the contrary, you persist in only seeing in me a woman to whom luxury is indispensable, and whom you think you are always obliged to pay. You are ashamed to accept the proof of my love. In spite of yourself, you think of leaving me some day, and you want to put your disinterestedness beyond risk of suspicion. You are right, my friend, but I had better hopes."--Si tu m'aimais, tu me laisserais t'aimer à ma façon; au contraire, tu ne continues à voir en moi qu'une fille à ce luxe est indispensable, et que tu te crois toujours forcé de payer. Tu as honte d'accepter des preuves de mon amour. Malgré toi, tu penses à me quitter un jour, et tu tiens à mettre ta délicatesse à l'abri de tout soupçon. Tu as raison, mon ami, mais j'avais espéré mieux.
And Marguerite made a motion to rise; I held her, and said to her:Et Marguerite fit un mouvement pour se lever; je la retins en lui disant:
"I want you to be happy and to have nothing to reproach me for, that is all."--Je veux que tu sois heureuse, et que tu n'aies rien à me reprocher, voilà tout.
"And we are going to be separated!"--Et nous allons nous séparer!
"Why, Marguerite, who can separate us?" I cried.--Pourquoi, Marguerite? Qui peut nous séparer? m'écriai-je.
"You, who will not let me take you on your own level, but insist on taking me on mine; you, who wish me to keep the luxury in the midst of which I have lived, and so keep the moral distance which separates us; you, who do not believe that my affection is sufficiently disinterested to share with me what you have, though we could live happily enough on it together, and would rather ruin yourself, because you are still bound by a foolish prejudice. Do you really think that I could compare a carriage and diamonds with your love? Do you think that my real happiness lies in the trifles that mean so much when one has nothing to love, but which become trifling indeed when one has? You will pay my debts, realize your estate, and then keep me? How long will that last? Two or three months, and then it will be too late to live the life I propose, for then you will have to take everything from me, and that is what a man of honour can not do; while now you have eight or ten thousand francs a year, on which we should be able to live. I will sell the rest of what I do not want, and with this alone I will make two thousand francs a year. We will take a nice little flat in which we can both live. In the summer we will go into the country, not to a house like this, but to a house just big enough for two people. You are independent, I am free, we are young; in heaven's name, Armand, do not drive me back into the life I had to lead once!"--Toi, qui ne veux pas me permettre de comprendre ta position, et qui as la vanité de me garder la mienne; toi, qui en me conservant le luxe au milieu duquel j'ai vécu, veux conserver la distance morale qui nous sépare; toi, enfin, qui ne crois pas mon affection assez désintéressée pour partager avec moi la fortune que tu as, avec laquelle nous pourrions vivre heureux ensemble, et qui préfères te ruiner, esclave que tu es d'un préjugé ridicule. Crois-tu donc que je compare une voiture et des bijoux à ton amour? crois-tu que le bonheur consiste pour moi dans les vanités dont on se contente quand on n'aime rien, mais qui deviennent bien mesquines quand on aime? Tu payeras mes dettes, tu escompteras ta fortune et tu m'entretiendras enfin! Combien de temps tout cela durera-t-il? deux ou trois mois, et alors il sera trop tard pour prendre la vie que je te propose, car alors tu accepterais tout de moi, et c'est ce qu'un homme d'honneur ne peut faire. Tandis que maintenant tu as huit ou dix mille francs de rente avec lesquelles nous pouvons vivre. Je vendrai le superflue de ce que j'ai, et avec cette vente seule, je me ferais deux mille livres par an. Nous louerons un joli petit appartement dans lequel nous resterons tous les deux. L'été, nous viendrons à la campagne, non pas dans une maison comme celle-ci, mais dans une petite maison suffisante pour deux personnes. Tu es indépendant, je suis libre, nous sommes jeunes, au nom du ciel, Armand, ne me rejette pas dans la vie que j'étais forcée de mener autrefois.
I could not answer. Tears of gratitude and love filled my eyes, and I flung myself into Marguerite's arms.Je ne pouvais répondre, des larmes de reconnaissance et d'amour inondaient mes yeux, et je me précipitai dans les bras de Marguerite.
"I wanted," she continued, "to arrange everything without telling you, pay all my debts, and take a new flat. In October we should have been back in Paris, and all would have come out; but since Prudence has told you all, you will have to agree beforehand, instead of agreeing afterward. Do you love me enough for that?"--Je voulais, reprit-elle, tout arranger sans t'en rien dire, payer toutes mes dettes et faire préparer mon nouvel appartement. Au mois d'octobre, nous serions retournés à Paris, et tout aurait été dit; mais puisque Prudence t'a tout raconté, il faut que tu consentes avant, au lieu de consentir après.-- M'aimes-tu assez pour cela?
It was impossible to resist such devotion. I kissed her hands ardently, and said:Il était impossible de résister à tant de dévoument. Je baisai les mains de Marguerite avec effusion, et je lui dis:
"I will do whatever you wish."--Je ferai tout ce que tu voudras.
It was agreed that we should do as she had planned. Thereupon, she went wild with delight; danced, sang, amused herself with calling up pictures of her new flat in all its simplicity, and began to consult me as to its position and arrangement. I saw how happy and proud she was of this resolution, which seemed as if it would bring us into closer and closer relationship, and I resolved to do my own share. In an instant I decided the whole course of my life. I put my affairs in order, and made over to Marguerite the income which had come to me from my mother, and which seemed little enough in return for the sacrifice which I was accepting. There remained the five thousand francs a year from my father; and, whatever happened, I had always enough to live on. I did not tell Marguerite what I had done, certain as I was that she would refuse the gift. This income came from a mortgage of sixty thousand francs on a house that I had never even seen. All that I knew was that every three months my father's solicitor, an old friend of the family, handed over to me seven hundred and fifty francs in return for my receipt.Ce qu'elle avait décidé fut donc convenu. Alors elle devint d'une gaieté folle: elle dansait, elle chantait, elle se faisait une fête de la simplicité de son nouvel appartement, sur le quartier et la disposition duquel elle me consultait déjà. Je la voyais heureuse et fière de cette résolution qui semblait devoir nous rapprocher définitivement l'un de l'autre. Aussi, je ne voulus pas être en reste avec elle. En un instant je décidai de ma vie. J'établis la position de ma fortune, et je fis à Marguerite l'abandon de la rente qui me venait de ma mère, et qui me parut bien insuffisante pour récompenser le sacrifice que j'acceptais. Il me restait les cinq mille francs de pension que me faisait mon père, et, quoi qu'il arrivât, j'avais toujours assez de cette pension annuelle pour vivre. Je ne dis pas à Marguerite ce que j'avais résolu, convaincu que j'étais qu'elle refuserait cette donation. Cette rente provenait d'une hypothèque de soixante mille francs sur une maison que je n'avais même jamais vue. Tout ce que je savais, c'est qu'a chaque trimestre le notaire de mon père, vieil ami de notre famille, me remettait sept cent cinquante francs sur mon simple reçu.
The day when Marguerite and I came to Paris to look for a flat, I went to this solicitor and asked him what had to be done in order to make over this income to another person. The good man imagined I was ruined, and questioned me as to the cause of my decision. As I knew that I should be obliged, sooner or later, to say in whose favour I made this transfer, I thought it best to tell him the truth at once. He made none of the objections that his position as friend and solicitor authorized him to make, and assured me that he would arrange the whole affair in the best way possible. Naturally, I begged him to employ the greatest discretion in regard to my father, and on leaving him I rejoined Marguerite, who was waiting for me at Julie Duprat's, where she had gone in preference to going to listen to the moralizings of Prudence.Le jour où Marguerite et moi nous vînmes à Paris pour chercher des appartements, j'allai chez ce notaire, et je lui demandai de quelle façon je devais m'y prendre pour faire à une autre personne le tranfert de cette rente. Le brave homme me crut ruiné et me questionna sur la cause de cette décision. Or, comme il fallait bien tôt ou tard que je lui disse en faveur de qui je faisais cette donation, je préférai lui raconter tout de suite la vérité. Il ne me fit aucune des objections que sa position de notaire et d'ami l'autorisait à me faire, et m'assura qu'il se chargeait d'arranger tout pour le mieux. Je lui recommandai naturellement la plus grande discrétion vis-à-vis mon père, et j'allai rejoindre Marguerite qui m'attendait chez Julie Duprat, où elle avait préféré descendre plutôt que d'aller écouter la morale de Prudence.
We began to look out for flats. All those that we saw seemed to Marguerite too dear, and to me too simple. However, we finally found, in one of the quietest parts of Paris, a little house, isolated from the main part of the building. Behind this little house was a charming garden, surrounded by walls high enough to screen us from our neighbours, and low enough not to shut off our own view. It was better than our expectations.Nous nous mîmes en quête d'appartements. Tous ceux que nous voyions, Marguerite les trouvait trop chers, et moi je les trouvais trop simples. Cependant nous finîmes par tomber d'accord, et nous arrêtâmes dans un des quartiers les plus tranquilles de Paris un petit pavillon , isolé de la maison principale. Derrière ce petit pavillon s'étendait un jardin charmant, jardin qui en dépendait, entouré de murailles assez élevées pour nous séparer de nos voisins, et assez basses pour ne pas borner la vue. C'était mieux que nous n'avions espéré.
While I went to give notice at my own flat, Marguerite went to see a business agent, who, she told me, had already done for one of her friends exactly what she wanted him to do for her. She came on to the Rue de Provence in a state of great delight. The man had promised to pay all her debts, to give her a receipt for the amount, and to hand over to her twenty thousand francs, in return for the whole of her furniture. You have seen by the amount taken at the sale that this honest man would have gained thirty thousand francs out of his client.Pendant que je me rendais chez moi pour donner congé de mon appartement, Marguerite allait chez un homme d'affaires qui, disait-elle, avait déjà fait pour une de ses amies ce qu'elle allait lui demander de faire pour elle. Elle vint me retrouver rue de Provence, enchantée. Cet homme lui avait promis de payer toutes ses dettes, de lui en donner quittance, et de lui remettre une vingtaine de mille francs moyennant l'abandon de tous ses meubles. Vous avez vu par le prix auquel est montée la vente que cet honnête homme eût gagné plus de trente mille francs sur sa cliente.
We went back joyously to Bougival, talking over our projects for the future, which, thanks to our heedlessness, and especially to our love, we saw in the rosiest light.Nous repartîmes tout joyeux pour Bougival, et en continuant de nous communiquer nos projets d'avenir, que, grâce à notre insouciance et surtout à notre amour, nous voyions sous les teintes les plus dorées.
A week later, as we were having lunch, Nanine came to tell us that my servant was asking for me. "Let him come in," I said.Huit jours après nous étions à déjeuner, quand Nanine vint m'avertir que mon domestique me demandait. Je le fis entrer.
"Sir," said he, "your father has arrived in Paris, and begs you to return at once to your rooms, where he is waiting for you."--Monsieur, me dit-il, votre père est arrivé à Paris, et vous prie de vous rendre tout de suite chez vous, où il vous attend.
This piece of news was the most natural thing in the world, yet, as we heard it, Marguerite and I looked at one another. We foresaw trouble. Before she had spoken a word, I replied to her thought, and, taking her hand, I said, "Fear nothing."Cette nouvelle était la chose du monde la plus simple, et cependant, en l'apprenant, Marguerite et moi nous nous regardâmes. Nous devinions un malheur dans cet incident. Aussi, sans qu'elle m'eût fait part de cette impression que je partageais, j'y répondis en lui tendant la main: --Ne crains rien.
"Come back as soon as possible," whispered Marguerite, embracing me; "I will wait for you at the window."--Reviens le plus tôt que tu pourras, murmura Marguerite en m'embrassant, je t'attendrai à la fenêtre.
I sent on Joseph to tell my father that I was on my way. Two hours later I was at the Rue de Provence.J'envoyai Joseph dire à mon père que j'allais arriver. En effet, deux heures après, j'étais rue de Provence.
Chapter 2020
My father was seated in my room in his dressing-gown; he was writing, and I saw at once, by the way in which he raised his eyes to me when I came in, that there was going to be a serious discussion. I went up to him, all the same, as if I had seen nothing in his face, embraced him, and said:Mon père, en robe de chambre, était assis dans mon salon et il écrivait. Je compris tout de suite, à la façon dont il leva les yeux sur moi quand j'entrai, qu'il allait être question de choses graves. Je l'abordai cependant comme si je n'eusse rien deviné dans son visage, et je l'embrassai:
"When did you come, father?"--Quand êtes-vous arrivé, mon père?
"Last night."--Hier au soir.
"Did you come straight here, as usual?"--Vous êtes descendu chez moi, comme de coutume?
"Yes."--Oui.
"I am very sorry not to have been here to receive you."--Je regrette bien de ne pas m'être trouvé là pour vous recevoir.
I expected that the sermon which my father's cold face threatened would begin at once; but he said nothing, sealed the letter which he had just written, and gave it to Joseph to post.Je m'attendais à voir surgir dès ce mot la morale que me promettait le visage froid de mon père; mais il ne me répondit rien, cacheta la lettre qu'il venait d'écrire, et la remit à Joseph pour qu'il la jetât à la poste.
When we were alone, my father rose, and leaning against the mantel-piece, said to me:Quand nous fûmes seuls, mon père se leva et me dit, en s'appuyant contre la cheminée:
"My dear Armand, we have serious matters to discuss."--Nous avons, mon cher Armand, à causer de choses sérieuses.
"I am listening, father."--Je vous écoute, mon père.
"You promise me to be frank?"--Tu me promets d'être franc?
"Am I not accustomed to be so?"--C'est mon habitude.
"Is it not true that you are living with a woman called Marguerite Gautier?"--Est-il vrai que tu vives avec une femme nommée Marguerite Gautier?
"Yes."--Oui.
"Do you know what this woman was?"--Sais-tu ce qu'était cette femme?
"A kept woman."--Une fille entretenue.
"And it is for her that you have forgotten to come and see your sister and me this year?"--C'est pour elle que tu as oublié de venir nous voir cette année, ta sœur et moi?
"Yes, father, I admit it."--Oui, mon père, je l'avoue.
"You are very much in love with this woman?"--Tu aimes donc beaucoup cette femme?
"You see it, father, since she has made me fail in duty toward you, for which I humbly ask your forgiveness to-day."--Vous le voyez bien, mon père, puisqu'elle m'a fait manquer à un devoir sacré, ce dont je vous demande humblement pardon aujourd'hui.
My father, no doubt, was not expecting such categorical answers, for he seemed to reflect a moment, and then said to me:Mon père ne s'attendait sans doute pas à des réponses aussi catégoriques, car il parut réfléchir un instant, après quoi il me dit:
"You have, of course, realized that you can not always live like that?"--Tu as évidemment compris que tu ne pourrais pas vivre toujours ainsi?
"I fear so, father, but I have not realized it."--Je l'ai craint, mon père, mais je ne l'ai pas compris.
"But you must realize," continued my father, in a dryer tone, "that I, at all events, should not permit it."--Mais vous avez dû comprendre, continua mon père d'un ton un peu plus sec, que je ne le souffrirais pas, moi.
"I have said to myself that as long as I did nothing contrary to the respect which I owe to the traditional probity of the family I could live as I am living, and this has reassured me somewhat in regard to the fears I have had."--Je me suis dit que tant que je ne ferais rien qui fût contraire au respect que je dois à votre nom et à la probité traditionnelle de la famille, je pourrais vivre comme je vis, ce qui m'a rassuré un peu sur les craintes que j'avais.
Passions are formidable enemies to sentiment. I was prepared for every struggle, even with my father, in order that I might keep Marguerite.Les passions rendent fort contre les sentiments. J'étais prêt à toutes les luttes, même contre mon père, pour conserver Marguerite.
"Then, the moment is come when you must live otherwise."--Alors, le moment de vivre autrement est venu.
"Why, father?"--Eh! pourquoi, mon père?
"Because you are doing things which outrage the respect that you imagine you have for your family."--Parce que vous êtes au moment de faire des choses qui blessent le respect que vous croyez avoir pour votre famille.
"I don't follow your meaning."--Je ne m'explique pas ces paroles.
"I will explain it to you. Have a mistress if you will; pay her as a man of honour is bound to pay the woman whom he keeps, by all means; but that you should come to forget the most sacred things for her, that you should let the report of your scandalous life reach my quiet countryside, and set a blot on the honourable name that I have given you, it can not, it shall not be."--Je vais vous les expliquer. Que vous ayez une maîtresse, c'est fort bien; que vous la payiez comme un galant homme doit payer l'amour d'une fille entretenue, c'est on ne peut mieux; mais que vous oubliez les choses les plus saintes pour elle, que vous permettiez que le bruit de votre vie scandaleuse arrive jusqu'au fond de ma province et jette l'ombre d'une tache sur le nom honorable que je vous ai donné, voilà ce qui ne peut être, voilà ce qui ne sera pas.
"Permit me to tell you, father, that those who have given you information about me have been ill-informed. I am the lover of Mlle. Gautier; I live with her; it is the most natural thing in the world. I do not give Mlle. Gautier the name you have given me; I spend on her account what my means allow me to spend; I have no debts; and, in short, I am not in a position which authorizes a father to say to his son what you have just said to me."--Permettez-moi de vous dire, mon père, que ceux qui vous ont ainsi renseigné sur mon compte étaient mal informés. Je suis l'amant de mademoiselle Gautier, je vis avec elle, c'est la chose du monde la plus simple. Je ne donne pas à mademoiselle Gautier le nom que j'ai reçu de vous. Je dépense pour elle ce que mes moyens me permettent de dépenser, je n'ai pas fait une dette, et je ne me suis trouvé enfin dans aucune de ces positions qui autorisé un père à dire à son fils ce que vous venez de me dire.
"A father is always authorized to rescue his son out of evil paths. You have not done any harm yet, but you will do it."--Un père est toujours autorisé à écarter son fils de la mauvaise voie dans laquelle il le voit s'engager. Vous n'avez encore rien fait de mal, mais vous le ferez.
"Father!"--Mon père!
"Sir, I know more of life than you do. There are no entirely pure sentiments except in perfectly chaste women. Every Manon can have her own Des Grieux, and times are changed. It would be useless for the world to grow older if it did not correct its ways. You will leave your mistress."--Monsieur, je connais la vie mieux que vous. Il n'y a de sentiments entièrement chastes. Toute Manon peut faire un Des Grieux, et le temps et les mœurs sont changés. Il serait inutile que le monde vieillît, s'il ne se corrigeait pas. Vous quitterez votre maîtresse.
"I am very sorry to disobey you, father, but it is impossible."--Je suis fâché de vous désobéir, mon père, mais c'est impossible.
"I will compel you to do so."--Je vous y contraindrai.
"Unfortunately, father, there no longer exists a Sainte Marguerite to which courtesans can be sent, and, even if there were, I would follow Mlle. Gautier if you succeeded in having her sent there. What would you have? Perhaps am in the wrong, but I can only be happy as long as I am the lover of this woman."--Malheureusement, mon père, il n'y a plus d'îles Sainte-Marguerite où l'on envoie les courtisanes, et, y en eût-il encore, j'y suivrais mademoiselle Gautier, si vous obteniez qu'on l'y envoyât. Que voulez-vous? j'ai peut-être tort, mais je ne puis être heureux qu'à la condition que je resterai l'amant de cette femme.
"Come, Armand, open your eyes. Recognise that it is your father who speaks to you, your father who has always loved you, and who only desires your happiness. Is it honourable for you to live like husband and wife with a woman whom everybody has had?"--Voyons, Armand, ouvrez les yeux, reconnaissez votre père qui vous a toujours aimé, et qui ne veut que votre bonheur. Est-il honorable pour vous d'aller vivre maritalement avec une fille que tout le monde a eue?
"What does it matter, father, if no one will any more? What does it matter, if this woman loves me, if her whole life is changed through the love which she has for me and the love which I have for her? What does it matter, if she has become a different woman?"--Qu'importe, mon père, si personne ne doit plus l'avoir! qu'importe, si cette fille m'aime, si elle se régénère par l'amour qu'elle a pour moi et par l'amour que j'ai pour elle! Qu'importe, enfin, s'il y a conversion!
"Do you think, then, sir, that the mission of a man of honour is to go about converting lost women? Do you think that God has given such a grotesque aim to life, and that the heart should have any room for enthusiasm of that kind? What will be the end of this marvellous cure, and what will you think of what you are saying to-day by the time you are forty? You will laugh at this love of yours, if you can still laugh, and if it has not left too serious a trace in your past. What would you be now if your father had had your ideas and had given up his life to every impulse of this kind, instead of rooting himself firmly in convictions of honour and steadfastness? Think it over, Armand, and do not talk any more such absurdities. Come, leave this woman; your father entreats you."--Eh! croyez-vous donc, monsieur, que la mission d'un homme d'honneur soit de convertir des courtisanes? croyez-vous donc que Dieu ait donné ce but grotesque à la vie, et que le cœur ne doive pas avoir un autre enthousiasme que celui-là? Quelle sera la conclusion de cette cure merveilleuse, et que penserez-vous de ce que vous dites aujourd'hui, quand vous aurez quarante ans? Vous rirez de votre amour, s'il vous est permis d'en rire encore, s'il n'a pas laissé de traces trop profondes dans votre passé. Que seriez-vous à cette heure, si votre père avait eu vos idées, et avait abandonné sa vie à tous ces souffles d'amour, au lieu de l'établir inébranlablement sur une pensée d'honneur et de loyauté? Réfléchissez, Armand, et ne dites plus de pareilles sottises. Voyons, vous quitterez cette femme, votre père vous en supplie.
I answered nothing.Je ne répondis rien.
"Armand," continued my father, "in the name of your sainted mother, abandon this life, which you will forget more easily than you think. You are tied to it by an impossible theory. You are twenty-four; think of the future. You can not always love this woman, who also can not always love you. You both exaggerate your love. You put an end to your whole career. One step further, and you will no longer be able to leave the path you have chosen, and you will suffer all your life for what you have done in your youth. Leave Paris. Come and stay for a month or two with your sister and me. Rest in our quiet family affection will soon heal you of this fever, for it is nothing else. Meanwhile, your mistress will console herself; she will take another lover; and when you see what it is for which you have all but broken with your father, and all but lost his love, you will tell me that I have done well to come and seek you out, and you will thank me for it. Come, you will go with me, Armand, will you not?" I felt that my father would be right if it had been any other woman, but I was convinced that he was wrong with regard to Marguerite. Nevertheless, the tone in which he said these last words was so kind, so appealing, that I dared not answer.--Armand, continua mon père, au nom de votre sainte mère, croyez-moi, renoncez à cette vie que vous oublierez plus vite que vous ne pensez, et à laquelle vous enchaîne une théorie impossible. Vous avez vingt-quatre ans, songez à l'avenir. Vous ne pouvez pas aimer toujours cette femme qui ne vous aimera pas toujours non plus. Vous vous exagérez tous deux votre amour. Vous vous fermez toute carrière. Un pas de plus et vous ne pourrez plus quitter la route où vous êtes, et vous aurez, toute votre vie, le remords de votre jeunesse. Partez, venez passer un mois ou deux auprès de votre sœur. Le repos et l'amour pieux de la famille vous guériront vite de cette fièvre, car ce n'est pas autre chose. Pendant ce temps, votre maîtresse se consolera, elle prendra un autre amant, et quand vous verrez pour qui vous avez failli vous brouiller avec votre père et perdre son affection, vous me direz que j'ai bien fait de venir vous chercher, et vous me bénirez. Allons, tu partiras, n'est-ce pas, Armand? Je sentais que mon père avait raison pour toutes les femmes, mais j'étais convaincu qu'il n'avait pas raison pour Marguerite. Cependant le ton dont il m'avait dit ses dernières paroles était si doux, si suppliant que je n'osais lui répondre.
"Well?" said he in a trembling voice.--Eh bien? fit-il d'une voix émue.
"Well, father, I can promise nothing," I said at last; "what you ask of me is beyond my power. Believe me," I continued, seeing him make an impatient movement, "you exaggerate the effects of this liaison. Marguerite is a different kind of a woman from what you think. This love, far from leading me astray, is capable, on the contrary, of setting me in the right direction. Love always makes a man better, no matter what woman inspires it. If you knew Marguerite, you would understand that I am in no danger. She is as noble as the noblest of women. There is as much disinterestedness in her as there is cupidity in others."--Eh bien, mon père, je ne puis rien vous promettre, dis-je enfin; ce que vous me demandez est au-dessus de mes forces. Croyez-moi, continuai-je en le voyant faire un mouvement d'impatience, vous vous exagérez les résultats de cette liaison. Marguerite n'est pas la fille que vous croyez. Cet amour, loin de me jeter dans une mauvaise voie, est capable au contraire de développer en moi les plus honorable sentiments. L'amour vrai rend toujours meilleur, quelle que soit la femme qui l'inspire. Si vous connaissiez Marguerite, vous comprendriez que je ne m'expose à rien. Elle est noble comme les plus nobles femmes. Autant il y a de cupidité chez les autres, autant il y a de désintéressement chez elle.
"All of which does not prevent her from accepting the whole of your fortune, for the sixty thousand francs which come to you from your mother, and which you are giving her, are, understand me well, your whole fortune."--Ce qui ne l'empêche pas d'accepter toute votre fortune, car les soixante mille francs qui vous viennent de votre mère, et que vous lui donnez, sont, rappelez-vous bien ce que je vous dis, votre unique fortune.
My father had probably kept this peroration and this threat for the last stroke. I was firmer before these threats than before his entreaties.Mon père avait probablement gardé cette péroraison et cette menace pour me porter le dernier coup. J'étais plus fort devant ses menaces que devant ses prières.
"Who told you that I was handing this sum to her?" I asked.--Qui vous a dit que je dusse lui abandonner cette somme? repris-je.
"My solicitor. Could an honest man carry out such a procedure without warning me? Well, it is to prevent you from ruining yourself for a prostitute that I am now in Paris. Your mother, when she died, left you enough to live on respectably, and not to squander on your mistresses."--Mon notaire. Un honnête homme eût-il fait un acte semblable sans me prévenir? Eh bien, c'est pour empêcher votre ruine en faveur d'une fille que je suis venu à Paris. Votre mère vous a laissé en mourant de quoi vivre honorablement et non pas de quoi faire des générosités à vos maîtresses.
"I swear to you, father, that Marguerite knew nothing of this transfer."--Je vous le jure, mon père, Marguerite ignorait cette donation.
"Why, then, do you make it?"--Et pourquoi la faisiez-vous alors?
"Because Marguerite, the woman you calumniate, and whom you wish me to abandon, is sacrificing all that she possesses in order to live with me."--Parce que Marguerite, cette femme que vous calomniez et que vous voulez que j'abandonne, fait le sacrifice de tout ce qu'elle possède pour vivre avec moi.
"And you accept this sacrifice? What sort of a man are you, sir, to allow Mlle. Gautier to sacrifice anything for you? Come, enough of this. You will leave this woman. Just now I begged you; now I command you. I will have no such scandalous doings in my family. Pack up your things and get ready to come with me."--Et vous acceptez ce sacrifice? Quel homme êtes-vous donc, monsieur, pour permettre à une mademoiselle Marguerite de vous sacrifier quelque chose? Allons, en voilà assez. Vous quitterez cette femme. Tout à l'heure je vous en priais, maintenant je vous l'ordonne; je ne veux pas de pareilles saletés dans ma famille. Faites vos malles, et apprêtez-vous à me suivre.
"Pardon me, father," I said, "but I shall not come."--Pardonnez-moi, mon père, dis-je alors, mais je ne partirai pas.
"And why?"--Parce que?
"Because I am at an age when no one any longer obeys a command."--Parce que j'ai déjà l'âge où l'on n'obéit plus à un ordre.
My father turned pale at my answer.Mon père pâlit à cette réponse.
"Very well, sir," he said, "I know what remains to be done."--C'est bien, monsieur, reprit-il; je sais ce qu'il me reste à faire.
He rang and Joseph appeared.Il sonna. Joseph parut.
"Have my things taken to the Hotel de Paris," he said to my servant. And thereupon he went to his room and finished dressing. When he returned, I went up to him.--Faites transporter mes malles à l'hôtel de Paris, dit-il à mon domestique. Et en même temps il passa dans sa chambre, où il acheva de s'habiller. Quand il reparut, j'allai au-devant de lui.
"Promise me, father," I said, "that you will do nothing to give Marguerite pain?"--Vous me promettez, mon père, lui dis-je, de ne rien faire qui puisse causer de la peine à Marguerite?
My father stopped, looked at me disdainfully, and contented himself with saying, "I believe you are mad." After this he went out, shutting the door violently after him.Mon père s'arrêta, me regarda avec dédain, et se contenta de me répondre: --Vous êtes fou, je crois. Après quoi, il sortit en fermant violemment la porte derrière lui.
I went downstairs, took a cab, and returned to Bougival.Je descendis à mon tour, je pris un cabriolet et je partis pour Bougival.
Marguerite was waiting for me at the window.Marguerite m'attendait à la fenêtre.
Chapter 2121
"At last you have come," she said, throwing her arms round my neck. "But how pale you are!"--Enfin! s'écria-t-elle en me sautant au cou. Te voilà! Comme tu es pâle!
I told her of the scene with my father.Alors je lui racontai ma scène avec mon père.
"My God! I was afraid of it," she said. "When Joseph came to tell you of your father's arrival I trembled as if he had brought news of some misfortune. My poor friend, I am the cause of all your distress. You will be better off, perhaps, if you leave me and do not quarrel with your father on my account. He knows that you are sure to have a mistress, and he ought to be thankful that it is I, since I love you and do not want more of you than your position allows. Did you tell him how we had arranged our future?"--Ah! mon Dieu! je m'en doutais, dit-elle. Quand Joseph est venu nous annoncer l'arrivée de ton père, j'ai tressailli comme à la nouvelle d'un malheur. Pauvre ami! et c'est moi qui te cause tous ces chagrins. Tu ferais peut-être mieux de me quitter que de te brouiller avec ton père. Cependant je ne lui ai rien fait. Nous vivons bien tranquilles, nous allons vivre plus tranquilles encore. Il sait bien qu'il faut que tu aies une maîtresse, et il devrait être heureux que ce fût moi, puisque je t'aime et n'ambitionne pas plus que ta position ne le permet. Lui as-tu dit comment nous avons arrangé l'avenir?
"Yes; that is what annoyed him the most, for he saw how much we really love one another."--Oui, et c'est ce qui l'a le plus irrité, car il a vu dans cette détermination la preuve de notre amour mutuel.
"What are we to do, then?"--Que faire alors?
"Hold together, my good Marguerite, and let the storm pass over."--Rester ensemble, ma bonne Marguerite, et laisser passer cet orage.
"Will it pass?"--Passera-t-il?
"It will have to."--Il le faudra bien.
"But your father will not stop there."--Mais ton père ne s'en tiendra pas là?
"What do you suppose he can do?"--Que veux-tu qu'il fasse?
"How do I know? Everything that a father can do to make his son obey him. He will remind you of my past life, and will perhaps do me the honour of inventing some new story, so that you may give me up."--Que sais-je, moi? tout ce qu'un père peut faire pour que son fils lui obéisse. Il te rappellera ma vie passée et me fera peut-être l'honneur d'inventer quelque nouvelle histoire pour que tu m'abandonnes.
"You know that I love you."--Tu sais bien que je t'aime.
"Yes, but what I know, too, is that, sooner or later, you will have to obey your father, and perhaps you will end by believing him."--Oui, mais, ce que je sais aussi, c'est qu'il faut tôt ou tard obéir à son père, et tu fineras peut-être par te laisser convaincre.
"No, Marguerite. It is I who will make him believe me. Some of his friends have been telling him tales which have made him angry; but he is good and just, he will change his first impression; and then, after all, what does it matter to me?"--Non, Marguerite, c'est moi qui le convaincrai. Ce sont les cancans de quelques-uns de ses amis qui causent cette grande colère; mais il est bon, il est juste, et il reviendra sur sa première impression. Puis, après tout, que m'importe!
"Do not say that, Armand. I would rather anything should happen than that you should quarrel with your family; wait till after to-day, and to-morrow go back to Paris. Your father, too, will have thought it over on his side, and perhaps you will both come to a better understanding. Do not go against his principles, pretend to make some concessions to what he wants; seem not to care so very much about me, and he will let things remain as they are. Hope, my friend, and be sure of one thing, that whatever happens, Marguerite will always be yours."--Ne dis pas cela, Armand; j'aimerais mieux tout que de laisser croire que je te brouille avec ta famille; laisse passer cette journée, et demain retourne à Paris. Ton père aura réfléchi de son côté comme toi du tien, et peut-être vous entendrez-vous mieux. Ne heurte pas ses principes, aie l'air de faire quelques concessions à ses désirs; parais ne pas tenir autant à moi, et il laissera les choses comme elles sont. Espère, mon ami, et sois bien certain d'une chose, c'est que, quoi qu'il arrive, ta Marguerite te restera.
"You swear it?"--Tu me le jures?
"Do I need to swear it?"--Ai-je besoin de te le jurer?
How sweet it is to let oneself be persuaded by the voice that one loves! Marguerite and I spent the whole day in talking over our projects for the future, as if we felt the need of realizing them as quickly as possible. At every moment we awaited some event, but the day passed without bringing us any new tidings.Qu'il est doux de se laisser persuader par une voix que l'on aime! Marguerite et moi, nous passâmes toute la journée à nous redire nos projets comme si nous avions compris le besoin de les réaliser plus vite. Nous nous attendions à chaque minute à quelque événement, mais heureusement le jour se passa sans amener rien de nouveau.
Next day I left at ten o'clock, and reached the hotel about twelve.Le lendemain, je partis à dix heures, et j'arrivai vers midi à l'hôtel.
My father had gone out. I went to my own rooms, hoping that he had perhaps gone there. No one had called. I went to the solicitor's. No one was there. I went back to the hotel, and waited till six. M. Duval did not return, and I went back to Bougival.Mon père était déjà sorti. Je me rendis chez moi, où j'espérais que peut-être il était allé. Personne n'était venu. J'allai chez mon notaire. Personne! Je retournai à l'hôtel, et j'attendis jusqu'à six heures. M. Duval ne rentra pas. Je repris la route de Bougival.
I found Marguerite not waiting for me, as she had been the day before, but sitting by the fire, which the weather still made necessary. She was so absorbed in her thoughts that I came close to her chair without her hearing me. When I put my lips to her forehead she started as if the kiss had suddenly awakened her.Je trouvai Marguerite, non plus m'attendant comme la veille, mais assise au coin du feu qu'exigeait déjà la saison. Elle était assez plongée dans ses réflexions pour me laisser approcher de son fauteuil sans m'entendre et sans se retourner. Quand je posai mes lèvres sur son front, elle tressaillit comme si ce baiser l'eût réveillé en sursaut.
"You frightened me," she said. "And your father?"--Tu m'as fait peur, me dit-elle. Et ton père?
"I have not seen him. I do not know what it means. He was not at his hotel, nor anywhere where there was a chance of my finding him."--Je ne l'ai pas vu. Je ne sais ce que cela veut dire. Je ne l'ai trouvé ni chez lui, ni dans aucun des endroits où il y avait possibilité qu'il fût.
"Well, you must try again to-morrow."--Allons, ce sera à recommencer demain.
"I am very much inclined to wait till he sends for me. I think I have done all that can be expected of me."--J'ai bien envie d'attendre qu'il me fasse demander. J'ai fait, je crois, tout ce que je devais faire.
"No, my friend, it is not enough; you must call on your father again, and you must call to-morrow."--Non, mon ami, ce n'est point assez, il faut retourner chez ton père, demain surtout.
"Why to-morrow rather than any other day?"--Pourquoi demain plutôt qu'un autre jour?
"Because," said Marguerite, and it seemed to me that she blushed slightly at this question, "because it will show that you are the more keen about it, and he will forgive us the sooner."--Parce que, fit Marguerite, qui me parut rougir un peu à cette question, parce que l'insistance de ta part en résultera plus promptement.
For the remainder of the day Marguerite was sad and preoccupied. I had to repeat twice over everything I said to her to obtain an answer. She ascribed this preoccupation to her anxiety in regard to the events which had happened during the last two days. I spent the night in reassuring her, and she sent me away in the morning with an insistent disquietude that I could not explain to myself.Tout le reste du jour, Marguerite fut préoccupée, distraite, triste. J'étais forcé de lui répéter deux fois ce que je lui disais pour obtenir une réponse. Elle rejeta cette préoccupation sur les craintes que lui inspiraient pour l'avenir les événements survenus depuis deux jours. Je passai ma nuit à la rassurer, et elle me fit partir le lendemain avec une insistante inquiétude que je ne m'expliquais pas.
Again my father was absent, but he had left this letter for me:Comme la veille, mon père était absent; mais, en sortant, il m'avait laissé cette lettre:
"If you call again to-day, wait for me till four. If I am not in by four, come and dine with me to-morrow. I must see you.""Si vous revenez me voir aujourd'hui, attendez-moi jusqu'à quatre heures; si à quatre heures je ne suis pas rentré, revenez dîner demain avec moi; il faut que je vous parle."
I waited till the hour he had named, but he did not appear. I returned to Bougival.J'attendis jusqu'à l'heure dite. Mon père ne reparut pas. Je partis.
The night before I had found Marguerite sad; that night I found her feverish and agitated. On seeing me, she flung her arms around my neck, but she cried for a long time in my arms. I questioned her as to this sudden distress, which alarmed me by its violence. She gave me no positive reason, but put me off with those evasions which a woman resorts to when she will not tell the truth.La veille j'avais trouvé Marguerite triste, ce jour-là je la trouvai fiévreuse et agitée. En me voyant entrer, elle me sauta au cou, mais elle pleura longtemps dans mes bras. Je la questionnai sur cette douleur subite dont la gradation m'alarmait. Elle ne me donna aucune raison positive, alléguant tout ce qu'une femme peut alléguer quand elle ne veut pas répondre la vérité.
When she was a little calmed down, I told her the result of my visit, and I showed her my father's letter, from which, I said, we might augur well. At the sight of the letter and on hearing my comment, her tears began to flow so copiously that I feared an attack of nerves, and, calling Nanine, I put her to bed, where she wept without a word, but held my hands and kissed them every moment.Quand elle fut un peu calmée, je lui racontai les résultats de mon voyage; je lui montrai la lettre de mon père, en lui faisant observer que nous en pouvions augurer du bien. A la vue de cette lettre et à la réflexion que je fis, les larmes redoublèrent à un tel point que j'appelai Nanine, et que, craignant une atteinte nerveuse, nous couchâmes la pauvre fille qui pleurait sans dire une syllabe, mais qui me tenait les mains, et les baisait à chaque instant.
I asked Nanine if, during my absence, her mistress had received any letter or visit which could account for the state in which I found her, but Nanine replied that no one had called and nothing had been sent.Je demandai à Nanine si, pendant mon absence, sa maîtresse avait reçu une lettre ou une visite qui pût motiver l'état où je la trouvais, mais Nanine me répondit qu'il n'était venu personne et que l'on n'avait rien apporté.
Something, however, had occurred since the day before, something which troubled me the more because Marguerite concealed it from me.Cependant il se passait depuis la veille quelque chose d'autant plus inquiétant que Marguerite me le cachait.
In the evening she seemed a little calmer, and, making me sit at the foot of the bed, she told me many times how much she loved me. She smiled at me, but with an effort, for in spite of herself her eyes were veiled with tears.Elle parut un peu plus calme dans la soirée; et, me faisant asseoir au pied de son lit, elle me renouvela longuement l'assurance de son amour. Puis, elle me souriait, mais avec effort, car, malgré elle, ses yeux se voilaient de larmes.
I used every means to make her confess the real cause of her distress, but she persisted in giving me nothing but vague reasons, as I have told you. At last she fell asleep in my arms, but it was the sleep which tires rather than rests the body. From time to time she uttered a cry, started up, and, after assuring herself that I was beside her, made me swear that I would always love her.J'employai tous les moyens pour lui faire avouer la véritable cause de ce chagrin, mais elle s'obstina à me donner toujours les raisons vagues que je vous ai déjà dites. Elle finit par s'endormir dans mes bras, mais de ce sommeil qui brise le corps au lieu de le reposer; de temps en temps elle poussait un cri, se réveillait en sursaut, et après s'être assurée que j'étais bien auprès d'elle, elle me faisait lui jurer de l'aimer toujours.
I could make nothing of these intermittent paroxysms of distress, which went on till morning. Then Marguerite fell into a kind of stupor. She had not slept for two nights.Je ne comprenais rien à ces intermittences de douleur qui se prolongèrent jusqu'au matin. Alors Marguerite tomba dans une sorte d'assoupissement. Depuis deux nuits elle ne dormait pas. Ce repos ne fut pas de longue durée.
Her rest was of short duration, for toward eleven she awoke, and, seeing that I was up, she looked about her, crying:Vers onze heures, Marguerite se réveilla, et, me voyant levé, elle regarda autour d'elle en s'écriant:
"Are you going already?"--T'en vas-tu donc déjà?
"No," said I, holding her hands; "but I wanted to let you sleep on. It is still early."--Non, dis-je en lui prenant les mains, mais j'ai voulu te laisser dormir. Il est de bonne heure encore.
"What time are you going to Paris?"--A quelle heure vas-tu à Paris?
"At four."--A quatre heures.
"So soon? But you will stay with me till then?"--Sitôt? jusque-là tu resteras avec moi, n'est-ce pas?
"Of course. Do I not always?"--Sans doute, n'est-ce pas mon habitude?
"I am so glad! Shall we have lunch?" she went on absentmindedly.--Quel bonheur! --Nous allons déjeuner? reprit-elle d'un air distrait.
"If you like."--Si tu le veux.
"And then you will be nice to me till the very moment you go?"--Et puis tu m'embrasseras bien jusqu'au moment de partir?
"Yes; and I will come back as soon as I can."--Oui, et je reviendrai le plus tôt possible.
"You will come back?" she said, looking at me with haggard eyes.--Tu reviendras? fit-elle en me regardant avec des yeux hagards.
"Naturally."--Naturellement.
"Oh, yes, you will come back to-night. I shall wait for you, as I always do, and you will love me, and we shall be happy, as we have been ever since we have known each other."--C'est juste, tu reviendras ce soir, et moi, je t'attendrai, comme d'habitude, et tu m'aimeras, et nous serons heureux comme nous le sommes depuis que nous nous connaissons.
All these words were said in such a strained voice, they seemed to hide so persistent and so sorrowful a thought, that I trembled every moment lest Marguerite should become delirious.Toutes ces paroles étaient dites d'un ton si saccadé, elles semblaient cacher une pensée douloureuse si continue, que je tremblais à chaque instant de voir Marguerite tomber en délire.
"Listen," I said. "You are ill. I can not leave you like this. I will write and tell my father not to expect me."--Écoute, lui dis-je, tu es malade, je ne puis pas te laisser ainsi. Je vais écrire à mon père qu'il ne m'attende pas.
"No, no," she cried hastily, "don't do that. Your father will accuse me of hindering you again from going to see him when he wants to see you; no, no, you must go, you must! Besides, I am not ill. I am quite well. I had a bad dream and am not yet fully awake."--Non! non! s'écria-t-elle brusquement, ne fais pas cela. Ton père m'accuserait encore de t'empêcher d'aller chez lui quand il veut te voir; non, non, il faut que tu y ailles, il le faut! D'ailleurs, je ne suis pas malade, je me porte à merveille. C'est que j'ai fait un mauvais rêve, et que je n'étais pas bien réveillée?
From that moment Marguerite tried to seem more cheerful. There were no more tears.A partir de ce moment, Marguerite essaya de paraître plus gaie. Elle ne pleura plus.
When the hour came for me to go, I embraced her and asked her if she would come with me as far as the train; I hoped that the walk would distract her and that the air would do her good. I wanted especially to be with her as long as possible.Quand vint l'heure où je devais partir, je l'embrassai, et lui demandai si elle voulait m'accompagner jusqu'au chemin de fer: j'espérais que la promenade la distrairait et que l'air lui ferait du bien.
She agreed, put on her cloak and took Nanine with her, so as not to return alone. Twenty times I was on the point of not going. But the hope of a speedy return, and the fear of offending my father still more, sustained me, and I took my place in the train.Je tenais surtout à rester le plus longtemps possible avec elle. Elle accepta, prit un manteau et m'accompagna avec Nanine, pour ne pas revenir seule. Vingt fois je fus au moment de ne pas partir. Mais l'espérance de revenir vite et la crainte d'indisposer de nouveau mon père contre moi me soutinrent, et le convoi m'emporta.
"Till this evening!" I said to Marguerite, as I left her. She did not reply.--A ce soir, dis-je à Marguerite en la quittant. Elle ne me répondit pas.
Once already she had not replied to the same words, and the Comte de G., you will remember, had spent the night with her; but that time was so far away that it seemed to have been effaced from my memory, and if I had any fear, it was certainly not of Marguerite being unfaithful to me. Reaching Paris, I hastened off to see Prudence, intending to ask her to go and keep Marguerite company, in the hope that her mirth and liveliness would distract her. I entered without being announced, and found Prudence at her toilet.Une fois déjà elle ne m'avait pas répondu à ce même mot, et le comte de G..., vous vous le rappelez, avait passé la nuit chez elle; mais ce temps était si loin, qu'il semblait effacé de ma mémoire, et si je craignais quelque chose, ce n'était certes plus que Marguerite me trompât. En arrivant à Paris, je courus chez Prudence la prier d'aller voir Marguerite, espérant que sa verve et sa gaieté la distrairaient.
"Ah!" she said, anxiously; "is Marguerite with you?"--Ah! me dit-elle d'un air inquiet. Est-ce que Marguerite est avec vous?
"No."--Non.
"How is she?"--Comment va-t-elle?
"She is not well."--Elle est souffrante.
"Is she not coming?"--Est-ce qu'elle ne viendra pas?
"Did you expect her?"--Est-ce qu'elle devait venir?
Madame Duvernoy reddened, and replied, with a certain constraint:Madame Duvernoy rougit, et me répondit, avec un certain embarras:
"I only meant that since you are at Paris, is she not coming to join you?"--Je voulais dire: Puisque vous venez à Paris, est-ce qu'elle ne viendra pas vous y rejoindre?
"No."--Non.
I looked at Prudence; she cast down her eyes, and I read in her face the fear of seeing my visit prolonged.Je regardai Prudence; elle baissa les yeux et sur sa physionomie je crus lire la crainte de voir ma visite se prolonger.
"I even came to ask you, my dear Prudence, if you have nothing to do this evening, to go and see Marguerite; you will be company for her, and you can stay the night. I never saw her as she was to-day, and I am afraid she is going to be ill."--Je venais même vous prier, ma chère Prudence, si vous n'avez rien à faire, d'aller voir Marguerite ce soir; vous lui tiendriez compagnie, et vous pourriez coucher là-bas. Je ne l'ai jamais vue comme elle était aujourd'hui, et je tremble qu'elle ne tombe malade.
"I am dining in town," replied Prudence, "and I can't go and see Marguerite this evening. I will see her tomorrow."--Je dîne en ville, me répondit Prudence, et je ne pourrai pas voir Marguerite ce soir, mais je la verrai demain.
I took leave of Mme. Duvernoy, who seemed almost as preoccupied as Marguerite, and went on to my father's; his first glance seemed to study me attentively. He held out his hand.Je pris congé de madame Duvernoy, qui me parraissait presque aussi préoccupée que Marguerite, et je me rendis chez mon père, dont le premier regard m'étudia avec attention. Il me tendit la main.
"Your two visits have given me pleasure, Armand," he said; "they make me hope that you have thought over things on your side as I have on mine."--Vos deux visites m'ont fait plaisir, Armand, me dit-il, elles m'ont fait espérer que vous auriez réfléchi de votre côté, comme j'ai réfléchi, moi, du mien.
"May I ask you, father, what was the result of your reflection?"--Puis-je me permettre de vous demander, mon père, quel a été le résultat de vos réflexions"
"The result, my dear boy, is that I have exaggerated the importance of the reports that had been made to me, and that I have made up my mind to be less severe with you."--Il a été, mon ami, que je m'étais exagéré l'importance des rapports que l'on m'avait faits, et que je me suis promis d'être moins sévère avec toi.
"What are you saying, father?" I cried joyously.--Que dites-vous, mon père! m'écrirai-je avec joie.
"I say, my dear child, that every young man must have his mistress, and that, from the fresh information I have had, I would rather see you the lover of Mlle. Gautier than of any one else."--Je dis, mon cher enfant, qu'il faut que tout jeune homme ait une maîtresse, et que, d'après de nouvelles informations, j'aime mieux te savoir l'amant de mademoiselle Gautier que d'une autre.
"My dear father, how happy you make me!"--Mon excellent père! que vous me rendez heureux!
We talked in this manner for some moments, and then sat down to table. My father was charming all dinner time.Nous causâmes ainsi quelques instants, puis nous nous mîmes à table. Mon père fut charmant tout le temps que dura le dîner.
I was in a hurry to get back to Bougival to tell Marguerite about this fortunate change, and I looked at the clock every moment.J'avais hâte de retourner à Bougival pour raconter à Marguerite cet heureux changement. A chaque instant je regardais la pendule.
"You are watching the time," said my father, "and you are impatient to leave me. O young people, how you always sacrifice sincere to doubtful affections!"--Tu regardes l'heure, me disait mon père, tu es impatient de me quitter. Oh! jeunes gens! vous sacrifierez donc toujours les affections sincères aux affections douteuses?
"Do not say that, father; Marguerite loves me, I am sure of it."--Ne dites pas cela, mon père! Marguerite m'aime, j'en suis sûr.
My father did not answer; he seemed to say neither yes nor no.Mon père ne répondit pas; il n'avait l'air ni de douter ni de croire.
He was very insistent that I should spend the whole evening with him and not go till the morning; but Marguerite had not been well when I left her. I told him of it, and begged his permission to go back to her early, promising to come again on the morrow.Il insista beaucoup pour me faire passer la soirée entière avec lui, et pour que je ne repartisse que le lendemain; mais j'avais laissé Marguerite souffrante, je le lui dis, et je lui demandai la permission d'aller la retrouver de bonne heure, lui promettant de revenir le lendemain.
The weather was fine; he walked with me as far as the station. Never had I been so happy. The future appeared as I had long desired to see it. I had never loved my father as I loved him at that moment.Il faisait beau; il voulut m'accompagner jusqu'au débarcadère. Jamais je n'avais été si heureux. L'avenir m'apparaissait tel que je cherchaisà le voir depuis longtemps. J'aimais plus mon père que je ne l'avais jamais aimé.
Just as I was leaving him, he once more begged me to stay. I refused.Au moment où j'allais partier, il insista une dernière fois pour que je restasse; je refusai.
"You are really very much in love with her?" he asked.--Tu l'aimes donc bien? me demanda-t-il.
"Madly."--Comme un fou.
"Go, then," and he passed his hand across his forehead as if to chase a thought, then opened his mouth as if to say something; but he only pressed my hand, and left me hurriedly, saying:--Va alors! et il passa la main sur son front comme s'il eût voulu en chasser une pensée, puis il ouvrit la bouche comme pour me dire quelque chose; mais il se contenta de me serrer la main, et me quitta brusquement en me criant:
"Till to-morrow, then!"--A demain! donc.
Chapter 2222
It seemed to me as if the train did not move. I reached Bougival at eleven.Il me semblait que le convoi ne marchait pas. Je fus à Bougival à onze heures.
Not a window in the house was lighted up, and when I rang no one answered the bell. It was the first time that such a thing had occurred to me. At last the gardener came. I entered. Nanine met me with a light. I went to Marguerite's room.Pas une fenêtre de la maison n'était éclairée, et je sonnai sans que l'on me répondit. C'était la première fois que pareille chose m'arrivait. Enfin le jardinier parut. J'entrai. Nanine me rejoignit avec une lumière. J'arrivai à la chambre de Marguerite.
"Where is madame?"--Où est madame?
"Gone to Paris," replied Nanine.--Madame est partie pour Paris, me répondit Nanine.
"To Paris!"--Pour Paris!
"Yes, sir."--Oui, monsieur.
"When?"--Quand?
"An hour after you."--Une heure après vous.
"She left no word for me?"--Elle ne vous a rien laissé pour moi?
"Nothing."--Rien.
Nanine left me.Nanine me laissa.
Perhaps she had some suspicion or other, I thought, and went to Paris to make sure that my visit to my father was not an excuse for a day off. Perhaps Prudence wrote to her about something important. I said to myself when I was alone; but I saw Prudence; she said nothing to make me suppose that she had written to Marguerite."Elle est capable d'avoir eu des craintes, pensai-je, et d'être allée à Paris pour s'assurer si la visite que je lui avais dit aller faire à mon père n'était pas un prétexte pour avoir un jour de liberté. "Peut-être Prudence lui a-t-elle écrit pour quelque affaire importante, me dis-je quand je fus seul; mais j'avais vu Prudence à mon arrivée, et elle ne m'avait rien dit que pût me faire supposer qu'elle eût écrit à Marguerite.
All at once I remembered Mme. Duvernoy's question, "Isn't she coming to-day?" when I had said that Marguerite was ill. I remembered at the same time how embarrassed Prudence had appeared when I looked at her after this remark, which seemed to indicate an appointment. I remembered, too, Marguerite's tears all day long, which my father's kind reception had rather put out of my mind. From this moment all the incidents grouped themselves about my first suspicion, and fixed it so firmly in my mind that everything served to confirm it, even my father's kindness.Tout à coup je me souvins de cette question que madame Duvernoy m'avait faite: "Elle ne viendra donc pas aujourd'hui?" quand je lui avais dit que Marguerite était malade. Je me rappelai en même temps l'air embarrassé de Prudence, lorsque je l'avais regardée après cette phrase qui semblait trahir un rendez-vous. A ce souvenir se joignait celui des larmes de Marguerite pendant toute la journée, larmes que le bon accueil de mon père m'avait fait oublier un peu. A partir de ce moment, tous les incidents du jour vinrent se grouper autour de mon premier soupçon et le fixèrent si solidement dans mon esprit que tout le confirma, jusqu'à la clémence paternelle.
Marguerite had almost insisted on my going to Paris; she had pretended to be calmer when I had proposed staying with her. Had I fallen into some trap? Was Marguerite deceiving me? Had she counted on being back in time for me not to perceive her absence, and had she been detained by chance? Why had she said nothing to Nanine, or why had she not written? What was the meaning of those tears, this absence, this mystery?Marguerite avait presque exigé que j'allasse à Paris; elle avait affecté le calme lorsque je lui avais proposé de rester auprès d'elle. Étais-je tombé dans un piège? Marguerite me trompait-elle? avait-elle compté être de retour assez à temps pour que je m'aperçusse pas de son absence, et le hasard l'avait-il retenue? Pourquoi n'avait-elle rien dit à Nanine, ou pourquoi ne m'avait-elle pas écrit? Que voulaient dire ces larmes, cette absence, ce mystère?
That is what I asked myself in affright, as I stood in the vacant room, gazing at the clock, which pointed to midnight, and seemed to say to me that it was too late to hope for my mistress's return. Yet, after all the arrangements we had just made, after the sacrifices that had been offered and accepted, was it likely that she was deceiving me? No. I tried to get rid of my first supposition.Voilà ce que je me demandais avec effroi, au milieu de cette chambre vide, et les yeux fixés sur la pendule qui, marquant minuit, semblait me dire qu'il était trop tard pour que j'espérasse encore voir revenir ma maîtresse. Cependant, après les dispositions que nous venions de prendre, avec le sacrifice offert et accepté, était-il vraisemblable qu'elle me trompât? Non. J'essayai de rejeter mes premières suppositions.
Probably she had found a purchaser for her furniture, and she had gone to Paris to conclude the bargain. She did not wish to tell me beforehand, for she knew that, though I had consented to it, the sale, so necessary to our future happiness, was painful to me, and she feared to wound my self-respect in speaking to me about it. She would rather not see me till the whole thing was done, and that was evidently why Prudence was expecting her when she let out the secret. Marguerite could not finish the whole business to-day, and was staying the night with Prudence, or perhaps she would come even now, for she must know bow anxious I should be, and would not wish to leave me in that condition. But, if so, why those tears? No doubt, despite her love for me, the poor girl could not make up her mind to give up all the luxury in which she had lived until now, and for which she had been so envied, without crying over it. I was quite ready to forgive her for such regrets. I waited for her impatiently, that I might say to her, as I covered her with kisses, that I had guessed the reason of her mysterious absence.--La pauvre fille aura trouvé un acquéreur pour son mobilier, et elle sera allée à Paris pour conclure. Elle n'aura pas voulu me prévenir, car elle sait que, quoique je l'accepte, cette vente, nécessaire à notre bonheur à venir, m'est pénible, et elle aura craint de blesser mon amour-propre et ma délicatesse en m'en parlant. Elle aime mieux reparaître seulement quand tout sera terminé. Prudence l'attendait évidemment pour cela, et s'est trahie devant moi: Marguerite n'aura pu terminer son marché aujourd'hui, et elle couche chez elle, ou peut-être même va-t-elle arriver tout à l'heure, car elle doît se douter de mon inquiétude et ne voudra certainement pas m'y laisser. Mais alors, pourquoi ces larmes? Sans doute, malgré son amour pour moi, la pauvre fille n'aura pu se résoudre sans pleurer à abandonner le luxe au milieu duquel elle a vécu jusqu'à présent et qui la faisait heureuse et enviée. Je pardonnais bien volontiers ces regrets à Marguerite . Je l'attendais impatiemment pour lui dire, en la couvrant de baisers, que j'avais deviné la cause de sa mystérieuse absence.
Nevertheless, the night went on, and Marguerite did not return.Cependant, la nuit avançait et Marguerite n'arrivait pas.
My anxiety tightened its circle little by little, and began to oppress my head and heart. Perhaps something had happened to her. Perhaps she was injured, ill, dead. Perhaps a messenger would arrive with the news of some dreadful accident. Perhaps the daylight would find me with the same uncertainty and with the same fears.L'inquiétude resserrait peu à peu son cercle et m'étreignait la tête et le cœur. Peut-être lui était-il arrivé quelque chose! Peut-être était-elle blessée, malade, morte! Peut-être allais-je voir arriver un messager m'annonçant quelque douloureux accident! Peut-être le jour me trouverait-il dans la même incertitude et dans les mêmes craintes!
The idea that Marguerite was perhaps unfaithful to me at the very moment when I waited for her in terror at her absence did not return to my mind. There must be some cause, independent of her will, to keep her away from me, and the more I thought, the more convinced I was that this cause could only be some mishap or other. O vanity of man, coming back to us in every form!L'idée que Marguerite me trompait à l'heure où je l'attendais au milieu des terreurs que me causait son absence ne me revenait plus à l'esprit. Il fallait une cause indépendante de sa volonté pour la retenir loin de moi, et plus j'y songeais, plus j'étais convaince que cette cause ne pouvait être qu'un malheur quelconque. O vanité de l'homme! tu te représentes sous toutes les formes.
One o'clock struck. I said to myself that I would wait another hour, but that at two o'clock, if Marguerite had not returned, I would set out for Paris. Meanwhile I looked about for a book, for I dared not think. Manon Lescaut was open on the table. It seemed to me that here and there the pages were wet as if with tears. I turned the leaves over and then closed the book, for the letters seemed to me void of meaning through the veil of my doubts.Une heure venait de sonner. Je me dis que j'allais attendre une heure encore, mais qu'à deux heures, si Marguerite n'était pas revenue, je partirais pour Paris. En attendant, je cherchai un livre, car je n'osais penser. Manon Lascaut était ouvert sur la table. Il me sembla que d'endroits en endroits les pages étaient mouillées comme par des larmes. Après l'avoir feuilleté, je refermai ce livre dont les caractères m'apparaissaient vides de sens à travers le voile de mes doutes.
Time went slowly. The sky was covered with clouds. An autumn rain lashed the windows. The empty bed seemed at moments to assume the aspect of a tomb. I was afraid.L'heure marchait lentement. Le ciel était couvert. Une pluie d'automne fouettait les vitres. Le lit vide me paraissait prendre par moments l'aspect d'une tombe. J'avais peur.
I opened the door. I listened, and heard nothing but the voice of the wind in the trees. Not a vehicle was to be seen on the road. The half hour sounded sadly from the church tower.J'ouvris la porte. J'écoutais et n'entendais rien que le bruit du vent dans les arbres. Pas une voiture ne passait sur la route. La demie sonna tristement au clocher de l'église.
I began to fear lest some one should enter. It seemed to me that only a disaster could come at that hour and under that sombre sky.J'en étais arrivé à craindre que quelqu'un n'entrât. Il me semblait qu'un malheur seul pouvait venir me trouver à cette heure et par ce temps sombre.
Two o'clock struck. I still waited a little. Only the sound of the bell troubled the silence with its monotonous and rhythmical stroke.Deux heures sonnèrent. J'attendis encore un peu. La pendule seule troublait le silence de son bruit monotone et cadencé.
At last I left the room, where every object had assumed that melancholy aspect which the restless solitude of the heart gives to all its surroundings.Enfin je quittai cette chambre dont les moindres objets avaient revêtu cet aspect triste que donne à tout ce qui l'entoure l'inquiète solitude du cœur.
In the next room I found Nanine sleeping over her work. At the sound of the door, she awoke and asked if her mistress had come in.Dans la chambre voisine je trouvai Nanine endormie sur son ouvrage. Au bruit de la porte, elle se réveilla et me demanda si sa maîtresse était rentrée.
"No; but if she comes in, tell her that I was so anxious that I had to go to Paris."--Non, mais, si elle rentre, vous lui direz que je n'ai pu résister à mon inquiétude, et que je suis parti pour Paris.
"At this hour?"--A cette heure?
"Yes.--Oui.
"But how? You won't find a carriage."--Mais comment? vous ne trouverez pas de voiture.
"I will walk."--J'irai à pied.
"But it is raining."--Mais il pleut.
"No matter."--Que m'importe?
"But madame will be coming back, or if she doesn't come it will be time enough in the morning to go and see what has kept her. You will be murdered on the way."--Madame va rentrer, ou, si elle ne rentre pas, il sera toujours temps, au jour, d'aller voir ce qui l'a retenue. Vous allez vous faire assassiner sur la route.
"There is no danger, my dear Nanine; I will see you to-morrow."--Il n'y a pas de danger, ma chère Nanine; à demain.
The good girl went and got me a cloak, put it over my shoulders, and offered to wake up Mme. Arnould to see if a vehicle could be obtained; but I would hear of nothing, convinced as I was that I should lose, in a perhaps fruitless inquiry, more time than I should take to cover half the road. Besides, I felt the need of air and physical fatigue in order to cool down the over-excitement which possessed me.La brave fille alla me chercher mon manteau, me le jeta sur les épaule, m'offrit d'aller réveiller la mère Arnould, et de s'enquérir d'elle s'il était possible d'avoir une voiture; mais je m'y opposai, convaincu que je perdraisà cetter tentative, peut-être infructueuse, plus de temps queje n'en mattrais à faire la moitié du chemin. Puis j'avais besoin d'air et d'une fatigue physique qui épuisât la surexcitation à laquelle j'étais en proie.
I took the key of the flat in the Rue d'Antin, and after saying good-bye to Nanine, who came with me as far as the gate, I set out.Je pris la clef de l'appartement de la rue d'Antin, et après avoir dit adieu à Nanine, qui m'avait accompagne jusqu'à la grille, je partis.
At first I began to run, but the earth was muddy with rain, and I fatigued myself doubly. At the end of half an hour I was obliged to stop, and I was drenched with sweat. I recovered my breath and went on. The night was so dark that at every step I feared to dash myself against one of the trees on the roadside, which rose up sharply before me like great phantoms rushing upon me.Je me mis d'abord à courir, mais la terre était fraîchement mouillée, et je me fatiguais doublement. Au bout d'une demi-heure de cette course, je fus forcé de m'arrêter, j'étais en nage. Je repris haleine et je continuai mon chemin. La nuit était si épaisse que je tremblais à chaque instant de me heurter contre un des arbres de la route, lesquels, se présentant brusquement à mes yeux, avaient l'air de grands fantômes courant sur moi.
I overtook one or two wagons, which I soon left behind. A carriage was going at full gallop toward Bougival. As it passed me the hope came to me that Marguerite was in it. I stopped and cried out, "Marguerite! Marguerite!" But no one answered and the carriage continued its course. I watched it fade away in the distance, and then started on my way again. I took two hours to reach the Barriere de l'Etoile. The sight of Paris restored my strength, and I ran the whole length of the alley I had so often walked.Je rencontrai une ou deux voitures de rouliers que j'eus bientôt laissées en arrière. Une calèche se dirigeait au grand trot du côté de Bougival. Au moment où elle passait devant moi, l'espoir me vint que Marguerite était dedans. Je m'arrêtait en criant: Marguerite! Marguerite! Mais personne ne me répondit et la calèche continua sa route. Je la regardai s'éloigner, et je repartis. Je mis deux heures pour arriver à la barrière de l'Étoile. La vue de Paris me rendit des forces, et je descendis en courant la longue allée que j'avais parcourue tant de fois.
That night no one was passing; it was like going through the midst of a dead city. The dawn began to break. When I reached the Rue d'Antin the great city stirred a little before quite awakening. Five o'clock struck at the church of Saint Roch at the moment when I entered Marguerite's house. I called out my name to the porter, who had had from me enough twenty-franc pieces to know that I had the right to call on Mlle. Gautier at five in the morning. I passed without difficulty. I might have asked if Marguerite was at home, but he might have said "No," and I preferred to remain in doubt two minutes longer, for, as long as I doubted, there was still hope.Cette nuit-là personne n'y passait. On eût dit la promenade d'une ville morte. Le jour commençait à poindre. Quand j'arrivai à la rue d'Antin, la grande ville se remuait déjà un peu avant de se réveiller tout à fait. Cinq heures sonnaient à l'église Saint-Roch au moment où j'entrais dans la maison de Marguerite. Je jetai mon nom au portier, lequel avait reçu de moi assez de pièces de vingt francs pour savoir que j'avais le droit de venir à cinq heures chez mademoiselle Gautier. Je passai donc sans obstacle. J'aurais pu lui demander si Marguerite était chez elle, mais il eût pu me répondre que non, et j'aimais mieux douter deux minutes de plus, car en doutant j'espérais encore.
I listened at the door, trying to discover a sound, a movement. Nothing. The silence of the country seemed to be continued here. I opened the door and entered. All the curtains were hermetically closed. I drew those of the dining-room and went toward the bed-room and pushed open the door. I sprang at the curtain cord and drew it violently. The curtain opened, a faint light made its way in. I rushed to the bed. It was empty.Je prêtai l'oreille à la porte, tâchant de surprendre un bruit, un mouvement. Rien. Le silence de la campagne semblait se continuer jusque-là. J'ouvris la porte, et j'entrai. Tous les rideaux étaient hermétiquement fermés. Je tirai ceux de la salle à manger, et je me dirigeai vers la chambre à coucher dont je poussai la porte. Je sautai sur le cordon des rideaux et je le tirai violemment. Les rideaux s'écartèrent; un faible jour pénétra, je courus au lit. Il était vide!
I opened the doors one after another. I visited every room. No one. It was enough to drive one mad.J'ouvris les portes les unes après les autres, je visitai toutes les chambres. Personne. C'était à devenir fou.
I went into the dressing-room, opened the window, and called Prudence several times. Mme. Duvernoy's window remained closed.Je passai dans le cabinet de toilette, dont j'ouvris la fenêtre, et j'appelai Prudence à plusieurs reprises. La fenêtre de madame Duvernoy resta fermée.
I went downstairs to the porter and asked him if Mlle. Gautier had come home during the day.Alors je descendis chez le portier, à qui je demandai si mademoiselle Gautier était venue chez elle pendant le jour.
"Yes," answered the man; "with Mme. Duvernoy."--Oui, me répondit cet homme, avec madame Duvernoy.
"She left no word for me?"--Elle n'a rien dit pour moi?
"No."--Rien.
"Do you know what they did afterward?"--Savez-vous ce qu'elles ont fait ensuite.
"They went away in a carriage."--Elles sont montées en voiture.
"What sort of a carriage?"--Quel genre de voiture?
"A private carriage."--Un coupé de maître.
What could it all mean?Qu'est-ce que tout cela voulait dire?
I rang at the next door.Je sonnai à la porte voisine.
"Where are you going, sir?" asked the porter, when he had opened to me.--Où allez-vous monsieur? me demanda le concierge après m'avoir ouvert.
"To Mme. Duvernoy's."--Chez madame Duvernoy.
"She has not come back."--Elle n'est pas rentrée.
"You are sure?"--Vous en êtes sûr?
"Yes, sir; here's a letter even, which was brought for her last night and which I have not yet given her."--Oui, monsieur; voilà même une lettre qu'on a apportée pour elle hier au soir et que je ne lui ai pas encore remise.
And the porter showed me a letter which I glanced at mechanically. I recognised Marguerite's writing. I took the letter. It was addressed, "To Mme. Duvernoy, to forward to M. Duval."Et le portier me montrait une lettre sur laquelle je jetai machinalement les yeux. Je reconnus l'ecriture de Marguerite. Je pris la lettre. L'adresse portait ces mots: "A madame Duvernoy, pour remettre à M. Duval."
"This letter is for me," I said to the porter, as I showed him the address.--Cette lettre est pour moi, dis-je au portier, et je lui montrai l'adresse.
"You are M. Duval?" he replied.--C'est vous monsieur Duval? me répondit cet homme.
"Yes.--Oui.
"Ah! I remember. You often came to see Mme. Duvernoy."--Ah! je vous reconnais, vous venez souvent chez madame Duvernoy.
When I was in the street I broke the seal of the letter. If a thunder-bolt had fallen at my feet I should have been less startled than I was by what I read.Une fois dans la rue, je brisai le cachet de cette lettre. La foudre fût tombée à mes pieds que je n'eusse pas été plus épouvanté que je le fus par cette lecture.
"By the time you read this letter, Armand, I shall be the mistress of another man. All is over between us."A l'heure où vous lirez cette lettre, Armand, je serai déjà la maîtresse d'un autre homme. Tout est donc fini entre nous.
"Go back to your father, my friend, and to your sister, and there, by the side of a pure young girl, ignorant of all our miseries, you will soon forget what you would have suffered through that lost creature who is called Marguerite Gautier, whom you have loved for an instant, and who owes to you the only happy moments of a life which, she hopes, will not be very long now."Retournez auprès de votre père, mon ami, allez revoir votre sœur, jeune fille chaste, ignorante de toutes nos misères, et auprès de laquelle vous oublierez bien vite ce que vous aura fait souffrir cette fille perdue que l'on nomme Marguerite Gautier, que vous avez bien voulu aimer un instant, et qui vous doit les seuls moments heureux d'une vie qui, elle l'espère, ne sera pas longue maintenant."
When I had read the last word, I thought I should have gone mad. For a moment I was really afraid of falling in the street. A cloud passed before my eyes and my blood beat in my temples. At last I came to myself a little. I looked about me, and was astonished to see the life of others continue without pausing at my distress.Quand j'eus lu le dernier mot, je crus que j'allais devenir fou. Un moment j'eus réelement peur de tomber sur le pavé de la rue. Un nuage me passait sur les yeux et le sang me battait dans les tempes. Enfin je me remis un peu, je regardai autour de moi, tout étonné de voir la vie des autres se continuer sans arrêter à mon malheur.
I was not strong enough to endure the blow alone. Then I remembered that my father was in the same city, that I might be with him in ten minutes, and that, whatever might be the cause of my sorrow, he would share it.J'étais pas assez fort pour supporter seul le coup que Marguerite me portait. Alors je me souvins que mon père était dans la même ville que moi, que dans dix minutes je pourrais être auprès de lui, et que, quelle que fût la cause de ma douleur, il la partagerait.
I ran like a madman, like a thief, to the Hotel de Paris; I found the key in the door of my father's room; I entered. He was reading. He showed so little astonishment at seeing me, that it was as if he was expecting me. I flung myself into his arms without saying a word. I gave him Marguerite's letter, and, falling on my knees beside his bed, I wept hot tears.Je courus comme un fou, comme un voleur, jusqu'à l'hôtel de Paris: je trouvai la clef sur la porte de l'appartement de mon père. J'entrai. Il lisait. Au peu d'étonnement qu'il montra en me voyant paraître, on eût dit qu'il m'attendait. Je me précipitai dans ses bras sans lui dire un mot, je lui donnai la lettre de Marguerite, et me laissant tomber devant son lit, je pleurai à chaudes larmes.
Chapter 2323
When the current of life had resumed its course, I could not believe that the day which I saw dawning would not be like those which had preceded it. There were moments when I fancied that some circumstance, which I could not recollect, had obliged me to spend the night away from Marguerite, but that, if I returned to Bougival, I should find her again as anxious as I had been, and that she would ask me what had detained me away from her so long.Quand toutes les choses de la vie eurent repris leur cours, je ne pus croire que le jour qui se levait ne serait pas semblable pour moi à ceux qui l'avaient précédé. Il y avait des moments où je me figurais qu'une circonstance, que je ne me rappellais pas, m'avait fait passer la nuit hors de chez Marguerite, mais que, si je retournais à Bougival, j'allais la retrouver inquiète, comme je l'avais été et qu'elle me demanderait qui m'avait ainsi retenu loin d'elle.
When one's existence has contracted a habit, such as that of this love, it seems impossible that the habit should be broken without at the same time breaking all the other springs of life. I was forced from time to time to reread Marguerite's letter, in order to convince myself that I had not been dreaming.Quand l'existence a contracté une habitude comme celle de cet amour, il semble impossible que cette habitude se rompe sans briser en même temps tous les autres ressorts de la vie. J'étais donc forcé de temps en temps de relire la lettre de Marguerite, pour bien me convaincre que je n'avais pas rêvé.
My body, succumbing to the moral shock, was incapable of movement. Anxiety, the night walk, and the morning's news had prostrated me. My father profited by this total prostration of all my faculties to demand of me a formal promise to accompany him. I promised all that he asked, for I was incapable of sustaining a discussion, and I needed some affection to help me to live, after what had happened. I was too thankful that my father was willing to console me under such a calamity.Mon corps, succombant sous la secousse morale, était incapable d'un mouvement. L'inquiétude, la marche de la nuit, la nouvelle du matin m'avaient épuisé. Mon père profita de cette prostration totale de mes forces pour me demander la promesse formelle de partir avec lui. Je promis tout ce qu'il voulut. J'étais incapable de soutenir une discussion, et j'avais besoin d'une affection réele pour m'aider à vivre après ce qui venait de se passer. J'étais trop heureux que mon père voulût bien me consoler d'un pareil chagrin.
All that I remember is that on that day, about five o'clock, he took me with him in a post-chaise. Without a word to me, he had had my luggage packed and put up behind the chaise with his own, and so he carried me off. I did not realize what I was doing until the town had disappeared and the solitude of the road recalled to me the emptiness of my heart. Then my tears again began to flow.Tout ce que je me rappelle, c'est que ce jour-là, vers cinq heures, il me fit monter avec lui dans une chaise de poste. Sans me rien dire, il avait fait préparer mes malles, les avait fait attacher avec les siennes derrière la voiture, et il m'emmenait. Je ne sentis ce que je faisais que lorsque la ville eut disparu, et que la solitude de la route me rappela le vide de mon cœur. Alors les larmes me reprirent.
My father had realized that words, even from him, would do nothing to console me, and he let me weep without saying a word, only sometimes pressing my hand, as if to remind me that I had a friend at my side.Mon père avait compris que des paroles, même de lui, ne me consoleraient pas, et il me laissait pleurer sans me dire un mot, se contentant parfois de me serrer la main, comme pour me rappeler que j'avais un ami à côté de moi.
At night I slept a little. I dreamed of Marguerite.La nuit, je dormis un peu. Je rêvai de Marguerite.
I woke with a start, not recalling why I was in the carriage. Then the truth came back upon me, and I let my head sink on my breast. I dared not say anything to my father. I was afraid he would say, "You see I was right when I declared that this woman did not love you." But he did not use his advantage, and we reached C. without his having said anything to me except to speak of matters quite apart from the event which had occasioned my leaving Paris.Je me réveillai en sursaut, ne comprenant pas pourquoi j'étais dans une voiture. Puis la réalité me revint à l'esprit et je laissai tomber ma tête sur ma poitrine. Je n'osais entretenir mon père, je craignais toujours qu'il ne me dit: "Tu vois que j'avais raison quand je niais l'amour de cette femme." Mais il n'abusa pas de son avantage, et nous arrivâmes à C... sans qu'il m'eût dit autre chose que des paroles complètement étrangères à l'événement qui m'avait fait partir.
When I embraced my sister, I remembered what Marguerite had said about her in her letter, and I saw at once how little my sister, good as she was, would be able to make me forget my mistress.Quand j'embrassai ma sœur, je me rappelai les mots de la lettre de Marguerite qui la concernaient, mais je compris tout de suite que, si bonne qu'elle fût, ma sœur serait insuffisante à me faire oublier ma maîtresse.
Shooting had begun, and my father thought that it would be a distraction for me. He got up shooting parties with friends and neighbours. I went without either reluctance or enthusiasm, with that sort of apathy into which I had sunk since my departure.La chasse était ouverte, mon père pensa qu'elle serait une distraction pour moi. Il organisa donc des parties de chasse avec des voisins et des amis. J'y allai sans répugnance comme sans enthousiasme, avec cette sorte d'apathie qui était le caractère de toutes mes actions depuis mon départ.
We were beating about for game and I was given my post. I put down my unloaded gun at my side, and meditated. I watched the clouds pass. I let my thought wander over the solitary plains, and from time to time I heard some one call to me and point to a hare not ten paces off. None of these details escaped my father, and he was not deceived by my exterior calm. He was well aware that, broken as I now was, I should some day experience a terrible reaction, which might be dangerous, and, without seeming to make any effort to console me, he did his utmost to distract my thoughts.Nous chassions au rabat. On me mettai à mon poste. Je posais mon fusil désarmé à côté de moi, et je rêvais. Je regardais les nuages passer. Je laissais ma pensée errer dans les plaines solitaires, et de temps en temps je m'entendais appeler par quelque chasseur me montrant un lièvre à dix pas de moi. Aucun de ces détails n'échappait à mon père, et il ne se laissait pas prendre à mon calme extérieur. Il comprenait bien que, si abattu qu'il fût, mon cœur aurait quelque jour une réaction terrible, dangereuse peut-être, et tout en évitant de paraître me consoler, il faisait son possible pour me distraire.
My sister, naturally, knew nothing of what had happened, and she could not understand how it was that I, who had formerly been so lighthearted, had suddenly become so sad and dreamy.Ma sœur, naturellement, n'était pas dans la confidence de tous ces événements, elle ne s'expliquait donc pas pourquoi, moi, si gai autrefois, j'étais tout à coup devenu si rêveur et si triste.
Sometimes, surprising in the midst of my sadness my father's anxious scrutiny, I pressed his hand as if to ask him tacitly to forgive me for the pain which, in spite of myself, I was giving him.Parfois, surpris au milieu de ma tristesse par le regard inquiet de mon père, je lui tendais la main et je serrais la sienne comme pour lui demander tacitement pardon du mal que, malgré moi, je lui faisais.
Thus a month passed, but at the end of that time I could endure it no longer. The memory of Marguerite pursued me unceasingly. I had loved, I still loved this woman so much that I could not suddenly become indifferent to her. I had to love or to hate her. Above all, whatever I felt for her, I had to see her again, and at once. This desire possessed my mind, and with all the violence of a will which had begun to reassert itself in a body so long inert.Un mois se passa ainsi, mais ce fut tout ce que je pus supporter. Le souvenir de Marguerite me poursuivait sans cesse. J'avais trop aimé et j'aimais trop cette femme pour qu'elle pût me devenir indifférent tout à coup. Il fallait surtout, quelque sentiment que j'eusse pour elle, que je la revisse, et cela tout de suite. Ce désir entra dans mon esprit, et s'y fixa avec toute la violence de la volonté qui reparaît enfin dans un corps inerte depuis longtemps.
It was not enough for me to see Marguerite in a month, a week. I had to see her the very next day after the day when the thought had occurred to me; and I went to my father and told him that I had been called to Paris on business, but that I should return promptly. No doubt he guessed the reason of my departure, for he insisted that I should stay, but, seeing that if I did not carry out my intention the consequences, in the state in which I was, might be fatal, he embraced me, and begged me, almost, with tears, to return without delay.Ce n'était pas dans l'avenir, dans un mois, dans huit jours qu'il me fallait Marguerite, c'était le lendemain même du jour où j'en avais eu l'idée; et je vins dire à mon père que j'allais le quitter pour des affaires qui me rappelaient à Paris, mais que je reviendrais promptement. Il devina sans doute le motif qui me faisait partir, car il insista pour que je restasse; mais, voyant que l'inexécution de ce désir, dans l'état irritable où j'étais, pourrait avoir des conséquences fatales pour moi, il m'embrassa, et me pria, presque avec des larmes, de revenir bientôt auprès de lui.
I did not sleep on the way to Paris. Once there, what was I going to do? I did not know; I only knew that it must be something connected with Marguerite. I went to my rooms to change my clothes, and, as the weather was fine and it was still early, I made my way to the Champs-Elysees. At the end of half an hour I saw Marguerite's carriage, at some distance, coming from the Rond-Point to the Place de la Concorde. She had repurchased her horses, for the carriage was just as I was accustomed to see it, but she was not in it. Scarcely had I noticed this fact, when looking around me, I saw Marguerite on foot, accompanied by a woman whom I had never seen.Je ne dormis pas avant d'être arrivé à Paris. Une fois arrivé, qu'allais-je faire? je l'ignorais; mais il fallait avant tout que je m'occupasse de Marguerite. J'allai chez moi m'habiller, et comme il faisait beau, et qu'il en était encore temps, je me rendis aux Champs-Élysées. Au bout d'une demi-heure, je vis venir de loin, et du rond-point à la place de la Concorde, la voiture de Marguerite. Elle avait racheté ses chevaux, car la voiture était telle qu'autrefois; seulement elle n'était pas dedans. A peine avais-je remarqué cette absence, qu'en reportant les yeux autour de moi, je vis Marguerite qui descendait à pied, accompagnée d'une femme que je n'avais jamais vue auparavant.
As she passed me she turned pale, and a nervous smile tightened about her lips. For my part, my heart beat violently in my breast; but I succeeded in giving a cold expression to my face, as I bowed coldly to my former mistress, who just then reached her carriage, into which she got with her friend.En passant à côté de moi, elle pâlit, et un sourire nerveux crispa ses lèvres. Quant à moi un violent battement de cœur m'ébranla la poitrine; mais je parvins à donner une expression froide à mon visage, et je saluai froidement mon ancienne maîtresse, qui rejoignit presque aussitôt sa voiture, dans laquelle elle monta avec son amie.
I knew Marguerite: this unexpected meeting must certainly have upset her. No doubt she had heard that I had gone away, and had thus been reassured as to the consequences of our rupture; but, seeing me again in Paris, finding herself face to face with me, pale as I was, she must have realized that I had not returned without purpose, and she must have asked herself what that purpose was.Je connaissais Marguerite. Ma rencontre inattendue avait dû la boulverser. Sans doute elle avait appris mon départ, qui l'avait tranquillisée sur la suite de notre rupture; mais me voyant revenir, et se trouvant face à face avec moi, pâle comme je l'étais, elle avait compris que mon retour avait un but, et elle devait se demander ce qui allait avoir lieu.
If I had seen Marguerite unhappy, if, in revenging myself upon her, I could have come to her aid, I should perhaps have forgiven her, and certainly I should have never dreamt of doing her an injury. But I found her apparently happy, some one else had restored to her the luxury which I could not give her; her breaking with me seemed to assume a character of the basest self-interest; I was lowered in my own esteem as well as in my love. I resolved that she should pay for what I had suffered.Si j'avais retrouvé Marguerite malheureuse, si, pour me venger d'elle, j'avais pu venir à son secours, je lui aurais peut-être pardonné, et n'aurais certainement pas songé à lui faire du mal; mais je la retrouvais heureuse, en apparence du moins; un autre lui avait rendu le luxe que je n'avais pu lui continuer; notre rupture, venue d'elle, prenait par conséquent le caractère du plus bas intérêt; j'étais humilié dans mon amour-propre comme dans mon amour, il fallait nécessairement qu'elle payât ce que j'avais souffert.
I could not be indifferent to what she did, consequently what would hurt her the most would be my indifference; it was, therefore, this sentiment which I must affect, not only in her eyes, but in the eyes of others.Je ne pouvais être indifférent à ce que faisait cette femme; par conséquent, ce qui devait lui faire le plus de mal, c'était mon indifférence; c'était donc ce sentiment-là qu'il fallait feindre, non seulement à ses yeux, mais aux yeux des autres.
I tried to put on a smiling countenance, and I went to call on Prudence. The maid announced me, and I had to wait a few minutes in the drawing-room. At last Mme. Duvernoy appeared and asked me into her boudoir; as I seated myself I heard the drawing-room door open, a light footstep made the floor creak and the front door was closed violently.J'essayai de me faire un visage souriant, et je me rendis chez Prudence. La femme de chambre alla m'annoncer et me fit attendre quelques instants dans le salon. Madame Duvernoy parut enfin, et m'introduisait dans son boudoir; au moment où je m'y asseyais, j'entendis ouvrir la porte du salon, et un pas léger fit crier le parquet, puis la porte du carré fut fermée violemment.
"I am disturbing you," I said to Prudence.--Je vous dérange? demandai-je à Prudence.
"Not in the least. Marguerite was there. When she heard you announced, she made her escape; it was she who has just gone out."--Pas du tout, Marguerite était là. Quand elle vous a entendu annoncer, elle s'est sauvée: c'est elle qui vient de sortir.
"Is she afraid of me now?"--Je lui fais donc peur maintenant?
"No, but she is afraid that you would not wish to see her."--Non, mais elle craint qu'il ne vous soit désagréable de la revoir.
"But why?" I said, drawing my breath with difficulty, for I was choked with emotion. "The poor girl left me for her carriage, her furniture, and her diamonds; she did quite right, and I don't bear her any grudge. I met her to-day," I continued carelessly.--Pourquoi donc? dis-je en faisant un effort pour respirer librement, car l'émotion m'étouffait; la pauvre fille m'a quitté pour ravoir sa voiture, ses meubles et ses diamants, elle a bien fait, et je ne dois pas lui en vouloir. Je l'ai rencontrée aujoud'hui, continuai-je négligemment.
"Where?" asked Prudence, looking at me and seeming to ask herself if this was the same man whom she had known so madly in love.--Où? fit Prudence, qui me regardait et semblait se demander si cet homme était bien celui qu'elle avait connu si amoureux.
"In the Champs-Elysees. She was with another woman, very pretty. Who is she?"--Aux Champs-Élysées, elle était avec une autre femme fort jolie. Quelle est cette femme?
"What was she like?"--Comment est-elle?
"Blonde, slender, with side curls; blue eyes; very elegant."--Une blonde, mince, portant des anglaises; des yeux bleus, très élégante.
"Ali! It was Olympe; she is really very pretty."--Ah! c'est Olympe; une très jolie fille, en effet.
"Whom does she live with?"--Avec qui vit-elle?
"With nobody; with anybody."--Avec personne, avec tout le monde.
"Where does she live?"--Et elle demeure?
"Rue Troncliet, No.—. Do you want to make love to her?"--Rue Tronchet, no... Ah çà, vous voulez lui faire la cour?
"One never knows."--On ne sait pas ce qui peut arriver.
"And Marguerite?"--Et Marguerite?
"I should hardly tell you the truth if I said I think no more about her; but I am one of those with whom everything depends on the way in which one breaks with them. Now Marguerite ended with me so lightly that I realize I was a great fool to have been as much in love with her as I was, for I was really very much in love with that girl."--Vous dire que je ne pense plus du tout à elle, ce serait mentir; mais je suis de ces hommes avec qui la façon de rompre fait beaucoup. Or, Marguerite m'a donné mon congé d'une façon si légère, que je me suis trouvé bien sot d'en avoir été amoureux comme je l'ai été, car j'ai été vraiment fort amoureux de cette fille.
You can imagine the way in which I said that; the sweat broke out on my forehead.Vous devinez avec quel ton j'essayais de dire ces choses-là: l'eau me coulait sur le front.
"She was very fond of you, you know, and she still is; the proof is, that after meeting you to-day, she came straight to tell me about it. When she got here she was all of a tremble; I thought she was going to faint."--Elle vous aimait bien, allez, et elle vous aime toujours: la preuve, c'est qu'après vous avoir rencontré aujourd'hui, elle est venue tout de suite me faire part de cette rencontre. Quand elle est arrivé, elle était toute tremblante, près de se trouver mal.
"Well, what did she say?"--Eh bien, que vous a-t-elle dit?
"She said, 'He is sure to come here,' and she begged me to ask you to forgive her."--Elle m'a dit: "Sans doute il viendra vous voir," et elle m'a priée d'implorer de vous son pardon.
"I have forgiven her, you may tell her. She was a good girl; but, after all, like the others, and I ought to have expected what happened. I am even grateful to her, for I see now what would have happened if I had lived with her altogether. It was ridiculous."--Je lui ai pardonné, vous pouvez le lui dire. C'est une bonne fille, mais c'est une fille; et ce qu'elle m'a fait, je devais m'y attendre. Je lui suis même reconnaissant de sa résolution, car aujourd'hui je me demande à quoi nous aurait menés mon idée de vivre tout à fait avec elle. C'était de la folie.
"She will be very glad to find that you take it so well. It was quite time she left you, my dear fellow. The rascal of an agent to whom she had offered to sell her furniture went around to her creditors to find out how much she owed; they took fright, and in two days she would have been sold up."--Elle sera bien contente en apprenant que vous avez pris votre parti de la nécessité où elle se trouvait. Il était temps qu'elle vous quittât, mon cher. Le gredin d'homme d'affaires à qui elle avait proposé de vendre son mobilier avait été trouver ses créanciers pour leur demander combien elle leur devait; ceux-ci avaient eu peur, et l'on allait vendre dans deux jours.
"And now it is all paid?"--Et maintenant, c'est payé?
"More or less."--A peu près.
"And who has supplied the money?"--Et qui a fait les fonds?
"The Comte de N. Ah, my dear friend, there are men made on purpose for such occasions. To cut a long story short he gave her twenty thousand francs, but he has had his way at last. He knows quite well that Marguerite is not in love with him; but he is very nice with her all the same. As you have seen, he has repurchased her horses, he has taken her jewels out of pawn, and he gives her as much money as the duke used to give her; if she likes to live quietly, he will stay with her a long time."--Le comte de N... Ah! mon cher! il y a des hommes faits exprès pour cela. Bref, il a donné vingt mille francs; mais il en est arrivé à ses fins. Il sait bien que Marguerite n'est pas amoureuse de lui, ce qui ne l'empêche pas d'être très gentil pour elle. Vous avez vu, il lui a racheté ses chevaux, il lui a retiré ses bijoux et lui donne autant d'argent que el duc lui en donnait; si elle veut vivre tranquillement, cet homme-là restera longtemps avec elle.
"And what is she doing? Is she living in Paris altogether?"--Et que fait-elle? habite-t-elle tout à fait Paris?
"She would never go back to Bougival after you went. I had to go myself and see after all her things, and yours, too. I made a package of them and you can send here for them. You will find everything, except a little case with your initials. Marguerite wanted to keep it. If you really want it, I will ask her for it."--Elle n'a jamais voulu retourner à Bougival depuis que vous êtes parti. C'est moi qui suis allée y chercher toutes ses affaires, et même les vôtres, dont j'ai fait un paquet que vous ferez prendre ici. Il y a tout, excepté un petit portefeuille avec votre chiffre. Marguerite a voulu le prendre et l'a chez elle. Si vous y tenez, je le lui redemanderai.
"Let her keep it," I stammered, for I felt the tears rise from my heart to my eyes at the recollection of the village where I had been so happy, and at the thought that Marguerite cared to keep something which had belonged to me and would recall me to her. If she had entered at that moment my thoughts of vengeance would have disappeared, and I should have fallen at her feet.--Qu'elle le garde, balbutiai-je, car je sentais les larmes monter de mon cœur à mes yeux au souvenir de ce village où j'avais été si heureux, et à l'idée que Marguerite tenait à garder une chose qui venait de moi et me rappelait à elle. Si elle était entrée à ce moment, mes résolutions de vengeance auraient disparu et je serais tombé à ses pieds.
"For the rest," continued Prudence, "I never saw her as she is now; she hardly takes any sleep, she goes to all the balls, she goes to suppers, she even drinks. The other day, after a supper, she had to stay in bed for a week; and when the doctor let her get up, she began again at the risk of her life. Shall you go and see her?"--Du reste, reprit Prudence, je ne l'ai jamais vue comme elle est maintenant: elle ne dort preque plus, elle court les bals, elle soupe, elle se grise même. Dernièrement, après un souper, elle est restée huit jours au lit; et quand le médecin lui a permis de se lever, elle a recommencé, au risque d'en mourir. Irez-vous la voir?
"What is the good? I came to see you, because you have always been charming to me, and I knew you before I ever knew Marguerite. I owe it to you that I have been her lover, and also, don't I, that I am her lover no longer?"--A quoi bon? Je suis venu vous voir, vous, parce que vous avez été toujours charmante pour moi, et que vous connaissais avant de connaître Marguerite. C'est à vous que je dois d'avoir été son amant, comme c'est à vous que je dois de ne plus l'être, n'est-ce pas?
"Well, I did all I could to get her away from you, and I believe you will be thankful to me later on."--Ah! dame, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour qu'elle vous quittât, et je crois que, plus tard, vous ne m'en voudrez pas.
"I owe you a double gratitude," I added, rising, for I was disgusted with the woman, seeing her take every word I said to her as if it were serious.--Je vous en ai une double reconnaissance, ajoutai-je en me levant, car j'avais du dégoût pour cette femme, à la voir prendre au sérieux tout ce que je lui disais.
"You are going?"--Vous vous en allez?
"Yes."--Oui.
I had learned enough.J'en savais assez.
"When shall I be seeing you?"--Quand vous verra-t-on?
"Soon. Good-bye."--Bientôt. Adieu.
"Good-bye."--Adieu.
Prudence saw me to the door, and I went back to my own rooms with tears of rage in my eyes and a desire for vengeance in my heart.Prudence me conduisait jusqu'à la porte, et je rentrai chez moi des larmes de rage dans les yeux et un besoin de vengeance dans le cœur.
So Marguerite was no different from the others; so the steadfast love that she had had for me could not resist the desire of returning to her former life, and the need of having a carriage and plunging into dissipation. So I said to myself, as I lay awake at night though if I had reflected as calmly as I professed to I should have seen in this new and turbulent life of Marguerite the attempt to silence a constant thought, a ceaseless memory. Unfortunately, evil passion had the upper hand, and I only sought for some means of avenging myself on the poor creature. Oh, how petty and vile is man when he is wounded in one of his narrow passions!Ainsi Marguerite était décidément une fille comme les autres; ainsi, cet amour profond qu'elle avait pour moi n'avait pas lutté contre le désir de reprendre sa vie passée, et contre le besoin d'avoir une voiture et de faire des orgies. Voilà ce que je me disais au milieu de mes insomnies, tandis que, si j'avais réfléchi aussi froidement que je l'affectais, j'aurais vu dans cette nouvelle existence bruyante de Marguerite l'espérance pour elle de faire taire une pensée continue, un souvenir incessant. Malheureusement, la passion mauvaise dominait en moi, et je ne cherchai qu'un moyen de torturer cette pauvre créature. Oh! l'homme est bien petit et bien vil quand l'une des ses étroites passions est blessée.
This Olympe whom I had seen was, if not a friend of Marguerite, at all events the woman with whom she was most often seen since her return to Paris. She was going to give a ball, and, as I took it for granted that Marguerite would be there, I tried to get an invitation and succeeded.Cette Olympe, avec qui je l'avais vue, était sinon l'amie de Marguerite, du moins celle qu'elle fréquentait le plus souvent depuis son retour à Paris. Elle allait donner un bal, et comme je supposais que Marguerite y serait, je cherchai à me faire donner une invitation et je l'obtins.
When, full of my sorrowful emotions, I arrived at the ball, it was already very animated. They were dancing, shouting even, and in one of the quadrilles I perceived Marguerite dancing with the Comte de N., who seemed proud of showing her off, as if he said to everybody: "This woman is mine."Quand, plein de mes douloureuses émotions, j'arrivai à ce bal, il était déjà fort animé. On dansait, on criait même, et, dans un des quadrilles, j'aperçus Marguerite dansant avec le comte de N..., lequel paraissait tout fier de la montrer, et semblait dire à tout le monde: --Cette femme est à moi!
I leaned against the mantel-piece just opposite Marguerite and watched her dancing. Her face changed the moment she caught sight of me. I saluted her casually with a glance of the eyes and a wave of the hand.J'allai m'adosser à la cheminée, juste en face de Marguerite, et je la regaradi danser. A peine m'eut elle aperçu qu'elle se troubla. Je la vis et je la saluai distraitement de la main et des yeux.
When I reflected that after the ball she would go home, not with me but with that rich fool, when I thought of what would follow their return, the blood rose to my face, and I felt the need of doing something to trouble their relations.Quand je songeais que après le bal, ce ne serait plus avec moi, mais avec ce riche imbécile qu'elle s'en irait, quand je me représentais ce qui vraisemblablement allait suivre leur retour chez elle, le sang me montait au visage, et le besoin me venait de troubler leurs amours.
After the contredanse I went up to the mistress of the house, who displayed for the benefit of her guests a dazzling bosom and magnificent shoulders. She was beautiful, and, from the point of view of figure, more beautiful than Marguerite. I realized this fact still more clearly from certain glances which Marguerite bestowed upon her while I was talking with her. The man who was the lover of such a woman might well be as proud as M. de N., and she was beautiful enough to inspire a passion not less great than that which Marguerite had inspired in me. At that moment she had no lover. It would not be difficult to become so; it depended only on showing enough money to attract her attention.Après la contredanse, j'allai saluer la maîtresse de la maison, qui étalait aux yeux des invités des épaules magnifiques et la moitié d'une gorge éblouissante. Cette fille-là était belle, et, au point de vue de la forme, plus belle que Marguerite. Je le compris mieux encore à certains regards que celle-ci jeta sur Olympe pendant que je lui parlais. L'homme qui serait l'amant de cette femme pourrait être aussi fier que l'était M. de N... et elle était assez belle pour inspirer une passion égale à celle que Marguerite m'avait inspirée. Elle n'avait pas d'amant à cette époque. Il ne serait pas difficile de le devenir. Le tout était de montrer assez d'or pour se faire regarder.
I made up my mind. That woman should be my mistress. I began by dancing with her. Half an hour afterward, Marguerite, pale as death, put on her pelisse and left the ball.Ma résolution fut prise. Cette femme serait ma maîtresse. Je commençai mon rôle de postulant en dansant avec Olympe. Une demi-heure après, Marguerite, pâle comme une morte, mettait sa pelisse et quittait le bal.
Chapter 2424
It was something already, but it was not enough. I saw the hold which I had upon this woman, and I took a cowardly advantage of it.C'était déjà quelque chose, mais ce n'était pas assez. Je comprenais l'empire que j'avais sur cette femme et j'en abusais lâchement.
When I think that she is dead now, I ask myself if God will ever forgive me for the wrong I did her.Quand je pense qu'elle est morte maintenant, je me demande si Dieu me pardonnera jamais le mal que j'ai fait.
After the supper, which was noisy as could be, there was gambling. I sat by the side of Olympe and put down my money so recklessly that she could not but notice me. In an instant I had gained one hundred and fifty or two hundred louis, which I spread out before me on the table, and on which she fastened her eyes greedily.Après le souper, qui fut des plus bruyants, on se mit à jouer. Je m'assis à côté d'Olympe et j'engageai mon argent avec tant de hardiesse qu'elle ne pouvait s'empêcher d'y faire attention. En un instant, je gagnai cent cinquante ou deux cents louis, que j'étalais devant moi et sur lesquels elle fixait des yeux ardents.
I was the only one not completely absorbed by the game, and able to pay her some attention. All the rest of the night I gained, and it was I who gave her money to play, for she had lost all she had before her and probably all she had in the house.J'étais le seul que le jeu ne préoccupât point complétement et qui s'occupât d'elle. Tout le reste de la nuit je gagnai, et ce fut moi qui lui donnai de l'argent pour jouer, car elle avait perdu tout ce qu'elle avait devant elle et probablement chez elle.
At five in the morning, the guests departed. I had gained three hundred louis.A cinq heures du matin on partit. Je gagnais trois cents louis.
All the players were already on their way downstairs; I was the only one who had remained behind, and as I did not know any of them, no one noticed it. Olympe herself was lighting the way, and I was going to follow the others, when, turning back, I said to her:Tous les joueurs étaient déjà en bas, mois seul étais resté en arrière sans que l'on s'en aperçût, car je n'étais l'ami d'aucun de ces messieurs. Olympe éclairait elle-même l'escalier et j'allais descendre comme les autres, quand, revenant vers elle, je lui dis:
"I must speak to you."--Il faut que je vous parle.
"To-morrow," she said.--Demain, me dit-elle.
"No, now."--Non, maintenant.
"What have you to say?"--Qu'avez-vous à me dire?
"You will see."--Vous le verrez.
And I went back into the room.Et je rentrai dans l'appartement.
"You have lost," I said.--Vous avez perdu, lui dis-je.
"Yes.--Oui.
"All that you had in the house?"--Tout ce que vous aviez chez vous?
She hesitated.Elle hésita.
"Be frank."--Soyez franche.
"Well, it is true."--Eh bien, c'est vrai.
"I have won three hundred louis. Here they are, if you will let me stay here to-night."--J'ai gagné trois cents louis, les voilà, si vous voulez me garder ici.
And I threw the gold on the table.Et, en même temps, je jetai l'or sur la table.
"And why this proposition?"--Et pourquoi cette proposition?
"Because I am in love with you, of course."--Parce que je vous aime, pardieu!
"No, but because you love Marguerite, and you want to have your revenge upon her by becoming my lover. You don't deceive a woman like me, my dear friend; unluckily, I am still too young and too good-looking to accept the part that you offer me."--Non, mais parce que vous êtes amoureux de Marguerite et que vous voulez vous venger d'elle en devenant mon amant. On ne trompe pas une femme comme moi, mon cher ami; malheureusement je suis encore trop jeune et trop belle pour accepter le rôle que vous me proposez.
"So you refuse?"--Ainsi, vous refusez?
"Yes.--Oui.
"Would you rather take me for nothing? It is I who wouldn't accept then. Think it over, my dear Olympe; if I had sent some one to offer you these three hundred louis on my behalf, on the conditions I attach to them, you would have accepted. I preferred to speak to you myself. Accept without inquiring into my reasons; say to yourself that you are beautiful, and that there is nothing surprising in my being in love with you."--Préférez-vous m'aimer pour rien? C'est moi qui n'accepterais pas alors. Réfléchissez, ma chère Olympe; je vous aurais envoyé une personne quelconque vous proposer ces trois cents louis de ma part aux conditions que j'y mets, vous eussiez accepté. J'ai mieux aimé traiter directement avec vous. Acceptez sans chercher les causes qui me font agir; dites-vous que vous êtes belle, et qu'il n'y a rien d'étonnant que je sois amoureux de vous.
Marguerite was a woman in the same position as Olympe, and yet I should never have dared say to her the first time I met her what I had said to the other woman. I loved Marguerite. I saw in her instincts which were lacking in the other, and at the very moment in which I made my bargain, I felt a disgust toward the woman with whom I was making it.Marguerite était une fille entretenue comme Olympe, et cependant je n'eusse jamais osé lui dire, la première fois que je l'avais vue, ce que je venais de dire à cette autre créature, et qu'au moment même où je proposais ce marché, malgré son extrême beauté, celle avec qui j'allais le conclure me dégoûtait.
She accepted, of course, in the end, and at midday I left her house as her lover; but I quitted her without a recollection of the caresses and of the words of love which she had felt bound to shower upon me in return for the six thousand francs which I left with her. And yet there were men who had ruined themselves for that woman.Elle finit par accepter, bien entendu, et, à midi, je sortis de chez elle son amant: mais je quittai son lit sans emporter le souvenir des caresses et des mots d'amour qu'elle s'était crue obligée de me prodiguer pour les six mille francs que je lui laissais. Et cependant on s'était ruiné pour cette femme-là.
From that day I inflicted on Marguerite a continual persecution. Olympe and she gave up seeing one another, as you might imagine. I gave my new mistress a carriage and jewels. I gambled, I committed every extravagance which could be expected of a man in love with such a woman as Olympe. The report of my new infatuation was immediately spread abroad.A compter de ce jour, je fis subir à Marguerite une persécution de tous les instants. Olympe et elle cessèrent de se voir, vous comprenez aisément pourquoi. Je donnai à ma nouvelle maîtresse une voiture, des bijoux, je jouai, je fis enfin toutes les folies propres à un homme amoureux d'une femme comme Olympe. Le bruit de ma nouvelle passion se répandit aussitôt.
Prudence herself was taken in, and finally thought that I had completely forgotten Marguerite. Marguerite herself, whether she guessed my motive or was deceived like everybody else, preserved a perfect dignity in response to the insults which I heaped upon her daily. Only, she seemed to suffer, for whenever I met her she was more and more pale, more and more sad. My love for her, carried to the point at which it was transformed into hatred, rejoiced at the sight of her daily sorrow. Often, when my cruelty toward her became infamous, Marguerite lifted upon me such appealing eyes that I blushed for the part I was playing, and was ready to implore her forgiveness.Prudence elle-même s'y laissa prendre et finit par croire que j'avais complétement oublié Marguerite. Celle-ci, soit qu'elle eût deviné le motif qui me faisait agir, soit qu'elle se trompât comme les autres, répondait par une grande dignité aux blessures que je lui faisais tous les jours. Seulement elle paraissait souffrir, car partout où je la rencontrais, je la revoyais toujours de plus en plus pâle, de plus en plus triste. Mon amour pour elle, exalté à ce point qu'il se croyait devenu de la haine, se réjouissait à la vue de cette douleur quotidienne. Plusieurs fois, dans des circonstances où je fus d'une cruauté infâme, Marguerite leva sur moi des regards si suppliants que je rougis du rôle que j'avais pris, et que j'étais près de lui en demander pardon.
But my repentance was only of a moment's duration, and Olympe, who had finally put aside all self-respect, and discovered that by annoying Marguerite she could get from me whatever she wanted, constantly stirred up my resentment against her, and insulted her whenever she found an opportunity, with the cowardly persistence of a woman licensed by the authority of a man.Mais ces repentirs avaient la durée de l'éclair et Olympe, qui avait fini par mettre toute espèce d'amour-propre de côté, et compris qu'en faisant du mal à Marguerite, elle obtiendrait de moi tout ce qu'elle voudrait, m'excitait sans cesse contre elle, et l'insultait chaque fois qu'elle en trouvait l'occasion, avec cette persistante lâcheté de la femme autorisée par un homme.
At last Marguerite gave up going to balls or theatres, for fear of meeting Olympe and me. Then direct impertinences gave way to anonymous letters, and there was not a shameful thing which I did not encourage my mistress to relate and which I did not myself relate in reference to Marguerite.Marguerite avait fini par ne plus aller ni au bal, ni au spectacle, dans la crainte de nous y rencontrer, Olympe et moi. Alors les lettres anonymes avaient succédé aux impertinences directs, et il n'y avait honteuses choses que je n'engageasse ma maîtresse à raconter et que je ne racontasse moi-même sur Marguerite.
To reach such a point I must have been literally mad. I was like a man drunk upon bad wine, who falls into one of those nervous exaltations in which the hand is capable of committing a crime without the head knowing anything about it. In the midst of it all I endured a martyrdom. The not disdainful calm, the not contemptuous dignity with which Marguerite responded to all my attacks, and which raised her above me in my own eyes, enraged me still more against her.Il fallait être fou pour en arriver là. J'étais comme un homme qui, s'étant grisé avec du mauvais vin, tombe dans une de ces exaltations nerveuses où la main est capable d'un crime sans que la pensée y soit pour quelque chose. Au milieu de tout cela, je souffrais le martyre. Le calme sans dédain, la dignité sans mépris, avec lesquels Marguerite répondait à toutes mes attaques, et qui à mes propres yeux la faisaient supérieure à moi, m'irritaient encore contre elle.
One evening Olympe had gone somewhere or other, and had met Marguerite, who for once had not spared the foolish creature, so that she had had to retire in confusion. Olympe returned in a fury, and Marguerite fainted and had to be carried out. Olympe related to me what had happened, declared that Marguerite, seeing her alone, had revenged herself upon her because she was my mistress, and that I must write and tell her to respect the woman whom I loved, whether I was present or absent.Un soir, Olympe était allée je ne sais où, et s'y était rencontrée avec Marguerite, qui cette fois n'avait pas fait grâce à la sotte fille qui l'insultait, au point que celle-ci avait été forcée de céder la place. Olympe était rentrée furieuse, et l'on avait emporté Marguerite évanouie. En rentrant, Olympe m'avait raconté ce qui s'était passé, m'avait dit que Marguerite, la voyant seule, avait voulu se venger de ce qu'elle était ma maîtresse, et qu'il fallait que je lui écrivisse de respecter, moi absent ou non, la femme que j'aimais.
I need not tell you that I consented, and that I put into the letter which I sent to her address the same day, everything bitter, shameful, and cruel that I could think of.Je n'ai pas besoin de vous dire que j'y consentis, et que tout ce que je pus trouver d'amer, de honteux et de cruel, je le mis dans cette épître que j'envoyai le jour même à son adresse.
This time the blow was more than the unhappy creature could endure without replying. I felt sure that an answer would come, and I resolved not to go out all day. About two there was a ring, and Prudence entered.Cette fois le coup était trop fort pour que la malheureuse le supportât sans rien dire. Je me doutais bien qu'une réponse allait m'arriver; aussi étais-je résoulu à ne pas sortir de chez moi de tout le jour. Vers deux heures on sonna et je vis entrer Prudence.
I tried to assume an indifferent air as I asked her what had brought her; but that day Mme. Duvernoy was not in a laughing humour, and in a really moved voice she said to me that since my return, that is to say for about three weeks, I had left no occasion untried which could give pain to Marguerite, that she was completely upset by it, and that the scene of last night and my angry letter of the morning had forced her to take to her bed. In short, without making any reproach, Marguerite sent to ask me for a little pity, since she had no longer the moral or physical strength to endure what I was making her suffer.J'essayai de prendre un air indifférent pour lui demander à quoi je devais sa visite; mais ce jour-là madame Duvernoy n'était pas rieuse, et d'un ton sérieusement ému elle me dit que, depuis mon retour, c'est-à-dire depuis trois semaines environ, je n'avais pas laissé échapper une occasion de faire de la peine à Marguerite; qu'elle en était malade, et que la scène de la veille et ma lettre du matin l'avaient mise dans son lit. Bref, sans me faire de reproches, Marguerite m'envoyait demander grâce, en me faisant dire qu'elle n'avait plus la force morale ni la force physique de supporter ce que je lui faisais.
"That Mlle. Gautier," I said to Prudence, "should turn me out of her own house is quite reasonable, but that she should insult the woman whom I love, under the pretence that this woman is my mistress, is a thing I will never permit."--Que mademoiselle Gautier, dis-je à Prudence, me congédie de chez elle, c'est son droit, mais qu'elle insulte une femme que j'aime, sous prétexte que cette femme est ma maîtresse, c'est ce que je ne permettrai jamais.
"My friend," said Prudence, "you are under the influence of a woman who has neither heart nor sense; you are in love with her, it is true, but that is not a reason for torturing a woman who can not defend herself."--Mon ami, me fit Prudence, vous subissez l'influence d'une fille sans cœur et sans esprit; vous en êtes amoureux, il est vrai, mais ce n'est pas une raison pour torturer une femme qui ne peut se défendre.
"Let Mlle. Gautier send me her Comte de N. and the sides will be equal."--Que mademoiselle Gautier m'envoie son comte de N..., et la partie sera égale.
"You know very well that she will not do that. So, my dear Armand, let her alone. If you saw her you would be ashamed of the way in which you are treating her. She is white, she coughs—she won't last long now."--Vous savez bien qu'elle ne le fera pas. Ainsi, mon cher Armand, laissez-la tranquille; si vous la voyiez, vous auriez honte de la façon dont vous vous conduisez avec elle. Elle est pâle, elle tousse, elle n'ira pas loin maintenant.
And Prudence held out her hand to me, adding:Et Prudence me tendit la main en ajoutant:
"Come and see her; it will make her very happy."--Venaz la voir, votre visite la rendra bien heureuse.
"I have no desire to meet M. de N."--Je n'ai pas envie de rencontrer M. de N...
"M. de N. is never there. She can not endure him."--M. de N... n'est jamais chez elle. Elle ne peut le souffrir.
"If Marguerite wishes to see me, she knows where I live; let her come to see me, but, for my part, I will never put foot in the Rue d'Antin."--Si Marguerite tient à me voir, elle sait où je demeure, qu'elle vienne, mais moi je ne mettrai pas les pieds rue d'Antin.
"Will you receive her well?"--Et vous la recevrez bien?
"Certainly."--Parfaitement.
"Well, I am sure that she will come."--Eh bien, je suis sûre qu'elle viendra.
"Let her come."--Qu'elle vienne.
"Shall you be out to-day?"--Sortirez-vous aujourd'hui?
"I shall be at home all the evening."--Je serai chez moi toute la soirée.
"I will tell her."--Je vais le lui dire.
And Prudence left me.Prudence partit.
I did not even write to tell Olympe not to expect me. I never troubled much about her, scarcely going to see her one night a week. She consoled herself, I believe, with an actor from some theatre or other.Je n'écrivis même pas à Olympe que je n'irais pas la voir. Je ne me gênais pas avec cette fille. A peine si je passais une nuit avec elle par semaine. Elle s'en consolait, je crois, avec un acteur de je ne sais quel théâtre du boulevard.
I went out for dinner and came back almost immediately. I had a fire lit in my room and I told Joseph he could go out.Je sortis pour dîner et je rentrai presque immédiatement. Je fis faire du feu partout et je donnai congé à Joseph.
I can give you no idea of the different impressions which agitated me during the hour in which I waited; but when, toward nine o'clock, I heard a ring, they thronged together into one such emotion, that, as I opened the door, I was obliged to lean against the wall to keep myself from falling.Je ne pourrais pas vous rendre compte des impressions diverses qui m'agitèrent pendant une heure d'attente: mais, lorsque vers neuf heures j'entendis sonner, elles se résumèrent en une émotion telle, qu'en allant ouvrir la porte je fus forcée de m'appuyer contre le mur pour ne pas tomber.
Fortunately the anteroom was in half darkness, and the change in my countenance was less visible. Marguerite entered.Heureusement l'antichambre était dans la demi-teinte, et l'altération de mes traits étaient moin visible. Marguerite entra.
She was dressed in black and veiled. I could scarcely recognise her face through the veil. She went into the drawing-room and raised her veil. She was pale as marble.Elle était tout en noir et voilée. A peine si je reconnaissais son visage sous la dentelle. Elle passa dans le salon et releva son voile. Elle était pâle comme le marbre.
"I am here, Armand," she said; "you wished to see me and I have come."--Me voici, Armand, dit-elle; vous avez désiré me voir, je suis venue.
And letting her head fall on her hands, she burst into tears.Et laissant tomber sa tête dans ses deux mains, elle fondit en larmes.
I went up to her.Je m'approchai d'elle.
"What is the matter?" I said to her in a low voice.--Qu'avez-vous, lui dis-je d'une voix altérée.
She pressed my hand without a word, for tears still veiled her voice. But after a few minutes, recovering herself a little, she said to me:Elle me serra la main sans me répondre, car les larmes voilaient encore sa voix. Mais quelques instants après, ayant repris un peu de calme, elle me dit:
"You have been very unkind to me, Armand, and I have done nothing to you."--Vous m'avez fait bien du mal, Armand, et moi je ne vous ai rien fait.
"Nothing?" I answered, with a bitter smile.--Rien? répliqua-je avec un sourire amer.
"Nothing but what circumstances forced me to do."--Rien que ce que les circonstances m'ont forcée à vous faire.
I do not know if you have ever in your life experienced, or if you will ever experience, what I felt at the sight of Marguerite.Je ne sais pas si de votre vie vous avez éprouvé ou si vous éprouverez jamais ce que je ressentais à la vue de Marguerite.
The last time she had come to see me she had sat in the same place where she was now sitting; only, since then, she had been the mistress of another man, other kisses than mine had touched her lips, toward which, in spite of myself, my own reached out, and yet I felt that I loved this woman as much, more perhaps, than I had ever loved her.La dernière fois qu'elle était venue chez moi, elle s'était assise à la place où elle venait de s'asseoir; seulement, depuis cette époque, elle avait été la maîtresse d'un autre; d'autre baisers que les miens avaient touché ses lèvres, auxquelles, malgré moi, tendaient les miennes, et pourtant je sentais que j'aimais cette femme autant et peut-être plus que je ne l'avais jamais aimée.
It was difficult for me to begin the conversation on the subject which brought her. Marguerite no doubt realized it, for she went on:Cependant il était difficile pour moi d'entamer la conversation sur le sujet qui l'amenait. Marguerite le comprit sans doute, car elle reprit:
"I have come to trouble you, Armand, for I have two things to ask: pardon for what I said yesterday to Mlle. Olympe, and pity for what you are perhaps still ready to do to me. Intentionally or not, since your return you have given me so much pain that I should be incapable now of enduring a fourth part of what I have endured till now. You will have pity on me, won't you? And you will understand that a man who is not heartless has other nobler things to do than to take his revenge upon a sick and sad woman like me. See, take my hand. I am in a fever. I left my bed to come to you, and ask, not for your friendship, but for your indifference."--Je viens vous ennuyer, Armand, parce que j'ai deux choses à vous demander: pardon de ce que j'ai dit hier à mademoiselle Olympe, et grâce de ce que vous êtes peut-être prêt à me faire encore. Volontairement ou non, depuis votre retour, vous m'avez fait tant de mal, que je serais incapable maintenant de supporter le quart des émotions que j'ai supportées jusqu'à ce matin. Vous aurez pitié de moi, n'est-ce pas? et vous comprendrez qu'il y a pour un homme de cœur de plus nobles choses à faire que de se venger d'une femme malade et triste comme je le suis. Tenez, prenez ma main. J'ai la fièvre, j'ai quitté mon lit pour venir vous demander, non pas votre amitié, mais votre indifférence.
I took Marguerite's hand. It was burning, and the poor woman shivered under her fur cloak.En effet, je pris la main de Marguerite. Elle était brûlante, et la pauvre femme frissonnait sous son manteau de velours.
I rolled the arm-chair in which she was sitting up to the fire.Je roulai auprès du feu le fauteuil dans lequel elle était assise.
"Do you think, then, that I did not suffer," said I, "on that night when, after waiting for you in the country, I came to look for you in Paris, and found nothing but the letter which nearly drove me mad? How could you have deceived me, Marguerite, when I loved you so much?--Croyez-vous donc que je n'ai pas souffert, repris-je, la nuit où, après vous avoir attendue à la campagne, je suis venu vous chercher à Paris, où je n'ai trouvé que cette lettre qui a failli me rendre fou? Comment avez-vous pu me tromper, Marguerite, moi qui vous aimais tant!
"Do not speak of that, Armand; I did not come to speak of that. I wanted to see you only not an enemy, and I wanted to take your hand once more. You have a mistress; she is young, pretty, you love her they say. Be happy with her and forget me."--Ne parlons pas de cela, Armand, je ne suis pas venue pour en parler. J'ai voulu vous voir autrement qu'en ennemi, voilà tout, et j'ai voulu vous serrer encore une fois la main. Vous avez une maîtresse jeune, jolie, que vous aimez, dit-on: soyez heureux avec elle et oubliez-moi.
"And you. You are happy, no doubt?"--Et vous, vous êtes heureuse, sans doute?
"Have I the face of a happy woman, Armand? Do not mock my sorrow, you, who know better than any one what its cause and its depth are."--Ai-je le visage d'une femme heureuse, Armand? ne raillez pas ma douleur, vous qui savez mieux que personne quelles en sont la cause et l'étendue.
"It only depended on you not to have been unhappy at all, if you are as you say."--Il ne dépendait que de vous de n'être jamais malheureuse; si toutefois vous l'êtes comme vous le dites.
"No, my friend; circumstances were stronger than my will. I obeyed, not the instincts of a light woman, as you seem to say, but a serious necessity, and reasons which you will know one day, and which will make you forgive me."--Non, mon ami, les circonstances ont été plus fortes que ma volonté. J'ai obéi, non pas à mes instincts de fille, comme vous paraissez le dire, mais à une nécessité sérieuse et à des raisons que vous saurez un jour, et qui vous feront me pardonner.
"Why do you not tell me those reasons to-day?"--Pourquoi ne me dites-vous pas ces raisons aujourd'hui?
"Because they would not bring about an impossible reunion between us, and they would separate you perhaps from those from whom you must not be separated."--Parce qu'elle ne rétabliraient pas un rapprochement impossible entre nous, et qu'elles vous éloigneraient peut-être de gens dont vous ne devez pas vous éloigner.
"Who do you mean?"--Quelles sont ces gens?
"I can not tell you."--Je ne puis vous le dire.
"Then you are lying to me."--Alors, vous mentez.
Marguerite rose and went toward the door. I could not behold this silent and expressive sorrow without being touched, when I compared in my mind this pale and weeping woman with the madcap who had made fun of me at the Opera Comique.Marguerite se leva et se dirigea vers la porte. Je ne pouvais assister à cette muette et expressive douleur sans en être ému, quand je comparais en moi-même cette femme pâle et pleurante à cette fille folle qui s'était moquée de moi à l'Opéra-Comique.
"You shall not go," I said, putting myself in front of the door.--Vous ne vous en irez pas, dis-je en me mettant devant la porte.
"Why?"--Pourquoi?
"Because, in spite of what you have done to me, I love you always, and I want you to stay here."--Parce que, malgré ce que tu m'as fait, je t'aime toujours et que je veux te garder ici.
"To turn me out to-morrow? No; it is impossible. Our destinies are separate; do not try to reunite them. You will despise me perhaps, while now you can only hate me."--Pour me chasser demain, n'est-ce pas? Non, c'est impossible! Nos deux destinées sont séparées, n'essayons pas de les réunir; vous me mépriseriez peut-être, tandis que maintenant vous ne pouvez que me haïr.
"No, Marguerite," I cried, feeling all my love and all my desire reawaken at the contact of this woman. "No, I will forget everything, and we will be happy as we promised one another that we would be."--Non, Marguerite, m'écriai-je en sentant tout mon amour et tous mes désirs se réveiller au contact de cette femme. Non, j'oublierai tout, et nous serons heureux comme nous étions promis de l'être.
Marguerite shook her head doubtfully, and said:Marguerite secoua la tête en signe de doute, et dit:
"Am I not your slave, your dog? Do with me what you will. Take me; I am yours."--Ne suis-je pas votre esclave, votre chien? faites de moi ce que vous voudrez, prenez-moi, je suis à vous.
And throwing off her cloak and hat, she flung them on the sofa, and began hurriedly to undo the front of her dress, for, by one of those reactions so frequent in her malady, the blood rushed to her head and stifled her. A hard, dry cough followed.Et ôtant son manteau et son chapeau, elle les jeta sur le canapé et se mit à dégrafer brusquement le corsage de sa robe, car, par une de ces réactions si fréquentes de sa maladie, le sang lui montait du cœur à la tête et l'étouffait. Une toux sèche et rauque s'ensuivit.
"Tell my coachman," she said, "to go back with the carriage."--Faites dire à mon cocher, reprit-elle, de reconduire ma voiture.
I went down myself and sent him away. When I returned Marguerite was lying in front of the fire, and her teeth chattered with the cold.Je descendis moi-même congédier cet homme. Quand je rentrai, Marguerite était étendue devant le feu, et ses dents claquaient de froid.
I took her in my arms. I undressed her, without her making a movement, and carried her, icy cold, to the bed. Then I sat beside her and tried to warm her with my caresses. She did not speak a word, but smiled at me.Je la pris dans mes bras, je la déshabillai sans qu'elle fît un mouvement, et je la portai toute glacée dans mon lit. Alors je m'assis auprès d'elle et j'essayai de la réchauffer sous mes caresses. Elle ne me disait pas une parole, mais elle me souriait.
It was a strange night. All Marguerite's life seemed to have passed into the kisses with which she covered me, and I loved her so much that in my transports of feverish love I asked myself whether I should not kill her, so that she might never belong to another.Oh! ce fut une nuit étrange. Toute la vie de Marguerite semblait être passée dans les baisers dont elle me couvrait, et je l'aimais tant, qu'au milieu des transports de son amour fiévreux, je me demandais si je n'allais pas la tuer pour qu'elle n'appartînt jamais à un autre.
A month of love like that, and there would have remained only the corpse of heart or body.Un mois d'un amour comme celui-là, et de corps comme de cœur, on ne serait plus qu'un cadavre.
The dawn found us both awake. Marguerite was livid white. She did not speak a word. From time to time, big tears rolled from her eyes, and stayed upon her cheeks, shining like diamonds. Her thin arms opened, from time to time, to hold me fast, and fell back helplessly upon the bed.Le jour nous trouva éveillés tous deux. Marguerite était livide. Elle ne disait pas une parole. De grosses larmes coulaient de temps en temps de ses yeux et s'arrêtaient sur sa joue, brillantes commes des diamants. Ses bras épuisés s'ouvraient de temps en temps pour me saisir, et retombaient sans force sur le lit.
For a moment it seemed to me as if I could forget all that had passed since I had left Bougival, and I said to Marguerite:Un moment je crus que je pourrais oublier ce qui s'était passé depuis mon départ de Bougival, et je dis à Marguerite:
"Shall we go away and leave Paris?"--Veux-tu que nous partions, que nous quittions Paris?
"No, no!" she said, almost with affright; "we should be too unhappy. I can do no more to make you happy, but while there is a breath of life in me, I will be the slave of your fancies. At whatever hour of the day or night you will, come, and I will be yours; but do not link your future any more with mine, you would be too unhappy and you would make me too unhappy. I shall still be pretty for a while; make the most of it, but ask nothing more."--Non, non, me dit-elle presque avec effroi, nous serions trop malheureux, je ne puis plus servir à ton bonheur, mais tant qu'il me restera un souffle, je serai l'esclave de tes caprices. A quelque heure du jour ou de la nuit que tu me veuilles, viens, je serai à toi; mais n'associe plus ton avenir au mien, tu serais trop malheureux et tu me rendrais trop malheureuse. Je suis encore pour quelque temps une jolie fille, profites-en, mais ne me demande pas autre chose.
When she had gone, I was frightened at the solitude in which she left me. Two hours afterward I was still sitting on the side of the bed, looking at the pillow which kept the imprint of her form, and asking myself what was to become of me, between my love and my jealousy.Quand elle fut partie, je fus épouvanté de la solitude dans laquelle elle me laissait. Deux heures après son départ, j'étais encore assis sur le lit qu'elle venait de quitter, regardant l'oreiller qui gardait les plis de sa forme, et me demandant ce que j'allais devenir entre mon amour et ma jalousie.
At five o'clock, without knowing what I was going to do, I went to the Rue d'Antin.A cinq heures, sans savoir ce que j'y allais faire, je me rendis rue d'Antin.
Nanine opened to me.Ce fut Nanine qui m'ouvrit.
"Madame can not receive you," she said in an embarrassed way.--Madame ne peut pas vous recevoir, me dit-elle avec embarras.
"Why?"--Pourquoi?
"Because M. le Comte de N. is there, and he has given orders to let no one in."--Parce que M. le comte de N... est là, et qu'il a entendu que je ne laisse entrer personne.
"Quite so," I stammered; "I forgot."--C'est juste, balbutiai-je, j'avais oublié.
I went home like a drunken man, and do you know what I did during the moment of jealous delirium which was long enough for the shameful thing I was going to do? I said to myself that the woman was laughing at me; I saw her alone with the count, saying over to him the same words that she had said to me in the night, and taking a five-hundred-franc note I sent it to her with these words:Je rentrai chez moi comme un homme ivre, et savez-vous ce que je fis pendant la minute de délire jaloux qui suffisait à l'action honteuse que j'allais commettre, savez-vous ce que je fis? Je me dis que cette femme se moquait de moi, je me la représentais dans son tête-à-tête inviolable avec le comte, repétant les mêmes mots qu'elle m'avait dits la nuit, et prenant un billet de cinq cent francs, je le lui envoyai avec ces mot:
"You went away so suddenly that I forgot to pay you. Here is the price of your night.""Vous êtes partie si vite ce matin, que j'ai oublié de vous payer. Voici le prix de votre nuit."
Then when the letter was sent I went out as if to free myself from the instantaneous remorse of this infamous action.Puis, quand cette lettre fut portée, je sortis comme pour me soustraire au remords instantané de cette infamie.
I went to see Olympe, whom I found trying on dresses, and when we were alone she sang obscene songs to amuse me. She was the very type of the shameless, heartless, senseless courtesan, for me at least, for perhaps some men might have dreamed of her as I dreamed of Marguerite. She asked me for money. I gave it to her, and, free then to go, I returned home.J'allai chez Olympe, que je trouvai essayant des robes, et qui, lorsque nous fûmes seuls, me chanta des obscénités pour me distraire. Celle-là était bien le type de la courtisane sans honte, sans cœur et sans esprit, pour moi du moins, car peut-être un homme avait-il fait avec elle le rêve que j'avais fait avec Marguerite. Elle me demanda de l'argent, je lui en donnai, et libre alors de m'en aller, je rentrai chez moi.
Marguerite had not answered.Marguerite ne m'avait pas répondu.
I need not tell you in what state of agitation I spent the next day. At half past nine a messenger brought me an envelope containing my letter and the five-hundred-franc note, not a word more.Il est inutile que je vous dise dans quelle agitation je passai la journée du lendemain. A six heures et demie, un commissionnaire, apporta une enveloppe contenant ma lettre et le billet de cinq cents francs, pas un mot de plus.
"Who gave you this?" I asked the man.--Qui vous a remis cela? dis-je à cet homme.
"A lady who was starting with her maid in the next mail for Boulogne, and who told me not to take it until the coach was out of the courtyard."--Une dame qui partait avec sa femme de chambre dans la malle de Boulogne, et qui m'a recommandé de ne l'apporter que lorsque la voiture serait hors de la cour.
I rushed to the Rue d'Antin.Je courus chez Marguerite.
"Madame left for England at six o'clock," said the porter.--Madame est partie pour l'Angleterre aujourd'hui à six heures, me répondit le portier.
There was nothing to hold me in Paris any longer, neither hate nor love. I was exhausted by this series of shocks. One of my friends was setting out on a tour in the East. I told my father I should like to accompany him; my father gave me drafts and letters of introduction, and eight or ten days afterward I embarked at Marseilles.Rien ne me retenait plus à Paris, ni haine ni amour. J'étais épuisé par toutes ces secousses. Un de mes amis allait faire un voyage en Orient; j'allai dire à mon père le désir que j'avais de l'accompagner; mon père me donna des traites, des recommandations, et huit ou dix jours après, je m'embarquai à Marseille.
It was at Alexandria that I learned from an attache at the embassy, whom I had sometimes seen at Marguerite's, that the poor girl was seriously ill.Ce fut à Alexandrie que j'appris par un attaché de l'ambassade, que j'avais vu quelquefois chez Marguerite, la maladie de la pauvre fille.
I then wrote her the letter which she answered in the way you know; I received it at Toulon.Je lui écrivis alors la lettre à laquelle elle a fait la réponse que vous connaissez et que je reçus à Toulon.
I started at once, and you know the rest.Je partis aussitôt et vous savez le reste.
Now you have only to read a few sheets which Julie Duprat gave me; they are the best commentary on what I have just told you.Maintenant, il ne vous reste plus qu'à lire les quelques feuilles que Julie Duprat m'a remises et qui sont le complément indispensable de ce que je viens de vous raconter.
Chapter 2525
Armand, tired by this long narrative, often interrupted by his tears, put his two hands over his forehead and closed his eyes to think, or to try to sleep, after giving me the pages written by the hand of Marguerite. A few minutes after, a more rapid breathing told me that Armand slept, but that light sleep which the least sound banishes.Armand, fatigué de ce long récit souvent interrompus par ses larmes, posa ses deux mains sur son front et ferma les yeux, soit pour penser, soit pour essayer de dormir, après m'avoir donné les pages écrites de la main de Marguerite. Quelques instants après, une respiration un peu plus rapide me prouvait qu'Armand dormait, mais de ce sommeil léger que le moindre bruit fait envoler.
This is what I read; I copy it without adding or omitting a syllable:Voici ce que je lus, et que je transcris sans ajouter ni retrancher aucune syllabe:
To-day is the 15th December. I have been ill three or four days. This morning I stayed in bed. The weather is dark, I am sad; there is no one by me. I think of you, Armand. And you, where are you, while I write these lines? Far from Paris, far, far, they tell me, and perhaps you have already forgotten Marguerite. Well, be happy; I owe you the only happy moments in my life."C'est aujourd'hui le 15 décembre. Je suis souffrante depuis trois ou quatre jours. Ce matin j'ai pris le lit; le temps est sombre, je suis triste; personne n'est auprès de moi, je pense à vous, Armand. Et vous, où êtes-vous à l'heure où j'écris ces lignes? Loin de Paris, bien loin, m'a-t-on dit, et peut-être avez-vous déjà oublié Marguerite. Enfin, soyez heureux, vous à qui je dois les seuls moments de joie de ma vie.
I can not help wanting to explain all my conduct to you, and I have written you a letter; but, written by a girl like me, such a letter might seem to be a lie, unless death had sanctified it by its authority, and, instead of a letter, it were a confession."Je n'avais pu résister au désir de vous donner l'explication de ma conduite, et je vous avis écrit une lettre; mais écrite par une fille comme moi, une pareille lettre peut être regardée comme un mensonge, à moins que la mort ne la sanctifie de son autorité, et qu'au lieu d'être une lettre, elle ne soit une confession.
To-day I am ill; I may die of this illness, for I have always had the presentiment that I shall die young. My mother died of consumption, and the way I have always lived could but increase the only heritage she ever left me. But I do not want to die without clearing up for you everything about me; that is, if, when you come back, you will still trouble yourself about the poor girl whom you loved before you went away."Aujourd'hui, je suis malade; je puis mourir de cette maladie, car j'ai toujours eu le pressentiment que je mourrais jeune. Ma mère est morte de la poitrine, et la façon dont j'ai vécu jusqu'à présent n'a pu qu'empirer cette affection, le seul héritage qu'elle m'ait laissé; mais je ne veux pas mourir sans que vous sachiez bien à quoi vous en tenir sur moi, si toutefois, lorsque vous reviendrez, vous vous inquiétez encore de la pauvre fille que vous aimiez avant de partir.
This is what the letter contained; I shall like writing it over again, so as to give myself another proof of my own justification."Voici ce que contenait cette lettre, que je serai heureuse de récrire, pour me donner une nouvelle preuve de ma justification:
You remember, Armand, how the arrival of your father surprised us at Bougival; you remember the involuntary fright that his arrival caused me, and the scene which took place between you and him, which you told me of in the evening."Vous vous rappelez, Armand, comment l'arrivée de votre père nous surprit à Bougival; vous vous souvenez de la terreur involontaire que cette arrivée me causa, de la scène qui eut lieu entre vous et lui et que vous me racontâtes le soir.
Next day, when you were at Paris, waiting for your father, and he did not return, a man came to the door and handed in a letter from M. Duval."Le lendemain, pendant que vous étiez à Paris et que vous attendiez votre père qui ne rentrait pas, un homme se présentait chez moi, et me remettait une lettre de M. Duval.
His letter, which I inclose with this, begged me, in the most serious terms, to keep you away on the following day, on some excuse or other, and to see your father, who wished to speak to me, and asked me particularly not to say anything to you about it."Cette lettre, que je joins à celle-ci, me priait, dans les terms les plus graves, de vous éloigner le lendemain sous un prétexte quelconque et de recevoir votre père; il avait à me parler et me recommandait surtout de ne vous rien dire de sa démarche.
You know how I insisted on your returning to Paris next day."Vous savez avec quelle insistance, je vous conseillai à votre retour d'aller de nouveau à Paris le lendemain.
You had only been gone an hour when your father presented himself. I won't say what impression his severe face made upon me. Your father had the old theory that a courtesan is a being without heart or reason, a sort of machine for coining gold, always ready, like the machine, to bruise the hand that gives her everything, and to tear in pieces, without pity or discernment, those who set her in motion."Vous étiez parti depuis une heure quand votre père se présenta. Je vous fais grâce de l'impression que me causa son visage sévère. Votre père était imbu des vieilles théories, qui veulent que toute courtisane soit un être sans cœur, sans raison, une espèce de machine à prendre de l'or, toujours prête, comme les machines de fer, à broyer la main qui lui tend quelque chose, et à déchirer sans pitié, sans discernement celui qui la fait vivre et agir.
Your father had written me a very polite letter, in order that I might consent to see him; he did not present himself quite as he had written. His manner at first was so stiff, insolent, and even threatening, that I had to make him understand that I was in my own house, and that I had no need to render him an account of my life, except because of the sincere affection which I had for his son."Votre père m'avait écrit une lettre très convenable pour que je consentisse à le recevoir; il ne se présenta pas tout à fait comme il avait écrit. Il y eut assez de hauteur, d'impertinence et même de menaces, dans ses premières paroles, pour que je lui fisse comprendre que j'étais chez moi et que je n'avais de compte à lui rendre de ma vie qu'à cause de la sincère affection que j'avais pour son fils.
M. Duval calmed down a little, but still went on to say that he could not any longer allow his son to ruin himself over me; that I was beautiful, it was true, but, however beautiful I might be, I ought not to make use of my beauty to spoil the future of a young man by such expenditure as I was causing."M. Duval se calma un peu, et se mit cependant à me dire qu'il ne pouvait souffrir plus longtemps que son fils se ruinât pour moi; que j'étais belle, il est vrai, mais que, si belle que je fusse, je ne devais pas me servir de ma beauté pour perdre l'avenir d'un jeune homme par des dépenses comme celles que je faisais.
At that there was only one thing to do, to show him the proof that since I was your mistress I had spared no sacrifice to be faithful to you without asking for more money than you had to give me. I showed him the pawn tickets, the receipts of the people to whom I had sold what I could not pawn; I told him of my resolve to part with my furniture in order to pay my debts, and live with you without being a too heavy expense. I told him of our happiness, of how you had shown me the possibility of a quieter and happier life, and he ended by giving in to the evidence, offering me his hand, and asking pardon for the way in which he had at first approached me."A cela, il n'y avait qu'une chose à répondre, n'est-ce pas? c'était de montrer les preuves que depuis que j'étais votre maîtresse, aucun sacrifice ne m'avait coûté pour vous rester fidèle sans vous demander plus d'argent que vous ne pouviez en donner. Je montrai les reconnaissances du Mont-de-Piété, les reçus des gens à qui j'avais vendu les objets que je n'avais pu engager, je fis part à votre père de ma résolution de me défaire de mon mobilier pour payer mes dettes, et pour vivre avec vous sans vous être une charge trop lourde. Je lui racontai notre bonheur, la révélation que vous m'aviez donnée d'une vie plus tranquille et plus heureuse, et il finit par se rendre à l'évidence, et me tendre la main, en me demandant pardon de la façon dont il s'était présenté d'abord.
Then he said to me:"Puis il me dit:
"So, madame, it is not by remonstrances or by threats, but by entreaties, that I must endeavour to obtain from you a greater sacrifice than you have yet made for my son.""-Alors, madame, ce n'est plus par des remontrances et des menaces, mais par des prières, que j'essayerai d'obtenir de vous un sacrifice plus grand que tous ceux que vous avez encore faits pour mon fils.
I trembled at this beginning."Je tremblai à ce préambule.
Your father came over to me, took both my hands, and continued in an affectionate voice:"Votre père se rapprocha de moi, me prit les deux mains et continua d'un ton affectueux:
"My child, do not take what I have to say to you amiss; only remember that there are sometimes in life cruel necessities for the heart, but that they must be submitted to. You are good, your soul has generosity unknown to many women who perhaps despise you, and are less worthy than you. But remember that there is not only the mistress, but the family; that besides love there are duties; that to the age of passion succeeds the age when man, if he is to be respected, must plant himself solidly in a serious position. My son has no fortune, and yet he is ready to abandon to you the legacy of his mother. If he accepted from you the sacrifice which you are on the point of making, his honour and dignity would require him to give you, in exchange for it, this income, which would always put you out of danger of adversity. But he can not accept this sacrifice, because the world, which does not know you, would give a wrong interpretation to this acceptance, and such an interpretation must not tarnish the name which we bear. No one would consider whether Armand loves you, whether you love him, whether this mutual love means happiness to him and redemption to you; they would see only one thing, that Armand Duval allowed a kept woman (forgive me, my child, for what I am forced to say to you) to sell all she had for him. Then the day of reproaches and regrets would arrive, be sure, for you or for others, and you would both bear a chain that you could not sever. What would you do then? Your youth would be lost, my son's future destroyed; and I, his father, should receive from only one of my children the recompense that I look for from both."Mon enfant, ne prenez pas en mauvaise part ce que je vais vous dire; comprenez seulement que la vie a parfois des nécessités cruelles pour le cœur, mais qu'il faut s'y soumettre. Vous êtes bonne, et votre âme a des générosités inconnues à bien des femmes qui peut-être vous méprisent et ne vous valent pas. Mais songez qu'à côté de la maîtresse il y a la famille; qu'outre l'amour il y a les devoirs; qu'à l'âge des passions succède l'âge où l'homme, pour être respecté, a besoin d'être solidement assis dans une position sérieuse. Mon fils n'a pas de fortune, et cependant il est prêt à vous abandonner l'héritage de sa mère. S'il acceptait de vous le sacrifice que vous êtes sur le point de faire, il serait de son honneur et de sa dignité de vous faire en échange cet abandon qui vous mettrait toujours à l'abri d'une adversité complète. Mais ce sacrifice, il ne peut l'accepter, parce que le monde, qui ne vous connaît pas, donnerait à ce consentement une cause déloyale qui ne doit pas atteindre le nom que nous portons. On ne regardait pas si Armand vous aime, si vous l'aimez, si ce double amour est un bonheur pour lui et une réhabilitation pour vous; on ne verrait qu'une chose, c'est qu'Armand Duval a souffert qu'une fille entretenue, pardonnez-moi, mon enfant, tout ce que je suis forcé de vous dire, vendît pour lui ce qu'elle possédait. Puis le jour des reproches et des regrets arriverait, soyez-en sûre, pour vous comme pour les autres, et vous porteriez tous deux une chaîne que vous ne pourriez briser. Que feriez-vous alors? Votre jeunesse serait perdue, l'avenir de mon fils serait détruit; et moi, son père, je n'aurais que de l'un de mes enfants la récompense que j'attends des deux.
"You are young, beautiful, life will console you; you are noble, and the memory of a good deed will redeem you from many past deeds. During the six months that he has known you Armand has forgotten me. I wrote to him four times, and he has never once replied. I might have died and he not known it!"Vous êtes jeune, vous êtes belle, la vie vous consolera; vous êtes noble, et le souvenir d'une bonne action rachètera pour vous bien des choses passées. Depuis six mois qu'il vous connaît, Armand m'oublie. Quatre fois je lui ai écrit sans qu'il songeât une fois à me répondre. J'aurais pu mourir sans qu'il le sût!
"Whatever may be your resolution of living otherwise than as you have lived, Armand, who loves you, will never consent to the seclusion to which his modest fortune would condemn you, and to which your beauty does not entitle you. Who knows what he would do then! He has gambled, I know; without telling you of it, I know also, but, in a moment of madness, he might have lost part of what I have saved, during many years, for my daughter's portion, for him, and for the repose of my old age. What might have happened may yet happen."Quelle que soit votre résolution de vivre autrement que vous n'avez vécu, Armand qui vous aime ne consentira pas à la réclusion à laquelle sa modeste position vous condamnerait, et qui n'est pas faite pour votre beauté. Qui sait ce qu'il ferait alors! Il a joué, je l'ai su; sans vous en rien dire, je le sais encore; mais, dans un moment d'ivresse, il eût pu perdre une partie de ce que j'amasse, depuis bien des années, pour la dot de ma fille, pour lui, et pour la tranquillité de mes vieux jours. Ce qui eût pu arriver peut arriver encore.
"Are you sure, besides, that the life which you are giving up for him will never again come to attract you? Are you sure, you who have loved him, that you will never love another? Would you not-suffer on seeing the hindrances set by your love to your lover's life, hindrances for which you would be powerless to console him, if, with age, thoughts of ambition should succeed to dreams of love? Think over all that, madame. You love Armand; prove it to him by the sole means which remains to you of yet proving it to him, by sacrificing your love to his future. No misfortune has yet arrived, but one will arrive, and perhaps a greater one than those which I foresee. Armand might become jealous of a man who has loved you; he might provoke him, fight, be killed. Think, then, what you would suffer in the presence of a father who should call on you to render an account for the life of his son!"Êtes-vous sûre en outre que la vie que vous quitteriez pour lui ne vous attirerait pas de nouveau? Êtes-vous sûre, vous qui l'avez aimé, de n'en point aimer un autre? Ne souffrirez-vous pas enfin des entraves que votre liaison mettra dans la vie de votre amant, et dont vous ne pourrez peut-être pas le consoler, si, avec l'âge, des idées d'ambition succèdent à des rêves d'amour? Réfléchissez à tout cela, madame: vous aimez Armand, prouvez-le-lui par le seul moyen qui vous reste de le lui prouver encore: en faisant à son avenir le sacrifice de votre amour. Aucun malheur n'est encore arrivé, mais il en arriverait, et peut-être de plus grands que ceux que je prévois. Armand peut devenir jaloux d'un homme qui vous a aimée; il peut le provoquer, il peut se battre, il peut être tué enfin, et songez à ce que vous souffririez devant ce père qui vous demanderait compte de la vie de son fils.
"Finally, my dear child, let me tell you all, for I have not yet told you all, let me tell you what has brought me to Paris. I have a daughter, as I have told you, young, beautiful, pure as an angel. She loves, and she, too, has made this love the dream of her life. I wrote all that to Armand, but, absorbed in you, he made no reply. Well, my daughter is about to marry. She is to marry the man whom she loves; she enters an honourable family, which requires that mine has to be no less honourable. The family of the man who is to become my son-in-law has learned what manner of life Armand is leading in Paris, and has declared to me that the marriage must be broken off if Armand continues this life. The future of a child who has done nothing against you, and who has the right of looking forward to a happy future, is in your hands. Have you the right, have you the strength, to shatter it? In the name of your love and of your repentance, Marguerite, grant me the happiness of my child.""Enfin, mon enfant, sachez tout, car je ne vous ai pas tout dit, sachez donc ce qui m'amenait à Paris. J'ai une fille, je viens de vous le dire, jeune, belle, pure comme un ange. Elle aime, et elle aussi elle a fait de cet amour le rêve de sa vie. J'avais écrit tout cela à Armand, mais tout occupé de vous, il ne m'a pas répondu. Eh bien, ma fille va se marier. Elle épouse l'homme qu'elle aime, elle entre dans une famille honorable qui veut que tout soit honorable dans la mienne. La famille de l'homme qui doit devenir mon gendre a appris comment Armand vit à Paris, et m'a déclaré reprendre sa parole si Armand continue cette vie. L'avenir d'une enfant qui ne vous a rien fait, et qui a le droit de compter sur l'avenir, est entre vos mains. "Avez-vous le droit et vous sentez-vous la force de le briser? Au nom de votre amour et de votre repentire, Marguerite, accordez-moi le bonheur de ma fille.
I wept silently, my friend, at all these reflections which I had so often made, and which, in the mouth of your father, took a yet more serious reality. I said to myself all that your father dared not say to me, though it had come to his lips twenty times: that I was, after all, only a kept woman, and that whatever excuse I gave for our liaison, it would always look like calculation on my part; that my past life left me no right to dream of such a future, and that I was accepting responsibilities for which my habits and reputation were far from giving any guarantee. In short, I loved you, Armand. The paternal way in which M. Duval had spoken to me; the pure memories that he awakened in me; the respect of this old man, which I would gain; yours, which I was sure of gaining later on: all that called up in my heart thoughts which raised me in my own eyes with a sort of holy pride, unknown till then. When I thought that one day this old man, who was now imploring me for the future of his son, would bid his daughter mingle my name with her prayers, as the name of a mysterious friend, I seemed to become transformed, and I felt a pride in myself."Je pleurais silencieusement, mon ami, devant toutes ces réflexions que j'avais faites bien souvent, et qui, dans la bouche de votre père, acquéraient encore une plus sérieuse réalité. Je me disais tout ce que votre père n'osait pas me dire, et ce qui vingt fois lui était venu sur les lèvres: que je n'étais après tout qu'une fille entretenue, et que quelque raison que je donnasse à notre liaison, elle aurait toujours l'air d'un calcul; que ma vie passée ne me laissait aucun droit de rêver un pareil avenir, et que j'acceptais des responsabilités auxquelles mes habitudes et ma réputation ne donnaient aucune garantie. Enfin, je vous aimais, Armand. La manière paternelle dont me parlait M. Duval, les chastes sentiments qu'il évoquait en moi, l'estime de ce vieillard loyal que j'allais conquérir, la vôtre que j'étais sûre d'avoir plus tard, tout cela éveillait en mon cœur de nobles pensées qui me relevaient à mes propres yeux, et faisaient parler de saintes vanités, inconnues jusqu'alors. Quand je songeais qu'un jour ce vieillard, qui m'implorait pour l'avenir de son fils, dirait à sa fille de mêler mon nom à ses prières, comme le nom d'une mystérieuse amie, je me transformais et j'étais fière de moi.
The exaltation of the moment perhaps exaggerated the truth of these impressions, but that was what I felt, friend, and these new feelings silenced the memory of the happy days I had spent with you."L'exaltation du moment exagérait peut-être la vérité de ces impressions; mais voilà ce que j'éprouvais, ami, et ces sentiments nouveaux faisaient taire les conseils que me donnait le souvenir des jours heureux passés avec vous.
"Tell me, sir," I said to your father, wiping away my tears, "do you believe that I love your son?""-C'est bien, monsieur, dis-je à votre père en essuyant mes larmes. Croyez-vous que j'aime votre fils?
"Yes," said M. Duval."-Oui, me dit M. Duval.
"With a disinterested love?""-D'un amour désintéressé?
"Yes."-Oui.
"Do you believe that I had made this love the hope, the dream, the forgiveness—of my life?""-Croyez-vous que j'avais fait de cet amour l'espoir, le rêve et le pardon de ma vie?
"Implicitly.""-Fermement.
"Well, sir, embrace me once, as you would embrace your daughter, and I swear to you that that kiss, the only chaste kiss I have ever had, will make me strong against my love, and that within a week your son will be once more at your side, perhaps unhappy for a time, but cured forever.""-Eh bien, monsieur embrassez-moi une fois comme vous embrasseriez votre fille, et je vous jure que ce baiser, le seul vraiment chaste que j'aie reçu, me fera forte contre mon amour, et qu'avant huit jours votre fils sera retourné auprès de vous, peut-être malheureux pour quelque temps, mais guéri pour jamais.
"You are a noble child," replied your father, kissing me on the forehead, "and you are making an attempt for which God will reward you; but I greatly fear that you will have no influence upon my son.""-Vous êtes une noble fille, répliqua votre père en m'embrassant sur le front, et vous tentez une chose dont Dieu vous tiendra compte; mais je crains bien que vous n'obteniez rien de mon fils.
"Oh, be at rest, sir; he will hate me.""-Oh! soyez tranquille, monsieur, il me haïra.
I had to set up between us, as much for me as for you, an insurmountable barrier."Il fallait entre nous une barrière infranchissable, pour l'un comme pour l'autre.
I wrote to Prudence to say that I accepted the proposition of the Comte de N., and that she was to tell him that I would sup with her and him. I sealed the letter, and, without telling him what it contained, asked your father to have it forwarded to its address on reaching Paris."J'écrivis à Prudence que j'acceptais les propositions de M. le comte de N..., et qu'elle allât lui dire que je souperais avec elle et lui. "Je cachetai la lettre, et sans lui dire ce qu'elle renfermait, je priai votre père de la faire remettre à son adresse en arrivant à Paris.
He inquired of me what it contained."Il me demanda néanmoins ce qu'elle contenait.
"Your son's welfare," I answered."-C'est le bonheur de votre fils, lui répondis-je.
Your father embraced me once more. I felt two grateful tears on my forehead, like the baptism of my past faults, and at the moment when I consented to give myself up to another man I glowed with pride at the thought of what I was redeeming by this new fault."Votre père m'embrassa une dernière fois. Je sentis sur mon front deux larmes de reconnaissance qui furent comme le baptême de mes fautes d'autrefois, et au moment où je venais de consentir à me livrer à un autre homme, je rayonnai d'orgueil en songeant à ce que je rachetais par cette nouvelle faute.
It was quite natural, Armand. You told me that your father was the most honest man in the world."C'était bien naturel, Armand; vous m'aviez dit que votre père était le plus honnête homme que l'on pût rencontrer.
M. Duval returned to his carriage, and set out for Paris."M. Duval remonta en voiture et partit.
I was only a woman, and when I saw you again I could not help weeping, but I did not give way."Cependant j'etais femme, et quand je vous revis, je ne pus m'empêcher de pleurer, mais je ne faiblis pas.
Did I do right? That is what I ask myself to-day, as I lie ill in my bed, that I shall never leave, perhaps, until I am dead."Ai-je bien fait? voilà ce que je me demande aujourd'hui que j'entre malade dans un lit que je ne quitterai peut-être que morte.
You are witness of what I felt as the hour of our separation approached; your father was no longer there to support me, and there was a moment when I was on the point of confessing everything to you, so terrified was I at the idea that you were going to bate and despise me."Vous avez été témoin de ce que j'éprouvais à mésure que l'heure de notre inévitable séparation approchait; votre père n'était plus là pour me soutenir, et il y eut un moment où je fus bien près de tout vous avouer, tant j'étais épouvantée de l'idée que vous alliez me haïr et me mépriser.
One thing which you will not believe, perhaps, Armand, is that I prayed God to give me strength; and what proves that he accepted my sacrifice is that he gave me the strength for which I prayed."Une chose que vous ne croirez peut-être pas, Armand, c'est que je priai Dieu de me donner de la force, et ce qui prouve qu'il acceptait mon sacrifice, c'est qu'il me donna cette force que j'implorais.
At supper I still had need of aid, for I could not think of what I was going to do, so much did I fear that my courage would fail me. Who would ever have said that I, Marguerite Gautier, would have suffered so at the mere thought of a new lover? I drank for forgetfulness, and when I woke next day I was beside the count."A ce souper, j'eus besoin d'aide encore, care je ne voulais pas savoir ce que j'allais faire, tant je craignais que le courage ne me manquât! "Qui m'eût dit, à moi, Marguerite Gautier, que je souffrirais tant à la seule pensée d'un nouvel amant? "Je bus pour oublier, et quand je me réveillai le lendemain, j'étais dans le lit du comte.
That is the whole truth, friend. Judge me and pardon me, as I have pardoned you for all the wrong that you have done me since that day."Voilà la vérité tout entière, ami, jugez et pardonnez-moi, comme je vous ai pardonné tout le mal que vous m'avez fait depuis ce jour."
Chapter 2626
What followed that fatal night you know as well as I; but what you can not know, what you can not suspect, is what I have suffered since our separation."Ce qui suivit cette nuit fatale, vous le savez aussi bien que moi, mais ce que vous ne savez pas, ce que vous ne pouvez pas soupçonner, c'est ce que j'ai souffert depuis notre séparation.
I heard that your father had taken you away with him, but I felt sure that you could not live away from me for long, and when I met you in the Champs-Elysees, I was a little upset, but by no means surprised."J'avais appris que votre père vous avait emmené, mais je me doutais bien que vous ne pourriez pas vivre longtemps loin de moi, et le jour où je vous rencontrai aux Champs-Élysées, je fus émue, mais non étonné.
Then began that series of days; each of them brought me a fresh insult from you. I received them all with a kind of joy, for, besides proving to me that you still loved me, it seemed to me as if the more you persecuted me the more I should be raised in your eyes when you came to know the truth."Alors commença cette série de jours dont chacun m'apporta une nouvelle insulte de vous, insulte que je recevais presque avec joie, car outre qu'elle était la preuve que vous m'aimiez toujours, il me semblait que, plus vous me persécuteriez, plus je grandirais à vos yeux le jour où vous sauriez la vérité.
Do not wonder at my joy in martyrdom, Armand; your love for me had opened my heart to noble enthusiasm."Ne vous étonnez pas ce ce martyre joyeux, Armand, l'amour que vous aviez eu pour moi avait ouvert mon cœur à de nobles enthousiasmes.
Still, I was not so strong as that quite at once."Cependant je n'avais pas été tout de suite aussi forte.
Between the time of the sacrifice made for you and the time of your return a long while elapsed, during which I was obliged to have recourse to physical means in order not to go mad, and in order to be blinded and deafened in the whirl of life into which I flung myself. Prudence has told you (has she not?) how I went to all the fetes and balls and orgies. I had a sort of hope that I should kill myself by all these excesses, and I think it will not be long before this hope is realized. My health naturally got worse and worse, and when I sent Mme. Duvernoy to ask you for pity I was utterly worn out, body and soul."Entre l'exécution du sacrifice que je vous avais fait et votre retour, un temps assez long s'était écoulé pendant lequel j'avais eu besoin d'avoir recours à des moyens physiques pour ne pas devenir folle et pour m'étoudir sur la vie dans laquelle je me rejetais. Prudence vous a dit, n'est-ce pas, que j'étais de toutes les fêtes, de tous les bals, de toutes les orgies? "J'avais comme l'espérance de me tuer rapidement, à force d'excès, et, je crois, cette espérance ne tardera pas à se réaliser. Ma santé s'altéra nécessairement de plus en plus, et le jour où j'envoyai mademe Duvernoy vous demander grâce, j'étais épuisée de corps et d'âme.
I will not remind you, Armand, of the return you made for the last proof of love that I gave you, and of the outrage by which you drove away a dying woman, who could not resist your voice when you asked her for a night of love, and who, like a fool, thought for one instant that she might again unite the past with the present. You had the right to do what you did, Armand; people have not always put so high a price on a night of mine!"Je ne vous rappellerai pas, Armand, de quelle façon vous avez récompensé la dernière preuve d'amour que je vous ai donnée, et par quel outrage vous avez chassé de Paris la femme qui, mourante, n'avait pu résister à votre voix quand vous lui demandiez une nuit d'amour, et qui, comme une insensée, a cru, un instant, qu'elle pourrait ressouder le passé et le présent. Vous aviez le droit de faire ce que vous avez fait, Armand: on ne m'a pas toujours payé mes nuit aussi cher!
I left everything after that. Olympe has taken my place with the Comte de N., and has told him, I hear, the reasons for my leaving him. The Comte de G. was at London. He is one of those men who give just enough importance to making love to women like me for it to be an agreeable pastime, and who are thus able to remain friends with women, not hating them because they have never been jealous of them, and he is, too, one of those grand seigneurs who open only a part of their hearts to us, but the whole of their purses. It was of him that I immediately thought. I joined him in London. He received me as kindly as possible, but he was the lover there of a woman in society, and he feared to compromise himself if he were seen with me. He introduced me to his friends, who gave a supper in my honour, after which one of them took me home with him."J'ai tout laissé alors! Olympe m'a remplacée auprès de M. de N... et s'est chargée, m'a-t-on dit, de lui apprendre le motif de mon départ. Le comte de G... était à Londres. C'est un des hommes qui ne donnant à l'amour avec les filles comme moi que juste assez d'importance pour qu'il soit un passe-temps agréable, restent les amis des femmes qu'ils ont eues et n'ont pas de haine, n'ayant jamais eu de jalousie; c'est enfin un de ces grand seigneurs qui ne nous ouvrent qu'un côté de leur cœur, mais qui nous ouvrent les deux côtés de leur bourse. C'est à lui que je pensai tout de suite. J'allai le rejoindre. Il me reçut à merveille, mais il était là-bas l'amant d'une femme du monde, et craignait de se compromettre en s'affichant avec moi. Il me présenta à ses amis qui me donnèrent un souper après lequel l'un d'eux m'emmena.
What else was there for me to do, my friend? If I had killed myself it would have burdened your life, which ought to be happy, with a needless remorse; and then, what is the good of killing oneself when one is so near dying already?"Que vouliez-vous que je fisse, mon ami? "Me tuer? c'eût été charger votre vie, qui doit être heureuse, d'un remords inutile; puis, à quoi bon se tuer quand on est si près de mourir?
I became a body without a soul, a thing without a thought; I lived for some time in that automatic way; then I returned to Paris, and asked after you; I heard then that you were gone on a long voyage. There was nothing left to hold me to life. My existence became what it had been two years before I knew you. I tried to win back the duke, but I had offended him too deeply. Old men are not patient, no doubt because they realize that they are not eternal. I got weaker every day. I was pale and sad and thinner than ever. Men who buy love examine the goods before taking them. At Paris there were women in better health, and not so thin as I was; I was rather forgotten. That is all the past up to yesterday. Now I am seriously ill. I have written to the duke to ask him for money, for I have none, and the creditors have returned, and come to me with their bills with pitiless perseverance. Will the duke answer? Why are you not in Paris, Armand? You would come and see me, and your visits would do me good."Je passai à l'état de corps sans âme, de chose sans pensée; je vécus pendant quelque temps de cette vie automatique, puis je revins à Paris et je demandai après vous; j'appris alors que vous étiez parti pour un long voyage. Rien ne me soutenait plus. Mon existence redevint ce qu'elle avait été deux ans avant que je vous connusse. Je tentai de ramener le duc, mais j'avais trop rudement blessé cet homme, et les vieillards ne sont pas patients, sans doute parce qu'ils s'aperçoivent qu'ils ne sont pas éternels. La maladie m'envahissait de jour en jour, j'étais pâle, j'étais triste, j'étais plus maigre encore. Les hommes qui achètent l'amour examinent la marchandise avant de la prendre. Il y avait à Paris des femmes mieux portantes, plus grasses que moi; on m'oublia un peu. Voilà le passé jusqu'à hier.
December 20."20 décembre.
The weather is horrible; it is snowing, and I am alone. I have been in such a fever for the last three days that I could not write you a word. No news, my friend; every day I hope vaguely for a letter from you, but it does not come, and no doubt it will never come. Only men are strong enough not to forgive. The duke has not answered."Il fait un temps horrible, il neige, je suis seule chez moi. Depuis trois jours j'ai été prise d'une telle fièvre que je n'ai pu vous écrire un mot. Rien de nouveau, mon ami; chaque jour j'espère vaguement une lettre de vous, mais elle n'arrive pas et n'arrivera sans doute jamais. Les hommes seuls ont la force de ne pas pardonner. Le duc ne m'a pas répondu.
Prudence is pawning my things again."Prudence a recommencé ses voyages au Mont-de-Piété.
I have been spitting blood all the time. Oh, you would be sorry for me if you could see me. You are indeed happy to be under a warm sky, and not, like me, with a whole winter of ice on your chest. To-day I got up for a little while, and looked out through the curtains of my window, and watched the life of Paris passing below, the life with which I have now nothing more to do. I saw the faces of some people I knew, passing rapidly, joyous and careless. Not one lifted his eyes to my window. However, a few young men have come to inquire for me. Once before I was ill, and you, though you did not know me, though you had had nothing from me but an impertinence the day I met you first, you came to inquire after me every day. We spent six months together. I had all the love for you that a woman's heart can hold and give, and you are far away, you are cursing me, and there is not a word of consolation from you. But it is only chance that has made you leave me, I am sure, for if you were at Paris, you would not leave my bedside."Je ne cesse de cracher le sang. Oh! je vous ferais peine si vous me voyiez. Vous êtes bien heureux d'être sous un ciel chaud et de n'avoir pas comme moi tout un hiver de glace qui vous pèse sur la poitrine. Aujourd'hui, je me suis levée un peu, et, derrière les rideaux de ma fenêtre, j'ai regardé passer cette vie de Paris avec laquelle je crois bien avoir tout à fait rompu. Quelques visages de connaissance sont passés dans la rue rapides, joyeux, insouciants. Pas un n'a levé les yeux sur mes fenêtres. Cependant, quelques jeunes gens sont venus s'inscrire. Une fois déjà, je fus malade, et vous, qui ne me connaissiez pas, qui n'aviez rien obtenu de moi qu'une impertinence le jour où je vous avais vu pour la première fois, vous veniez savoir de mes nouvelles tous les matins. Me voilà malade de nouveau. Nous avons passé six mois ensemble. J'ai eu pour vous autant d'amour que le cœur de la femme peut en contenir et en donner, et vous êtes loin, et vous me maudissez, et il ne me vient pas un mot de consolation de vous. Mais c'est le hasard seul qui fait cet abandon, j'en suis sûr, car si vous étiez à Paris, vous ne quitteriez pas mon chevet et ma chambre."
December 25."25 décembre
My doctor tells me I must not write every day. And indeed my memories only increase my fever, but yesterday I received a letter which did me good, more because of what it said than by the material help which it contained. I can write to you, then, to-day. This letter is from your father, and this is what it says:"Mon médecin me défend d'écrire tous les jours. En effet, mes souvenirs ne font qu'augmenter ma fièvre, mais hier, j'ai reçu une lettre qui m'a fait du bien, plus par les sentiments dont elle était l'expression que par le secours matériel qu'elle m'apportait. Je puis donc vous écrire aujourd'hui. Cette lettre était de votre père, et voici ce qu'elle contenait:
"MADAME: I have just learned that you are ill. If I were at Paris I would come and ask after you myself; if my son were here I would send him; but I can not leave C., and Armand is six or seven hundred leagues from here; permit me, then, simply to write to you, madame, to tell you how pained I am to hear of your illness, and believe in my sincere wishes for your speedy recovery."Madame, "J'apprends à l'instant que vous êtes malade. Si j'étais à Paris, j'irais moi-même savoir de vos nouvelles; si mon fils était auprès de moi, je lui dirais d'aller en chercher, mais je ne puis quitter C...., et Armand est à six ou sept cents lieues d'ici; permettez-moi donc simplement de vous écrire, madame, combien je suis peiné de cette maladie, et croyez aux vœux sincères que je fais pour votre prompt rétablissement.
"One of my good friends, M. H., will call on you; will you kindly receive him? I have intrusted him with a commission, the result of which I await impatiently."Un de mes bons amis, M. H...., se présentera chez vous, veuillez le recevoir. Il est chargé par moi d'une commission dont j'attends impatiemment le résultat.
"Believe me, madame, "Yours most faithfully.""Veuillez agréer, madame, l'assurance de mes sentiments les plus distingués."
This is the letter he sent me. Your father has a noble heart; love him well, my friend, for there are few men so worthy of being loved. This paper signed by his name has done me more good than all the prescriptions of our great doctor."Telle est la lettre que j'ai reçue. Votre père est un noble cœur, aimez-le bien, mon ami; car il y a peu d'hommes au monde aussi dignes d'être aimés. Ce papier signé de son nom m'a fait plus de bien que toutes les ordonnances de notre grand médecin.
This morning M. H. called. He seemed much embarrassed by the delicate mission which M. Duval had intrusted to him. As a matter of fact, he came to bring me three thousand francs from your father. I wanted to refuse at first, but M. H. told me that my refusal would annoy M. Duval, who had authorized him to give me this sum now, and later on whatever I might need. I accepted it, for, coming from your father, it could not be exactly taking alms. If I am dead when you come back, show your father what I have written for him, and tell him that in writing these lines the poor woman to whom he was kind enough to write so consoling a letter wept tears of gratitude and prayed God for him."Ce matin, M. H... est venu. Il semblait fort embarrassé de la mission délicate dont l'avait chargé M. Duval. Il venait tout bonnement m'apporter mille écus de la part de votre père. J'ai voulu refuser d'abord, mais M. H... m'a dit que ce refus offenserait M. Duval, qui l'avait autorisé à me donner d'abord cette somme, et à me remettre tout ce dont j'aurais besoin encore. J'ai accepté ce service qui, de la part de votre père ce que je viens d'écrire pour lui, et dites-lui qu'en traçant ces lignes, la pauvre fille à laquelle il a daigné écrire cette lettre consolante versait des larmes de reconnaissance, et priait Dieu pour lui."
January 4."4 janvier.
I have passed some terrible days. I never knew the body could suffer so. Oh, my past life! I pay double for it now."Je viens de passer une suite de jours bien douloureux. J'ignorais que le corps pût faire souffrir ainsi. Oh! ma vie passée! je la paye deux fois aujourd'hui.
There has been some one to watch by me every night; I can not breathe. What remains of my poor existence is shared between being delirious and coughing."On m'a veillée toutes les nuits. Je ne pouvais plus respirer. Le délire et la toux se partageaient le reste de ma pauvre existence.
The dining-room is full of sweets and all sorts of presents that my friends have brought. Some of them, I dare say, are hoping that I shall be their mistress later on. If they could see what sickness has made of me, they would go away in terror."Ma salle à manger est pleine de bonbons, de cadeaux de toutes sortes que mes amis m'ont apportés. Il y a sans doute, parmi ces gens, qui espèrent que je serai leur maîtresse plus tard. S'ils voyaient ce que la maladie a fait de moi, il s'enfuieraient épouvantés.
Prudence is giving her New Year's presents with those I have received."Prudence donne des étrennes avec celles que je reçois.
There is a thaw, and the doctor says that I may go out in a few days if the fine weather continues."Le temps est à la gelée, et le docteur m'a dit que je pourrai sortir d'ici à quelques jours si le beau temps continue."
January 8."8 janvier.
I went out yesterday in my carriage. The weather was lovely. The Champs-Elysees was full of people. It was like the first smile of spring. Everything about me had a festal air. I never knew before that a ray of sunshine could contain so much joy, sweetness, and consolation."Je suis sortie hier dans ma voiture. Il faisait un temps magnifique. Les Champs-Élysée étaient pleins de monde. On eût dit le premier sourire du printemps. Tout avait un air de fête autour de moi. Je n'avais jamais soupçonné dans un rayon de soleil tout ce que j'y ai trouvé hier de joie, de douceur et de consolation.
I met almost all the people I knew, all happy, all absorbed in their pleasures. How many happy people don't even know that they are happy! Olympe passed me in an elegant carriage that M. de N. has given her. She tried to insult me by her look. She little knows how far I am from such things now. A nice fellow, whom I have known for a long time, asked me if I would have supper with him and one of his friends, who, he said, was very anxious to make my acquaintance. I smiled sadly and gave him my hand, burning with fever. I never saw such an astonished countenance."J'ai rencontré presque tous les gens que je connais, toujours gais, toujours occupés de leurs plaisirs. Que d'heureux qui ne savent pas qu'il le sont! Olympe est passée dans une élégante voiture que lui a donnée M. de N... Elle a essayé de m'insulter du regard. Elle ne sait pas combien je suis loin de toutes ces vanités-là. Un brave garçon que je connais depuis longtemps m'a demandé si je voulais aller souper avec lui et un de ses amis qui désire beaucoup, disait-il, faire ma connaissance. "J'ai souri tristement, et lui ai tendu ma main brûlante de fièvre. "Je n'ai jamais vu visage plus étonné.
I came in at four, and had quite an appetite for my dinner. Going out has done me good. If I were only going to get well! How the sight of the life and happiness of others gives a desire of life to those who, only the night before, in the solitude of their soul and in the shadow of their sick-room, only wanted to die soon!"Je suis rentrée à quatre heures, j'ai dîné avec assez d'appétit. "Cette sortie m'a fait du bien. "Si j'allais guérir! "Comme l'aspect de la vie et du bonheur des autres fait désirer de vivre ceux-là qui, la veille, dans la solitude de leur âme et dans l'ombre de leur chambre de malade, souhaitaient de mourir vite?"
January 10."10 janvier
The hope of getting better was only a dream. I am back in bed again, covered with plasters which burn me. If I were to offer the body that people paid so dear for once, how much would they give, I wonder, to-day?"Cette espérance de santé n'était qu'un rêve. Me voici de nouveau dans mon lit, le corps couvert d'emplâtres qui me brûlent. Va donc offrir ce corps que l'on payait si cher autrefois, et vois ce que l'on t'en donnera aujourd'hui!
We must have done something very wicked before we were born, or else we must be going to be very happy indeed when we are dead, for God to let this life have all the tortures of expiation and all the sorrows of an ordeal."Il faut que nous ayons bien fait du mal avant de naître, ou que nous devions jouir d'un bien grand bonheur après notre mort, pour que Dieu permette que cette vie ait toutes les tortures de l'expiation et toutes les douleurs de l'épreuve."
January 12."12 janvier.
I am always ill."Je souffre toujours.
The Comte de N. sent me some money yesterday. I did not keep it. I won't take anything from that man. It is through him that you are not here."Le comte de N... m'a envoyé de l'argent hier, je ne l'ai pas accepté. Je ne veux rien de cet homme. C'est lui qui est cause que vous n'êtes pas près de moi.
Oh, that good time at Bougival! Where is it now?"Oh! nos beaux jours de Bougival! où êtes-vous?
If I come out of this room alive I will make a pilgrimage to the house we lived in together, but I will never leave it until I am dead."Si je sors vivante de cette chambre, ce sera pour faire un pèlerinage à la maison que nous habitons ensemble, mais je n'en sortirai plus que morte.
Who knows if I shall write to you to-morrow?"Qui sait si je vous écrirai demain?"
January 25."25 janvier.
I have not slept for eleven nights. I am suffocated. I imagine every moment that I am going to die. The doctor has forbidden me to touch a pen. Julie Duprat, who is looking after me, lets me write these few lines to you. Will you not come back before I die? Is it all over between us forever? It seems to me as if I should get well if you came. What would be the good of getting well?"Voilà onze nuits que je ne dors pas, que j'étouffe et que je crois à chaque instant que je vais mourir. Le médecin a ordonné qu'on ne me laissât pas toucher une plume. Julie Duprat, qui me veille, me permet encore de vous écrire ces quelques lignes. Ne reviendrez-vous donc point avant que je meure? Est-ce donc éternellement fini entre nous? Il me semble que, si vous veniez, je guérirais. A quoi bon guérir?"
January 28."28 janvier.
This morning I was awakened by a great noise. Julie, who slept in my room, ran into the dining-room. I heard men's voices, and hers protesting against them in vain. She came back crying."Ce matin j'ai été réveillée par un grand bruit. Julie, qui dormait dans ma chambre, s'est précipitée dans la salle à manger. J'ai entendu des voix d'hommes contre lesquelles la sienne luttait en vain. Elle est rentrée en pleurant.
They had come to seize my things. I told her to let what they call justice have its way. The bailiff came into my room with his hat on. He opened the drawers, wrote down what he saw, and did not even seem to be aware that there was a dying woman in the bed that fortunately the charity of the law leaves me."On venait saisir. Je lui ai dit de laisser faire ce qu'ils appellent la justice. L'huissier est entré dans ma chambre, le chapeau sur la tête. Il a ouvert les tiroirs, a inscrit tout ce qu'il a vu, et n'a pas eu l'air de s'apercevoir qu'il y avait une mourante dans le lit qu'heureusement la charité de la loi me laisse.
He said, indeed, before going, that I could appeal within nine days, but he left a man behind to keep watch. My God! what is to become of me? This scene has made me worse than I was before. Prudence wanted to go and ask your father's friend for money, but I would not let her."Il a consenti à me dire en partant que je pouvais mettre opposition avant neuf jours, mais il a laissé un gardien! Que vais-je devenir, mon Dieu! Cette scène m'a rendue encore plus malade. Prudence voulait demander de l'argent à l'ami de votre père, je m'y suis opposée."
I received your letter this morning. I was in need of it. Will my answer reach you in time? Will you ever see me again? This is a happy day, and it has made me forget all the days I have passed for the last six weeks. I seem as if I am better, in spite of the feeling of sadness under the impression of which I replied to you."J'ai reçu votre lettre ce matin. J'en avais besoin. Ma réponse vous arrivera-t-elle à temps? Me verrez-vous encore? Voilà une journée heureuse qui me fait oublier toutes celles que j'ai passées depuis six semaines. Il me semble que je vais mieux, malgré le sentiment de tristesse sous l'impression duquel je vous ai répondu.
After all, no one is unhappy always."Après tout, on ne doit pas toujours être malheureux.
When I think that it may happen to me not to die, for you to come back, for me to see the spring again, for you still to love me, and for us to begin over again our last year's life!"Quand je pense qu'il peut arriver que je ne meure pas, que vous reveniez, que je revoie le printemps, que vous m'aimiez encore et que nous recommencions notre vie de l'année dernière!
Fool that I am! I can scarcely hold the pen with which I write to you of this wild dream of my heart."Folle que je suis! c'est à peine si je puis tenir la plume avec laquelle je vous écris ce rêve insensé de mon cœur.
Whatever happens, I loved you well, Armand, and I would have died long ago if I had not had the memory of your love to help me and a sort of vague hope of seeing you beside me again."Quoi qu'il arrive, je vous aimais bien. Armand, et je serais morte depuis longtemps si je n'avais pour m'assister le souvenir de cet amour, et comme un vague espoir de vous revoir encore près de moi."
February 4."4 février.
The Comte de G. has returned. His mistress has been unfaithful to him. He is very sad; he was very fond of her. He came to tell me all about it. The poor fellow is in rather a bad way as to money; all the same, he has paid my bailiff and sent away the man."Le comte de G... est revenu. Sa maîtresse l'a trompé. Il est fort triste, il l'aimait beaucoup. Il est venu me conter tout cela. Le pauvre garçon est assez mal dans ses affaires, ce qui ne l'a pas empêché de payer mon huissier et de congédier le gardien.
I talked to him about you, and he promised to tell you about me. I forgot that I had been his mistress, and he tried to make me forget it, too. He is a good friend."Je lui ai parlé de vous et il m'a promis de vous parler de moi. Comme j'oubliais dans ces moments-là que j'avais été sa maîtresse et comme il essayait de me le faire oublier aussi! C'est un brave cœur.
The duke sent yesterday to inquire after me, and this morning he came to see me. I do not know how the old man still keeps alive. He remained with me three hours and did not say twenty words. Two big tears fell from his eyes when he saw how pale I was. The memory of his daughter's death made him weep, no doubt. He will have seen her die twice. His back was bowed, his head bent toward the ground, his lips drooping, his eyes vacant. Age and sorrow weigh with a double weight on his worn-out body. He did not reproach me. It looked as if he rejoiced secretly to see the ravages that disease had made in me. He seemed proud of being still on his feet, while I, who am still young, was broken down by suffering."Le duc a envoyé savoir de mes nouvelles hier, et il est venu ce matin. Je ne sais pas ce qui peut faire vivre encore ce vieillard. Il est resté trois heures auprès de moi, et il ne m'a pas dit vingt mots. Deux grosses larmes sont tombées de ses yeux quand il m'a vue si pâle. Le souvenir de la mort de sa fille le faisait pleurer sans doute. Il l'aura vue mourir deux fois. Son dos est courbé, sa tête penche vers la terre, sa lèvre est pendante, son regard est éteint. L'âge et la douleur pèsent de leur double poids sur son corps épuisé. Il ne m'a pas fait un reproche. On eût même dit qu'il jouissait secrètement du ravage que la maladie avait fait en moi. Il semblait fier d'être debout, quand moi, jeune encore, j'étais écrasée par la souffrance.
The bad weather has returned. No one comes to see me. Julie watches by me as much as she can. Prudence, to whom I can no longer give as much as I used to, begins to make excuses for not coming."Le mauvais temps est revenu. Personne ne vient me voir. Julie veille le plus qu'elle peut auprès de moi. Prudence, à qui je ne peux plus donner autant d'argent qu'autrefois, commence à prétexter des affaires pour s'éloigner.
Now that I am so near death, in spite of what the doctors tell me, for I have several, which proves that I am getting worse, I am almost sorry that I listened to your father; if I had known that I should only be taking a year of your future, I could not have resisted the longing to spend that year with you, and, at least, I should have died with a friend to hold my hand. It is true that if we had lived together this year, I should not have died so soon."Maintenant que je suis près de mourir, malgré ce que me disent les médecins, car j'en ai plusieurs, ce qui prouve que la maladie augumente, je regrette presque d'avoir écouté votre père; si j'avais su ne prendre qu'une année à votre avenir, je n'aurais pas résisté au désir de passer cette année avec vous, et au moins je mourrais en tenant la main d'un ami. Il est vrai que si nous avions vécu ensemble cette année, je ne serais pas morte sitôt.
God's will be done!"La volonté de Dieu soit faite!"
February 5.5 février.
Oh, come, come, Armand! I suffer horribly; I am going to die, O God! I was so miserable yesterday that I wanted to spend the evening, which seemed as if it were going to be as long as the last, anywhere but at home. The duke came in the morning. It seems to me as if the sight of this old man, whom death has forgotten, makes me die faster."Oh! venez, venez, Armand, je souffre horriblement, je vais mourir, mon Dieu. J'étais si triste hier que j'ai voulu passer autre part que chez moi la soirée qui promettait d'être longue comme celle de la veille. Le duc était venu le matin. Il me semble que la vue de ce vieillard oublié par la mort me fait mourir plus vite.
Despite the burning fever which devoured me, I made them dress me and take me to the Vaudeville. Julie put on some rouge for me, without which I should have looked like a corpse. I had the box where I gave you our first rendezvous. All the time I had my eyes fixed on the stall where you sat that day, though a sort of country fellow sat there, laughing loudly at all the foolish things that the actors said. I was half dead when they brought me home. I coughed and spat blood all the night. To-day I can not speak, I can scarcely move my arm. My God! My God! I am going to die! I have been expecting it, but I can not get used to the thought of suffering more than I suffer now, and if—"Malgré l'ardente fièvre qui me brûlait, je me suis fait habiller et conduire au Vaudeville. Julie m'avait mis du rouge, sans quoi j'aurais eu l'air d'un cadavre. Je suis allée dans cette loge où je vous ai donné notre premier rendez-vous; tout le temps j'ai eu les yeux fixés sur la sur la stalle que vous occupiez ce jour-là, et qu'occupait hier une sorte de rustre, qui riait bruyamment de toutes les sottes choses que débitaient les acteurs. On m'a rapportée à moitié morte chez moi. J'ai toussé et craché le sang toute la nuit. Aujourd'hui je ne peux plus parler, à peine si je peux remuer les bras. Mon Dieu! mon Dieu! je vais mourir. Je m'y attendais, mais je ne puis me faire à l'idée de souffrir plus que je ne souffre, et si..."
After this the few characters traced by Marguerite were indecipherable, and what followed was written by Julie Duprat.A partir de ce mot les quelques caractères que Marguerite avait essayé de tracer étaient illisibles, et c'était Julie Duprat qui avait continué.
February 18."18 février.
MONSIEUR ARMAND:"Monsieur Armand,
Since the day that Marguerite insisted on going to the theatre she has got worse and worse. She has completely lost her voice, and now the use of her limbs. What our poor friend suffers is impossible to say. I am not used to emotions of this kind, and I am in a state of constant fright."Depuis le jour où Marguerite a voulu aller au spectacle, elle a été toujours plus malade. Elle a perdu complétement la voix, puis l'usage de ses membres. Ce que souffre notre pauvre amie est impossible à dire. Je ne suis pas habituée à ces sortes d'émotions, et j'ai des frayeurs continuelles.
How I wish you were here! She is almost always delirious; but delirious or lucid, it is always your name that she pronounces, when she can speak a word."Que je voudrais que vous fussiez auprès de nous! Elle a presque toujours le délire, mais délirante ou lucide, c'est toujours votre nom qu'elle prononce quand elle arrive à pouvoir dire un mot.
The doctor tells me that she is not here for long. Since she got so ill the old duke has not returned. He told the doctor that the sight was too much for him."Le médecin m'a dit qu'elle n'en avait plus pour longtemps. Depuis qu'elle est si malade, le vieux duc n'est pas revenu. "Il a dit au docteur que ce spectacle lui faisait trop de mal.
Mme. Duvernoy is not behaving well. This woman, who thought she could get more money out of Marguerite, at whose expense she was living almost completely, has contracted liabilities which she can not meet, and seeing that her neighbour is no longer of use to her, she does not even come to see her. Everybody is abandoning her. M. de G., prosecuted for his debts, has had to return to London. On leaving, he sent us more money; he has done all he could, but they have returned to seize the things, and the creditors are only waiting for her to die in order to sell everything."Madame Duvernoy ne se conduit pas bien. Cette femme, qui croyait tirer plus d'argent de Marguerite, aux dépens de laquelle elle vivait presque complétement, a pris des engagements qu'elle ne peut tenir, et voyant que sa voisine ne lui sert plus de rien, elle ne vient même pas la voir. Tout le monde l'abandonne. M. de G..., traqué par ses dettes, a été forcé de repartir pour Londres. En partant, il nous a envoyé quelque argent; il a fait tout ce qu'il a pu, mais on est revenu saisir, et les créanciers n'attendent que la mort pour faire vendre.
I wanted to use my last resources to put a stop to it, but the bailiff told me it was no use, and that there are other seizures to follow. Since she must die, it is better to let everything go than to save it for her family, whom she has never cared to see, and who have never cared for her. You can not conceive in the midst of what gilded misery the poor thing is dying. Yesterday we had absolutely no money. Plate, jewels, shawls, everything is in pawn; the rest is sold or seized. Marguerite is still conscious of what goes on around her, and she suffers in body, mind, and heart. Big tears trickle down her cheeks, so thin and pale that you would never recognise the face of her whom you loved so much, if you could see her. She has made me promise to write to you when she can no longer write, and I write before her. She turns her eyes toward me, but she no longer sees me; her eyes are already veiled by the coming of death; yet she smiles, and all her thoughts, all her soul are yours, I am sure."J'ai voulu user de mes dernières ressources pour empêcher toutes ces saisies, mais l'huissier m'a dit que c'était inutile, et qu'il avait d'autres jugements encore à exécuter. Puisqu'elle va mourir, il vaut mieux abandonner tout que de le sauver pour sa famille qu'elle n'a pas voulu voir, et qui ne l'a jamais aimée. Vous ne pouvez vous figurer au milieu de quelle misère dorée la pauvre fille se meurt. Hier nous n'avions pas d'argent du tout. Couverts, bijoux, cachemires, tout est en gage, le reste est vendu ou saisi. Marguerite a encore la conscience de ce qui se passe autour d'elle, et elle souffre du corps, de l'esprit et du cœur. De grosses larmes coulent sur ses joues, si amaigries et si pâles que vous ne reconnaître plus le visage de celle que vous aimiez tant, si vous pouviez la voir. Elle m'a fait promettre de vous écrire quand elle ne pourrait plus, et j'écris devant elle. Elle porte les yeux de mon côté mais elle ne me voit pas, son regard est déjà voilé par la mort prochaine; cependant elle sourit, et toute sa pensée, toute son âme sont à vous, j'en suis sûre.
Every time the door opens her eyes brighten, and she thinks you are going to come in; then, when she sees that it is not you, her face resumes its sorrowful expression, a cold sweat breaks out over it, and her cheek-bones flush."Chaque fois que l'on ouvre la porte, ses yeux s'éclairent, et elle croit toujours que vous allez entrer; puis, quand elle voit que ce n'est pas vous, son visage reprend son expression douloureuse, se mouille d'une sueur froide, et les pommettes deviennent pourpres."
February 19, midnight."19 février, minuit.
What a sad day we have had to-day, poor M. Armand! This morning Marguerite was stifling; the doctor bled her, and her voice has returned to her a while. The doctor begged her to see a priest. She said "Yes," and he went himself to fetch an abbe' from Saint Roch."La triste journée que celle d'aujourd'hui, mon pauvre monsieur Armand! Ce matin Marguerite étouffait, le médecin l'a saignée, et la voix lui est un peu revenue. Le docteur lui a conseillé de voir un prêtre. Elle a dit qu'elle y consentait, et il est allé lui-même chercher un abbé à Saint-Roch.
Meanwhile Marguerite called me up to her bed, asked me to open a cupboard, and pointed out a cap and a long chemise covered with lace, and said in a feeble voice:"Pendant ce temps, Marguerite m'a appelée près de son lit, m'a priée d'ouvrir son armoire, puis elle m'a désigné un bonnet, une chemise longue toute couverte de dentelles, et m'a dit d'une voix affaiblie:
"I shall die as soon as I have confessed. Then you will dress me in these things; it is the whim of a dying woman.""Je vais mourir après m'être confessée, alors tu m'habilleras avec ces objets: c'est une coquetterie de mourante.
Then she embraced me with tears and added:"Puis elle m'embrassée en pleurant, et elle a ajouté:
"I can speak, but I am stifled when I speak; I am stifling. Air!""-Je puis parler, mais j'étouffe trop quand je parle; j'étouffe! de l'air!
I burst into tears, opened the window, and a few minutes afterward the priest entered. I went up to him; when he knew where he was, he seemed afraid of being badly received."Je fondais en larmes, j'ouvris la fenêtre, et quelques instants après le prêtre entra. "J'allai au-devant de lui. Quand il sut chez qui il était, il parut craindre d'être mal accueilli.
"Come in boldly, father," I said to him."-Entrez hardiment, mon père, lui ai-je dit.
He stayed a very short time in the room, and when he came out he said to me:"Il est resté peu de temps dans la chambre de la malade, et il en est ressorti en me disant:
"She lived a sinner, and she will die a Christian.""-Elle a vécu comme une pécheresse, mais elle mourra comme une chrétienne.
A few minutes afterward he returned with a choir boy bearing a crucifix, and a sacristan who went before them ringing the bell to announce that God was coming to the dying one."Quelques instants après, il est revenu accompagné d'un enfant de chœur qui portait un crucifix, et d'un sacristain qui marchait devant eux en sonnant, pour annoncer que Dieu venait chez la mourante.
They went all three into the bed-room where so many strange words have been said, but was now a sort of holy tabernacle."Ils sont entrés tous trois dans cette chambre à coucher qui avait retenti autrefois de tant de mots étranges, et qui n'était plus à cette heure qu'un tabernacle saint.
I fell on my knees. I do not know how long the impression of what I saw will last, but I do not think that, till my turn comes, any human thing can make so deep an impression on me."Je suis tombée à genoux. Je ne sais pas combien de temps durera l'impression que m'a produite ce spectacle, mais je ne crois pas que, jusqu'à ce que j'en sois arrivée au même moment, une chose humaine pourra m'impressioner autant.
The priest anointed with holy oil the feet and hands and forehead of the dying woman, repeated a short prayer, and Marguerite was ready to set out for the heaven to which I doubt not she will go, if God has seen the ordeal of her life and the sanctity of her death."Le prêtre oignit des huiles saintes les pieds, les mains et le front de la mourante, récita une courte prière, et Marguerite se trouva prête à partir pour le ciel où elle ira sans doute, si Dieu a vu les épreuves de sa vie et la sainteté de sa mort.
Since then she has not said a word or made a movement. Twenty times I should have thought her dead if I had not heard her breathing painfully."Depuis ce temps elle n'a pas dit une parole et n'a pas fait un mouvement. Vingt fois je l'aurais crue morte, si je n'avais entendu l'effort de sa respiration."
February 20, 5 P.M."20 février, cinq heures du soir.
All is over."Tout est fini.
Marguerite fell into her last agony at about two o'clock. Never did a martyr suffer such torture, to judge by the cries she uttered. Two or three times she sat upright in the bed, as if she would hold on to her life, which was escaping toward God."Marguerite est entrée en agonie cette nuit à deux heures environ. Jamais martyre n'a souffert pareilles tortures, à en juger par les cris qu'elle poussait. Deux ou trois fois elle s'est dressée tout debout sur son lit, comme si elle eût voulu ressaisir sa vie qui remontait vers Dieu.
Two or three times also she said your name; then all was silent, and she fell back on the bed exhausted. Silent tears flowed from her eyes, and she was dead."Deux ou trois fois aussi, elle a dit votre nom, puis tout s'est tu, elle est retombée épuisée sur son lit. Des larmes silencieuses ont coulé de ses yeux et elle est morte.
Then I went up to her; I called her, and as she did not answer I closed her eyes and kissed her on the forehead."Alors, je me suis approchée d'elle, je l'ai appelée, et comme elle ne répondit pas, je lui ai fermé les yeux et je l'ai embrassée sur le front.
Poor, dear Marguerite, I wish I were a holy woman that my kiss might recommend you to God."Pauvre chère Marguerite, j'aurais voulu être une sainte femme, pour que ce baiser te recommandât à Dieu.
Then I dressed her as she had asked me to do. I went to find a priest at Saint Roch, I burned two candles for her, and I prayed in the church for an hour."Puis, je l'ai habillé comme elle m'avait priée de le faire, je suis allée chercher un prêtre à Saint-Roch, j'ai brûlé deux cierges pour elle, et j'ai prié pendant une heure dans l'église.
I gave the money she left to the poor."J'ai donné à des pauvres de l'argent qui venait d'elle.
I do not know much about religion, but I think that God will know that my tears were genuine, my prayers fervent, my alms-giving sincere, and that he will have pity on her who, dying young and beautiful, has only had me to close her eyes and put her in her shroud."Je ne me connais pas bien en religion, mais je pense que le bon Dieu reconnaître que mes larmes étaient vraies, ma prière fervente, mon aumône sincère, et qu'il aura pitié de celle qui, morte jeune et belle, n'a eu que moi pour lui fermer les yeux et l'ensevlir."
February 22."22 février.
The burial took place to-day. Many of Marguerite's friends came to the church. Some of them wept with sincerity. When the funeral started on the way to Montmartre only two men followed it: the Comte de G., who came from London on purpose, and the duke, who was supported by two footmen."Aujourd'hui l'enterrement a eu lieu. Beaucoup des amies de Marguerite sont venues à l'église. Quelques-unes pleuraient avec sincérité. Quand le convoi a pris le chemin de Montmartre, deux hommes seulement se trouvaient derrière, le comte de G... qui était revenu exprès de Londres, et le duc qui marchait soutenu par deux valets de pied.
I write you these details from her house, in the midst of my tears and under the lamp which burns sadly beside a dinner which I can not touch, as you can imagine, but which Nanine has got for me, for I have eaten nothing for twenty-four hours."C'est de chez elle que je vous écris tous ces détails, au milieu de mes larmes et devant la lampe qui brûle tristement près d'un dîner auquel je ne touche pas, comme bien vous pensez, mais que Nanine m'a fait faire, car je n'ai pas mangé depuis plus de vingt-quatre heures.
My life can not retain these sad impressions for long, for my life is not my own any more than Marguerite's was hers; that is why I give you all these details on the very spot where they occurred, in the fear, if a long time elapsed between them and your return, that I might not be able to give them to you with all their melancholy exactitude."Ma vie ne pourra pas garder longtemps ces impressions tristes, car ma vie ne m'appartient pas plus que la sienne n'appartenait à Marguerite, c'est pourquoi je vous donne tout ces détails sur les lieux mêmes où ils se sont passés, dans la crainte, si un long temps s'écoulait entre eux et votre retour, de ne pas pouvoir vous les donner avec toute leur triste exactitude."
Chapter 2727
"You have read it?" said Armand, when I had finished the manuscript.--Vous avez lu? me dit Armand quand j'eus terminé la lecture de ce manuscrit.
"I understand what you must have suffered, my friend, if all that I read is true."--Je comprends ce que vous avez dû souffrir, mon ami, si tout ce que j'ai lu est vrai!
"My father confirmed it in a letter."--Mon père me l'a confirmé dans une lettre.
We talked for some time over the sad destiny which had been accomplished, and I went home to rest a little.Nous causâmes encore quelque temps de la triste destinée qui venait de s'accomplir, et je rentrai chez moi prendre un peu de repos.
Armand, still sad, but a little relieved by the narration of his story, soon recovered, and we went together to pay a visit to Prudence and to Julie Duprat.Armand, toujours triste, mais soulagé un peu par le récit de cette histoire, se rétabli vite, et nous allâmes ensemble faire visite à Prudence et à Julie Duprat.
Prudence had become bankrupt. She told us that Marguerite was the cause of it; that during her illness she had lent her a lot of money in the form of promissory notes, which she could not pay, Marguerite having died without having returned her the money, and without having given her a receipt with which she could present herself as a creditor.Prudence venait de faire faillite. Elle nous dit que Marguerite en était la cause; que, pendant sa maladie, elle lui avait prêté beaucoup d'argent pour lequel elle avait fait des billets qu'elle n'avait pu payer, Marguerite étant morte sans le lui rendre et ne lui ayant pas donné de reçus avec lesquels elle pût se présenter comme créancière.
By the help of this fable, which Mme. Duvernoy repeated everywhere in order to account for her money difficulties, she extracted a note for a thousand francs from Armand, who did not believe it, but who pretended to, out of respect for all those in whose company Marguerite had lived.A l'aide de cette fable que madame Duvernoy racontait partout pour excuser ses mauvaises affaires, elle tira un billet de mille francs à Armand, qui n'y croyait pas, mais qui voulut bien avoir l'air d'y croire, tant il avait de respect pour tout ce qui avait approché sa maîtresse.
Then we called on Julie Duprat, who told us the sad incident which she had witnessed, shedding real tears at the remembrance of her friend.Puis nous arrivâmes chez Julie Duprat qui nous raconta les tristes événements dont elle avait été témoin, versant des larmes sincères au souvenir de son amie.
Lastly, we went to Marguerite's grave, on which the first rays of the April sun were bringing the first leaves into bud.Enfin, nous allâmes à la tombe de Marguerite sur laquelle les premiers rayons du soleil d'avril faissaient éclore les premières feuilles.
One duty remained to Armand—to return to his father. He wished me to accompany him.Il restait à Armand un dernier devoir à remplir, c'était d'aller rejoindre son père. Il voulut encore que je l'accompagnasse.
We arrived at C., where I saw M. Duval, such as I had imagined him from the portrait his son had made of him, tall, dignified, kindly.Nous arrivâmes à C.. où je vis M. Duval tel que je me l'étais figuré d'après le portrait que m'en avait fait son fils: grand, digne, bienveillant.
He welcomed Armand with tears of joy, and clasped my hand affectionately. I was not long in seeing that the paternal sentiment was that which dominated all others in his mind.Il accueillit Armand avec des larmes de bonheur, et me serra affectueusement la main. Je m'aperçus bientôt que le sentiment paternel était celui qui dominait tous les autres chez le receveur.
His daughter, named Blanche, had that transparence of eyes, that serenity of the mouth, which indicates a soul that conceives only holy thoughts and lips that repeat only pious words. She welcomed her brother's return with smiles, not knowing, in the purity of her youth, that far away a courtesan had sacrificed her own happiness at the mere invocation of her name.Sa fille, nommée Blanche, avait cette transparence des yeux et du regard, cette sérénité de la bouche qui prouvent que l'âme ne conçoit que de saintes pensées et que les lèvres ne disent que de pieuses paroles. Elle souriait au retour de son frère, ignorant, la chaste jeune fille, que loin d'elle une courtisane avait sacrifié son bonheur à la seule invocation de son nom.
I remained for some time in their happy family, full of indulgent care for one who brought them the convalescence of his heart.Je restai quelque temps dans cette heureuse famille, tout occupée de celui qui leur apportait la convalescence de son cœur.
I returned to Paris, where I wrote this story just as it had been told me. It has only one merit, which will perhaps be denied it; that is, that it is true.Je revins à Paris où j'écrivis cette histoire telle qu'elle m'avait été racontée. Elle n'a qu'un mérite qui lui sera peut-être contesté, celui d'être vraie.
I do not draw from this story the conclusion that all women like Marguerite are capable of doing all that she did—far from it; but I have discovered that one of them experienced a serious love in the course of her life, that she suffered for it, and that she died of it. I have told the reader all that I learned. It was my duty.Je ne tire pas de ce récit la conclusion que toutes les filles comme Marguerite sont capables de faire ce qu'elle a fait; loin de là, mais j'ai eu connaissance qu'une d'elles avait éprouvé dans sa vie un amour sérieux, qu'elle en avait souffert et qu'elle en était morte. J'ai raconté au lecteur ce que j'avais appris. C'était un devoir.
I am not the apostle of vice, but I would gladly be the echo of noble sorrow wherever I bear its voice in prayer.Je ne suis pas l'apôtre du vice, mais je me ferai l'écho du malheur noble partout où je l'entendrai prier.
The story of Marguerite is an exception, I repeat; had it not been an exception, it would not have been worth the trouble of writing it.L'histoire de Marguerite est une exception, je le répète; mais si c'eût été une généralité, ce n'eût pas été la peine de l'écrire.

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